26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n'avait pas mis de vêtement; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d'une voix forte, il dit : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. " |
29 Il prescrivait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l'esprit s'était emparé de lui; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l'entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l'interrogea : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion ", car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s'en aller dans l'abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l'homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s'était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s'en retourna. |
38 L'homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant: |
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
L'évangéliste note une particularité intéressante de la perception humaine : ceux qui sont venus voir l'homme libéré du pouvoir des forces obscures sont terrifiés par le fait qu'il est maintenant libre. On pourrait croire que tout aurait dû être l'inverse : l'état dans lequel se trouvait le possédé avant sa guérison aurait dû les terrifier. Mais, à ce qu'il paraît, ils s'étaient déjà habitués à cet état, tandis que son changement brusque les a précisément effrayés très fortement.
Pourquoi cela arrive-t-il donc ? Pourquoi arrive-t-il que la norme de l'homme déchu effraie souvent, tandis que l'anomalie est perçue comme la norme, surtout lorsqu'il s'agit de la vie spirituelle ? On pourrait bien sûr dire que telle est la particularité de l'homme déchu : si le monde « gît dans le mal », alors l'homme, vivant dans un tel monde, s'habitue peu à peu à ce mal et commence à le percevoir comme une norme.
Mais dans le cas présent, il était question de quelque chose d'extraordinaire même sur le fond de tout le mal propre au monde déchu. La possession reste tout de même une anomalie, même dans la conscience de l'homme déchu. Alors quoi ? Peut-être la manifestation même du Royaume ? Peut-être est-ce précisément elle qui a tellement effrayé les gens voyant un miracle évident qu'ils ont demandé à Celui qui l'avait accompli de s'éloigner ?
Au premier regard, la situation est étrange : Il avait apporté à l'un de leurs concitoyens la liberté hors du pouvoir de cette force considérée comme l'une des menaces les plus terribles pour l'homme. Mais ils ont perçu la guérison du possédé seulement comme le triomphe d'une force sur une autre. À en juger par le récit de l'évangéliste, aucun d'eux, sauf le guéri lui-même, n'a compris avec Qui et avec quoi ils avaient affaire ; personne n'a senti le souffle du Royaume apporté dans le monde par le Sauveur.
Celui qui l'avait senti était prêt à rester avec Jésus pour toujours. Les autres Lui demandèrent de partir. Car la force est une chose dangereuse : qui sait ce qu'elle deviendra pour eux demain ? Ainsi réagissent les hommes déchus à la force du Royaume lorsqu'ils ne sentent pas son amour. Un amour que l'on ne voit pas de l'extérieur : car pour le sentir, il faut s'approcher et sentir le souffle de Dieu qui pénètre ce Royaume. Alors seulement la peur cède la place à la confiance et à l'amour.
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n'avait pas mis de vêtement; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d'une voix forte, il dit : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. " |
29 Il prescrivait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l'esprit s'était emparé de lui; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l'entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l'interrogea : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion ", car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s'en aller dans l'abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l'homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s'était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s'en retourna. |
38 L'homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant: |
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Les textes sur les démons et les possédés sont toujours difficiles pour nous. Et il y a à cela bien des raisons. L'une d'elles est que, dans l'Ancien Testament, on voit clairement des représentations mythologiques, païennes, folkloriques, empruntées en partie à la «démonologie complexe» babylonienne, en partie au folklore perse, comme par exemple dans le livre deutérocanonique de Tobie (Dictionnaire de théologie biblique sous la direction de Xavier Léon-Dufour), autrement dit aux croyances des peuples voisins. Pour les combattre, on propose des actes magiques: si quelqu'un est tourmenté par un démon ou un esprit mauvais, il faut faire brûler devant cet homme ou cette femme le coeur et le foie d'un poisson, et il ne sera plus tourmenté (Tb 6:8). Et les hommes modernes ont l'impression qu'on les appelle à quelque chose de semblable, sinon à faire brûler, du moins à personnifier et à substantialiser d'une manière ou d'une autre. Vous vous souvenez: «les diacres brûlent de l'encens», Vl. Vyssotski.
Mais la Bible est l'histoire de l'ascension de l'esprit humain. Et voici ce que nous lisons dans les lettres de l'apôtre Paul. «Non, mais ce que les païens sacrifient, ils le sacrifient aux démons et non à Dieu. Or je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons.» (1 Co 10:20-21). Ici la distinction est déjà nette: les païens servent les démons; voilà ce que sont les païens, voilà ce que sont les démons, ces mots donnent une définition des deux notions. Ceux-là mêmes dont le folklore a fait entrer dans la Bible de nombreuses représentations sur les démons. Et cela n'a rien d'étonnant.
Mais écoutons l'un de nos remarquables pères, le métropolite Benjamin (Fedchenkov). «Répondons maintenant à ceux qui ne croient pas à l'existence réelle des démons. Il nous est arrivé de rencontrer de telles personnes. Elles croyaient même au Christ. Mais lorsque je leur demandais si elles croyaient à l'Évangile, elles répondaient aussi par l'affirmative, tout en comprenant par esprits mauvais le mal moral, abstrait. En vain je leur indiquais les paroles de l'Évangile où il est dit que le Seigneur chassa sept démons de Marie Madeleine (Mc 16:9; Lc 8:2), et qu'il y avait une "légion" de démons dans le possédé (Mc 5:9, Lc 8:30). En vain je leur disais que tous les Évangiles sont pleins de miracles d'expulsion de démons, que le possédé de Gadara retrouva aussitôt la raison après l'expulsion des démons hors de lui, que le troupeau de porcs, sous leur action, se précipita du haut de l'escarpement dans le lac de Galilée. Ils ne voulaient pas croire! Mais c'est justement en raison de ce pouvoir des démons qu'a eu lieu la venue du Christ. Car "c'est pour cela que le Fils de Dieu est apparu: pour détruire les oeuvres du Diable", dit l'apôtre de l'amour (1 Jn 3:8). C'est là l'enseignement élémentaire du christianisme» (métr. Benjamin (Fedchenkov), «La prière du Seigneur»).
Qu'est-ce donc qui est difficile pour nous? Nous ne voulons pas expliquer nos sottises par les mots «le démon m'a égaré»; cela nous fait honte, nous sommes nous-mêmes coupables? Mais personne ne nous appelle à le faire. Comment, pourtant, considérer la femme qui a tué frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, homme saint et lumineux? Dire qu'elle est elle-même coupable est très, très effrayant. Cela signifie l'effacer de la face du Ciel, si l'on peut modifier ainsi l'expression «effacer de la face de la terre». Qui prendra sur soi une telle responsabilité? Il y a des meurtres froidement calculés par intérêt, pour des biens matériels; là, c'est clair, c'est autre chose. Mais que faire de cette malheureuse?
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
40 À son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car tous étaient à l'attendre. |
41 Et voici qu'arriva un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le priait de venir chez lui, |
42 parce qu'il avait une fille unique, âgée d'environ douze ans, qui se mourait. Et comme il s'y rendait, les foules le serraient à l'étouffer. |
43 Or une femme, atteinte d'un flux de sang depuis douze années, et que nul n'avait pu guérir, |
44 s'approcha par derrière et toucha la frange de son manteau; et à l'instant même son flux de sang s'arrêta. |
45 Mais Jésus dit : " Qui est-ce qui m'a touché ? " Comme tous s'en défendaient, Pierre dit : " Maître, ce sont les foules qui te serrent et te pressent. " |
46 Mais Jésus dit : " Quelqu'un m'a touché ; car j'ai senti qu'une force était sortie de moi. " |
47 Se voyant alors découverte, la femme vint toute tremblante et, se jetant à ses pieds, raconta devant tout le peuple pour quel motif elle l'avait touché, et comment elle avait été guérie à l'instant même. |
48 Et il lui dit : " Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix. " |
49 Tandis qu'il parlait encore, arrive de chez le chef de synagogue quelqu'un qui dit : " Ta fille est morte à présent ; ne dérange plus le Maître. " |
50 Mais Jésus, qui avait entendu, lui répondit : " Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée. " |
51 Arrivé à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, si ce n'est Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l'enfant. |
52 Tous pleuraient et se frappaient la poitrine à cause d'elle. Mais il dit : " Ne pleurez pas, elle n'est pas morte, mais elle dort. " |
53 Et ils se moquaient de lui, sachant bien qu'elle était morte. |
54 Mais lui, prenant sa main, l'appela en disant : " Enfant, lève-toi. " |
55 Son esprit revint, et elle se leva à l'instant même. Et il ordonna de lui donner à manger. |
56 Ses parents furent saisis de stupeur, mais il leur prescrivit de ne dire à personne ce qui s'était passé. |
Dans l'Évangile, les miracles ne jouent jamais un rôle indépendant. Ils servent toujours à illustrer la réalité bien plus profonde de la relation entre l'être humain et Dieu. Cette réalité pourrait s'exprimer en deux mots : la foi et la rencontre. Ce sont les notions fondamentales du Royaume de Dieu que le Christ proclame et réalise. Elles vont toujours ensemble ou se suivent : la femme malade qui, contre toute attente, a cru en Jésus et s'est littéralement agrippée à Lui lorsqu'Il passait dans la rue, se trouve confrontée à la nécessité de Le rencontrer. Elle ne peut pas simplement recevoir quelque chose de Lui puis partir et se cacher de Lui dans la foule. Cette rencontre ne lui est pas facile, mais sans elle le miracle n'aurait pas eu lieu, car le véritable miracle n'est pas la guérison, mais ce qui s'est produit après elle. La nécessité de cette rencontre et son lien avec la foi sont si grands que la fille du chef de la synagogue, à qui il a été dit : « Ne crains pas, crois seulement », revient à la vie afin de voir Celui qui est Lui-même le véritable Miracle.
22 Or il advint, un jour, qu'il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : " Passons sur l'autre rive du lac. " Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu'ils naviguaient, il s'endormit. Et une bourrasque s'abattit sur le lac; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S'étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : " Maître, maître, nous périssons ! " Et lui, s'étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s'apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : " Où est votre foi ? " Ils furent saisis de crainte et d'étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : " Qui est-il donc celui-là, qu'il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? " |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n'avait pas mis de vêtement; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d'une voix forte, il dit : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. " |
29 Il prescrivait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l'esprit s'était emparé de lui; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l'entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l'interrogea : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion ", car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s'en aller dans l'abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l'homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s'était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s'en retourna. |
38 L'homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant: |
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Tout est soumis au Fils de Dieu — les éléments déchaînés comme les légions de démons. Ce n’est que de l’homme qu’Il attend un libre consentement à la communion et à l’amour. Même lorsque la volonté humaine est atteinte, comme chez le possédé, Jésus est prêt à venir à notre secours afin que nous puissions enfin faire un choix libre. Mais être libéré des démons ou d’autres circonstances qui asservissent notre volonté ne nous donne pas encore la véritable liberté. Nous la trouvons dans l’accomplissement de la volonté de Dieu (comme l’ancien possédé, parti porter la Bonne Nouvelle à ses compatriotes), ainsi que dans l’Esprit Saint, qui nous donne de connaître Dieu et Son Royaume.
22 Or il advint, un jour, qu'il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : " Passons sur l'autre rive du lac. " Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu'ils naviguaient, il s'endormit. Et une bourrasque s'abattit sur le lac; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S'étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : " Maître, maître, nous périssons ! " Et lui, s'étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s'apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : " Où est votre foi ? " Ils furent saisis de crainte et d'étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : " Qui est-il donc celui-là, qu'il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? " |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n'avait pas mis de vêtement; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d'une voix forte, il dit : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. " |
29 Il prescrivait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l'esprit s'était emparé de lui; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l'entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l'interrogea : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion ", car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s'en aller dans l'abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l'homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s'était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s'en retourna. |
38 L'homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant: |
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
La lecture d’aujourd’hui nous propose deux récits : le récit où Jésus apaise la tempête sur le lac de Génésareth (v. 22–26) et le récit de la guérison du possédé gadarénien (v. 27–39). À première vue, les deux récits ne sont liés l’un à l’autre que par la trame extérieure des événements. Pourtant, en y regardant de plus près, il s’avère que ce n’est pas tout à fait le cas. On pourrait dire qu’ils sont liés par le thème du Royaume, comme tous les autres récits des miracles accomplis par Jésus. Mais chacun de ces récits a ses propres particularités, mettant ce thème en relief différemment et décrivant la manifestation du Royaume sous divers angles.
Ainsi aujourd’hui : nous avons devant nous, d’un côté, la transformation d’un élément naturel, et de l’autre, la guérison d’un homme possédé. Mais dans les deux cas, c’est tout de même l’homme qui est au premier plan, et non l’élément naturel ni les forces obscures. Car Jésus ne fait pas seulement taire la tempête ; Il entre en relation avec Ses disciples, leur reprochant leur peu de foi (v. 25), mais auparavant encore Il se réveille de Son sommeil (v. 23–24). À première vue, on pourrait penser que Jésus n’avait qu’à se réveiller pour que la puissance de Dieu soit manifestée dans toute sa plénitude et mette fin à la tempête. Mais si c’était réellement le cas, Il n’aurait guère reproché aux disciples leur peu de foi : alors ils n’auraient vraiment pas eu d’autre issue que de s’adresser au Maître en Lui demandant d’intervenir aussitôt dans les événements. Apparemment, ce recours à Lui n’était pas ce que Jésus attendait des apôtres dans cette situation. Et si l’on se souvient que le Royaume est d’abord non pas un espace, mais une relation, tout se met en place.
Car à l’épreuve, il s’est avéré que, même chez les disciples les plus proches de Jésus, la relation avec Lui n’était pas du tout si solide. Il a suffi que le Maître se détourne, s’endorme, les laisse sans surveillance directe dans une situation critique, pour que le Royaume cesse aussitôt d’être pour eux une réalité ; ils ne l’ont de nouveau senti que lorsque Jésus s’est réveillé et s’est adressé directement à eux. Peut-être est-ce pour cela que le possédé gadarénien guéri par le Sauveur désirait surtout non pas témoigner du Messie venu dans le monde et du Royaume apporté par Lui, mais rester auprès de Jésus afin de ne plus jamais s’éloigner de Lui (v. 38). Pourtant Jésus Lui-même a besoin précisément du témoignage (v. 39).
Au reste, si l’on tient compte de la situation spirituelle qui se formait dans les lieux d’origine de l’homme guéri par le Sauveur, il n’est peut-être pas étonnant qu’il ait voulu partir avec son Libérateur. Car il avait déjà eu le temps de voir la réaction de ses compatriotes à tout ce qui s’était passé, y compris au miracle de sa propre guérison (v. 33–37). Ici, il ne s’agissait plus de peu de foi, mais d’une véritable incrédulité. On considère souvent ces deux états spirituels comme très proches l’un de l’autre ; pourtant le peu de foi est beaucoup plus proche d’une foi profonde et forte que de l’incrédulité. Car le peu de foi suppose tout de même la foi au sens biblique du mot, la confiance envers celui à qui l’on se fie ou en qui l’on croit ; dans ce cas, le fidèle manque simplement de forces spirituelles pour que les relations nées de la foi se déploient dans toute leur plénitude.
L’incrédulité, elle, signifie en général l’absence totale de confiance, soit envers quelqu’un de précis, soit, dans les cas particulièrement graves, envers tous et tout au monde. Même une foi faible indique la route vers le Royaume, et, en rassemblant ses forces spirituelles, celui qui possède une telle foi faible a tout de même une chance d’y parvenir, d’autant plus que sur ce chemin l’homme ne reste jamais seul. Mais l’absence de foi signifie une impasse ou un chemin vers nulle part. Si la petite foi est souvent conditionnée par les possibilités et les capacités objectives de l’homme, surtout au début de son chemin spirituel, l’incrédulité est toujours déterminée par un choix. Un choix qui exclut le chemin vers le Royaume. Non parce que Dieu veut punir quelqu’un pour son absence de confiance, mais parce que ceux qui ne font pas confiance à Dieu choisissent un autre chemin, un chemin qui éloigne du Royaume. Et si l’on peut aider le faible, même Dieu n’aide pas celui qui refuse de marcher, car Il respecte le choix et la liberté de chacun. Même lorsque ce choix et cette liberté signifient un « non » jeté au visage de Lui-même.
22 Or il advint, un jour, qu'il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : " Passons sur l'autre rive du lac. " Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu'ils naviguaient, il s'endormit. Et une bourrasque s'abattit sur le lac; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S'étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : " Maître, maître, nous périssons ! " Et lui, s'étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s'apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : " Où est votre foi ? " Ils furent saisis de crainte et d'étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : " Qui est-il donc celui-là, qu'il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? " |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n'avait pas mis de vêtement; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d'une voix forte, il dit : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. " |
29 Il prescrivait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l'esprit s'était emparé de lui; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l'entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l'interrogea : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion ", car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s'en aller dans l'abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l'homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s'était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s'en retourna. |
38 L'homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant: |
39 " Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. " Il s'en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
L'évangéliste conclut les deux récits de la puissance miraculeuse de Jésus-Christ par les paroles des témoins stupéfaits: « Qui est-il donc pour accomplir de tels miracles? » Sans aucun doute veut-il poser cette question aussi à ses lecteurs. Naturellement, il écrivait pour des croyants — voir le prologue de l'Évangile, 1:1-4 — qui, en vertu de leur foi, pouvaient déjà répondre à cette question en appelant Jésus Seigneur, Messie et Fils de Dieu.
Quel est donc le sens de ces récits? Encore une « preuve » de la foi, ou encore une question posée à la conscience du lecteur: qui est-il? La seule confession de foi serait-elle insuffisante pour toucher le mystère de la personne du Christ? Serait-il nécessaire de garder devant lui un émerveillement qui ne vieillit pas, semblable à celui qu'éprouvèrent les disciples dans la barque ou les hommes qui virent la guérison du possédé? Cette question « qui est-il donc? », adressée à nous-mêmes et à lui, serait-elle aussi importante que la réponse connue d'avance? Il y a peut-être trop de questions ici, mais l'Évangile est un livre qui non seulement répond à son lecteur, mais l'interroge aussi...
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