En décrivant le Royaume, Jésus recourt à l'image de la vigne, du cep, traditionnelle pour le yahvisme et le judaïsme. Mais dans cette image traditionnelle, il met un sens nouveau lié à...
En décrivant le Royaume, Jésus recourt à l'image de la vigne, du cep, traditionnelle pour le yahvisme et le judaïsme. Mais dans cette image traditionnelle, il met un sens nouveau lié à l'essence du Royaume qu'il a apporté au monde. Bien sûr, il y a place ici pour la compréhension traditionnelle du Royaume comme lieu où n'agit qu'une seule volonté: la volonté de Dieu, créateur du monde. Ce n'est pas par hasard que Jésus dit que « le prince de ce monde » « n'a rien en lui »: car le Royaume qu'il a apporté au monde n'existe pas selon les lois de ce monde, de sorte que « le prince de ce monde » ne peut avoir aucun pouvoir sur lui, même si, demeurant dans notre monde non transfiguré, le Royaume est constamment en contact avec lui.
Mais l'image du cep devient aussi l'image des relations à l'intérieur du Royaume, où tous sont liés les uns aux autres et au Christ comme les sarments sur le cep. Ce lien est absolu, immédiat et organique: chaque sarment est le prolongement du cep; si on l'en arrache, il se dessèche. Tous les sarments vivent d'une seule vie avec le cep, se nourrissant avec lui des mêmes sucs venus d'une même source. De toute évidence, c'est de cette manière que les habitants du Royaume sont liés les uns aux autres et au Christ.
De ce point de vue, on peut définir le Royaume comme un espace unique de relations qui relient entre eux tous ses habitants, au centre duquel se trouve le Christ. Et c'est précisément le fait de la présence du Christ qui fait du Royaume le Royaume. Car pour qu'il reste lui-même, il lui faut une constance des relations, une stabilité de celles-ci, impensables dans le monde déchu pour une volonté humaine endommagée par la chute. Seule la volonté de celui qui, étant Homme, est demeuré non soumis au péché peut devenir le fondement d'une unité stable, nécessaire comme condition indispensable de l'existence du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré. C'est précisément cela, à ce qu'il semble, que le Sauveur a en vue lorsqu'il dit: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ».
Bien sûr, même dans l'état déchu, l'homme peut parfois, avec l'aide de Dieu, faire quelque chose de bon. Mais faire quoi que ce soit pour le Royaume n'est possible qu'en étant une partie du Royaume. Et être une partie de celui-ci est impossible sans l'unité spirituelle avec celui qui constitue son fondement spirituel, qui est l'axe spirituel sur lequel le Royaume tient.
Une extrémité de cet axe est tenue par Dieu, qui a ressuscité son Fils d'entre les morts. À l'autre, nous sommes là, nous qui nous considérons comme chrétiens et qui essayons de l'être autant que nous le pouvons. Et entre nous se trouve le Royaume, qui entre dans le monde à travers nous.