La description montre que la Demeure n'est rien d'autre qu'un sanctuaire de marche. C'est une tente qu'il était assez facile, en cas de besoin, de transporter vers...
La description montre que la Demeure n'est rien d'autre qu'un sanctuaire de marche. C'est une tente qu'il était assez facile, en cas de besoin, de transporter ailleurs: pour des nomades, cette mobilité était essentielle. Le mot même de «demeure» signifie littéralement «lieu de présence».
Il s'agit de la présence de Dieu, celle qui s'est révélée à Moïse au Sinaï comme une nuée lumineuse, prise de loin pour du feu. Cela paraît étrange: comment contenir Dieu, même s'il ne s'agit que de sa présence, dans des réceptacles fabriqués par l'homme, que ce soit le Temple le plus somptueux, semblable à celui qui apparaîtra plus tard à Jérusalem, ou la tente la plus simple? Les dieux païens, eux, étaient différents: ils n'étaient ni omniprésents ni tout-puissants; ils étaient limités dans l'espace et dans le temps, n'étant qu'une partie du monde créé, même particulière.
Au fond, les dieux et les esprits des païens ne différaient pas si radicalement des hommes, même si leur nature était tout à fait non humaine. De tels êtres, limités dans l'espace et dans le temps, pouvaient avoir sur terre des lieux préférés, ou même des demeures; l'homme pouvait alors «apprivoiser» un dieu ou un esprit, le «domestiquer», en lui offrant une maison et de la nourriture, des sacrifices, quelque part près de sa propre maison. Mais dès qu'il était question du Dieu d'Abraham et de Moïse, une foule de questions surgissait. Comment Dieu, même s'il ne s'agit que de sa présence, pourrait-il tenir dans une maison bâtie par l'homme?
La seule réponse possible est ce que les théologiens appellent d'ordinaire la kénose, l'abaissement volontaire de Dieu, qui rapporte sa plénitude, son être et sa vie aux dimensions et aux formes de l'être humain et de la vie humaine. Dieu n'a pas besoin d'un sanctuaire, mais l'homme en a besoin; Dieu accepte donc de tenir dans le cadre créé par l'homme. À une condition toutefois: ce cadre doit être créé selon l'indication de Dieu, selon son plan.
Non seulement parce que Dieu sait mieux quel doit être le lieu de sa rencontre avec l'homme, mais aussi parce que la construction même du sanctuaire sous la conduite de Dieu prépare l'homme à la rencontre avec Dieu, établit entre Dieu et l'homme les relations sans lesquelles aucun sanctuaire ne donnera rien à l'homme. Sans relation, aucune technique ni méthode ne rapproche par elle-même l'homme de Dieu; elle ne reste qu'une sorte de magie sous forme religieuse. Le sanctuaire se construit au cours de l'établissement de la relation de l'homme avec Dieu: c'est alors seulement qu'il a un sens.