1 L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m'a donné l'onction; il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance,
2 proclamer une année de grâce de la part de Yahvé et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés,
3 pour mettre aux affligés de Sion pour leur donner un diadème au lieu de cendre, de l'huile de joie au lieu d'un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d'un esprit abattu; et on les appellera térébinthes de justice, plantation de Yahvé pour se glorifier.
4 Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d'autrefois; ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées.
5 Des étrangers se présenteront pour paître vos troupeaux, des immigrants seront vos laboureurs et vos vignerons.
6 Mais vous, vous serez appelés prêtres de Yahvé, on vous nommera ministres de notre Dieu. Vous vous nourrirez des richesses des nations, vous leur succéderez dans leur gloire.
7 Au lieu de votre honte, vous aurez double part; au lieu de l'humiliation, les cris de joie seront leur part; aussi recevront-ils double héritage dans leur pays et auront-ils une joie éternelle.
8 Car moi, Yahvé, qui aime le droit, qui hais le vol et l'injustice, je leur donnerai fidèlement leur récompense et je conclurai avec eux une alliance éternelle.
9 Leur race sera célèbre parmi les nations, et leur descendance au milieu des peuples; tous ceux qui les verront les reconnaîtront comme une race que Yahvé a bénie.
10 Je suis plein d'allégresse en Yahvé, mon âme exulte en mon Dieu, car il m'a revêtu de vêtements de salut, il m'a drapé dans un manteau de justice, comme l'époux qui se coiffe d'un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux.
11 Car de même que la terre fait éclore ses germes et qu'un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur Yahvé fait germer la justice et la louange devant toutes les nations.
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La lecture d’aujourd’hui nous propose de nouveau la prédication messianique d’Isaïe de Babylone. Entre autres choses, elle est remarquable parce que c’est précisément elle, comme nous le dit l’Évangile, que Jésus a lue dans la synagogue de Nazareth. Pourtant, dans le texte même du passage d’aujourd’hui, rien n’indique qu’il y soit question du Messie plutôt que du prophète lui-même, témoignant de sa mission : annoncer la proximité du Royaume messianique (v. 1–3). Bien sûr, Isaïe parle ici surtout du retour prochain des Juifs sur la terre de leurs pères et de la renaissance de la Judée après des décennies de désolation (v. 3–6). Mais en même temps, le prophète mentionne les pauvres, ou les « humbles », auxquels il est envoyé porter la bonne nouvelle de la consolation (v. 1).
Il est tout à fait possible que le premier verset vise une situation très concrète, liée aux persécutions que la communauté juive subissait probablement dans les dernières années de l’existence de Babylone. Pourtant, le mot hébreu que l’on traduit d’ordinaire en russe par « indigents » ou « pauvres » porte aussi un autre sens, lié à la compréhension de la pauvreté comme état spirituel, supposant l’abandon complet de soi à la volonté de Dieu. De tels pauvres ne pourraient recevoir ce qu’ils attendaient que lorsque le Messie promis par Dieu viendrait dans le monde, et avec Lui le Royaume messianique. En disant qu’il est envoyé porter à ces pauvres une bonne nouvelle, Isaïe voulait donc manifestement attester aussi la proximité du Royaume qu’ils attendaient.
Et nous voici de nouveau devant l’entrelacement de la perspective historique et de la perspective messianique : d’un côté, la fin de l’exil et le retour des Juifs sur la terre de leurs pères étaient un événement pleinement inscrit dans les cadres de l’histoire terrestre ; de l’autre, cet événement devint le début d’un processus qui, des siècles plus tard, s’acheva réellement par la venue du Sauveur. Bien sûr, tout ne se passa pas aussi facilement ni aussi vite que l’espéraient les rapatriés qui revenaient en Judée, et peut-être Isaïe lui-même. Mais la seule force spirituelle qui détermina l’histoire postexilique du peuple de Dieu fut précisément la venue du Christ ; en ce sens, la perspective messianique si clairement visible à la fin même de l’époque de l’exil devient visible, bien sûr, nullement par hasard.
Dans le monde spirituel, il y a ses lois et son cours du temps. Mais toutes les lignes de l’histoire, à la fin des temps, convergent vers un seul point : celui où triomphe le Ressuscité, qui a apporté au monde le Royaume.
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