1 Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. |
2 Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, |
3 mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. |
4 Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant. |
5 Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? |
6 Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée: |
7 Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. " |
8 Et elles se rappelèrent ses paroles. |
9 À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. |
10 C'étaient Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux apôtres; |
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
L'annonce de la Résurrection de Jésus constitue le coeur de la prédication apostolique, le centre du christianisme. Aujourd'hui, l'évangéliste montre combien cette annonce était impossible à contenir et bouleversante pour les premiers disciples. Luc décrit leurs doutes et leurs hésitations afin de refléter l'expérience de sa communauté (l'Église locale), mais son récit peut tout à fait nous concerner nous aussi. Nous avons, nous aussi, entendu plus d'une fois parler de la Résurrection, nous l'avons lue plus d'une fois dans l'Évangile, entendue dans la prédication à l'église, racontée nous-mêmes à d'autres. Mais, comme les deux voyageurs d'Emmaüs, il nous est très difficile de croire à la Résurrection tant que le Seigneur lui-même n'élargit pas imperceptiblement nos coeurs, tant qu'il ne nous ouvre pas par son Esprit l'Écriture qui témoigne de sa Résurrection.
La Résurrection n'est pas un concept théologique abstrait. La foi en elle repose sur une rencontre personnelle avec le Ressuscité : comme les femmes myrophores l'ont rencontré, comme les deux disciples l'ont reconnu à la fraction du pain, comme il s'est présenté devant tous les apôtres. Mais elle repose aussi sur notre rencontre, même si nous n'avons pas encore reconnu qui nous parlait sur le chemin de notre vie ; l'ardeur du coeur et la joie au sujet du Seigneur ressuscité témoignent déjà que nous devenons participants de sa gloire.
1 Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. |
2 Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, |
3 mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. |
4 Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant. |
5 Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? |
6 Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée: |
7 Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. " |
8 Et elles se rappelèrent ses paroles. |
9 À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. |
10 C'étaient Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux apôtres; |
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
En lisant les récits évangéliques des rencontres et des échanges des disciples avec le Maître ressuscité, beaucoup se demandent pourquoi, L'ayant reconnu au moment de la fraction du pain, les apôtres perdent aussitôt le Sauveur de vue. Il semblerait qu'à l'instant même, en marchant sur la route, ils Le voyaient parfaitement clairement, Il était près d'eux, et voilà qu'Il n'est plus là, et l'on ne sait ni comment ni où Il a disparu.
Pourtant, la proximité du Royaume qui entre dans le monde peut expliquer beaucoup de choses ici. Jésus, avant même Sa mort et Sa résurrection, parlait du Royaume qui s'était approché, qui était désormais proche, qui entrait déjà dans le monde. Et après Sa résurrection, Il confirme de nouveau cette pensée. Mais la situation a maintenant changé : après la résurrection, Jésus appartient déjà entièrement au Royaume, et Il est présent dans ce monde dans la mesure où le Royaume y est entré. Il ne franchit plus les frontières du Royaume, Il ne touche plus le monde déchu, non pas la nature physique comme telle, mais cette partie de celle-ci qui n'est pas encore entrée en contact avec le Royaume. Les apôtres, eux, appartiennent encore au monde déchu, et lui appartiennent entièrement ; pour eux, la situation ne changera qu'après la Pentecôte, lorsqu'ils entreront en contact avec le Royaume, sentiront son souffle, y entreront ; alors ils apprendront à voir le Royaume tel qu'il est, à percevoir sa profondeur infinie, où il n'y a pas de distances et où il est donc facile et simple de rencontrer le Christ : il suffit de L'appeler.
Pour l'instant, avant la Pentecôte, les disciples ne voient, pour ainsi dire, que le bord du Royaume, cette frontière par laquelle il touche le monde encore non transfiguré. La frontière elle-même est transparente, on peut facilement ne pas la remarquer. Et le Sauveur ressuscité, qui se trouve de l'autre côté, semble marcher sur la même route que les apôtres. Il marche vraiment sur la même route, mais Sa partie de la route passe de l'autre côté de la frontière qui sépare le Royaume du monde déchu.
Les disciples, bien sûr, ne remarquent aucune frontière : ils sont sûrs que le mystérieux Inconnu est un habitant de leur monde, et non un habitant du Royaume. Et tant qu'Il se trouve aussi près de la frontière de Son côté que Ses disciples du leur, les apôtres ne remarquent rien. Mais voici que vient le moment de la fraction du pain, et Jésus se trouve là où, à ce moment, Il peut seul se trouver : au centre de Son Royaume, comme il convient au Roi. De la frontière du Royaume, Il s'en va vers sa profondeur.
Et, naturellement, Il devient invisible pour les apôtres : car ils ne peuvent pas encore regarder si loin dans la profondeur du Royaume. Il leur semble que le Maître a disparu précisément au moment où ils ont enfin deviné Qui était devant eux. En réalité, bien sûr, Jésus n'a disparu nulle part : si les apôtres avaient été capables de voir le Royaume tel qu'il est, ils y auraient vu leur Maître dans la gloire. Mais leur temps n'était pas encore venu. La Pentecôte était encore devant eux. Pour l'instant, il ne restait aux apôtres qu'à s'étonner et à se demander pourquoi leur Maître apparaissait si soudainement et disparaissait tout aussi soudainement de leur vue.
1 Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. |
2 Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, |
3 mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. |
4 Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant. |
5 Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? |
6 Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée: |
7 Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. " |
8 Et elles se rappelèrent ses paroles. |
9 À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. |
10 C'étaient Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux apôtres; |
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
Le matin de la Résurrection, les femmes furent les premières à venir au tombeau. On considère que, selon les mœurs de ce temps-là, les femmes risquaient moins que les hommes des représailles pour avoir manifesté de la sympathie envers un condamné exécuté ; c’est pourquoi elles ne craignaient pas de venir à son tombeau. Même s’il en était ainsi, ne diminuons pas pour autant le degré de leur amour et de leur fidélité au Maître. Il existe une force ouverte, immédiatement visible et incontestable, mais il existe aussi une autre force, qui se manifeste dans ce qui paraît être faiblesse. Bien des fois, le sexe « faible » s’est montré fort précisément dans les situations où il fallait justement cette force, qui s’accomplit dans la faiblesse.
Mais la force manifeste demandée à l’homme n’est pas rejetée non plus. Nous voyons Pierre, qui a surmonté son reniement temporaire, et nous reconnaissons de nouveau son caractère, sa résolution et son élan. Ses forces lui reviennent.
Les adversaires du christianisme l’appellent une religion de faibles. Non, le christianisme rend les faibles forts et il est lui-même une source de force. Seulement, ce n’est pas la force qui, comme un culturiste, exhibe des muscles gonflés. La force de la foi n’est pas immédiatement visible et n’est souvent pas prise en compte. Goliath non plus n’avait pas imaginé que le modeste jeune David, dépourvu de musculature héroïque, le vaincrait.
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
Dieu appelle chacun de nous à agir seulement ainsi. Va et regarde toi-même. Il te semble que c'est une sottise et une crise de nerfs de femmes exaltées : va vérifier. Tu as des reproches à faire à Dieu parce que le monde est injuste : eh bien, va lui demander toi-même de quoi il s'agit. On t'a dit quelque chose qui t'a effrayé ou qui te paraît absurde : tire tout cela au clair toi-même auprès de Celui qui est la source de cette étrangeté. Mais ne reste pas inactif, cherche.
Il y a des questions dont nous ne pouvons recevoir les réponses qu'en nous adressant à Celui qui peut y répondre. Même si l'idée même de devoir nous adresser à lui personnellement, sans intermédiaires, suscite en nous une résistance. Il ne faut pas se contenter de récits de seconde main et d'opinions étrangères. Dans nos relations avec Dieu, nous devons avant tout nous appuyer sur le fait qu'il est venu rétablir un lien direct avec chacun. Y compris avec moi.
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
Dieu exhorte chacun de nous à se comporter seulement de la sorte (comme Pierre). Va et regarde toi-même. Si tu penses que c'est une bêtise et une crise de nerfs des femmes nerveuse, vas et vérifies. Tu as des prétentions contre Dieu, que le monde a été injustement fait, eh bien, vas-y donc et demandes Lui toi-même – qu’y a-t-il? On t’a dit quelque chose d’épouvantant ou te semblant absurde? Élucide tout toi-même auprès de celui, qui est la source de cette étrangeté. Surtout ne reste pas inactif, cherche. Il y a des questions, dont nous ne pouvons avoir des réponses, qu’en s’adressant à Celui, qui peut leur répondre. Même si l'idée même de la nécessité de s'adresser à Lui personnellement, sans intermédiaires provoque en nous une opposition; Il ne vaut pas la peine de se contenter des adaptations et des avis des autres. Dans nos relations avec Dieu, nous devons avant tout nous appuyer sur le fait qu'il est venu rétablir un lien direct avec chaque personne. Y compris avec toi et moi.
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
Dieu exhorte chacun de nous à se comporter seulement de la sorte (comme Pierre). Va et regarde toi-même. Si tu penses que c'est une bêtise et une crise de nerfs des femmes nerveuse, vas et vérifies. Tu as des prétentions contre Dieu, que le monde a été injustement fait, eh bien, vas-y donc et demandes Lui toi-même – qu’y a-t-il? On t’a dit quelque chose d’épouvantant ou te semblant absurde? Élucide tout toi-même auprès de celui, qui est la source de cette étrangeté. Surtout ne reste pas inactif, cherche. Il y a des questions, dont nous ne pouvons avoir des réponses, qu’en s’adressant à Celui, qui peut leur répondre. Même si l'idée même de la nécessité de s'adresser à Lui personnellement, sans intermédiaires provoque en nous une opposition; Il ne vaut pas la peine de se contenter des adaptations et des avis des autres. Dans nos relations avec Dieu, nous devons avant tout nous appuyer sur le fait qu'il est venu rétablir un lien direct avec chaque personne. Y compris avec toi et moi.
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
Comme on le voit dans les paroles de l'évangéliste, les apôtres ne crurent pas tout de suite à la résurrection du Sauveur, même lorsqu'on leur en rendit témoignage. Il est possible, bien sûr, que cette méfiance ait été liée au fait qu'un événement si important leur avait été raconté par des femmes : aux témoignages des femmes, surtout lorsqu'il s'agissait d'expérience spirituelle et mystique, on n'avait pas l'habitude de faire trop confiance.
Et il ne s'agissait pas tant de méfiance envers le témoignage féminin comme tel que de cette émotivité et de cette tendance aux imaginations souvent propres aux femmes, qui, dans la vie spirituelle, peuvent facilement jouer un mauvais tour à l'homme. Et pourtant, il ne s'agissait vraisemblablement pas seulement de cela.
Les apôtres ne croyaient tout simplement pas à la possibilité de la résurrection de Jésus d'entre les morts. Peut-être, en partie, avaient-ils même peur d'y croire. Tout récemment encore, ils étaient sûrs de devenir les participants d'événements grandioses, de cette guerre messianique que tous attendaient et qui, selon l'attente générale, devait se terminer par le triomphe immédiat, sur la terre, du Messie et de Son Royaume. Un Royaume, bien entendu, terrestre, visible par tous, puissant, dont personne, pas même ses pires ennemis, ne pourrait douter de la réalité.
Et ces ennemis, bien sûr, seraient terrassés ; ils se rouleraient dans la poussière en demandant grâce à ceux qu'ils méprisaient tout récemment encore et qu'ils tenaient pour rien. Maintenant, tous les rêves et toutes les espérances se sont effondrés, ont disparu comme un mirage dans le désert, laissant derrière eux un vide qu'il semblait impossible de traverser. La peur précisément de ce vide poussa d'abord les disciples à se disperser à Gethsémani au moment de l'arrestation du Maître, puis à se cacher dans les maisons, en évitant toute relation avec qui que ce soit, sauf entre eux. Et voici maintenant de nouveaux récits, une sorte de suite de l'histoire dont ils n'ont aucune envie ; ils voudraient plutôt que tout finisse au plus vite et, sinon s'oublie d'une manière ou d'une autre (une telle chose ne s'oublie pas), du moins s'apaise en eux, et que ce vide terrible disparaisse quelque part.
Or la suite de l'histoire ne semble rien promettre de bon ; en tout cas, il ne faut pas attendre le repos, et les récits des femmes ne font que rouvrir les blessures récentes. Très probablement, bien sûr, elles ont simplement cru voir quelque chose ; leur coeur souffre aussi, et dans la douleur que ne croit-on pas voir... C'est là que se trouvait ce qui empêchait de croire au témoignage. Aucun des disciples du Sauveur déjà ressuscité ne pouvait concevoir que le vide puisse non pas être repoussé quelque part où on ne le verrait pas, mais être rempli, et rempli précisément par Celui qui venait de mourir sur la croix.
Et la conscience de la réalité nouvelle ne leur vint pas tout de suite : car la conscience de l'homme déchu n'est généralement pas adaptée à sa perception. Mais lorsque, déjà après la Pentecôte, la conscience des apôtres changea, tout leur devint clair. Non pas au moment où leur Maître ressuscita d'entre les morts, mais au moment où eux-mêmes participèrent à la vie de Son Royaume. Mais il n'en va jamais autrement : la réalité ne devient réalité pour l'homme que lorsqu'elle devient une partie de sa propre vie. Ou sa vie même, comme peut devenir pour le chrétien sa propre vie, la vie de ce Royaume qu'il cherche.
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
Il est intéressant de se demander pourquoi les apôtres qui marchent sur la route d’Emmaüs ne reconnaissent pas leur Maître. Bien sûr, ils n’attendaient pas la Résurrection, il leur semblait que tout était fini, et à Celui qu’ils prenaient pour un inconnu ils racontaient avec amertume tout « ce qui s’était passé ces jours-ci à Jérusalem ». Mais comment ne pas reconnaître Celui avec qui l’on a passé plusieurs années, en Le côtoyant chaque jour ? Une humanité changée, difficilement perceptible aux yeux et aux sens de l’homme déchu ? Sans doute oui, car le Royaume ne se révèle qu’avec difficulté, et seulement en partie, à la vue non transfigurée. Mais au moment de la fraction du pain, ils Le voient tout à fait clairement ! Que s’est-il donc passé ?
Un théologien saurait sans doute construire à partir de ce seul fait toute une sacramentologie. Mais l’affaire est peut-être à la fois plus simple et plus complexe : les disciples ont simplement participé au Royaume, ils y sont entrés et se sont trouvés directement en son centre, là où Il est, Lui, leur Maître. Et depuis le Royaume, le Royaume se voit bien, et les apôtres, bien sûr, ont aussitôt discerné Jésus sans difficulté. Mais comment et pourquoi il arrive que le Royaume s’ouvre aux disciples puis se referme de nouveau devant eux, il ne reste qu’à le deviner.
Une chose est claire : désormais, il est réellement proche, si proche que l’on peut franchir sa frontière sans même s’en apercevoir. Mais, d’un autre côté, il apparaît qu’on peut franchir la frontière du Royaume sans remarquer non seulement la frontière, mais même le Royaume ! On peut le traverser sans rien voir ni ressentir, sans remarquer même Celui qu’il était impossible de ne pas remarquer tant qu’Il appartenait encore, par Sa nature humaine, à la partie non transfigurée de l’univers. Apparemment, il faut une relation qui s’actualise ici et maintenant, un lien semblable à celui qui unit ceux qui sont rassemblés autour du pain rompu, pour éprouver la réalité du Royaume. Et il se révèle infiniment grand : il a suffi aux apôtres de reconnaître Jésus, de se trouver dans la même dimension spirituelle que Lui, pour qu’Il disparaisse aussitôt de leur vue, comme dissous dans une distance infinie ; car Il est au centre de Son Royaume, et les apôtres, comme on le voit, sont encore très loin du centre…
Et pourtant, la rencontre a eu lieu. C’est l’essentiel. Le reste suivra, car devant eux s’ouvre toute une vie. Une vie qu’il faudra vivre dans le Royaume.
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
Si, dans le récit précédent, les femmes n’ont pas rencontré Jésus ressuscité et sont devenues participantes de l’Évangile de la Résurrection par la seule foi en sa parole, maintenant nous est décrite une véritable rencontre : car le Christ, non reconnu par les voyageurs, demeure lui-même, et ils ont réellement partagé avec lui la conversation et le repas, même s’ils ne l’ont reconnu qu’au tout dernier moment. Si auparavant Jésus enseignait les foules et discutait ouvertement avec les scribes et les pharisiens, après la Résurrection seuls peuvent le voir et le reconnaître ceux qui le veulent eux-mêmes de tout leur cœur. Et cette reconnaissance se produit précisément dans le cœur : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous ? ».
Cette expérience des deux disciples est ouverte à tous ceux qui ne peuvent se résigner à la mort de l’espérance ; en réalité, c’est l’expérience de l’Église, lorsque « deux ou trois sont réunis » pour rencontrer le Christ dans l’Écriture, car tout y est écrit à son sujet, et reconnaître sa présence au repas du Royaume.
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
Une situation étrange, à première vue: les disciples marchent sur la route à côté du Maître sans Le reconnaître. Comment une telle chose a-t-elle pu arriver? Bien sûr, Jésus avait beaucoup changé après la résurrection, mais à d'autres moments et dans d'autres situations, Ses disciples Le reconnaissaient tout de même, même si ce n'était parfois pas tout de suite. Et là, pendant tout le trajet, qui était loin d'être court, ils ne L'ont pas reconnu!
L'évangéliste dit que leurs yeux étaient «retenus»: c'est ainsi que résonne littéralement le mot grec correspondant. Comme si quelque chose les empêchait de voir. Une sorte d'obstacle, quelque chose à travers quoi le regard ne peut pas pénétrer, qui ne le laisse pas passer. Quel est donc cet obstacle invisible? Invisible parce qu'ils marchaient pourtant sur la route côte à côte, qu'ils parlaient, et qu'il semblait que rien ne pouvait empêcher les apôtres de reconnaître Jésus.
Mais ils Le voyaient tout en ne Le voyant pas, pour ainsi dire. Le voyaient-ils indistinctement? À peine: alors ils se seraient posé la question bien plus tôt. Ils Le voyaient plutôt distinctement, mais... comme si ce n'était pas Celui qui, en réalité, marchait à côté d'eux. Cela arrive quand un interlocuteur porte un masque très semblable à un visage humain: on peut alors facilement le prendre pour un autre, mais aucun de ceux qui le voient ne doutera qu'il a devant lui un homme, même inconnu. Quel obstacle a donc ainsi changé l'apparence de Jésus ressuscité?
Manifestement, celui-là même qui sépare le Royaume et notre monde, encore non transfiguré. Lui, Il demeurait déjà dans le Royaume, car après la résurrection Sa vie appartenait entièrement au Royaume, tandis que dans le monde non transfiguré Il n'était visible qu'à ceux qui pouvaient percevoir la réalité du Royaume entrant dans le monde, et dans la mesure où ils le pouvaient. Les apôtres, eux, n'étaient pas encore véritablement prêts à une telle perception. Certes, ils avaient passé beaucoup de temps auprès de Jésus pendant Son ministère terrestre, ils avaient vu des manifestations de la puissance du Royaume, ils avaient senti son souffle.
Mais ils n'avaient pas encore réellement pris part à sa vie. Leur communion au Royaume et à sa vie se produira plus tard, le jour de la Pentecôte, lorsque le souffle du Royaume fera irruption dans le monde, comme le vent. Alors, après la Pentecôte, ils apprendront à Le voir clairement et distinctement. L'obstacle disparaîtra pour eux. Mais pour l'instant il existe encore, et, voyant le Maître, ils ne Le reconnaissent pas si Lui-même ne Se rend pas reconnaissable pour eux. Car seul un habitant du Royaume voit distinctement ses réalités. Et son Roi aussi.
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
Des choses paradoxales arrivent aux apôtres lorsqu'ils communiquent avec Jésus ressuscité. D'abord, pendant assez longtemps, ils marchent sur la route près du Maître sans Le reconnaître. Puis, au moment de la fraction du pain, ils Le reconnaissent, et aussitôt Le perdent de vue. Que se passe-t-il donc ? Jésus aurait-Il donc tellement changé après la résurrection qu'il était absolument impossible de Le reconnaître ? Cela est peu vraisemblable : à d'autres moments, les apôtres Le reconnaissaient.
Peut-être Sa nature, après la résurrection, avait-elle cessé d'être visible aux yeux de l'homme ordinaire ? Manifestement non : avant comme après les événements décrits, les disciples Le voyaient, et plus d'une fois. De quoi s'agit-il donc ? Sans doute de savoir qui voit ce qui se passe dans le Royaume, et jusqu'à quel point. En effet, le Royaume « s'est approché », comme le dit le Sauveur Lui-même. Il est maintenant tout proche. Et le Ressuscité y demeure pleinement, jusqu'au bout ; Il n'appartient plus à l'ancien monde non transfiguré.
Et on ne peut Le voir que dans la mesure où l'on peut pénétrer du regard dans le Royaume. Mais depuis notre monde, pas encore transfiguré, on ne peut voir le Royaume que très peu. On ne peut en voir, pour ainsi dire, que le bord même. D'un autre côté, il est maintenant partout, il est toujours proche ; et si quelqu'un marche près de toi sur la route, on ne peut jamais être sûr que ce quelqu'un se trouve dans le même monde que toi. Il peut fort bien se révéler habitant du Royaume, que l'on peut voir confusément, sans reconnaître son visage, même de l'extérieur, à travers la frontière qui sépare le Royaume de ce monde. Ainsi les apôtres voyaient Jésus ressuscité marcher près d'eux sur la route d'Emmaüs.
Ils étaient d'un côté de la frontière, Lui de l'autre ; mais tant qu'Il était près de la frontière, Ses disciples ne remarquaient rien, pensant qu'Il appartenait au même monde qu'eux. Mais voici que vint le moment de la fraction du pain, où, pour que cette fraction du pain s'accomplisse en plénitude, Il dut s'éloigner de la frontière vers l'intérieur du Royaume, vers ce Trône qui en est le centre.
Et c'est alors que les disciples Le reconnaissent, car la fraction du pain les fait participer à Sa vie, et aussitôt ils Le perdent de vue : ils ne peuvent pas regarder au fond du Royaume, en son centre, où s'est trouvé leur Maître. Rien d'étonnant à cela : les apôtres, malgré leur communion constante avec le Maître avant comme après Sa résurrection, vivaient encore entièrement dans ce monde-ci. Le Royaume restait pour eux quelque chose d'extérieur. Après la Pentecôte, lorsqu'ils deviendront eux-mêmes ses habitants, ils apprendront à voir le Maître partout, où qu'Il soit et où qu'ils se trouvent. Mais cela était encore à venir ; pour l'instant, le Maître apparaissait puis disparaissait pour eux. Comme Son Royaume.
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
On a envie de regarder l'apparition de Jésus décrite par Luc avec les yeux d'une personne présente tout près. Nous voyons un groupe de personnes réunies le soir pour partager, unies par le nom de leur Maître. Deux d'entre elles, qui viennent d'arriver d'Emmaüs, racontent sans doute avec passion et ardeur à leurs amis ce qui leur est arrivé avec le Seigneur rencontré en chemin. Quel miracle: le voir et recevoir la confirmation de l'importance et de la nécessité de l'accomplissement de l'Eucharistie, où l'on reconnaît, où est présent le Seigneur lui-même.
Et voici que, captivés par le récit et attentifs à lui, ces hommes voient apparaître le Christ. Tout se tait, et ces paroles retentissent: «Paix à vous». Les cœurs se remplissent de trouble et de peur, d'incrédulité devant ce qui arrive: puisqu'il n'est pas entré par la porte! Mais Jésus, écartant tout l'extérieur, leur propose aussitôt de regarder en profondeur, au fond de leur cœur. Et d'y trouver une place pour sa paix.
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