1 Et il advint, un jour qu'il enseignait le peuple dans le Temple, et annonçait la Bonne Nouvelle, que les grands prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, |
2 et lui parlèrent en ces termes : " Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t'a donné cette autorité ? " |
3 Il leur répondit : " Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi donc : |
4 le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? " |
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
7 Et ils répondirent ne pas savoir d'où il était. |
8 Et Jésus leur dit : " Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. " |
9 Il se mit alors à dire au peuple la parabole que voici : " Un homme planta une vigne, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage pour un temps assez long. |
10 " Le moment venu, il envoya un serviteur aux vignerons pour qu'ils lui donnent une part du fruit de la vigne ; mais les vignerons le renvoyèrent les mains vides, après l'avoir battu. |
11 Il recommença, envoyant un autre serviteur; et celui-là aussi, ils le battirent, le couvrirent d'outrages et le renvoyèrent les mains vides. |
12 Il recommença, envoyant un troisième; et celui-là aussi, ils le blessèrent et le jetèrent dehors. |
13 Le maître de la vigne se dit alors : "Que faire ? je vais envoyer mon fils bien-aimé ; peut-être respecteront-ils celui-là. " |
14 Mais, à sa vue, les vignerons faisaient entre eux ce raisonnement : "Celui-ci est l'héritier ; tuons-le, pour que l'héritage soit à nous. " |
15 Et, le jetant hors de la vigne, ils le tuèrent. " Que leur fera donc le maître de la vigne ? |
16 Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. " A ces mots, ils dirent : " A Dieu ne plaise ! " |
17 Mais, fixant sur eux son regard, il dit : " Que signifie donc ceci qui est écrit : La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte ? |
18 Quiconque tombera sur cette pierre s'y fracassera, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. " |
19 Les scribes et les grands prêtres cherchèrent à porter les mains sur lui à cette heure même, mais ils eurent peur du peuple. Ils avaient bien compris, en effet, que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. |
20 Ils se mirent alors aux aguets et lui envoyèrent des espions, qui jouèrent les justes pour le prendre en défaut sur quelque parole, de manière à le livrer à l'autorité et au pouvoir du gouverneur. |
21 Ils l'interrogèrent donc en disant : " Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. |
22 Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? " |
23 Mais, pénétrant leur astuce, il leur dit: |
24 " Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'effigie et l'inscription ? " Ils dirent : " De César ". |
25 Alors il leur dit : " Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " |
26 Et ils ne purent le prendre en défaut sur quelque propos devant le peuple et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence. |
Tel est le destin difficile de la révélation chrétienne : tous ceux qui pouvaient en tirer quelque chose pour eux-mêmes ont sans cesse tenté de l'utiliser à leurs propres fins. Mais sa véritable divinité tient précisément à ce que ces tentatives n'ont jamais réussi jusqu'au bout et que, tôt ou tard, elles ont échoué.
Tel est aussi le destin de ceux qui essaient de présenter la Bonne Nouvelle chrétienne comme un manuel de révolution, et le Christ comme le principal révolutionnaire de tous les temps et de tous les peuples. De telles tentatives ont été entreprises plus d'une fois dans l'histoire de la culture européenne. Pourtant, c'est précisément à elles que l'on peut opposer les paroles de la lecture évangélique d'aujourd'hui : « rendez à César ce qui est à César ». C'est sans doute de ces paroles que s'inspiraient les apôtres Paul et Pierre lorsqu'ils disaient au peuple de Dieu les paroles suivantes. « Soyez donc soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs » (1 P 2:13). « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu » (Rm 13:1).
Dans un seul cas la soumission aux autorités est impossible : lorsque le pouvoir s'attribue des prérogatives divines ; ce qui est à Dieu ne peut être donné qu'à Dieu. C'est précisément pourquoi les premiers chrétiens sont allés, d'un côté, contre les paroles de Pierre et de Paul ; mais, d'un autre côté, si l'on regarde plus profondément les trois citations mentionnées ici, on comprend qu'ils suivaient le seul chemin juste.
1 Et il advint, un jour qu'il enseignait le peuple dans le Temple, et annonçait la Bonne Nouvelle, que les grands prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, |
2 et lui parlèrent en ces termes : " Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t'a donné cette autorité ? " |
3 Il leur répondit : " Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi donc : |
4 le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? " |
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
7 Et ils répondirent ne pas savoir d'où il était. |
8 Et Jésus leur dit : " Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. " |
9 Il se mit alors à dire au peuple la parabole que voici : " Un homme planta une vigne, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage pour un temps assez long. |
10 " Le moment venu, il envoya un serviteur aux vignerons pour qu'ils lui donnent une part du fruit de la vigne ; mais les vignerons le renvoyèrent les mains vides, après l'avoir battu. |
11 Il recommença, envoyant un autre serviteur; et celui-là aussi, ils le battirent, le couvrirent d'outrages et le renvoyèrent les mains vides. |
12 Il recommença, envoyant un troisième; et celui-là aussi, ils le blessèrent et le jetèrent dehors. |
13 Le maître de la vigne se dit alors : "Que faire ? je vais envoyer mon fils bien-aimé ; peut-être respecteront-ils celui-là. " |
14 Mais, à sa vue, les vignerons faisaient entre eux ce raisonnement : "Celui-ci est l'héritier ; tuons-le, pour que l'héritage soit à nous. " |
15 Et, le jetant hors de la vigne, ils le tuèrent. " Que leur fera donc le maître de la vigne ? |
16 Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. " A ces mots, ils dirent : " A Dieu ne plaise ! " |
17 Mais, fixant sur eux son regard, il dit : " Que signifie donc ceci qui est écrit : La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte ? |
18 Quiconque tombera sur cette pierre s'y fracassera, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. " |
Il y a une sorte de fatalisme dans la parabole des vignerons : les grands prêtres doivent tuer le Fils envoyé, tout comme leurs ancêtres tuaient et persécutaient les prophètes. Mais il existe une issue à ce cercle fatal, car tout auditeur d’une parabole peut s’identifier à tel ou tel personnage et voir comment il lui faut agir pour suivre le chemin qu’il a choisi. En ce sens, chacun de nous choisit librement son propre chemin, tandis que la parabole ne fait que lui indiquer les alternatives existantes et le moyen de sortir de la situation. Ici aussi, la question est posée sans détour : les grands prêtres peuvent soit s’identifier à ceux qui tuaient et persécutaient les prophètes, soit ne pas le faire et obtenir la possibilité de reconnaître librement en Jésus l’Oint, le Christ. Mais ils préfèrent ne pas prendre de risques et simplement écarter Jésus, qui les a offensés. Si seulement nous savions utiliser les paraboles conformément à leur but et y voir non pas le constat d’une tragédie à venir, mais un défi, une occasion de plus de choisir...
1 Et il advint, un jour qu'il enseignait le peuple dans le Temple, et annonçait la Bonne Nouvelle, que les grands prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, |
2 et lui parlèrent en ces termes : " Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t'a donné cette autorité ? " |
3 Il leur répondit : " Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi donc : |
4 le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? " |
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
7 Et ils répondirent ne pas savoir d'où il était. |
8 Et Jésus leur dit : " Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. " |
La question de l'autorité, posée par les pharisiens à Jésus, leur revient manifestement comme un boomerang : à Son tour, Il leur pose une question en retour, à laquelle ils n'ont pas tant du mal à répondre qu'ils ont simplement peur de répondre franchement. D'où vient donc cette peur ? Bien sûr, il existe des questions « gênantes », auxquelles on n'a pas envie de répondre, et auxquelles on oppose d'ordinaire, sous une forme ou sous une autre, le traditionnel « sans commentaire ». Mais en posant leur question, les pharisiens devaient-ils s'attendre à une question en retour ?
Pouvaient-ils prévoir qu'à une question « gênante » ils recevraient une réponse « gênante » ? Oui, sans doute. Mais peut-être ne s'attendaient-ils tout de même pas à ce que ce Prédicateur se mette à jouer autrement que selon les règles qu'ils avaient établies. Car derrière la question de l'autorité se tenait quelque chose de tout à fait compréhensible et déterminé, à peu près dans le même sens où, plus tôt déjà, les représentants du Sanhédrin avaient posé une question à Jean le Baptiste : qui es-tu ? Un prophète ? Le Messie ? Que devons-nous rapporter à ton sujet ? Et si tu n'es ni l'un ni l'autre, sur quel fondement fais-tu ce que tu fais ? On pose à Jésus la question de l'autorité manifestement dans le même sens, en attendant qu'Il Se déclare prophète, Messie... enfin, quelqu'un qui ait le droit de faire ce qu'Il a fait dans le Temple en chassant les marchands.
Il n'a pas l'intention de « rentrer dans le cadre ». Il pose une question de fond : par quelle autorité Jean faisait-il ce qu'il faisait ? Il comprend évidemment très bien que Jean, comme tout véritable prophète, a reçu son autorité de Son Père céleste ; et si les pharisiens reconnaissaient Jean comme un homme de Dieu, il leur faudrait regarder Son ministère à Lui aussi avec d'autres yeux. Bien sûr, il ne s'agit pas ici de prouver quelque chose à quelqu'un ni de Se justifier aux yeux de qui que ce soit.
Il s'agit du fait que, pour les pharisiens eux-mêmes, un tel regard, un regard « hors des règles », était au fond la seule possibilité de voir le Christ Lui-même et Son Royaume dans leur vraie lumière. Mais il fallait commencer par rejeter toutes les peurs, les craintes et les préjugés humains. En posant aux pharisiens la question sur Jean, Jésus leur propose au fond de faire précisément cela. Mais ils refusent : ils ont peur. Et par ce refus, eux aussi font leur choix. Pas le meilleur, loin de là, mais un choix pleinement conscient.
1 Et il advint, un jour qu'il enseignait le peuple dans le Temple, et annonçait la Bonne Nouvelle, que les grands prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, |
2 et lui parlèrent en ces termes : " Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t'a donné cette autorité ? " |
3 Il leur répondit : " Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi donc : |
4 le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? " |
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
7 Et ils répondirent ne pas savoir d'où il était. |
8 Et Jésus leur dit : " Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. " |
La scène décrite dans la lecture évangélique d'aujourd'hui est remarquable par la sagesse et même, pourrait-on dire, par l'esprit du Sauveur. Essayons pourtant de pénétrer son sens théologique, car, contrairement à notre habitude humaine, le Christ ne fait pas preuve d'esprit pour le simple plaisir de l'esprit.
Pourquoi parle-t-Il précisément de Jean ? L'essentiel est sans doute que Jean se manifeste comme le Précurseur du Christ non seulement au sens historique, événementiel, mais aussi au sens spirituel. Il proclame le repentir sans lequel la venue au Christ est impossible. C'est précisément pourquoi le Seigneur ne donne aucune réponse à ceux qui L'interrogent : la donner n'aurait pas de sens, comme il n'a pas de sens d'expliquer le calcul intégral à quelqu'un qui ne maîtrise pas encore l'arithmétique.
Le fait que Jean ne nous amène qu'à la première marche est également montré par l'épisode du livre des Actes (19:1-6) : « Il leur dit : De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : Du baptême de Jean. Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en Celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus-Christ. Après l'avoir entendu, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus ».
Et bien que, maintenant, nous ne soyons pas formellement baptisés du baptême de Jean (puisqu'il s'est spirituellement uni à celui de Jésus), en réalité nous le vivons comme ce repentir même qui nous conduit au temple. Souvenons-nous que notre Seigneur, qui n'a pas besoin de repentir, passe Lui aussi par le baptême de Jean pour nous montrer le chemin, car Il est « le chemin, la vérité et la vie ». Et c'est précisément ce chemin qu'Il rappelle aux grands prêtres, aux scribes et aux anciens qui L'interrogent.
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
La question posée par Jésus aux pharisiens au sujet de Jean et de sa prédication avec le baptême n'a évidemment pas retenti par hasard. Elle n'est pas fortuite précisément en ce qu'elle est devenue réponse à la question sur Lui-même, sur Son autorité et Son ministère. Au fond, la question du Sauveur devient pour les pharisiens qui parlent avec Lui un test de sincérité et d'honnêteté, avant tout devant eux-mêmes. On pourrait penser qu'il s'agit de choses non seulement différentes, mais incomparables: Jean, même grand, n'est qu'un prophète, tandis que Jésus est le Messie et le Fils de Dieu.
Mais cette différence n'est pas ici si importante. Ce qui importe, c'est ce que les pharisiens qui interrogent Jésus sur Son autorité sont prêts à voir et à entendre. Et il valait mieux qu'ils répondent eux-mêmes à cette question. La question sur Jean les conduit précisément à cette réponse. Il ne s'agit pas ici du Messie, mais seulement d'un prophète, d'un prophète que le peuple honorait et contre lequel il était dangereux de se prononcer.
Il est tout à fait possible que, si ces mêmes pharisiens avaient répondu directement à Jésus ce qu'ils pensaient, «des hommes», Sa réponse leur aurait été différente. Il ne prive personne de liberté; Il demande seulement honnêteté et sincérité. L'homme peut se tromper, peut tout voir sous une fausse lumière; plus encore, du point de vue du Sauveur Lui-même, tous les hommes se trompent dans une mesure ou une autre, car aucun homme ne voit la réalité telle qu'Il la voit.
Dans chaque situation concrète, autant Lui est ouvert qu'à Son Père céleste, et aucun homme ne peut dire cela de lui-même. Mais ce qui Lui importe, ce n'est pas notre infaillibilité, c'est notre intégrité intérieure. Celle-là même qui est inséparable de la sincérité et de l'honnêteté envers soi-même, et donc envers les autres. Jésus pose aux pharisiens une question dont la réponse devait leur montrer à eux-mêmes s'ils possédaient cette intégrité. Et voici qu'il apparut que les interlocuteurs de Jésus avaient échoué au test.
Ils ne Lui répondirent pas, non parce qu'ils ne connaissaient pas la réponse, mais parce qu'ils eurent peur. Or céder à la peur est la manière la plus simple et la plus répandue de détruire cette même intégrité intérieure. Dès lors, il n'avait plus de sens que Jésus réponde à la question posée par Ses interlocuteurs: Il aurait dû parler d'une façon ou d'une autre du Royaume, où l'homme au cœur divisé et aux pensées doubles ne peut entrer. La réponse des pharisiens à la question de Jésus devint aussi la réponse à la question qu'ils avaient eux-mêmes posée. Réponse triste, mais seule possible.
5 Mais ils firent par-devers eux ce calcul : " Si nous disons : "Du Ciel", il dira : "Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ?" |
6 Et si nous disons : "Des hommes", tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean est un prophète. " |
Il y avait une différence importante entre les chefs de la fraternité religieuse pharisienne et ceux qu’on pourrait, par convention, appeler «le peuple simple», notamment dans la perception de certaines personnes et de certains événements. Bien sûr, en parlant du «peuple simple», il faut tenir compte du fait qu’il n’était pas si simple que cela. Un Juif illettré, aux temps évangéliques, était une grande rareté, tout comme un Juif qui ne lisait pas, et même n’étudiait pas, la Torah et les Prophètes, ce que nous appellerions aujourd’hui l’Écriture sainte.
Chaque synagogue avait nécessairement une école religieuse où l’on enseignait à tous les garçons du lieu, et parfois aux filles, non seulement l’écriture et la lecture, mais aussi le travail élémentaire avec les livres saints, y compris une pratique particulière de lecture priante ou méditative. La culture du travail avec les livres saints était largement répandue dans la société juive, et parmi les maîtres de la Torah, que l’Évangile appelle habituellement «scribes», la majorité s’occupait précisément d’enseigner ce travail aux enfants et aux adultes, souvent gratuitement ou pour une très modeste rémunération.
Mais, d’un autre côté, il existait dans le monde juif des académies où la Torah et les autres livres saints étaient étudiés de manière très détaillée. C’était un monde particulier de connaisseurs, de théologiens instruits, de commentateurs subtils des textes sacrés, qui s’aventuraient parfois dans des finesses et atteignaient des profondeurs dont les simples lecteurs de la Torah ne se doutaient même pas. Malheureusement, ce petit monde assez fermé de théologiens académiques avait, comme cela arrive souvent dans de tels cas, sa part notable de snobisme savant, qui le poussait à regarder les simples lecteurs mentionnés comme des ignorants de la Torah.
Et ce même snobisme savant obligeait à traiter, sinon avec mépris, du moins avec soupçon ceux que l’on pourrait appeler des autorités spirituelles populaires, au nombre desquelles appartenait d’ailleurs Jean le Baptiste. Bien sûr, cette réserve était souvent justifiée: la conscience religieuse de masse n’est pas très exigeante dans le choix de ses chefs religieux. Mais la méfiance a priori empêchait parfois les scribes académiques et les chefs instruits des fraternités religieuses de reconnaître les vrais hommes de Dieu, comme cela s’est produit dans le cas de Jean le Baptiste.
Il ne restait alors aux chefs du mouvement pharisien qu’à louvoyer entre leur propre méfiance, et même une certaine répugnance spirituelle, d’un côté, et les sympathies populaires de l’autre: exprimer ouvertement leur position pouvait mal finir pour eux. Or un tel louvoiement ne favorise ni l’intégrité spirituelle ni une vie spirituelle complète; et la question du Sauveur devait pousser Ses interlocuteurs à réfléchir à cette vérité simple, mais peu évidente pour eux.
9 Il se mit alors à dire au peuple la parabole que voici : " Un homme planta une vigne, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage pour un temps assez long. |
10 " Le moment venu, il envoya un serviteur aux vignerons pour qu'ils lui donnent une part du fruit de la vigne ; mais les vignerons le renvoyèrent les mains vides, après l'avoir battu. |
11 Il recommença, envoyant un autre serviteur; et celui-là aussi, ils le battirent, le couvrirent d'outrages et le renvoyèrent les mains vides. |
12 Il recommença, envoyant un troisième; et celui-là aussi, ils le blessèrent et le jetèrent dehors. |
13 Le maître de la vigne se dit alors : "Que faire ? je vais envoyer mon fils bien-aimé ; peut-être respecteront-ils celui-là. " |
14 Mais, à sa vue, les vignerons faisaient entre eux ce raisonnement : "Celui-ci est l'héritier ; tuons-le, pour que l'héritage soit à nous. " |
15 Et, le jetant hors de la vigne, ils le tuèrent. " Que leur fera donc le maître de la vigne ? |
16 Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. " A ces mots, ils dirent : " A Dieu ne plaise ! " |
17 Mais, fixant sur eux son regard, il dit : " Que signifie donc ceci qui est écrit : La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte ? |
18 Quiconque tombera sur cette pierre s'y fracassera, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. " |
La parabole de la vigne, comme toutes les paraboles de ce genre, concerne avant tout le peuple de Dieu : car c'est précisément lui qui, dans la tradition prophétique, est habituellement appelé symboliquement la vigne. Dans un tel contexte, le sens de la parabole devient tout à fait compréhensible, et tous ceux qui écoutent Jésus le comprennent sans exception. Bien plus : ceux que ce qui était dit concernait directement comprirent parfaitement que cela les concernait précisément eux ; le cri « que cela n'arrive pas ! » en est la meilleure preuve.
La réponse du Sauveur à ce « que cela n'arrive pas ! » est elle aussi assez univoque : Il rappelle à ceux qui L'écoutent la pierre angulaire. L'image de la pierre angulaire apparaît constamment dans les paraboles de Jésus, et son sens tient à ce que ces pierres, utilisées lors de la construction d'une maison comme éléments d'angle de la fondation en bandes, ne convenaient à rien d'autre qu'à l'usage auquel elles étaient destinées. Il ne fait aucun doute qu'en parlant de la pierre angulaire, Jésus pense à Lui-même, faisant ainsi de Ses auditeurs les personnages de la parabole qu'Il a racontée. Manifestement, Il veut faire comprendre à ceux qui L'écoutent que chacun d'eux se trouve devant un choix auquel on ne peut se soustraire.
Beaucoup, sans doute, auraient voulu que Jésus soit l'un parmi beaucoup d'autres, prophètes, prédicateurs, maîtres de la Torah, bref, qu'Il soit un homme ordinaire. Alors on aurait pu L'écouter sans vraiment Lui prêter attention, et L'accepter sans L'accepter, comme nous le faisons toujours lorsque, dans notre âme, nous ne sommes pas d'accord avec celui qui parle. Dans ce cas, une acceptation polie et formelle ne signifie rien de plus que l'accord avec le droit de l'interlocuteur à sa propre opinion, à un point de vue différent du nôtre, dont au fond nous n'avons parfois aucun souci. Mais celui qui avance ce point de vue doit alors reconnaître notre droit à notre propre compréhension de la vérité, différente de celle qu'il propose. Il doit admettre ce qu'on appelle aujourd'hui le pluralisme, reconnaître la relativité de toute vérité et de toute opinion, y compris la sienne propre, et alors on lui permettra à son tour de s'exprimer, comme à tous les autres.
Si Jésus avait accepté de telles règles du jeu, Il n'aurait peut-être pas eu à mourir sur la croix. Mais c'est précisément là le point : Il ne pouvait en aucune manière les accepter, non parce qu'Il Lui fallait absolument prouver quelque chose à quelqu'un et gagner toutes les disputes dans lesquelles Ses auditeurs L'entraînaient, mais parce que l'acceptation de telles règles serait devenue pour Lui un faux témoignage et l'effondrement de Sa mission.
Car Il a apporté dans le monde le Royaume et a manifesté au monde la plénitude de Dieu, et ce n'était déjà plus simplement une opinion parmi beaucoup d'autres, ni même une révélation parmi beaucoup d'autres : Il a réellement manifesté au monde toute la plénitude de la vérité et toute la plénitude de la révélation. Tous les grands sages et prophètes venus avant Lui posaient des questions et exprimaient des opinions ; Lui ne posait pas de questions, Il y répondait, et Il est Lui-même devenu la réponse à toutes les questions possibles. Et on ne pouvait L'accueillir qu'en cette qualité : toute autre attitude envers Lui aurait été duplicité.
Bien sûr, si l'homme ne comprend réellement pas Qui se tient devant lui, la situation peut encore être réparée : ce qui n'est pas compris aujourd'hui peut l'être demain. Mais s'il s'agit d'un refus d'accueillir l'évidence, d'un refus de renoncer à son propre droit à l'opinion devant la Vérité vivante, la situation est sans issue : car la Vérité ne peut cesser d'être la vérité, quoi que quelqu'un puisse désirer. Il reste soit à L'accueillir, soit à Le rejeter. Soit considérer cet étrange Maître comme Celui qu'Il Se considère Lui-même être, soit Le traiter, au mieux, comme un fou, et au pire comme un apostat conscient et un blasphémateur qui prétend à ce à quoi aucun homme ne peut prétendre. Il fallait choisir : il n'y avait pas de troisième voie.
19 Les scribes et les grands prêtres cherchèrent à porter les mains sur lui à cette heure même, mais ils eurent peur du peuple. Ils avaient bien compris, en effet, que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. |
20 Ils se mirent alors aux aguets et lui envoyèrent des espions, qui jouèrent les justes pour le prendre en défaut sur quelque parole, de manière à le livrer à l'autorité et au pouvoir du gouverneur. |
21 Ils l'interrogèrent donc en disant : " Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. |
22 Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? " |
23 Mais, pénétrant leur astuce, il leur dit: |
24 " Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'effigie et l'inscription ? " Ils dirent : " De César ". |
25 Alors il leur dit : " Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " |
26 Et ils ne purent le prendre en défaut sur quelque propos devant le peuple et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence. |
Pour les Juifs du début du Ier siècle de notre ère, l'impôt à César était un signe humiliant de dépendance envers les Romains. Si le Seigneur avait dit qu'il fallait le payer, on aurait pu L'accuser de manque de patriotisme (alors les grands prêtres seraient soudain devenus patriotes). S'Il avait dit qu'il ne fallait pas le payer, on aurait pu L'accuser d'incitation à la révolte (dans ce cas, les grands prêtres auraient dû se montrer des collaborateurs constructifs des Romains, ce qu'en fin de compte ils firent). La réponse du Christ est frappante d'abord parce qu'Il distingue clairement le domaine de l'organisation terrestre de la vie, auquel appartiennent toutes les formes de pouvoir national et supranational, et le domaine de la vie de l'esprit. Le Seigneur ne rejette pas l'État et n'appelle pas à une réorganisation religieuse de l'administration de l'État. Sa réponse place la vie de l'esprit et le pouvoir séculier sur des plans différents.
D'un côté, cela nous donne la possibilité de voir l'utilité réelle du pouvoir pour assurer la vie normale de la société, comme les apôtres l'écriront en détail. De l'autre côté, la réponse du Christ rend Ses disciples libres de la divinisation du pouvoir et rejette les prétentions des pouvoirs terrestres sur la vie spirituelle des hommes. Pour cette époque, c'était précisément une révélation inouïe, et c'est précisément pour cela que l'État romain persécuta les chrétiens.
Mais le plus important dans les paroles du Christ est l'appel à rendre à Dieu ce qui est à Dieu, à nous soucier de l'accomplissement de nos devoirs envers le Créateur du monde non moins qu'envers ses maîtres temporaires. Et c'est cela le plus difficile.
25 Alors il leur dit : " Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " |
Une réponse très logique, n’est ce pas? Mais est ce que nous ne pouvons pas dire que nous avons un seul Roi, que tout ce que nous possédons est à Dieu? Ainsi nous ne devons alors rien donner à César (plus précisément à l’Etat)?
Si tout pour nous était vraiment à Dieu…, toute pensée, tout acte…, non seulement les nôtres, mais aussi pour tous ceux qui nous entourent; s’aurait réellement été le Royaume de Dieu, le Royaume d’amour; il n’y aurait pas eu de biens, d’argent (rappelez-vous des premiers jours de l’Eglise), il n’y aurait pas eu de violences, des crimes et en général des mauvaises actions – et on n’aurait pas eu besoin de la police, de l’armée, des fonctionnaires, le gouvernement en tout. Alors tout serait divin et appartenant à Dieu.
Mais tel n’est pas le cas en pratique. Regardons honnêtement combien de nos actes sont motivés par l’amour, et combien par quelque chose d’autre. Et si personne de nous n’est capable de vivre selon la volonté de Dieu, alors sont nécessaires ne serait ce que certaines institutions humaines maintenant l’ordre dans le monde, et ne lui permettant pas de tomber dans le chaos. C’est l’argent, le gouvernement, «César». Malheureusement toutes ces institutions commencent toujours par prétendre que le maintient de l’ordre dans la société en ce qui concerne la conscience, la foi, la liberté spirituelle de l’homme n’entre pas dans leur compétence. Et ici, avec toute précision devrait être appliquée la règle de Jésus: «à Dieu ce qui est à Dieu».
19 Les scribes et les grands prêtres cherchèrent à porter les mains sur lui à cette heure même, mais ils eurent peur du peuple. Ils avaient bien compris, en effet, que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. |
20 Ils se mirent alors aux aguets et lui envoyèrent des espions, qui jouèrent les justes pour le prendre en défaut sur quelque parole, de manière à le livrer à l'autorité et au pouvoir du gouverneur. |
21 Ils l'interrogèrent donc en disant : " Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. |
22 Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? " |
23 Mais, pénétrant leur astuce, il leur dit: |
24 " Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'effigie et l'inscription ? " Ils dirent : " De César ". |
25 Alors il leur dit : " Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " |
26 Et ils ne purent le prendre en défaut sur quelque propos devant le peuple et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence. |
27 S'approchant alors, quelques Sadducéens - ceux qui nient qu'il y ait une résurrection - l'interrogèrent |
28 en disant : " Maître, Moïse a écrit pour nous : Si quelqu'un a un frère marié qui meurt sans avoir d'enfant, que son frère prenne la femme et suscite une postérité à son frère. |
29 Il y avait donc sept frères. Le premier, ayant pris femme, mourut sans enfant. |
30 Le second aussi, |
31 puis le troisième prirent la femme. Et les sept moururent de même, sans laisser d'enfant après eux. |
32 Finalement, la femme aussi mourut. |
33 Eh bien ! cette femme, à la résurrection, duquel d'entre eux va-t-elle devenir la femme ? Car les sept l'auront eue pour femme. " |
34 Et Jésus leur dit : " Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari; |
35 mais ceux qui auront été jugés dignes d'avoir part à ce monde-là et à la résurrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari; |
36 aussi bien ne peuvent-ils plus mourir, car ils sont pareils aux anges, et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. |
37 Et que les morts ressuscitent, Moïse aussi l'a donné à entendre dans le passage du Buisson quand il appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. |
38 Or il n'est pas un Dieu de morts, mais de vivants ; tous en effet vivent pour lui. " |
39 Prenant alors la parole, quelques scribes dirent : " Maître, tu as bien parlé. " |
40 Car ils n'osaient plus l'interroger sur rien. |
41 Il leur dit : " Comment peut-on dire que le Christ est fils de David ? |
42 C'est David lui-même en effet qui dit, au livre des Psaumes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, |
43 jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds. |
44 David donc l'appelle Seigneur ; comment alors est-il son fils ? " |
45 Comme tout le peuple écoutait, il dit aux disciples: |
46 " Méfiez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, qui aiment les salutations sur les places publiques, et les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins, |
47 qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère ! " |
Aujourd'hui, même lorsque nous ne cherchons nullement à « prendre Jésus au piège » dans Ses paroles et que nous Lui posons simplement, en toute honnêteté, les questions qui nous tourmentent, nous les formulons encore souvent de manière « incorrecte », en termes tranchés, selon un « ou bien... ou bien ». La simple question de payer ou non les impôts devient ainsi (pas pour tous, bien sûr, mais pour certains) un dilemme : « Faut-il aimer l'État de toute son âme ou le haïr de toute son âme ? »... Et la réponse simple, selon laquelle l'État ne peut revendiquer que notre argent et nullement notre âme, devient la tâche extrêmement difficile de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». De même, nous sommes prêts à échafauder les conjectures les plus étonnantes sur « la vie après la mort » et « l'état des défunts », mais nous ne parvenons pas à comprendre que, pour Dieu, la mort n'existe pas et qu'il n'y a donc aucune division entre les morts et les vivants. Pourquoi tout nous est-il si difficile ? Peut-être nous manque-t-il simplement l'expérience de la vie de Dieu et la capacité de regarder le monde avec Ses yeux.
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