Une telle approche de la vie et des relations peut paraître maximaliste et donc peu réaliste, mais seulement au premier regard. En réalité, les paroles de l'apôtre...
Une telle approche de la vie et des relations peut paraître maximaliste et donc peu réaliste, mais seulement au premier regard. En réalité, les paroles de l'apôtre sont plus profondes qu'il n'y paraît d'abord, et c'est justement pourquoi elles sont pleinement réalistes, à condition bien sûr de regarder l'amour non comme des émotions, en divisant tous ceux qui nous entourent selon le principe « il me plaît, il ne me plaît pas », « il m'est sympathique, il m'est antipathique », mais comme des relations qui ne dépendent ni des émotions ni des sympathies. Alors on comprend précisément que ce sont les relations qui conditionnent tout le reste, tout ce qui entre dans la notion de Torah intérieure. En effet, la Torah intérieure, ce sont avant tout les aspirations, les désirs, les intentions qui déterminent la vie spirituelle de l'homme. Elles peuvent correspondre aux commandements de Dieu, vécus par l'homme comme un impératif spirituel et moral intérieur, ou ne pas leur correspondre.
On a l'habitude de penser que, physiquement, nous sommes ce que nous mangeons, et psychiquement, ce que nous pensons et ressentons. Spirituellement, nous sommes ce que nous désirons et ce vers quoi nous tendons. Jésus Lui-même le dit brièvement et simplement : là où est le trésor, là aussi est le coeur. Mais les désirs, les aspirations et, par conséquent, les intentions qui leur sont liées peuvent exister dans notre coeur de façons différentes.
Ils peuvent être quelque chose d'autosuffisant, nous gouvernant et déterminant notre attitude envers les autres et envers le monde en général, sans se soumettre à personne ni à rien, pas même à nous-mêmes. Ou bien ils peuvent faire partie des relations et oeuvrer à les maintenir et à les construire. Dans le premier cas, on ne peut parler d'amour qu'en un certain sens et jusqu'à une certaine limite : car ce sont souvent précisément nos désirs qui détruisent nos relations avec les autres lorsqu'ils deviennent autosuffisants.
Parfois, des relations peuvent s'effondrer sous l'effet d'émotions négatives très ordinaires et peu profondes, qui capturent notre volonté et nous obligent à désirer, ou plus exactement, dans ce cas, à ne pas désirer ce qui nous est en réalité important et cher, mais ne nous apparaît pas tel lorsque les émotions prennent le dessus sur nous. Dans le second cas, lorsque ce sont précisément les relations qui sont vécues par l'homme comme une vraie valeur, aucune émotion ni aucun désir en eux-mêmes ne deviennent plus pour lui une valeur absolue. Alors il peut être tranquille aussi quant à l'observance des commandements : avec une telle attitude envers le prochain, il lui viendra difficilement à l'esprit de les violer, du moins ceux qui déterminent ses relations avec ce même prochain.
Si l'on aime, il n'est plus nécessaire de se dresser à prononcer des paroles polies et à afficher des sourires polis, ni de retenir des émotions négatives envers l'autre : elles n'existent tout simplement pas, et les paroles comme les sourires naissent d'eux-mêmes sur la langue et sur le visage. Alors suivre la Torah intérieure devient pour l'homme tout à fait naturel et organique. À plus forte raison s'il s'agit de cet amour qui unit les habitants du Royaume : car il y a là la plénitude, supposant l'idéal de la Torah vivante vers lequel, aux temps évangéliques, chaque chrétien tendait comme vers le but de sa vie spirituelle, comme vers ce qui le rendrait semblable au Christ.