27 Comme Jésus s'en allait de là, deux aveugles le suivirent, qui criaient et disaient : " Aie pitié de nous, Fils de David ! "
28 Étant arrivé à la maison, les aveugles s'approchèrent de lui et Jésus leur dit : " Croyez-vous que je puis faire cela ? " - " Oui, Seigneur ", lui disent-ils.
29 Alors il leur toucha les yeux en disant : " Qu'il vous advienne selon votre foi. "
30 Et leurs yeux s'ouvrirent. Jésus alors les rudoya : " Prenez garde ! dit-il. Que personne ne le sache ! "
31 Mais eux, étant sortis, répandirent sa renommée dans toute cette contrée.
32 Comme ils sortaient, voilà qu'on lui présenta un démoniaque muet.
33 Le démon fut expulsé et le muet parla. Les foules émerveillées disaient : " Jamais pareille chose n'a paru en Israël ! "
34 Mais les Pharisiens disaient : " C'est par le Prince des démons qu'il expulse les démons. "
35 Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur.
Masquer
Alors, tout compte fait, le miracle convainc-t-il? Comme on le découvre, pas tout le monde et pas toujours. Devant les manifestations de la puissance de Dieu, de la puissance du Royaume, que Jésus avait rendues absolument évidentes pour tous, il semblait impossible de ne pas croire au miracle. Mais, apparemment, on peut témoigner du Royaume sans pouvoir prouver sa réalité à celui qui ne veut pas croire. Les pharisiens, par exemple, inventent des explications toujours nouvelles à ce qui, au fond, n'a besoin d'aucune explication, mais seulement d'être accepté. Or ils n'ont aucune envie de l'accepter, et tout est là.
On pourrait penser que les pharisiens, de tous les hommes, eux qui se déclaraient attachés à l'espérance messianique, auraient dû se réjouir de l'apparition du Messie et du Royaume dans le monde. Et cela aurait probablement été le cas si Jésus avait agi comme, selon ces mêmes pharisiens, le Messie devait agir. Mais le malheur était précisément que Jésus ne correspondait pas à ces idées et n'avait aucune intention de s'y conformer.
Ensuite se produisit ce qui ne pouvait manquer de se produire: la logique de l'affrontement exige une aggravation, qui finit par arriver. Auparavant, les chefs du mouvement pharisien essayaient d'expliquer de façon plus ou moins neutre les miracles et les guérisons accomplis par Jésus. Désormais ils passent aux accusations directes, et fort graves, accusant en fait le Sauveur de paganisme et de culte des démons. Le calcul est simple: si l'on frappe, que ce soit de toutes ses forces et sans retenue; si l'on accuse, que ce soit de manière à rendre la défense aussi difficile que possible.
Il ne s'agit pas seulement du désir de se débarrasser de Jésus. Ses accusateurs cherchent manifestement à convaincre non seulement les autres, mais aussi eux-mêmes, qu'ils ont raison. Pour cela, il leur faut les accusations les plus graves possible, et leur vraisemblance n'a déjà plus d'importance: dans une telle situation, l'esprit acceptera n'importe quel argument pourvu qu'il justifie le refus de ce qu'il est impossible de ne pas accepter. Il faut effrayer non seulement les autres, mais aussi soi-même, s'effrayer au point qu'il n'existe aucun chemin de retour et que personne n'ose même penser que cet homme vient peut-être de Dieu.
Une telle intimidation exige un tabou qui bloque, dès le niveau subconscient, toute tentative de regarder autrement la situation. L'accusation de culte des démons constituait précisément un tel tabou, un tabou devenu le dernier refuge de la religiosité opposée au Royaume.
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