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Lecture en trois ans pour le 29 juillet 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 38

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Maladie et guérison d’Ézéchias., 9 Cantique d’Ézéchias.
En ces jours-là, Ézéchias fut atteint d’une maladie mortelle. Le prophète Isaïe, fils d’Amoç, vint lui dire : « Ainsi parle Yahvé. Mets ordre à ta maison, car tu vas mourir, tu ne vivras pas. »
Ézéchias se tourna vers le mur et fit cette prière à Yahvé :
« Ah ! Yahvé, souviens-toi, de grâce, que je me suis conduit fidèlement et en toute probité de cœur devant toi, et que j’ai fait ce qui était bien à tes yeux. » Et Ézéchias versa d’abondantes larmes.
Alors la parole de Yahvé se fit entendre à Isaïe :
« Va dire à Ézéchias : Ainsi parle Yahvé, Dieu de ton ancêtre David. J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. J’ajouterai quinze années à ta vie.
Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie, et je protégerai cette ville.
« Voici, de la part de Yahvé, le signe qu’il fera ce qu’il a dit.
Voici que je vais faire reculer l’ombre des degrés que le soleil a descendus sur les degrés de la chambre haute d’Achaz — dix degrés en arrière. » Et le soleil recula de dix degrés, sur les degrés qu’il avait descendus.
Cantique d’Ézéchias, roi de Juda, lors de la maladie dont il fut guéri :
10 Je disais : Au midi de mes jours,
je m’en vais,
aux portes du shéol je serai gardé
pour le reste de mes ans.
11 Je disais : Je ne verrai pas Yahvé
sur la terre des vivants,
je n’aurai plus un regard pour personne
parmi les habitants du monde.
12 Ma demeure est arrachée, jetée loin de moi,
comme une tente de bergers ;
comme un tisserand j’ai enroulé ma vie,
il m’a séparé de la chaîne.
Du point du jour jusqu’à la nuit tu m’as achevé ;
13 j’ai crié jusqu’au matin ;
comme un lion, c’est ainsi qu’il broie tous mes os,
du point du jour jusqu’à la nuit tu m’as achevé.
14 Comme l’hirondelle, je pépie,
je gémis comme la colombe,
mes yeux faiblissent à regarder en haut.
Seigneur je suis accablé, viens à mon aide.
15 Comment parlerai-je pour qu’il me réponde ?
car c’est lui qui agit.
Je m’avancerai toutes mes années durant
dans l’amertume de mon âme.
16 Le Seigneur est sur eux, ils vivent
et tout ce qui est en eux est vie de son esprit.
Tu me guériras, fais-moi vivre.
17 Voici que mon amertume se change en bien-être.
C’est toi qui as préservé mon âme
de la fosse du néant,
tu as jeté derrière toi tous mes péchés.
18 Ce n’est pas le shéol qui te loue,
ni la mort qui te célèbre.
Ils n’espèrent plus en ta fidélité,
ceux qui descendent dans la fosse.
19 Le vivant, le vivant lui seul te loue,
comme moi aujourd’hui.
Le père à ses fils fait connaître
ta fidélité.
20 Yahvé, viens à mon aide,
et nous ferons résonner nos harpes
tous les jours de notre vie
dans le Temple de Yahvé.
21 Isaïe dit : « Qu’on apporte un pain de figues, qu’on l’applique sur l’ulcère, et il vivra. »
22 Ézéchias dit : « À quel signe connaîtrai-je que je monterai au Temple de Yahvé ? »

Isaïe, Chapitre 39

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Ambassade babylonienne.
En ce temps-là, Mérodak-Baladan, fils de Baladan, roi de Babylone, envoya des lettres et un présent à Ézéchias, car il avait appris sa maladie et son rétablissement.
Ézéchias s’en réjouit et il montra aux messagers sa chambre du trésor, l’argent, l’or, les aromates, l’huile précieuse ainsi que son arsenal et tout ce qui se trouvait dans ses magasins. Il n’y eut rien qu’Ézéchias ne leur montrât dans son palais et dans tout son domaine.
Alors le prophète Isaïe vint trouver le roi Ézéchias et lui demanda : « Qu’ont dit ces gens-là, et d’où sont-ils venus chez toi ? » Ézéchias répondit : « Ils sont venus d’un pays lointain, de Babylone. »
Isaïe reprit : « Qu’ont-ils vu dans ton palais ? » Ézéchias répondit : « Ils ont vu tout ce qu’il y a dans mon palais : il n’y a dans mes magasins rien que je ne leur aie montré. »
Alors Isaïe dit à Ézéchias : « Écoute la parole de Yahvé Sabaot !
Des jours viennent où tout ce qui est dans ton palais, tout ce qu’ont amassé tes pères jusqu’à ce jour, sera emporté à Babylone. Rien ne sera laissé, dit Yahvé.
Parmi les fils issus de toi, ceux que tu as engendrés, on en prendra pour être eunuques dans le palais du roi de Babylone. »
Ézéchias dit à Isaïe : « C’est une parole favorable de Yahvé que tu annonces. » Il pensait en effet : « Il y aura paix et sûreté ma vie durant. »
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 40
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

38:5 p) 2 R 20.5 ajoute ici « je vais te guérir ; dans trois jours tu monteras au Temple de Yahvé »; omis par hébr. mais cf. v. 22.


38:7 q) Il serait tentant d’insérer les vv. 21-22 entre les vv. 6 et 7 pour reconstituer un récit plus logique, correspondant mieux à celui de 2 R 20. Mais aucun témoin ancien ne donne l’exemple de cette transposition.


38:8 r) « le soleil » versions, Targ. ; hébr. lit « avec le soleil », déplacé après « degrés ». — « De la chambre haute d’Achaz » 1QIsa ; « d’Achaz » TM.


38:9 s) Rien dans le texte ne rattache à Ézéchias ce cantique, absent du récit parallèle des Rois. Il s’agit d’un psaume postexilique exprimant la plainte d’un fidèle atteint d’une grave et soudaine maladie. Le texte est en mauvais état et l’insertion est maladroite (voir v. 7 note et v. 21 note).


38:9 t) « Cantique » ou « poème », litt. « écrit ».


38:11 u) « du monde » haled mss hébr., Targ. ; hadel hébr. inintelligible.


38:12 v) « de bergers » versions ; « de mon berger » hébr.


38:13 w) « j’ai crié » shiwa`tî conj. cf. Targ. ; « j’ai apaisé » shiwwîti hébr. ; 1Qshappotî « je suis dénudé ».


38:14 x) Après le mot traduit par « hirondelle », l’hébr. ajoute le nom d’un autre oiseau (le martinet ?) doublet qui a sans doute pour objet de préciser qu’il faut lire sîs « hirondelle », et non sûs « cheval » comme le fait le TM (cf. Jr 8 7).


38:15 y) « pour qu’il me réponde » TM ; « et que lui dirai-je ? » 1QIsa et Targ.


38:16 z) « en eux » 1QIsa ; « en elles » TM. — « son esprit » 1QIsa ; « mon esprit » TM. Il s’agit peut-être d’une « relecture » de l’époque maccabéenne, en fonction de la croyance en la résurrection.


38:21 a) Les vv. 21-22 ont dû être déplacés au moment de l’insertion du cantique d’Ézéchias (voir v. 7 note). Le parallèle des Rois semble moins troublé et témoigne peut-être de l’existence de deux recensions.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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