16 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? |
Le christianisme, ce n'est pas croire que Dieu existe, ni même que le Christ est mort pour nous. Le christianisme, c'est la vie du Saint-Esprit en nous, rappelons les paroles de saint Séraphim de Sarov selon lesquelles le but de la vie chrétienne est l'acquisition du Saint-Esprit. «Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru?» (Ac. 19:2) voilà la question clé adressée à notre foi, non à la raison ni aux sentiments. Et si nous répondons «oui», alors notre rapport à nous-mêmes comme aux autres change radicalement.
Le temple est le lieu où Dieu habite; et puisqu'il habite en moi, mon corps devient un temple. Comment est-ce que je traite ce temple, que s'y passe-t-il, n'y accomplit-on pas quelque chose d'absolument incompatible avec la présence de Dieu? Est-il devenu une «maison de prière» (Mt. 21:13), est-il balayé proprement, y allume-t-on les lampes, tout y est-il «décent et avec ordre» (1 Co. 14:40)?
16 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? |
17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. |
Les mots de Paul concernant les chrétiens, comme le Temple, où demeure le souffle de Dieu, peuvent à première vue sembler soit une exagération, soit une allégorie. Bien sûr, et avant l'arrivée au monde du Christ l’homme avait la possibilité de venir au Temple, s'approcher de l'autel et se sanctifier, sans une telle sanctification le peuple de Dieu ne serait pas le peuple de Dieu. Et avant l'arrivée au monde du Christ les prophètes sentaient tout à fait réellement dans leur coeur le souffle («l’esprit») du Dieu, qui leur révélait ce qu'ils témoignaient après à leurs contemporains. Mais tout de même personne avant l'arrivée du Christ n’avait comparé l’homme au Temple : car l’homme ne pouvait que se joindre à cette présence de Dieu, qui s'ouvrait au peuple dans le Temple, mais sans le contenir. Mais, comme on voit, après la venue du Christ au monde tout a changé, et avant tout parce qu’Il a apporté le Royaume au monde.
Ce même Royaume, dont la voie est maintenant ouvert à chacun, qui est prêt à se fier à Christ et Le suivre. Mais en effet, le Royaume n’est rien d'autre que l'espace sacré, qui autrefois, avant l'arrivée au monde du Christ, était limité par cet espace physique, que Dieu Lui-même indiquait, comme la place de Sa présence. Maintenant, d’après les mots du Sauveur, toutes les restrictions sont retirées : «telle» ou «cette» «montagne» n'est plus déjà importante, car le souffle de Dieu le jour de la Pentecôte fait irruption dans le monde, comme un tourbillon, le couvrant entièrement. Et chaque habitant du Royaume est non seulement une personne qui s'est approchée de l'autel, entrante dans l'espace sacré, mais aussi le porteur de ce souffle, comme les prophètes, qui le sentaient comme quelque chose d’intérieur.
Mais les prophètes ne sentaient le souffle de Dieu que parfois, de temps en temps, aux moments de l'extase spirituelle, mais pour l'habitant du Royaume un tel état est au fond la norme de la vie spirituelle : car il est impossible d’être dans le Royaume et ne pas être impliqué à ce souffle. Et alors il s’avère que chaque chrétien devient lui-même la ressemblance du Temple : car maintenant il devient le récipient de cette présence de Dieu, qui était autrefois liée au Temple, à l'autel. Ce fait est particulièrement important dans le contexte de cette mission, que mène l'Église dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé : être non seulement un témoin, mais aussi un porteur du Royaume de sorte qu’il, en restant réalité «pas de ce monde», toucherait tout de même le monde non transformé, en le transformant.
Dans une telle situation chaque chrétien, sans être séparé du monde, doit rester néanmoins dans un certain sens étranger pour le monde: car il doit vivre d'après les lois du Royaume, et ce souffle de Dieu, que lui, comme habitant du Royaume, est impliqué, il doit protéger contre la profanation aussi soigneusement, comme les serviteurs du Temple protégeaient contre celle-ci l'autel de Dieu. Sinon le chrétien, au fond, cessera d'être un chrétien et une partie de l'Église comme «le corps de Christ». Et l'apôtre comprend bien sûr parfaitement cela.
10 Selon la grâce de Dieu qui m'a été accordée, tel un bon architecte, j'ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit. |
11 De fondement, en effet, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, c'est-à-dire Jésus Christ. |
12 Que si sur ce fondement on bâtit avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, |
13 l'œuvre de chacun deviendra manifeste; le Jour, en effet, la fera connaître, car il doit se révéler dans le feu, et c'est ce feu qui éprouvera la qualité de l'œuvre de chacun. |
14 Si l'œuvre bâtie sur le fondement subsiste, l'ouvrier recevra une récompense; |
15 si son œuvre est consumée, il en subira la perte; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu. |
16 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? |
17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. |
18 Que nul ne se dupe lui-même! Si quelqu'un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde, qu'il se fasse fou pour devenir sage; |
19 car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu. Il est écrit en effet: Celui qui prend les sages à leur propre astuce; |
20 et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages; il sait qu'elles sont vaines. |
21 Ainsi donc, que nul ne se glorifie dans les hommes; car tout est à vous, |
22 soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l'avenir. Tout est à vous; |
23 mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. |
Poursuivant son propos sur les priorités, Paul souligne encore un point très important pour comprendre ce qu'est la vie dans le Royaume. Il dit aux chrétiens de Corinthe : vous n'avez rien à vous disputer, le monde entier appartient à chacun de vous. Sont à vous tous ceux que vous rencontrez sur le chemin spirituel, la vie et la mort, le présent et l'avenir. Mais à une condition indispensable : vous êtes au Christ. Car le Christ est à Dieu, dit l'apôtre aux Corinthiens, et si vous êtes au Christ, alors vous êtes vous aussi à Dieu, et tout ce qui est à Dieu est aussi à vous (v. 21-23). Pourtant, vivre ainsi n'est possible que lorsque celui qui vit devient lui-même porteur du Royaume. L'apôtre exprime cette pensée en rappelant à ses lecteurs qu'ils sont eux-mêmes ce temple de Dieu où Dieu demeure comme, avant la venue du Christ, il demeurait seulement dans les lieux qu'il avait lui-même marqués comme lieux de sa présence particulière, par exemple le Temple de Jérusalem (v. 16-17).
Mais le Royaume tout entier, intégralement et pleinement, devient le lieu de la présence particulière de Dieu, et les chrétiens en deviennent les porteurs vivants. La tâche principale de chaque chrétien comme de la communauté ecclésiale dans son ensemble est donc précisément de garder le Royaume, ce qui n'est possible que si le système des priorités, chez la personne comme dans la communauté, n'est pas déformé. Ce n'est pas par hasard que Paul insiste sur l'inadmissibilité, pour les chrétiens, de substituer à la sagesse du Royaume la sagesse de « ce siècle » (v. 18-19) : à cette époque, la sagesse était avant tout l'art de vivre justement ; en un certain sens, elle était synonyme de spiritualité. Ainsi, dans ce cas, l'apôtre met en garde, au fond, contre le remplacement de la spiritualité du Royaume par la spiritualité de ce monde. Et de cela dépend à son tour la qualité du service que porte chaque chrétien.
Paul ne parle pas par hasard du fondement sur lequel tel ou tel disciple du Christ construit son oeuvre (v. 11-15). L'apôtre comprend parfaitement que, pour les vrais serviteurs du Christ et du Royaume, il ne peut y avoir qu'un seul fondement, commun à tous. La qualité de la construction dépend du matériau dont dispose le bâtisseur. Et ici, la mesure de l'enracinement dans le Royaume devient décisive : de façon allégorique, l'apôtre distingue des matériaux allant du diamant à la paille. Certes, aucun de ceux qui participent au Royaume ne périra, mais la qualité de la vie spirituelle et, par conséquent, du service, garde son importance. On peut être sauvé en s'échappant de son service comme d'une maison en flammes, mais un tel mode de salut et un tel service ne sauraient être appelés normaux. Paul appelle donc à une vie pleine dans le Royaume et à un service véritable, non à une existence végétative dont la conséquence est un effondrement qui ne se termine pas par la perte définitive du mauvais serviteur uniquement par la miséricorde de Dieu.
10 Selon la grâce de Dieu qui m'a été accordée, tel un bon architecte, j'ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit. |
11 De fondement, en effet, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, c'est-à-dire Jésus Christ. |
12 Que si sur ce fondement on bâtit avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, |
13 l'œuvre de chacun deviendra manifeste; le Jour, en effet, la fera connaître, car il doit se révéler dans le feu, et c'est ce feu qui éprouvera la qualité de l'œuvre de chacun. |
14 Si l'œuvre bâtie sur le fondement subsiste, l'ouvrier recevra une récompense; |
15 si son œuvre est consumée, il en subira la perte; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu. |
16 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? |
17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. |
18 Que nul ne se dupe lui-même! Si quelqu'un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde, qu'il se fasse fou pour devenir sage; |
19 car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu. Il est écrit en effet: Celui qui prend les sages à leur propre astuce; |
20 et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages; il sait qu'elles sont vaines. |
21 Ainsi donc, que nul ne se glorifie dans les hommes; car tout est à vous, |
22 soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l'avenir. Tout est à vous; |
23 mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. |
En poursuivant la réflexion sur le christianisme et la vie chrétienne, Paul met en évidence ce qui en constitue l'essentiel. Il s'agit de savoir dans quelle mesure l'homme participe au souffle de Dieu, à l'Esprit Saint, dans quelle mesure ce souffle détermine sa vie. C'est précisément en ce sens que l'apôtre appelle les chrétiens des «temples de Dieu».
En effet, l'homme a été créé dès l'origine par Dieu pour demeurer en communion constante avec lui; cette communion incluait aussi la possibilité de la présence du «souffle de vie» de Dieu dans le courant de la vie humaine, que la Bible appelle «âme». L'«âme» de l'homme (et donc l'homme lui-même) est vivante dans la mesure où le «souffle de vie» de Dieu la vivifie. Il en a toujours été ainsi; et après la venue du Christ, pour les chrétiens, ce «souffle de vie», le souffle de Dieu, s'est révélé dans toute sa plénitude comme le souffle de ce Royaume dont chaque chrétien est habitant, s'il ne s'agit pas, bien sûr, d'un christianisme nominal.
Et la question principale du christianisme se ramène à la question de la mesure de la présence du souffle de Dieu, du souffle du Royaume, dans la vie du chrétien: jusqu'à quel point l'homme accueille ce souffle, et dans quelle mesure il détermine le cours quotidien de sa vie. De la mesure de la présence du souffle de Dieu dans la vie de l'homme dépendent aussi les résultats de son chemin chrétien: Dieu, bien sûr, ne repousse personne, et le Christ accueillera avec amour quiconque se tournera vers lui; mais avec quoi l'homme arrivera-t-il au terme de son chemin terrestre? Que lui, pour reprendre les mots de l'apôtre, aura-t-il eu le temps et la capacité de bâtir dans sa vie pour le Royaume?
La vie terrestre du chrétien devient la réponse à cette question. La question principale du christianisme ne se ramène pas à ce qu'il faut faire ou ne pas faire, mais à la manière de vivre; ce n'est pas une question d'activité extérieure, fût-elle la plus «correcte», mais une question de qualité spirituelle de l'existence. Et celle-ci dépend entièrement et uniquement d'une chose: des relations avec Dieu et avec le Christ. De la mesure dans laquelle notre volonté humaine suit la volonté du Christ, de la mesure dans laquelle elle est une avec la volonté de Dieu. Plus l'écart entre notre volonté humaine et la volonté de Dieu est grand, moins le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, détermine notre vie.
Cela seul importe, le reste est secondaire. Y compris les disputes théologiques, les désaccords et divergences religieux, le succès ou l'échec de tels ou tels partis et groupes ecclésiaux. Le fondement est unique: le Christ lui-même. Et toute activité n'a d'importance que dans la mesure où elle permet à l'homme de construire sa vie sur le vrai fondement. D'en changer la qualité et de laisser le souffle du Royaume déterminer cette qualité. Quant à tout ce qui détourne de l'essentiel, il vaut mieux l'exclure de sa vie. C'est plus sûr: notre vie terrestre n'est pas infinie et s'achève souvent plus tôt que nous ne le pensons.
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