RÉFLEXIONS pour Is 61:1-11
La lecture d’aujourd’hui nous propose de nouveau la prédication messianique d’Isaïe de Babylone. Entre autres choses, elle est remarquable parce que c’est précisément elle, comme nous le dit l’Évangile, que Jésus a lue dans la synagogue de Nazareth. Pourtant, dans le texte même du passage d’aujourd’hui, rien n’indique qu’il y soit question du Messie plutôt que du prophète lui-même, témoignant de sa mission : annoncer la proximité du Royaume messianique (v. 1–3). Bien sûr, Isaïe parle ici surtout du retour prochain des Juifs sur la terre de leurs pères et de la renaissance de la Judée après des décennies de désolation (v. 3–6). Mais en même temps, le prophète mentionne les pauvres, ou les « humbles », auxquels il est envoyé porter la bonne nouvelle de la consolation (v. 1).
Il est tout à fait possible que le premier verset vise une situation très concrète, liée aux persécutions que la communauté juive subissait probablement dans les dernières années de l’existence de Babylone. Pourtant, le mot hébreu que l’on traduit d’ordinaire en russe par « indigents » ou « pauvres » porte aussi un autre sens, lié à la compréhension de la pauvreté comme état spirituel, supposant l’abandon complet de soi à la volonté de Dieu. De tels pauvres ne pourraient recevoir ce qu’ils attendaient que lorsque le Messie promis par Dieu viendrait dans le monde, et avec Lui le Royaume messianique. En disant qu’il est envoyé porter à ces pauvres une bonne nouvelle, Isaïe voulait donc manifestement attester aussi la proximité du Royaume qu’ils attendaient.
Et nous voici de nouveau devant l’entrelacement de la perspective historique et de la perspective messianique : d’un côté, la fin de l’exil et le retour des Juifs sur la terre de leurs pères étaient un événement pleinement inscrit dans les cadres de l’histoire terrestre ; de l’autre, cet événement devint le début d’un processus qui, des siècles plus tard, s’acheva réellement par la venue du Sauveur. Bien sûr, tout ne se passa pas aussi facilement ni aussi vite que l’espéraient les rapatriés qui revenaient en Judée, et peut-être Isaïe lui-même. Mais la seule force spirituelle qui détermina l’histoire postexilique du peuple de Dieu fut précisément la venue du Christ ; en ce sens, la perspective messianique si clairement visible à la fin même de l’époque de l’exil devient visible, bien sûr, nullement par hasard.
Dans le monde spirituel, il y a ses lois et son cours du temps. Mais toutes les lignes de l’histoire, à la fin des temps, convergent vers un seul point : celui où triomphe le Ressuscité, qui a apporté au monde le Royaume.
