10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut. |
11 Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C'est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères, |
12 quand il dit: J'annoncerai ton nom à mes frères. Je te chanterai au milieu de l'assemblée. Et encore: |
13 Pour moi j'aurai confiance en lui. Et encore : Nous voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés. |
14 Puis donc que les enfants avaient en commun le sang et la chair, lui aussi y participa pareillement afin de réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable, |
15 et d'affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort. |
16 Car ce n'est certes pas des anges qu'il se charge, mais c'est de la descendance d'Abraham qu'il se charge. |
17 En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple. |
18 Car du fait qu'il a lui-même souffert par l'épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. |
En poursuivant la discussion sur le salut, sur le Messie et sur les anges, l’auteur de l’épître attire l’attention sur un point essentiel à cet égard. Il parle du Messie comme d’un Homme qui peut aider les hommes précisément parce qu’il est lui-même Homme.
Le monde des anges est remarquable à sa manière, et les anges surpassent les hommes dans leur état actuel parce qu’ils ne sont pas tombés (il s’agit, bien entendu, des anges restés fidèles à Dieu, et non des esprits déchus). Mais malgré tout cela, les anges et les hommes appartiennent, en un certain sens, à des couches différentes de la réalité. Les anges et les hommes ont été créés dès l’origine de manière différente ; leur interaction a été pensée par Dieu dès le commencement comme l’interaction d’êtres certes spirituels, mais existant chacun à sa manière et dans des formes qui lui sont propres.
Un ange peut transmettre à l’homme le message de Dieu (le mot grec « ange », comme le mot hébreu qui lui correspond, signifie proprement « messager »), mais il ne peut pas aider l’homme dans la situation où celui-ci s’est trouvé après la chute. Il ne le peut pas, en particulier, parce que l’homme est un être à la fois spirituel et naturel, en qui les deux composantes sont unies d’une manière tout à fait particulière, unique aussi bien dans le monde spirituel que dans le monde naturel.
Bien entendu, on ne peut pas exclure par principe l’apparition dans le monde de la plénitude de Dieu contenue dans les limites de la nature angélique (dans la mesure où l’on peut parler de nature à propos des anges). À Dieu tout est possible. Mais pour l’homme, une telle plénitude resterait de toute façon inaccessible ; elle serait peut-être perceptible pour lui d’une certaine manière, mais en tout cas elle demeurerait séparée de lui, de sorte que l’homme ne pourrait jamais devenir chez lui dans le Royaume, ne pourrait jamais en être un véritable habitant. Seul un autre Homme pouvait faire cela pour l’homme, un Homme ayant contenu en lui la plénitude de Dieu et, en même temps, absolument « des nôtres » par nature pour tout homme.
Tellement « des nôtres » que même la possibilité de la mort était pour lui pleinement réelle (pour un ange, la mort au sens humain du mot est impossible par principe). Et le Messie est devenu précisément un tel « proche » pour chacun, ne se distinguant des hommes déchus que par l’absence de corruption de sa nature humaine. Mais ce « que » a précisément rendu possible pour lui l’accueil de la plénitude de Dieu et son union avec son humanité. Et donc cela a rendu possible le salut, ouvrant à ceux qui cherchent la route du Royaume.
10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut. |
11 Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C'est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères, |
12 quand il dit: J'annoncerai ton nom à mes frères. Je te chanterai au milieu de l'assemblée. Et encore: |
13 Pour moi j'aurai confiance en lui. Et encore : Nous voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés. |
14 Puis donc que les enfants avaient en commun le sang et la chair, lui aussi y participa pareillement afin de réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable, |
15 et d'affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort. |
16 Car ce n'est certes pas des anges qu'il se charge, mais c'est de la descendance d'Abraham qu'il se charge. |
17 En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple. |
18 Car du fait qu'il a lui-même souffert par l'épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. |
Poursuivant la discussion sur les anges et sur le Messie, l'auteur de l'épître souligne particulièrement le fait que le Sauveur a souffert de manière tout à fait réelle sur la croix, comme tout autre y aurait souffert (v. 10). C'est précisément en cela que se manifeste l'humanité du Messie : car un ange, par principe, ne peut pas souffrir comme souffre un homme ; on ne peut pas le crucifier, il est libre de la corporéité et de tous les problèmes qui lui sont liés. Mais le Messie n'est pas un ange, ni un être d'un autre monde ; Il appelle frères les hommes qu'Il sauve, soulignant ainsi Son unité réelle, essentielle, avec ceux qui sont sauvés (v. 12-13). C'est seulement ainsi qu'il était possible de sauver l'homme tout entier, non seulement son âme, mais aussi son corps, qui lui aussi est destiné par Dieu à devenir une partie du Royaume (v. 14-15). Si le Royaume était entré dans le monde par un ange, l'homme n'aurait jamais pu y entrer tout entier ; alors on aurait vraiment pu parler du salut de la seule âme, qui participe davantage au monde spirituel que le corps, du salut au sens où l'on commença à le comprendre au Moyen Âge, en pensant à la béatitude ou aux tourments après la mort.
Dieu voulait sanctifier et transfigurer l'homme tout entier ; c'est pourquoi Il envoie le Messie dans le monde non comme ange, mais comme homme. L'auteur de l'épître ne compare pas le Christ au grand prêtre par hasard (v. 17) : l'un et l'autre sont des hommes, et par l'un comme par l'autre Dieu sanctifie Son peuple, dans le premier cas l'Église de la nouvelle Alliance, dans le second l'Église de l'ancienne Alliance. Mais au grand prêtre de l'ancienne Alliance comme au Grand Prêtre de la nouvelle Alliance, il était absolument nécessaire d'appartenir entièrement et jusqu'au bout au monde des hommes ; autrement, il n'aurait pu être question d'aucune sanctification du peuple. Un ange peut montrer la route, mais il ne peut s'asseoir à la même table qu'un homme en partageant avec lui le repas sacrificiel. Or la route vers le Royaume passe justement par le repas sacrificiel, qui sanctifie ceux qui avancent. Et on ne peut la parcourir jusqu'au bout qu'avec le Christ, non avec les anges.
10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut. |
11 Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C'est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères, |
12 quand il dit: J'annoncerai ton nom à mes frères. Je te chanterai au milieu de l'assemblée. Et encore: |
13 Pour moi j'aurai confiance en lui. Et encore : Nous voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés. |
14 Puis donc que les enfants avaient en commun le sang et la chair, lui aussi y participa pareillement afin de réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable, |
15 et d'affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort. |
16 Car ce n'est certes pas des anges qu'il se charge, mais c'est de la descendance d'Abraham qu'il se charge. |
17 En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple. |
18 Car du fait qu'il a lui-même souffert par l'épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. |
Le Seigneur pouvait-Il aider une personne soumise à la tentation avant l’Incarnation ? Bien sûr qu’Il le pouvait, puisqu’Il était déjà tout-puissant... De quoi est-il donc question dans la lecture d’aujourd’hui ? Que signifie cette parole : « Car, ayant été tenté dans ce qu’Il a souffert Lui-même, Il peut secourir ceux qui sont tentés » ? Il semble qu’il s’agisse de l’aspect suivant. La question n’est pas de savoir si Dieu est capable ou incapable d’apporter Son aide. Elle concerne la capacité de l’homme à accepter cette aide, ou même simplement à la demander. Il est très difficile d’entrer en relation avec Celui qui, par définition, non seulement ne pouvait rien faire de mal, mais n’en avait même pas la possibilité. Il n’est que puissance, que sagesse ; il est évident qu’Il n’agira jamais contre Sa propre volonté... En S’incarnant, Dieu est devenu véritablement homme, ce qui signifie que le Fils a reçu la possibilité potentielle de désobéir à la volonté du Père. Comme chacun de nous, Il avait la possibilité de choisir une voie plus simple et plus confortable. Il a choisi la volonté du Père. Le Fils, plus que quiconque, connaît l’effroi du choix. Lorsque nous sommes soumis à la tentation, nous pouvons dire avec assurance : Il comprend ce qui nous arrive, car Il le connaît par Sa propre expérience. Si nous venons à Lui avec notre problème, Il comprendra.
16 Car ce n'est certes pas des anges qu'il se charge, mais c'est de la descendance d'Abraham qu'il se charge. |
En parlant du Christ, l'auteur de l'Épître aux Hébreux témoigne qu'en Sa personne Dieu ne prend pas en charge les anges, mais la « descendance d'Abraham », visant d'abord la nature humaine, puis la tradition de révélation qui se tient derrière Abraham et qui est liée à son nom.
Cette affirmation était très importante et arrivait à point nommé. L'Épître aux Hébreux fut écrite, sans doute par l'un des disciples de l'apôtre Paul, peu après l'an 70 de notre ère, après la révolte antiromaine en Judée, qui conduisit à la destruction de Jérusalem et du Temple. Cette révolte s'était déroulée sous des slogans messianiques, et sa défaite marqua le début de la fin du messianisme politique.
Le messianisme politique fut rapidement remplacé par un messianisme mystique : si auparavant beaucoup voyaient dans le Messie avant tout un Souverain juste qui prendrait la tête du Royaume terrestre, on commença alors à voir en Lui un être absolument non terrestre, purement spirituel, ressemblant davantage à un ange qu'à un homme. Dans le contexte de ces idées qui se répandaient vite dans les milieux proches de l'Église, rappeler que le Christ n'est ni un ange ni un esprit incorporel, mais un véritable homme vivant de chair et de sang, même avec une humanité transfigurée par l'action de l'Esprit de Dieu, était plus que nécessaire.
Un autre rappel n'était pas moins nécessaire : celui du lien entre la révélation chrétienne, néotestamentaire, et la tradition d'une autre révélation qui l'avait précédée, remontant à Abraham. À la fin du Ier siècle de notre ère, entraient déjà dans l'Église des générations peu familières, voire pas du tout familières, avec la tradition synagogale ; et la catastrophe de l'an 70 accentua encore la rupture entre l'Église et la Synagogue, repoussant progressivement vers la périphérie de la vie ecclésiale le judéo-christianisme traditionnel des deux premières générations chrétiennes.
Certes, le judaïsme en tant que tel était étranger aux nouveaux chrétiens qui ne connaissaient pas la vie synagogale, et il ne leur était pas nécessaire en lui-même. Mais il arrivait souvent que ces nouveaux chrétiens, en perdant le judaïsme, perdent aussi cette tradition yahviste, cette tradition de révélation qui, par les derniers prophètes et par Moïse, remonte à Abraham, sans laquelle le christianisme restait suspendu dans le vide, hors de l'histoire et hors de la tradition.
Il ne restait alors qu'un pas à franchir pour supposer que le Messie n'était pas du tout un homme, mais quelqu'un comme un ange, qui ne peut avoir aucune histoire terrestre et auquel ne peut être liée aucune tradition. Le résultat d'une telle logique était la conviction que le christianisme est, en fait, une doctrine non pas de l'incarnation de Dieu, mais de la désincarnation de l'homme. Au lieu de cette plénitude de la vie du Royaume que promet à Ses disciples le Jésus réel et vivant, un tel « christianisme » ne pouvait offrir à ses adeptes qu'une pâle ombre de vie dans une ressemblance semi-illusoire du Royaume.
17 En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple. |
Qu'était le sacerdoce lévitique ? Et en quoi consistait le rôle du Grand Prêtre ? Dès le commencement, Dieu voulait voir Son peuple comme une communauté de fidèles. Mais comment pouvait-on créer une telle communauté, si la nature même de l'homme déchu s'y oppose ? Évidemment, d'une seule manière : en changeant cette nature. Bien sûr, la transformer entièrement avant la venue du Christ dans le monde était impossible, il n'y avait même pas lieu d'y penser. Mais toute action de Dieu sur la nature, y compris sur la nature de l'homme, change cette nature dans une certaine mesure. Bien sûr, un tel changement, en lui-même, ne garantit encore ni la justice, ni ce que les livres bibliques appellent la « sainteté », cette sanctification qui rend de nouveau réelle pour l'homme la communion avec Dieu, possibilité qu'il avait presque perdue après la chute. Mais il offre la possibilité d'une vie nouvelle. Et puisqu'il s'agit d'un peuple-communauté qui doit être sanctifié sans cesse, il devait toujours exister dans ce peuple une certaine partie sanctifiée, demeurant en présence de Dieu non pas épisodiquement, en se sanctifiant par exemple une fois par semaine pour vivre les six autres jours d'une vie ordinaire, mais constamment, comme étaient sanctifiés les prêtres qui servaient à l'autel et qui, pendant leur service, n'avaient pas le droit de s'éloigner de la Tente, ou plus tard du Temple. Après la venue du Messie, c'est déjà tout le peuple qui devait être sanctifié, et non par des intermédiaires, mais directement et immédiatement par le Ressuscité. Ainsi le Messie ressuscité devient pour les fidèles le Grand Prêtre qui les sanctifie et leur ouvre la route du Royaume, où la transfiguration de la nature humaine et sa sanctification s'achèveront, ouvrant à l'homme une telle plénitude de vie spirituelle qu'elle est en principe impossible dans notre monde qui n'est pas encore transfiguré.
5 En effet, ce n'est pas à des anges qu'il a soumis le monde à venir dont nous parlons. |
6 Quelqu'un a fait quelque part cette attestation: Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l'homme pour que tu le prennes en considération? |
7 Tu l'as un moment abaissé au-dessous des anges. Tu l'as couronné de gloire et d'honneur. |
8 Tu as tout mis sous ses pieds. Par le fait qu'il lui a tout soumis, il n'a rien laissé qui lui demeure insoumis. Actuellement, il est vrai, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis. |
9 Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur, parce qu'il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort. |
10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut. |
11 Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C'est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères, |
12 quand il dit: J'annoncerai ton nom à mes frères. Je te chanterai au milieu de l'assemblée. Et encore: |
Dans la lecture d'aujourd'hui de l'épître aux Hébreux est cité un psaume où le psalmiste parlait de la vocation et de la grandeur de l'homme. Le Seigneur a créé l'homme un peu au-dessous des anges; Il lui a confié le pouvoir sur toute la création. Il a destiné l'homme à la gloire. Cependant, nous savons que le péché est entré dans le monde et que, comme le dit l'auteur de l'épître aux Hébreux, tout n'est pas maintenant soumis à l'homme. L'ordre du monde créé par Dieu a été bouleversé, et il ne pouvait être rétabli que d'une seule manière. Les conséquences du péché, la mort, pouvait les prendre sur Lui Celui qui n'avait commis aucun péché. Tout autre n'aurait fait que porter le châtiment mérité. Lui, l'unique sans péché, porte sur Lui notre péché et rend ainsi à l'homme la liberté et la gloire perdues, faisant de chacun de nous Son frère.
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