2 " Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils.
3 Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir.
4 De nouveau il envoya d'autres serviteurs avec ces mots : " Dites aux invités : "Voici, j'ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces. "
5 Mais eux, n'en ayant cure, s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce;
6 et les autres, s'emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : "La noce est prête, mais les invités n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. "
10 Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.
11 " Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces.
12 "Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?" L'autre resta muet.
13 Alors le roi dit aux valets : "Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. "
14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. "
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La lecture d'aujourd'hui nous propose une autre parabole de Jésus sur le Royaume : la parabole du festin de noces. Pour en comprendre le sens, il est important de garder à l'esprit que les relations entre Dieu et le peuple de Dieu, dès la prédication du prophète Osée, furent souvent comparées aux relations conjugales. Et dans le contexte de l'enseignement du prophète Jérémie sur le renouvellement de l'alliance entre Dieu et le peuple de Dieu au jour de la venue du Messie, le festin de noces devient le symbole du Royaume messianique.
La parabole de Jésus explique ce qui empêche les invités de venir à ce festin. D'une part, l'attachement à tout ce qui est terrestre, à tout ce qui fait oublier le Royaume, les en empêche (v. 3-9). Il s'agit ici, de toute évidence, de la situation qui s'était formée dans le peuple de Dieu avant même l'exil, lorsque la prédication messianique retentit pour la première fois en Israël. En ces temps-là, le messianisme était effectivement tout entier traversé par la politique, et beaucoup comprenaient le Royaume de manière entièrement terrestre, comme un État juif indépendant et puissant qui serait fondé par le Messie envoyé par Dieu. Mais même après l'exil babylonien, déjà à l'époque évangélique, la religiosité populaire supposait précisément cette représentation du Royaume. Il n'est pas étonnant que ce messianisme ait été condamné à l'échec : car il n'y avait pas, dans le dessein de Dieu, un tel royaume terrestre. Or le refus des prophètes était souvent lié justement au fait qu'ils disaient du Royaume autre chose que ce que la majorité attendait d'eux. Il n'est pas étonnant que ceux qui attendaient un royaume terrestre finissent par s'effondrer : car ils rejettent le Royaume authentique au profit de leur propre idée. Mais des problèmes surviennent aussi chez ceux qui se hâtent volontiers vers le festin de noces. Ce n'est pas par hasard que la parabole mentionne un homme entré dans la salle du banquet sans vêtement de noces (v. 11-14). À première vue, le reproche paraît étrange, compte tenu du genre de personnes rassemblées au festin (v. 9-10). Mais en ce temps-là, c'était le maître de maison qui envoyait le vêtement de fête aux invités ; il ne leur restait donc qu'à le revêtir. Dans une telle situation, négliger le vêtement envoyé signifiait manquer de respect au maître de maison, prétendre que le vêtement de l'invité n'était pas pire, et peut-être même meilleur, que celui qu'avait envoyé l'ordonnateur du festin.
Ce n'est pas par hasard que la parabole du festin de noces continue l'entretien de Jésus avec les grands prêtres et les anciens au sujet du « baptême de Jean » : car ce qui arrêtait beaucoup de pharisiens, c'était précisément qu'ils ne se considéraient pas comme ayant besoin d'une purification quelconque, étant convaincus qu'ils étaient déjà aptes au Royaume. Or il apparaît que l'acceptation du Royaume à elle seule ne suffit pas ; il faut encore une véritable humilité, la reconnaissance de sa propre non-préparation à la vie en lui. Et alors seulement il deviendra possible de revêtir le vêtement remis par le Roi.
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