6 Puis il me dit : " Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. |
7 Voici que mon retour est proche ! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. " |
8 C'est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela; une fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de l'Ange qui m'avait tout montré, pour l'adorer. |
9 Mais lui me dit : " Non, attention, je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre ; c'est Dieu qu'il faut adorer. " |
10 Il me dit encore : " Ne tiens pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le Temps est proche. |
11 Que le pécheur pèche encore, et que l'homme souillé se souille encore; que l'homme de bien vive encore dans le bien, et que le saint se sanctifie encore. |
12 Voici que mon retour est proche, et j'apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail. |
13 Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin. |
14 Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l'arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. |
15 Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et tous ceux qui se plaisent à faire le mal ! " |
16 Moi, Jésus, j'ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l'Étoile radieuse du matin. |
17 L'Esprit et l'Épouse disent : " Viens ! " Que celui qui entend dise : " Viens ! " Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. |
18 Je déclare, moi, à quiconque écoute les paroles prophétiques de ce livre : " Qui oserait y faire des surcharges, Dieu le chargera de tous les fléaux décrits dans ce livre ! |
19 Et qui oserait retrancher aux paroles de ce livre prophétique, Dieu retranchera son lot de l'arbre de Vie et de la Cité sainte, décrits dans ce livre ! " |
20 Le garant de ces révélations l'affirme : " Oui, mon retour est proche ! " Amen, viens, Seigneur Jésus ! |
21 Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! Amen. |
La vision de Jean s'achève par les paroles du messager de Dieu, qui annonce à l'apôtre que tout ce qu'il a vu doit arriver «bientôt» (v. 6-7). Il insiste pour que Jean ne cache pas ce qui lui a été révélé, précisément parce que «le temps est proche» (v. 10). Bien sûr, il ne s'agit pas de délais concrets, dont Jésus Lui-même refusait de parler en indiquant qu'ils ne sont connus que de son Père céleste (Mt 24:36). Il s'agit d'autre chose: les temps sont venus où rien ne nous sépare du Royaume. Nous vivons à l'époque du Royaume qui vient; dans le monde ont déjà lieu ces processus spirituels dont le sens fut révélé à Jean lorsqu'il en vit l'achèvement. Après la destruction du Second Temple en 70 apr. J.-C., a commencé une étape historique que l'on peut considérer comme la ligne droite finale sur le chemin du Royaume. Mais combien de temps durera cette ligne droite finale, Dieu seul le sait, peut-être aussi parce que sa durée est déterminée non seulement par Lui, mais, dans une mesure non moindre, sinon plus grande, par les hommes eux-mêmes. Du choix de chacun dépend le temps qu'il faudra pour que vienne le jour où l'on pourra dresser le bilan. Ce n'est pas par hasard que Jésus rappelle de nouveau à son apôtre le choix entre le chemin de la justice et le chemin du péché, choix qui attend chacun et qui, maintenant, à l'époque du Royaume qui vient, n'est pas moins important qu'auparavant (v. 11-17).
Ce n'est pas par hasard non plus que le livre dit qu'il ne faut rien y ajouter, ni rien en retrancher (v. 18-19). En effet, chacun connaît les nombreuses interprétations du livre de l'Apocalypse qui, bien souvent, ne font que déformer son sens spirituel en ramenant tout à des «histoires effrayantes» dans l'esprit et le style du catastrophisme si répandu aujourd'hui dans la littérature et le cinéma. Ce genre de littérature, d'ailleurs, n'est pas apparu aujourd'hui ni même hier: les auteurs d'autrefois aimaient aussi effrayer le lecteur par des tableaux «apocalyptiques» terrifiants. Il existait beaucoup de littérature de ce type au temps où Jean reçut sa révélation, c'est-à-dire dans les années 80 ou 90 du Ier siècle apr. J.-C. Or de tels livres n'aident aucunement ceux qui les lisent à se préparer spirituellement aux événements dont parle l'Apocalypse; ils ne font qu'agiter et effrayer le lecteur.
La tâche principale de Jean, qui a consigné ce qu'il avait vu, était d'orienter spirituellement les fidèles et de les préparer aux nouveaux défis qu'ils allaient devoir affronter dans les temps où ils allaient vivre, temps de lutte et d'affrontement du Royaume avec les forces des ténèbres, lutte qui n'a pas toujours l'apparence spectaculaire montrée dans les thrillers mystiques, mais qui n'en cesse pas pour autant d'être moins sérieuse ou moins terrible. L'Apocalypse n'est pas une «histoire effrayante»; elle a été écrite pour devenir une carte et une boussole pour ceux à qui il importe de ne pas s'écarter du chemin qui conduit au Royaume et de ne pas se tromper sur ceux qui cherchent à empêcher les fidèles d'avancer vers le but.
6 Puis il me dit : " Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. |
7 Voici que mon retour est proche ! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. " |
8 C'est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela; une fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de l'Ange qui m'avait tout montré, pour l'adorer. |
9 Mais lui me dit : " Non, attention, je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre ; c'est Dieu qu'il faut adorer. " |
10 Il me dit encore : " Ne tiens pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le Temps est proche. |
11 Que le pécheur pèche encore, et que l'homme souillé se souille encore; que l'homme de bien vive encore dans le bien, et que le saint se sanctifie encore. |
12 Voici que mon retour est proche, et j'apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail. |
13 Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin. |
14 Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l'arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. |
15 Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et tous ceux qui se plaisent à faire le mal ! " |
16 Moi, Jésus, j'ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l'Étoile radieuse du matin. |
17 L'Esprit et l'Épouse disent : " Viens ! " Que celui qui entend dise : " Viens ! " Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. |
18 Je déclare, moi, à quiconque écoute les paroles prophétiques de ce livre : " Qui oserait y faire des surcharges, Dieu le chargera de tous les fléaux décrits dans ce livre ! |
19 Et qui oserait retrancher aux paroles de ce livre prophétique, Dieu retranchera son lot de l'arbre de Vie et de la Cité sainte, décrits dans ce livre ! " |
20 Le garant de ces révélations l'affirme : " Oui, mon retour est proche ! " Amen, viens, Seigneur Jésus ! |
21 Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! Amen. |
Jean se prosterne devant l’ange, mais celui-ci l’arrête. Oui, l’apôtre, et nous avec lui, avons été témoins de la grande puissance des anges. Mais, comme nous, ils ne sont que les serviteurs de Celui qui nous envoie un avertissement sur la manière de nous conduire dans les épreuves à venir et sur ce à quoi nous devons être prêts. L’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin—Il est tout. Chaque personne peut reconnaître qu’elle est faible et impuissante, et qu’elle est un être assez déplaisant lorsqu’elle considère tout ce qui la remplit intérieurement. Pourtant, en tout temps—aujourd’hui comme lorsque l’apôtre Jean consignait sans rien cacher ce qu’il avait vu—les hommes étaient tout aussi faibles et pécheurs. Mais chaque jour peut commencer par les mots sur lesquels s’achève la Sainte Écriture : « Amen, viens, Seigneur Jésus. »
13 Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin. |
Les représentations traditionnelles de la grande majorité des peuples de la terre sur l'univers supposent l'existence de deux ou trois mondes. Le plus souvent il s'agit du monde supérieur — le monde des dieux et des esprits supérieurs, le monde médian — le monde des hommes et le monde inférieur — le monde des morts ou le monde des ténèbres, où avec les ombres des morts habitent d'habitude encore les esprits inférieurs et mauvais. Dans certains cas le monde médian et le monde supérieur s'unissent, mais le monde inférieur est toujours perçu, comme à part, séparé du monde des vivants.
En principe, le tableau biblique du monde ne se distingue pas principalement du traditionnel: il s'agit «des cieux», le monde spirituel, le monde, où demeure Dieu, le monde, que l'on peut considérer "supérieur", du monde «médian» des vivants et du monde «inférieur» des mort, qui s'appelle en hébreux sheol (dans les livres bibliques de langue Grecque, le sheol est appelé en grec «Hadès», qui signifie en français «enfer»). Mais le tableau biblique du monde commence à changer déjà au temps des derniers prophètes, auxquels était révélée la réalité du royaume messianique (ils l'appelaient même parfois de Royaume de Dieu). Et dans l'expérience liturgique de l'époque du Premier Temple le Royaume se révélait au peuple, comme des visions du Trône de la Gloire, ce Trône de Dieu, qu’ont vu certains prophètes (par exemple, Isaïe de Jérusalem). Ces révélations ont changé le regard du peuple, de la communauté sur «le monde supérieur» : car ce Royaume de Dieu, qui ne s'associait exceptionnellement qu’avec les «cieux», en restant étranger au monde des hommes, selon le témoignage des prophètes, un jour, avec l'arrivée du Messie, devait entrer aussi dans le monde des hommes. Dans le contexte de la tradition prophétique deviennent clair et les mots du Sauveur sur le Royaume, qui «est proche». Il est proprement venu pour que le Royaume puisse entrer dans notre monde, en le transfigurant.
Mais si le monde entier devient une partie du Royaume, toutes les anciennes divisions à l’intérieur cessent d'être relevantes. Maintenant, après la venue du Messie, on ne peut plus déjà parler des «cieux», qui existent séparément du «monde médian» : puisque le Royaume entre maintenant dans notre monde, et il n’y a plus l’ancienne frontière entre lui et notre monde. D'autre part, il n’y a plus et «le monde inférieur», le sheol dans sa qualité ancienne: car dans une telle qualité il est incompatible avec le Royaume.
Il reste seulement le Royaume lui-même élargissant son espace spirituel dans notre monde, et ce qui s'appelle dans les livres du Nouveau Testament «ténèbres extérieures». Et ces ténèbres extérieures existent par rapport au Royaume parce qu’il y a dans le monde des forces et des gens, pour qui le Royaume est inacceptable, et qui à leur tour, sont incompatibles avec le Royaume. Ils se trouvent dans les ténèbres extérieures, sur le mauvais côté du monde transfiguré. Non parce qu’ils sont expulsés, mais à cause de ce choix, qu’ils font par leur propre volonté.
13 Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin. |
Les représentations traditionnelles de l'immense majorité des peuples de la terre au sujet de l'univers supposent l'existence de deux ou trois mondes. Le plus souvent il s'agit du monde d'en haut, le monde des dieux et des esprits supérieurs, du monde du milieu, le monde des hommes, et du monde d'en bas, le monde des morts ou le monde des ombres, où, avec les ombres des défunts, habitent d'ordinaire aussi des esprits inférieurs et mauvais.
Dans certains cas, le monde du milieu et le monde d'en haut sont réunis, mais le monde d'en bas est toujours perçu comme séparé, distinct du monde des vivants. En principe, l'image biblique du monde ne diffère pas fondamentalement de l'image traditionnelle: il est question des «cieux», du monde spirituel, du monde où Dieu demeure, monde que l'on peut considérer comme «supérieur»; du monde «du milieu», celui des vivants; et du monde «d'en bas», celui des morts, qui en hébreu s'appelle le shéol (dans les livres bibliques de langue grecque, le shéol est nommé en grec «Hadès», terme auquel est lié le mot russe «ad», enfer).
L'image biblique du monde commence déjà à changer au temps des derniers prophètes, auxquels fut révélée la réalité du Royaume messianique (ils l'appelaient parfois aussi Royaume de Dieu). Et dans l'expérience liturgique, cultuelle, de l'époque du Premier Temple, le Royaume se révélait au peuple comme des visions du Trône de Gloire, ce Trône de Dieu que virent aussi certains prophètes (par exemple Isaïe de Jérusalem).
Ces révélations changèrent le regard du peuple-communauté sur le «monde d'en haut»: car ce Royaume de Dieu, qui était associé exclusivement aux «cieux» et demeurait étranger au monde des hommes, devait un jour, selon le témoignage des prophètes, avec la venue du Messie, entrer aussi dans le monde des hommes. Dans le contexte de la tradition prophétique, les paroles du Sauveur sur le Royaume qui «s'est approché» deviennent compréhensibles. Il est précisément venu pour que le Royaume puisse entrer dans notre monde et le transfigurer.
Mais si le monde entier devient partie du Royaume, toutes les anciennes divisions en lui cessent d'être pertinentes. Désormais, après la venue du Messie, on ne peut plus parler des «cieux» qui existeraient séparément du «monde du milieu»: car le Royaume entre maintenant dans notre monde, et l'ancienne frontière entre lui et notre monde n'existe plus. D'autre part, il n'y a plus non plus de «monde d'en bas», de shéol dans son ancienne qualité: car, en cette qualité, il est incompatible avec le Royaume.
Il ne reste que le Royaume lui-même, qui élargit son espace spirituel dans notre monde, et ce que les livres du Nouveau Testament appellent «les ténèbres du dehors». Et ces ténèbres extérieures par rapport au Royaume existent parce qu'il y a dans le monde des forces et des hommes pour lesquels le Royaume est inacceptable et qui, à leur tour, sont incompatibles avec le Royaume. Ce sont eux qui se retrouvent dans les ténèbres du dehors, sur l'envers du monde transfiguré. Non parce qu'on les chasse, mais à cause du choix qu'ils font de leur propre volonté.
14 Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l'arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. |
Dans la figuration du Livre de la Révélation, on rencontre beaucoup d’éléments traditionnels pour la tradition visionnaire prophétique. À de tels éléments se rapporte l'image de la Jérusalem Céleste, apparue pour la première fois dans les sermons d'Isaïe le Babylonien et fixée par écrit dans la deuxième partie du livre d’Isaïe. Cette image est liée à la représentation traditionnelle, encore avant la captivité du Royaume, comme d’un État terrestre avec pour capitale Jérusalem. Bien sûr, le Messie, Qui, selon la tradition prophétique d’avant captivité, devait être le chef de cet État, comme on s'attendait, mettra en place des lois correspondant entièrement à la Torah. Et le droit d'y s'installer, ce qui n'est pas étonnant, recevraient seulement ceux qui sont prêts et d'accord à observer les lois établies.
Certes, dans de telles représentations du Royaume, il y a encore beaucoup de terrestre, d’humain. Mais le rôle de la Torah et des commandements donnés par Dieu pour la vie dans le Royaume est reflété tout à fait adéquatement en elles. C’est déjà autre chose, que le Royaume ne s’est pas avéré tel qu’on s’attendait à le voir à la période d’avant captivité, quand plusieurs le percevaient encore comme un État terrestre.
Dans la période d’avant captivité, en plusieurs, grâce au sermon d'Isaïe le Babylonien, les représentations sur le Royaume ont commencé à changer, bien que même aux temps évangéliques dans la conscience massive elles sont restées en plusieurs les mêmes, qu’elles étaient à la période d’avant captivité.
Mais tout de même si ce n’est pas tous, alors ne serait-ce qu’à certains il est devenu clair ce que Jésus voulait dire lorsqu’il a dit que Son Royaume «n’est pas de ce monde». Mais ceci n’exonérait bien sûr pas de l'observation de la Torah les chercheurs du Royaume: il fallait maintenant simplement parler non plus seulement de la Torah externe, de la loi et des normes et règles religieuses, mais de la Torah interne qui devient pour celui qui vit une vie spirituelle non seulement un code moral, mais aussi le pivot spirituel, rendant l’observation des commandements plus organique. Et seulement dans ce cas, comme on voit, s’ouvre au chercheur du Royaume le chemin direct au but.
14 Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l'arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. |
Dans l'imagerie du livre de l'Apocalypse se rencontrent de nombreux éléments traditionnels de la tradition prophétique visionnaire. Parmi ces éléments se trouve aussi l'image de la Jérusalem céleste, apparue pour la première fois dans les prédications de l'Isaïe de Babylone et fixée par écrit dans la seconde partie du livre d'Isaïe.
Cette image est liée à la représentation traditionnelle, encore préexilique, du Royaume comme d'un État terrestre ayant sa capitale à Jérusalem. Bien sûr, le Messie, qui, selon la tradition prophétique préexilique, devait devenir le chef de cet État, y établirait, comme on s'y attendait, des lois entièrement conformes à la Torah. Et le droit d'y demeurer, ce qui n'a rien d'étonnant, ne serait accordé qu'à ceux qui étaient prêts et d'accord pour observer les lois établies.
Certes, dans de telles représentations du Royaume, il y a encore beaucoup de terrestre, d'humain. Mais le rôle de la Torah et des commandements donnés par Dieu pour la vie dans le Royaume y est reflété de façon tout à fait adéquate. Autre chose est que le Royaume lui-même s'est révélé ne pas être tel qu'on s'attendait à le voir à l'époque préexilique, lorsque beaucoup le percevaient encore précisément comme un État terrestre. À l'époque postexilique, en grande partie grâce à la prédication de l'Isaïe de Babylone, les représentations du Royaume commencèrent à changer, bien que même aux temps évangéliques, dans la conscience collective, elles soient restées pour beaucoup telles qu'elles étaient à l'époque préexilique.
Et pourtant, sinon à tous, du moins à certains, il devint clair ce que Jésus avait en vue lorsqu'il disait que son Royaume «n'est pas de ce monde». Mais cela ne dispensait évidemment pas ceux qui cherchaient le Royaume d'observer la Torah: simplement, il fallait désormais parler non plus seulement, ni même surtout, de la Torah extérieure, de la législation et des normes et règles religieuses, mais de la Torah intérieure, qui, pour l'homme vivant d'une vie spirituelle, devient non pas simplement un code moral, mais un axe spirituel rendant l'observance des commandements tout à fait organique. Et c'est seulement dans ce cas, comme on le voit, que s'ouvre au chercheur du Royaume la route directe vers le but.
17 L'Esprit et l'Épouse disent : " Viens ! " Que celui qui entend dise : " Viens ! " Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. |
L'image de l'eau, pour l'habitant du désert, a toujours été un symbole de vie. Dans les livres bibliques, cette image a reçu une signification supplémentaire : elle est devenue symbole du Royaume de Dieu, ou Royaume messianique, tel qu'il se révélait aux prophètes.
Ézéchiel voit couler, de dessous le Temple qu'il a vu en vision, un fleuve d'eau vive : il lui fut révélé que le Second Temple, que construiraient en leur temps les rapatriés revenus de la captivité babylonienne, accueillerait le Messie et verrait le commencement du Royaume que le Messie apporterait au monde. Le juste, comme en témoigne l'auteur du premier psaume, viendra dans la terre bénie où coulent des fleuves d'eau vive : le chemin de la justice s'achève dans le Royaume.
Jean parle lui aussi de cette eau de la vie : il la voit couler directement du Royaume dont le triomphe lui fut révélé dans sa vision apocalyptique. L'apôtre témoigne que cette eau, la vie du Royaume, est accessible à chacun : le souffle même du Royaume témoigne de cette vie et appelle à y participer, et l'Église en témoigne aussi, appelée dans le texte « l'épouse », comme d'autres apôtres l'ont souvent appelée.
Ici, comme en peu d'autres endroits des livres du Nouveau Testament, se reflète clairement ce qui constituait le fondement de l'enseignement de l'Église des premiers chrétiens sur le salut : le Royaume est déjà entré dans le monde, son histoire a commencé le jour de la Pentecôte, il n'est plus futur mais présent, et l'on peut participer à sa vie ici et maintenant.
En même temps, son histoire ne fait que commencer : le Royaume ne fait dans le monde que ses premiers pas, toute une époque l'attend encore, et selon les mesures de ce vieux monde elle durera longtemps. Mais il n'est pas du tout nécessaire à chaque personne d'attendre son achèvement et le triomphe du Royaume, ce jour où il se révélera dans toute sa plénitude.
La possibilité de vivre de sa vie est accessible à quiconque le désire, même maintenant, alors que l'histoire du Royaume ne fait encore que commencer. Car sa plénitude est toujours la même, elle se révèle seulement au monde à des degrés différents aux différentes étapes de son développement et de son entrée dans le monde ; c'est pourquoi l'homme qui cherche le Royaume peut toujours le recevoir dans toute la plénitude qu'il est seulement capable de contenir. L'histoire du salut a commencé, et l'apôtre appelle chaque chercheur à y entrer afin que le jour du retour du Messie et du triomphe du Royaume devienne aussi son jour.
17 L'Esprit et l'Épouse disent : " Viens ! " Que celui qui entend dise : " Viens ! " Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. |
Cet appel avait déjà retenti dans l'Évangile : que celui qui a soif vienne et boive gratuitement l'eau de la vie. Désormais chacun peut participer au Royaume, non par ses mérites, non après avoir gagné le droit à une telle participation, mais simplement parce qu'il désire cette participation et la cherche. Mais ensuite retentira aussi l'avertissement que « le temps est proche ». Cela peut paraître étrange si l'on se rappelle que le livre a été écrit il y a presque deux mille ans et que la fin de l'histoire n'est toujours pas arrivée. Toutefois, la proximité signifie ici, très probablement, non la chronologie, mais la logique interne du processus. Le terme est réellement proche en ce sens que l'histoire comme telle, l'histoire déterminée par ses propres lois purement historiques, est effectivement terminée.
Ce qui nous paraît être la continuation de l'ancien processus historique est en réalité déjà une méta-histoire, déterminée par la dynamique de l'entrée du Royaume dans le monde. Bien sûr, la projection de cette dynamique sur notre temps est imprévisible quant aux délais, qui peuvent se déplacer dans n'importe quel sens ; c'est pourquoi le Sauveur dit que seul le Père connaît le jour et l'heure de Son retour dans la gloire et de la fin des temps.
Il ne s'agit pas du fait que le Père cacherait spécialement quelque chose, encore moins au Fils, mais du fait que selon notre temps, selon le temps du monde déchu, il n'y a réellement aucune certitude sur les délais, qui peuvent changer. Mais il n'y a plus rien qui doive encore se produire pour que le retour du Sauveur devienne possible. À proprement parler, toute l'histoire actuelle est la ligne droite finale et la préparation immédiate à Son retour ; c'est pourquoi l'on peut parler de la proximité des délais.
Cela n'annule pourtant pas les processus de détermination spirituelle personnelle des individus, et parfois de communautés entières, qui se déroulent dans le monde déchu. C'est précisément en ce sens qu'il est question des justes qui se sanctifient encore, et des injustes qui continuent à commettre leurs actes injustes. L'époque du Royaume qui vient est l'époque du choix spirituel immédiat, que l'on peut déjà faire maintenant pour toute l'éternité.
Mais on peut bien sûr aussi le remettre jusqu'à la toute fin, jusqu'au dernier jour, jusqu'au moment où il ne sera plus possible de se dérober et où il faudra tout de même choisir ; car alors le refus de choisir deviendra en lui-même un choix, et nullement le choix du Royaume. C'est pourquoi l'ange ordonne à Jean de ne pas cacher le contenu du livre, de ne pas le sceller : chacun doit connaître la situation spirituelle actuelle, le sens spirituel de notre époque et son achèvement. Non par curiosité, mais parce qu'il s'agit ici du salut, du Royaume et du « lac de feu », de la vie et de la mort.
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