14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez ! |
15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! " |
17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole. |
18 Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, |
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments . |
20 Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
21 Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, |
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. |
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. " . |
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
Les paroles du Sauveur disant que rien de ce qui entre dans la bouche ne peut souiller l'homme sont parfois interprétées comme s'il n'y avait dans le monde rien d'impur en soi, de sorte que rien ne pourrait nuire à l'homme, sauf ce qui sort de son propre coeur. Or Jésus explique précisément pourquoi rien de ce qui entre dans la bouche ne peut souiller l'homme : cela traverse l'homme, et se trouve ainsi purifié. Cette affirmation, étrange au premier abord, se révèle pourtant tout à fait logique si l'on garde à l'esprit la seconde partie de l'explication, où il est question de ce qui sort du coeur. Il est supposé que, si le coeur de l'homme cesse de vomir dans le monde tout ce que le Sauveur énumère, rien d'impur ne pourra le souiller.
Bien sûr, Jésus ne parle pas d'impureté au sens du péché, mais au sens où la Torah en parle, c'est-à-dire un état psychophysiologique et spirituel particulier, qui gêne la communion avec Dieu et fait obstacle à la sanctification. C'est en ce sens que certains aliments sont appelés impurs (non casher) dans la Torah. Ils ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais ils ne conviennent pas à l'homme qui veut vivre une vie spirituelle pleine.
Il en était sans doute ainsi avant la venue dans le monde du Messie, qui a apporté avec lui le Royaume. Un Royaume où les notions de pureté et d'impureté deviennent réellement sans pertinence, parce que la plénitude des relations avec Dieu y est tout autre, incomparable à ce qu'elle était auparavant.
Pour l'habitant du Royaume, la nature demeure la nature ; tant que l'homme n'est pas totalement transfiguré, sa physiologie reste ce qu'elle était auparavant. Seulement, elle n'exerce plus sur l'état spirituel de l'homme l'influence qu'elle exerçait autrefois. Le processus de la digestion n'intervient plus dans la vie spirituelle. À une condition : que le coeur soit pur et qu'aucune saleté n'en sorte. Comme cela doit être chez un habitant du Royaume.
14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez ! |
15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! " |
17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole. |
18 Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, |
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments . |
20 Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
21 Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, |
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. |
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. " . |
Le fait même que les disciples demandent qu'on leur explique ce que le Seigneur a dit au peuple et aux pharisiens au sujet de la souillure est déjà étonnant : « Rien de ce qui entre dans l'homme du dehors ne peut le souiller ; mais ce qui sort de lui, voilà ce qui souille l'homme ». Le problème tient sans doute au fait que la compréhension du péché comme souillure, comme saleté, répandue dans beaucoup de religions (et habituelle aussi pour l'Ancien Testament), part de l'idée que la source de cette saleté se trouve hors de l'homme. En entrant en contact (corporellement ou moralement) avec cette saleté qui existe en dehors de l'homme, tu te salis et tu deviens désagréable aux yeux de Dieu. L'image visuelle très vive d'un individu puant et non lavé s'est trouvée pour toujours liée, dans la conscience humaine, à la violation du dessein de Dieu.
Cette représentation d'une source extérieure du mal qui souille l'homme est importante parce qu'elle réduit considérablement la mesure de notre responsabilité. En effet, peut-on condamner un homme qui a marché dans une bouse de vache ? On ne peut que le plaindre (l'option « se moquer de lui », bien entendu, n'est pas envisagée). Pourtant le Seigneur dit que la source du mal qui souille l'homme se trouve dans le cœur de l'homme. Par conséquent, nous portons nous-mêmes pleinement la responsabilité du mal que nous, et nous seuls, laissons entrer dans ce monde, tout comme du fait que Dieu nous voit sous une apparence aussi repoussante.
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. |
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d'expulser le démon hors de sa fille. |
27 Et il lui disait : " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " |
28 Mais elle de répliquer et de lui dire : " Oui, Seigneur ! et les petit chiens sous la table mangent les miettes des enfants ! " |
29 Alors il lui dit : " A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. " |
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l'enfant étendue sur son lit et le démon parti. |
L'histoire de la guérison de la fille de la Syro-Phénicienne frappe parfois le lecteur par la dureté apparente des paroles du Sauveur adressées à la mère de la fille guérie. La comparaison avec un chien indigne d'attention paraît réellement, au minimum, excessivement dure. Pourtant, la réaction de la femme elle-même à cette dureté apparente se révèle assez calme.
L'exégèse traditionnelle explique ce qui se passe par le profond repentir de la femme, prête à reconnaître n'importe quel péché chez elle si une telle reconnaissance peut aider sa fille. Cependant, à y regarder de plus près, le dialogue entre Jésus et la femme qui s'adresse à lui pour demander la guérison de sa fille ressemble davantage à une parabole, que la femme comprend et dans le langage de laquelle elle répond au Sauveur. On peut d'ailleurs remarquer que l'image du chien comme symbole d'impureté se rencontre assez souvent dans le texte évangélique. Cela n'a rien d'étonnant : la Torah rangeait réellement le chien, comme le porc, parmi les animaux impurs, et de tous ces animaux, ce sont précisément ces deux-là qui tombaient le plus souvent sous les yeux des interlocuteurs et des auditeurs de Jésus.
Alors la question de Jésus prend un sens bien déterminé : celui qui est pur a droit au Royaume, mais l'impur, par exemple le même païen, et la Syro-Phénicienne était sans aucun doute païenne ? Peut-il prendre part au Royaume ouvert aux enfants de Dieu, et tels étaient tous ceux qui appartenaient au peuple de Dieu, celui qui n'a jamais connu ni la pureté ni la sanctification ? Et la femme, comprenant parfaitement le Sauveur, parle des miettes qui tombent de la table. Elle accueille, au fond, Jésus lui-même et le Royaume qu'il a apporté dans le monde. Elle l'accueille en comprenant qu'elle-même n'a aucun droit à ce Royaume venu dans le monde. Mais elle ne prétend pas à grand-chose : elle demande seulement très peu, il lui suffit de ce reflet de la lumière du Royaume qui suffira à guérir sa fille. Et elle reçoit ce qu'elle demande, elle le reçoit comme un don immérité qu'elle ne pouvait nullement attendre.
C'est ainsi que se résout, par rapport au Royaume, la question du peuple de Dieu et des païens : celui qui revendique des droits sur ce Royaume devra prouver les droits revendiqués, il devra correspondre à ce qu'il affirme ; mais à celui qui ne prétend à rien, comprenant qu'il n'a aucun droit sur rien, le Royaume sera donné gratuitement, à une seule condition : son humilité doit être authentique, elle ne peut être pour celui qui demande que, pour parler en langage philosophique, un choix existentiel, et en aucun cas un simple tribut rendu à la politesse, fût-elle religieuse. Ainsi le Royaume réconcilie tous les hommes : ceux qui ressentent leur propre force comme ceux qui se sentent faibles et indignes de ce qu'ils cherchent. Il les réconcilie par cet amour dont le fort et le faible ont également besoin.
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. |
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d'expulser le démon hors de sa fille. |
27 Et il lui disait : " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " |
28 Mais elle de répliquer et de lui dire : " Oui, Seigneur ! et les petit chiens sous la table mangent les miettes des enfants ! " |
29 Alors il lui dit : " A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. " |
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l'enfant étendue sur son lit et le démon parti. |
Les paroles du Christ adressées à la Syro-Phénicienne sonnent de façon très troublante : « ...il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ». Comme s'il soutenait la xénophobie et l'élévation au-dessus des païens comme au-dessus de personnes de seconde catégorie. Mais mettons-nous à la place de cette femme. Supposons que nous demandions au Christ une certaine miséricorde, et qu'il nous réponde : « Je n'ai pas le temps, je suis occupé à distribuer des faveurs méritées aux enfants légitimes de Dieu, et toi, tu es un chien ; il ne te revient pas de manger à la table du maître. » Très certainement, nous nous indignerions et répondrions que « tes enfants ne valent pas mieux que moi ; quant au fait que je sois un chien, il est mal élevé de traiter les gens ainsi ». Mais cette femme, avec une humilité étonnante, accepte et dit : « Tu peux penser de moi tout ce que tu juges nécessaire ; je suis vraiment pécheresse, mais ne pourrait-il pas me revenir quelques miettes de ta miséricorde ? »
Des miettes, parce que de son point de vue, la guérison de sa fille est une si petite chose pour le Tout-Puissant qu'elle ne privera guère les enfants comblés des miséricordes infinies du Créateur. Et cette humilité devant le Christ ne reste pas sans réponse.
Encore un point important : le Christ ne refuse pas de l'aider, elle, une païenne ; mais pour que cela devienne possible, il lui faut accepter que la vérité se trouve dans la foi au Dieu unique. Les Juifs monothéistes acceptent cette vérité, tandis que les païens ne l'acceptent pas. Car si la Syro-Phénicienne n'est pas d'accord pour dire qu'il en est réellement ainsi, qui est alors Jésus pour elle ?
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. |
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d'expulser le démon hors de sa fille. |
27 Et il lui disait : " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " |
28 Mais elle de répliquer et de lui dire : " Oui, Seigneur ! et les petit chiens sous la table mangent les miettes des enfants ! " |
29 Alors il lui dit : " A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. " |
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l'enfant étendue sur son lit et le démon parti. |
Les paroles de Jésus, Sa réponse à la demande d'une femme païenne de libérer sa fille du pouvoir des forces des ténèbres, peuvent paraître trop dures, voire cruelles. Pourtant, il n'y avait en elles aucune cruauté ; il y avait seulement la constatation d'un fait simple et évident pour tous à l'époque : le monde se divise en Juifs et païens, en peuple de Dieu et tous les autres peuples ; c'est une division fondamentale qu'on ne pouvait ignorer.
Le « chien » dans ce cas n'est pas une injure, mais seulement un symbole d'impureté : pour un Juif, tout païen était impur par définition, indépendamment de la vie qu'il menait, indépendamment même du fait qu'il croyait ou non au Dieu d'Israël. C'est Dieu qui purifie l'homme ; pour être pur, il faut appartenir au peuple de Dieu, qui, comme l'enseignaient les sages de l'époque du Second Temple, constitue une unité spirituelle, une sorte de corps spirituel unique. Personne ne peut être pur sans appartenir au peuple de Dieu. Les païens, bien sûr, voyaient les choses autrement, mais la femme mentionnée dans le récit évangélique s'adressait à un Juif, espérant la force et la miséricorde du Dieu d'Israël ; par conséquent, ses opinions et ses vues n'avaient pas d'importance dans ce cas.
En comparant les païens à des chiens, à des animaux impurs, Jésus met ainsi les points sur les i. Le peuple de Dieu est réellement le peuple de Dieu, la pureté est réellement importante, et le paganisme est réellement inférieur au yahvisme, autant que toute religion païenne, quoi qu'il y ait derrière elle, est inférieure à la foi d'Abraham et de Moïse. La venue du Christ ne signifiait pas la dilution de toutes les frontières ni l'effacement de toutes les différences ; en tant que telles, elles demeuraient inchangées. Ce qui changeait était autre chose : l'ordre général des choses qui, tout en conservant les différences et même les frontières là où elles ont leur place, détruisait résolument tous les murs et toutes les barrières. Dans le monde déchu, l'imperméabilité d'une frontière devient souvent l'unique garantie de sa fiabilité.
Dans le Royaume, il n'en est pas ainsi : il n'y a là ni frontières ni différences infranchissables et insurmontables. Cependant, les différences elles-mêmes ne disparaissent nulle part ; elles acquièrent seulement une qualité nouvelle, cessant d'être hostiles les unes aux autres. Ce sont ces différences que Jésus propose à la femme païenne d'accepter, et avec elles d'accepter aussi sa propre qualité spirituelle et existentielle comme un donné. Autrement, sans s'accepter soi-même dans sa propre qualité et son propre état, on n'entre pas dans le Royaume.
Bien entendu, il ne pouvait être question d'aucun droit de cette femme à la guérison de sa fille ; mais dans le Royaume il n'est justement pas question de droits, on commence à parler de droits seulement lorsque toutes les relations sont détruites et que chacun de ceux qui y participaient autrefois tente fébrilement de conserver les restes de ce dont il vivait auparavant naturellement et librement dans la plénitude. Et la femme accepte les règles de la vie du Royaume : elle ne prétend à rien, elle demande seulement à Jésus d'entrer dans sa vie et dans celle de sa fille. C'est alors qu'Il entre, car une telle confiance Lui ouvre des portes qui, pour celui qui les a ouvertes, deviennent les portes du Royaume.
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. |
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d'expulser le démon hors de sa fille. |
27 Et il lui disait : " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " |
28 Mais elle de répliquer et de lui dire : " Oui, Seigneur ! et les petit chiens sous la table mangent les miettes des enfants ! " |
29 Alors il lui dit : " A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. " |
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l'enfant étendue sur son lit et le démon parti. |
Quand nous lisons dans l’Évangile que cette femme était syro-phénicienne, cela ne signifie pas qu’elle était « de second ordre », ni d’une mauvaise origine, ni qu’elle déplaisait à Jésus pour quelque autre raison. Nous savons que Jésus est toujours prêt à aider et à guérir les pauvres, les pécheurs et les rejetés. Le fait est qu’elle est une véritable païenne, c’est-à-dire qu’elle croit aux dieux païens, les adore et leur offre des sacrifices. C’est précisément pourquoi le Seigneur la soumet à une telle épreuve de foi : pour l’aider à comprendre elle-même pourquoi elle s’adresse à Lui pour obtenir de l’aide, et non à ses dieux.
Ici, une ligne est comme tracée entre les représentations païennes de l’homme et le recours à Jésus, c’est-à-dire la prière. La prière adressée au Christ (et au Père dans le Christ) est incompatible avec le paganisme; et le paganisme n’est pas nécessairement la foi en d’autres dieux, mais aussi l’espérance, assez ordinaire chez les chrétiens, placée non dans le Dieu unique, mais dans autre chose : l’argent, ses propres capacités, son parti, le « peut-être que cela ira », etc.
Le paganisme, c’est lorsque nous vivons non pour Dieu, mais pour quelqu’un d’autre (par exemple pour nous-mêmes). Si donc, étant de tels païens, nous voulons demander quelque chose au Christ, nous adresser à Lui dans la prière, il nous faudra, avec cette femme cananéenne, passer par une réévaluation complète de notre foi, comprendre pourquoi nous nous sommes adressés au Christ plutôt qu’à nos idoles...
24 Partant de là, il s'en alla dans le territoire de Tyr. Étant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré. |
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. |
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d'expulser le démon hors de sa fille. |
27 Et il lui disait : " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " |
28 Mais elle de répliquer et de lui dire : " Oui, Seigneur ! et les petit chiens sous la table mangent les miettes des enfants ! " |
29 Alors il lui dit : " A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. " |
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l'enfant étendue sur son lit et le démon parti. |
31 S'en retournant du territoire de Tyr, il vint par Sidon vers la mer de Galilée, à travers le territoire de la Décapole. |
32 Et on lui amène un sourd, qui de plus parlait difficilement, et on le prie de lui imposer les mains. |
33 Le prenant hors de la foule, à part, il lui mit ses doigts dans les oreilles et avec sa salive lui toucha la langue. |
34 Puis, levant les yeux au ciel, il poussa un gémissement et lui dit : " Ephphatha ", c'est-à-dire : " Ouvre-toi ! " |
35 Et ses oreilles s'ouvrirent et aussitôt le lien de sa langue se dénoua et il parlait correctement. |
36 Et Jésus leur recommanda de ne dire la chose à personne; mais plus il le leur recommandait, de plus belle ils la proclamaient. |
37 Ils étaient frappés au-delà de toute mesure et disaient : " Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. " |
Dans cette histoire, il est très intéressant de se demander pourquoi Marc a décidé de conserver le mot araméen «effatha». D'ordinaire, l'évangéliste cite des mots araméens soit lorsqu'ils étaient bien connus de ses auditeurs, soit lorsqu'ils leur disaient particulièrement beaucoup, à eux et à lui-même. En particulier, Marc conserve non seulement l'adresse du Seigneur Jésus au Père, «Abba», et Ses paroles d'abandon de Dieu sur la croix, mais aussi Ses paroles adressées à ceux qu'Il guérissait: par exemple à la fille de Jaïre, «talitha koumi», et voici aujourd'hui au sourd-muet. En quoi donc le mot «effatha» était-il si cher à l'évangéliste? Peut-être sentait-il qu'il s'adresse, dans une certaine mesure, non seulement au sourd-muet, mais aussi à chacun de ceux qui reconnaissent leur surdité, la fermeture de leur cœur, de leur ouïe spirituelle, leur incapacité d'entendre et de comprendre la Parole qui leur est adressée. Cela signifie qu'aujourd'hui le Seigneur, dans Sa langue maternelle, s'adresse à tous ceux qui veulent la guérison, qui veulent vivre de Sa vie, suivre Sa voie, et dit: «Effatha, ouvre-toi...»
5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : " Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? " |
6 Il leur dit : " Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. |
7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. |
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. " |
9 Et il leur disait : " Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. |
10 En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
11 Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Je déclare korbân c'est-à-dire offrande sacrée les biens dont j'aurais pu t'assister, |
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère |
13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre. " |
14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez ! |
15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! " |
Jésus distingue nettement la Tradition et les traditions. On accuse Ses disciples de manger du pain sans avoir accompli auparavant le rite prescrit de lavage des mains, bien que la Torah n’exige pas à proprement parler un tel lavage : ce n’était qu’un hommage à la tradition, et à une tradition tardive, enracinée dans la pratique de certains maîtres pharisiens.
Or de telles traditions tardives, purement humaines, qui flattaient l’amour-propre religieux de ceux qui les observaient, devenaient parfois la cause d’une violation effective du commandement, d’une destruction de la Tradition authentique. Certes, formellement, une telle violation était pleinement justifiée : car le premier commandement est plus grand que le cinquième, et celui qui s’efforce d’observer le premier commandement dans sa plénitude est parfois contraint de violer le cinquième commandement.
Mais dans le cas présent, il s’agit évidemment d’autre chose : en s’appuyant sur la primauté du premier commandement, on renonce en fait à aider des parents âgés. Bien souvent, il s’avérait plus simple de verser une certaine somme au trésor du Temple que de prendre soin de ses parents, et de tels dons étaient avantageux pour les autorités du Temple ; il n’est pas étonnant qu’à la fin on ait trouvé une justification « adéquate » à cette pratique qui, au fond, contredisait la Torah.
Mais Jésus, bien sûr, voit parfaitement toute la ruse des justifications proposées. Et Il la relie à l’attitude même envers la Tradition : non comme envers un guide sur le chemin de la justice menant au Royaume, mais comme envers un manuel d’aménagement moralement et religieusement confortable de sa vie. Et Il exprime le trait distinctif d’une telle attitude en deux phrases : ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche. Le côté extérieur, religieux, de la vie n’a aucun rapport avec la pureté spirituelle. Mais ce qui se passe dans le cœur, cela a un rapport avec elle. Le plus direct et le plus immédiat.
1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblèrent auprès de lui, |
2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées - |
3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens, |
4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition: lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain -, |
5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : " Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? " |
6 Il leur dit : " Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. |
7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. |
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. " |
9 Et il leur disait : " Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. |
10 En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
11 Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Je déclare korbân c'est-à-dire offrande sacrée les biens dont j'aurais pu t'assister, |
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère |
13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre. " |
14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez ! |
15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! " |
17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole. |
18 Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, |
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments . |
20 Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
21 Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, |
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. |
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. " . |
La lecture d'aujourd'hui nous ramène de nouveau à la question qui surgissait constamment dans les échanges de Jésus avec les pharisiens: la question de la révélation et de la tradition religieuse. Il y est question des normes et des règles de pureté rituelle admises chez une certaine partie des pharisiens. Les ablutions mentionnées dans le texte du passage sont sans aucun doute liées aux règles mentionnées dans l'Ancien Testament (par exemple dans le Livre du Lévitique), mais, à en juger par la description de l'évangéliste, leur nombre avait considérablement augmenté par rapport aux prescriptions de l'Ancien Testament. Cette attention exagérée aux questions de pureté rituelle était apparemment liée au fait que, pour les pharisiens qui observaient ces règles, elle était la condition principale d'une vie spirituelle pleine. En même temps, une attention exagérée à l'observance de certaines normes pouvait fort bien se combiner avec la négligence d'autres normes, et cette négligence trouvait ses justifications théologiques même lorsqu'il s'agissait d'une violation directe de l'un des dix commandements donnés par Dieu (v.9-13). Ici Jésus se heurte manifestement à un phénomène caractéristique, hélas, de toute tradition religieuse: en se développant et en se compliquant, ces traditions commencent souvent, avec le temps, à masquer le noyau auquel étaient liés leur naissance et leur formation première. Il peut finalement arriver que la vérité révélée par Dieu soit reléguée en arrière par des concepts théologiques créés par des théologiens inventifs. Quant à Jésus Lui-même, à la question de la pureté Il répond en désignant l'homme: c'est de l'état spirituel de l'homme (ou, pour parler le langage biblique, de l'état de son cœur) que dépend le fait qu'un homme soit pur ou non (v.18-23). Il ne s'agit plus ici, bien sûr, de pureté extérieure, rituelle, mais de pureté intérieure, qui détermine la qualité de la vie spirituelle. Et si le cœur de l'homme est pur, rien ne peut le souiller de l'extérieur.
1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblèrent auprès de lui, |
2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées - |
3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens, |
4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition: lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain -, |
5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : " Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? " |
6 Il leur dit : " Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. |
7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. |
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. " |
9 Et il leur disait : " Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. |
10 En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
11 Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Je déclare korbân c'est-à-dire offrande sacrée les biens dont j'aurais pu t'assister, |
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère |
13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre. " |
14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez ! |
15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! " |
17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole. |
18 Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, |
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments . |
20 Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. |
21 Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, |
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. |
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. " . |
Jésus donne au débat sur la tradition, sur la transmission, un tour tout à fait inattendu. Les ablutions mentionnées dans le texte étaient l'une de ces interprétations extensives des normes et des règles de pureté rituelle, dont une multitude apparut à l'époque du Second Temple. L'ablution purificatrice, ne serait-ce que des mains seulement, au retour du marché, était justement l'une de ces règles nouvellement établies.
Il y avait là comme un désir d'une sorte de « super-pureté » : au marché, il pouvait y avoir de tout, on y rencontrait toutes sortes de gens, l'impureté de toute espèce y abondait ; mieux valait donc, par précaution, accomplir une ablution, au moins partielle, au moins seulement des mains, avant de se mettre à table, où il faudrait rompre, et donc bénir, le pain. Or toutes ces traditions, comme en témoigne Jésus, ne pouvaient prévenir les déformations essentielles liées à la vie spirituelle, à des choses aussi fondamentales que l'observance des commandements. Le Sauveur lui-même donne l'exemple d'une telle transgression : promets de donner au Temple ce qui est nécessaire pour aider tes parents âgés, et tu peux déjà ne plus les aider, car Dieu est plus important.
Formellement, tout est correct et pieux, mais au fond c'est une violation du cinquième commandement. Comment cela est-il possible ? Jésus donne aussitôt la réponse, en la ramenant à une formule aphoristique : ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le souille, mais ce qui sort de lui. Dans d'autres évangiles, il est directement question de la bouche de l'homme ; il s'agit manifestement, d'une part, de la nourriture qui entre dans l'homme, et, d'autre part, des paroles. Bien sûr, derrière les paroles se tiennent toujours les intentions : ce sont elles qui souillent l'homme. Dans le Royaume, il en est vraiment ainsi, car le monde déchu et ses éléments n'ont déjà plus sur l'homme leur ancien pouvoir.
Pourquoi donc les hommes déplacent-ils souvent les accents de la vie spirituelle du principal vers le secondaire ? Jésus répond aussi à cette question. Il dit que ce que l'homme mange ne le souille pas ; au contraire, l'homme, s'il vit une vie spirituelle normale et pleine, est capable de sanctifier toute nourriture qui entre dans son corps. Quant à ce qui sort du corps, aux intentions et aux paroles, c'est là précisément que se décide si l'homme gardera la pureté ou se souillera. Cela se comprend : physiquement, l'homme est ce qu'il mange, mais seulement physiquement ; spirituellement, il est ce que son âme désire et vers quoi elle tend. Là où est le trésor, là aussi est le cœur. Mais si l'homme n'a pas de vie spirituelle normale, alors bien sûr toute impureté s'attachera à lui. Dans ce cas, cependant, aucune purification n'aidera, pas plus qu'aucun médicament n'aide celui qui est totalement privé d'immunité. C'est tout cela, comme autant de choses fondamentales pour la vie spirituelle, que Jésus rappelle aux gens qui l'écoutent.
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