5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
L'histoire du rassasiement miraculeux d'une grande quantité de personnes avec une quantité minimale de nourriture revient plusieurs fois dans l'Évangile. Dans le récit de Jean apparaît une nuance intéressante : en posant une question à Philippe, Jésus connaît déjà la réponse. Il sait Lui-même ce qu'Il va faire. La question devient plutôt une sorte d'épreuve pour le disciple : et lui, qu'en pense-t-il ? On pourrait bien sûr l'interpréter comme une sorte de test de confiance envers le Sauveur Lui-même. Mais il ne s'agit pas seulement de la confiance de Philippe envers Jésus.
Il s'agit avant tout de savoir où, dans quel monde Philippe vit : dans le Royaume ou sur la terre non transfigurée. Car c'est cela qui détermine les possibilités. Et l'on ne peut devenir un véritable disciple du Sauveur que d'une seule manière : en partageant avec Lui Sa vie. La vie de ce Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Lorsque cinq pains et deux petits poissons suffisent pour plusieurs milliers de personnes, il est évident qu'il ne peut s'agir que du Royaume : dans notre monde non transfiguré, cela est impossible. Mais ce n'est qu'un épisode, qui a touché les cinq mille personnes qu'il fallait nourrir et, bien sûr, les apôtres eux-mêmes. L'histoire évangélique est faite de tels épisodes. Mais qu'y a-t-il entre eux ?
Car les apôtres ont passé avec Jésus plus d'une année, et en dehors de ces moments où le Royaume se révélait à eux visiblement et sensiblement, eux aussi vivaient d'une manière ou d'une autre, communiquaient d'une manière ou d'une autre avec le Maître, pensaient et ressentaient quelque chose... Étaient-ils dans le Royaume tout le reste du temps ? La question de Jésus à Philippe est un test de séjour dans le Royaume. Philippe réagit comme un homme normal, ordinaire, vivant de la vie terrestre : il faut envoyer chercher des vivres dans la ville la plus proche, il faut de l'argent...
L'alternative ne lui vient tout simplement pas à l'esprit. Et cela signifie qu'il n'est pas question du Royaume dans sa vie à ce moment précis. Comme, vraisemblablement, dans la vie des autres disciples. Certes, très bientôt ils se souviendront du Royaume. Ils s'en souviendront à propos d'un nouveau miracle. Mais on ne peut pas devenir habitant du Royaume si l'on ne s'en souvient qu'après chaque nouveau miracle. Et Jésus veut réveiller Philippe, en lui indiquant quelque chose de plus grand que ce qu'il voit dans ce monde. Mais seul un miracle peut le réveiller. Le temps passera, tout sera autrement. Plus tard. Après la Pentecôte. Pour l'instant, c'est ainsi.
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. " |
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: |
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? " |
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. |
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient. |
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. " |
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé. |
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. " |
Jésus utilise manifestement chaque occasion pour montrer aux gens qui L’écoutent ce qu’est le Royaume. Et souvent ces occasions se trouvent liées au repas, à la nourriture, au rassasiement. Pour certains d’entre nous aujourd’hui, de telles manifestations du Royaume peuvent paraître « basses » et « dépourvues de spiritualité ». Mais il importe de se rappeler qu’un repas, en ce temps-là, n’était jamais une simple absorption de nourriture. Il commençait toujours par la bénédiction du pain et, s’il y avait du vin sur la table, du vin aussi. Sans une telle bénédiction, on ne se mettait pas à table. Et avec une telle approche, tout repas devenait sacré, car Dieu Lui-même était toujours invité à y prendre part. Et la fraction du pain, s’il y avait du pain sur la table, en était aussi une partie indispensable : car le pain, comme le vin, était en tout cas béni séparément. Avec une telle attitude envers le repas, celui-ci devenait une forme de communion avec Dieu, à laquelle participaient tous ceux qui étaient rassemblés à table.
Et Jésus, comme on le voit, s’en sert pour faire participer Ses auditeurs au Royaume, pour leur montrer ce que peut être la vie nouvelle dans le monde renouvelé. Bien sûr, les gens assis par terre dans l’attente du repas savaient parfaitement comment on bénissait le pain et le vin. Mais ils ne s’attendaient guère à ce que la bénédiction produise un tel effet. Et l’effet était manifeste : la nourriture qui semblait tout à fait insuffisante suffit pour tous.
Telle est la nature du Royaume, où la matière est entièrement soumise à l’esprit. Les auditeurs de Jésus ont commencé leur repas dans notre monde, encore non transfiguré, selon ses lois, et ils l’ont achevé dans le Royaume, selon les lois du Royaume. Il ne pouvait y avoir meilleur témoignage : il vaut toujours mieux voir une fois qu’entendre cent fois, et cela s’applique au Royaume plus qu’à toute autre chose. Bien sûr, il est peu vraisemblable que les gens qui écoutaient Jésus aient compris jusqu’au bout ce qui s’était passé. Mais ils ont reçu l’expérience de demeurer dans le Royaume, et une telle expérience ne s’oublie pas.
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. " |
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: |
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? " |
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. |
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient. |
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. " |
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé. |
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. " |
Le texte sur la multiplication des pains est pour nous d'une importance incomparable, important liturgiquement, important théologiquement, important ecclésiologiquement. Nous ne cessons de le répéter. Il est simplement important, car c'est un lien vivant avec le Seigneur, qui s'accomplit pendant chaque liturgie. Cet événement est mentionné six fois dans l'Évangile, comme aucun autre. Nous comprenons que c'est une sorte de pont entre la Cène mystique et chaque liturgie.
Mais maintenant, nous voudrions regarder ce texte d'un autre côté. Le Christ dit : Je suis le pain de vie (Jn 6:48). Mais Il est aussi le Verbe incarné, car en Lui « le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1:14). Le Verbe et le pain... Guigues II le Chartreux terminait la lecture priante par cette prière : « Tu romps pour moi le pain de la Sainte Écriture, et, en rompant ce pain, Tu me donnes de Te connaître... » (D'après le livre d'E. Bianchi « La lecture priante de la Sainte Écriture »).
L'Évangile est un livre si petit par son volume, comme cinq pains sont peu nombreux, mais il rassasie quiconque y communie, et chacun y trouvera son sens propre, particulier, précieux et compréhensible pour lui seul, comme chacun reçoit son morceau de pain ; mais en même temps ce sera un sens en rapport avec le sens universel, comme chaque morceau est pris d'un seul pain.
Et non pas seulement un sens, mais des sens, qui se multiplient sans cesse, semblables aux pains. Ils se multiplient afin que nous ne défaillions pas et, finalement, ne mourions pas. Cela n'arrive avec aucun livre humain. Entre un livre humain et l'Évangile, il y a la même différence qu'entre le pain ordinaire que nous mangeons et cette prosphore qui, à elle seule, rassasie toute la paroisse.
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. " |
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: |
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? " |
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. |
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient. |
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. " |
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé. |
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. " |
La multiplication des pains est un grand miracle en soi. Mais pour les chrétiens, le plus important est bien sûr que ce miracle devient la préfiguration d'un miracle bien plus grand : le sacrement de l'Eucharistie. Au long des siècles et jusqu'à la fin du monde, le Seigneur, sous l'apparence du Pain, nous donne en nourriture Lui-même, et, comme lors de la multiplication des pains, cette nourriture suffit pour tous.
Du fait que le Fils de Dieu devient Lui-même nourriture pour les hommes, la vie non seulement ne diminue pas, mais augmente dans le monde. C'est précisément pourquoi la Croix, sur laquelle le Seigneur nous donne Sa vie, est devenue pour les chrétiens synonyme de cet Arbre de vie que le Seigneur planta au milieu du paradis.
Et nous voyons encore dans ce miracle qu'il ne s'accomplit pas sans la participation des disciples : d'une manière ou d'une autre, chacun selon sa vocation, nous devenons tous participants et acteurs du sacrement. Les ministres ordonnés participent à l'Eucharistie d'une manière, les laïcs d'une autre, mais la place de chacun de nous dans l'Église du Christ dépend de façon essentielle de cette participation. Car, pour la multiplication des pains, il fallait aussi le garçon qui remit son pain au Christ, les apôtres, et ceux qui mangèrent ce pain béni.
Les théologiens orthodoxes du XXe siècle, principalement en émigration, ont créé tout un courant théologique, nouveau et assez original, qui a reçu le nom d'ecclésiologie eucharistique. Parmi ces penseurs figurent les pères Nicolas Afanassieff et Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff et Cyprien Kern, et beaucoup d'autres. Grâce à leurs travaux, dans les discussions théologiques entre chrétiens, nous avons peut-être vu apparaître pour la première fois les arguments et les positions dont nous avions tant besoin depuis des siècles. L'essentiel pour nous dans leur héritage est l'idée que l'Église n'est pas simplement une institution hiérarchique au goût latin, ni simplement une communauté de croyants dans l'esprit du protestantisme. L'Église est davantage un événement qu'une structure, davantage une action qu'un état. Et cet événement, c'est l'Eucharistie.
1 Après cela, Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade. |
2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu'il opérait sur les malades. |
3 Jésus gravit la montagne et là, il s'assit avec ses disciples. |
4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. |
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. " |
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: |
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? " |
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. |
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient. |
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. " |
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé. |
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. " |
15 Alors Jésus, se rendant compte qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, s'enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul. |
16 Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent à la mer, |
17 et, montant en bateau, ils se rendaient de l'autre côté de la mer, à Capharnaüm. Il faisait déjà nuit; Jésus n'était pas encore venu les rejoindre; |
18 et la mer, comme soufflait un grand vent, se soulevait. |
19 Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marcher sur la mer et s'approcher du bateau. Ils eurent peur. |
20 Mais il leur dit : " C'est moi. N'ayez pas peur. " |
21 Ils étaient disposés à le prendre dans le bateau, mais aussitôt le bateau toucha terre là où ils se rendaient. |
22 Le lendemain, la foule qui se tenait de l'autre côté de la mer vit qu'il n'y avait eu là qu'une barque et que Jésus n'était pas monté dans le bateau avec ses disciples, mais que seuls ses disciples s'en étaient allés. |
23 Cependant, de Tibériade des bateaux vinrent près du lieu où l'on avait mangé le pain. |
24 Quand donc la foule vit que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s'embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus. |
25 L'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : " Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? " |
26 Jésus leur répondit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. |
27 Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau. " |
28 Ils lui dirent alors : " Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? " |
29 Jésus leur répondit : " L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. " |
30 Ils lui dirent alors : " Quel signe fais-tu donc, pour qu'à sa vue nous te croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ? |
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. " |
32 Jésus leur répondit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c'est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; |
33 car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. " |
34 Ils lui dirent alors : " Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. " |
35 Jésus leur dit : " Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim ; qui croit en moi n'aura jamais soif. |
36 Mais je vous l'ai dit: vous me voyez et vous ne croyez pas. |
37 Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors; |
38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. |
39 Or c'est la volonté de celui qui m'a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. |
40 Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. " |
41 Les Juifs alors se mirent à murmurer à son sujet, parce qu'il avait dit : " Je suis le pain descendu du ciel. " |
N'est-il pas étrange que Celui qui vient des cieux se soucie de nourrir de pain les foules de Ses auditeurs et de Ses disciples? Est-ce pour cela qu'Il est venu? Pourtant, le miracle de la multiplication des pains pour cinq mille personnes est le seul miracle décrit par tous les évangélistes, et il est donc particulièrement important. C'est lui qui sert de point de départ à la conversation sur le vrai pain dont l'homme vit véritablement, le pain de vie.
Nous avons entendu depuis l'enfance que l'homme ne vit pas seulement de pain. Mais si nous essayons de comprendre ce qui compose notre régime spirituel, y trouverons-nous ce qui peut réellement rassasier le cœur, et non un substitut qui ne laisse qu'une gueule de bois et de la nausée?
Le Seigneur nous propose un tel pain. Ce n'est pas un enseignement, ni des commandements, ni la foi en Dieu: tout cela existait déjà chez les Juifs et existe dans beaucoup d'écoles spirituelles et de religions. Jésus parle du pain qui descend réellement des cieux et donne la vraie vie, la vie éternelle. Ce pain, c'est Lui-même.
1 Après cela, Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade. |
2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu'il opérait sur les malades. |
3 Jésus gravit la montagne et là, il s'assit avec ses disciples. |
4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. |
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? " |
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire. |
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. " |
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: |
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? " |
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. |
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient. |
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. " |
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé. |
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. " |
15 Alors Jésus, se rendant compte qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, s'enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul. |
16 Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent à la mer, |
17 et, montant en bateau, ils se rendaient de l'autre côté de la mer, à Capharnaüm. Il faisait déjà nuit; Jésus n'était pas encore venu les rejoindre; |
18 et la mer, comme soufflait un grand vent, se soulevait. |
19 Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marcher sur la mer et s'approcher du bateau. Ils eurent peur. |
20 Mais il leur dit : " C'est moi. N'ayez pas peur. " |
21 Ils étaient disposés à le prendre dans le bateau, mais aussitôt le bateau toucha terre là où ils se rendaient. |
22 Le lendemain, la foule qui se tenait de l'autre côté de la mer vit qu'il n'y avait eu là qu'une barque et que Jésus n'était pas monté dans le bateau avec ses disciples, mais que seuls ses disciples s'en étaient allés. |
23 Cependant, de Tibériade des bateaux vinrent près du lieu où l'on avait mangé le pain. |
24 Quand donc la foule vit que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s'embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus. |
25 L'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : " Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? " |
26 Jésus leur répondit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. |
27 Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau. " |
28 Ils lui dirent alors : " Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? " |
29 Jésus leur répondit : " L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. " |
30 Ils lui dirent alors : " Quel signe fais-tu donc, pour qu'à sa vue nous te croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ? |
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. " |
32 Jésus leur répondit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c'est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; |
33 car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. " |
34 Ils lui dirent alors : " Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. " |
35 Jésus leur dit : " Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim ; qui croit en moi n'aura jamais soif. |
36 Mais je vous l'ai dit: vous me voyez et vous ne croyez pas. |
37 Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors; |
38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. |
39 Or c'est la volonté de celui qui m'a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. |
40 Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. " |
41 Les Juifs alors se mirent à murmurer à son sujet, parce qu'il avait dit : " Je suis le pain descendu du ciel. " |
La lecture d'aujourd'hui nous permet de mieux comprendre ce que l'on appelle habituellement le « secret messianique » de Jésus. En parlant de lui, on entend le fait que Jésus lui-même, jusqu'aux derniers jours de son ministère terrestre, ne parlait presque pas directement de sa messianité, du moins pas ouvertement. Le récit de l'évangéliste nous ramène au miracle de la multiplication des pains (v. 1-14). La réaction à ce miracle fut manifestement une tentative de proclamer Jésus « roi », de faire de lui le chef d'un nouveau mouvement messianique (v. 15). Et ce n'est pas étonnant: selon les représentations généralement admises à cette époque, le Messie devait justement devenir roi, rétablir un État juif indépendant et y introduire des lois conformes à la Torah. Jésus, bien sûr, n'avait aucune intention de devenir le chef de quelque mouvement politico-religieux que ce soit.
Mais Jésus avait aussi une autre raison, plus importante, de cacher sa messianité. Il la dit lui-même directement à ceux qui étaient partis le chercher en Galilée: la plupart des hommes qui cherchaient à le rencontrer ne le faisaient pas parce qu'ils avaient soif du Royaume, mais parce qu'ils voulaient, en cas de besoin, toujours pouvoir recevoir gratuitement du pain (v. 26). Jésus, lui, leur parle de la vie éternelle et de l'essentiel sans lequel on ne peut y participer: la confiance en Celui que Dieu a envoyé dans le monde pour donner le Royaume aux hommes (v. 27-29).
Mais ils ne le comprennent pas. Ils lui demandent: où sont les preuves de la vérité de tes paroles (v. 30)? Et ils donnent aussitôt un exemple des preuves qui les convaincraient: la manne venue du ciel, comme au temps de Moïse dans le désert (v. 31). Jésus, de nouveau, leur dit que le Royaume est plus grand que n'importe quel miracle, et que le pain du Royaume est plus important que la manne (v. 32-33). Et de nouveau, ils ne le comprennent pas.
Ses auditeurs ne parviennent pas à saisir qu'avec la venue du Sauveur dans le monde une nouvelle époque a commencé, et que ce qui leur est arrivé sur la rive du lac de Génésareth n'était pas un miracle au sens où la manne en était un. Simplement, en étant avec Jésus, ils se sont trouvés dans le Royaume et ont vécu un certain temps selon ses lois; mais, manifestement, ils n'ont pas compris jusqu'au bout ce qui leur était arrivé. C'est pourquoi ils demandent du pain à Jésus et s'attendent à le recevoir comme autrefois leurs pères recevaient de Dieu la manne (v. 34). Et Jésus tente encore et encore de leur expliquer qu'il ne s'agit pas du pain, mais du Royaume et de cette plénitude de la vie divine qui y est donnée à chacun, de sorte que là aucune manne ne sera plus nécessaire.
Le miracle, c'est l'irruption du Royaume dans notre monde, la manifestation de ses lois là où, d'ordinaire, règnent des règles tout autres. Mais maintenant le Royaume entre dans le monde en le transformant, et le temps des miracles passe. Vient le temps du Royaume, ouvert à quiconque le cherche et veut y entrer.
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