6 Ta piété n'est-elle pas ton assurance, ton espérance, n'est-ce pas une vie intègre?
7 Souviens-toi : quel est l'innocent qui a péri ? Où donc des hommes droits sont-ils exterminés ?
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Éliphaz en appelle à la crainte de Dieu de Job. Cela paraît raisonnable, car Job n'a pas perdu la foi, il a rejeté l'appel blasphématoire de sa femme (agissant, d'ailleurs, avec plus de fermeté et de bon sens qu'Adam). Éliphaz parle juste, il est impossible de réfuter ses paroles, et ce n'est pas nécessaire; mais le malheur et la limite d'Éliphaz sont qu'il est convaincu qu'il est possible de tout expliquer rationnellement. Nous rencontrons ici l'une des tentatives de comprendre Dieu à partir de ses propres représentations, inévitablement limitées. Elles peuvent être plus ou moins sages et profondes, elles peuvent correspondre à des degrés divers à de justes représentations du monde spirituel, mais elles ne peuvent pas donner une représentation complète de la Vérité inexprimable par les mots ordinaires et inépuisable.
Les paroles d'Éliphaz: un innocent a-t-il jamais péri, et où les justes ont-ils été exterminés? - pourraient paraître excessivement optimistes, d'autant plus qu'il n'est pas difficile de les réfuter: on peut citer une multitude d'exemples contraires. Mais il les présente comme un reproche, et ainsi commence une torture supplémentaire de Job: il est forcé de supporter aussi les accusations de ses amis, persuadés que Job est puni à juste titre pour ses péchés et ne doutant pas de leur droit de le reprendre.
Comme il est facile de passer de la compassion à l'endurcissement...
Autres réflexions
Pour Jb 4:1-21
1 Éliphaz de Témân prit la parole et dit:
2 Si on t'adresse la parole, tu vas perdre patience. Mais qui pourrait garder le silence!
3 Vois, tu faisais la leçon à beaucoup, tu rendais vigueur aux mains défaillantes;
4 tes propos redressaient l'homme qui chancelle, fortifiaient les genoux qui ploient.
5 Et maintenant, ton tour venu, tu perds patience, atteint toi-même, te voilà tout bouleversé!
6 Ta piété n'est-elle pas ton assurance, ton espérance, n'est-ce pas une vie intègre?
7 Souviens-toi : quel est l'innocent qui a péri ? Où donc des hommes droits sont-ils exterminés ?
8 Je l'ai bien vu: ceux qui labourent le malheur et sèment la souffrance, les moissonnent.
9 Sous l'haleine de Dieu ils périssent, au souffle de sa colère ils sont anéantis.
10 Les rugissements du lion, les cris du fauve, et les crocs des lionceaux sont brisés.
11 Le lion périt faute de proie, et les petits de la lionne se dispersent.
12 J'ai eu aussi une révélation furtive, mon oreille en a perçu le murmure.
13 À l'heure où les visions nocturnes agitent les pensées, quand une torpeur tombe sur les humains,
14 un frisson d'épouvante me saisit et remplit tous mes os d'effroi.
15 Un souffle glissa sur ma face, hérissa le poil de ma chair.
16 Quelqu'un se dressa... je ne reconnus pas son visage, mais l'image restait devant mes yeux. Un silence... puis une voix se fit entendre:
17 " Un mortel est-il juste devant Dieu, en face de son Auteur, un homme serait-il pur ?
18 À ses serviteurs mêmes, Dieu ne fait pas confiance, et il convainc ses anges d'égarement.
19 Que dire des hôtes de ces maisons d'argile, posées elles-mêmes sur la poussière? On les écrase comme une mite;
20 un jour suffit à les pulvériser. À jamais ils disparaissent, sans qu'on y prenne garde.
21 Les cordes de leur tente sont arrachées, et ils meurent dénués de sagesse. "
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Les amis de Job ne pouvaient évidemment pas laisser sans réponse le cri qu'ils avaient entendu, bien que...
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Les amis de Job ne pouvaient évidemment pas laisser sans réponse le cri qu'ils avaient entendu, bien que ce cri, au fond, ne leur fût pas destiné, mais à Dieu. D'ailleurs, comme le remarqua Éliphaz, qui aurait pu l'obliger, lui comme tous ceux qui participaient à la conversation commencée, à se taire (v. 2)? Surtout lorsqu'il s'agissait de choses aussi fondamentales que la justice et l'humilité devant Dieu! Et Éliphaz commence son exhortation. Comme, d'ailleurs, les autres amis de Job, il dit des choses tout à fait justes du point de vue de toute religion.
En effet, Job avait certainement eu plus d'une fois à dire des paroles d'encouragement à ceux qui se trouvaient dans une situation difficile, peut-être semblable à celle où il se trouve maintenant lui-même (v. 3-4). Et Éliphaz appelle maintenant Job au courage, il lui dit: quel exemple donnes-tu donc à ceux que tu soutenais auparavant (v. 5)? Puis l'appel au courage est suivi d'un raisonnement parfaitement traditionnel, irréprochable du point de vue religieux, selon lequel Dieu n'abandonne pas le juste, qu'il ne périra pas, que Job le juste ne doit pas désespérer, qu'il peut hardiment s'appuyer sur sa justice et être certain que tout finira bien pour lui, puisqu'il n'est pas un impie (v. 6-11).
Un tel discours pourrait paraître celui d'un optimiste professionnel de la religion, très déplacé et même quelque peu moqueur, si Éliphaz n'était pas d'une franchise absolue avec Job, comme on ne l'est qu'avec des amis proches. Il partage avec Job sa propre expérience, profondément personnelle et même, pourrait-on dire, intime, de la révélation qu'il a vécue (v. 12-21). Son sens est assez clair: l'homme n'est jamais pur ni irréprochable devant Dieu, de sorte que personne ne peut être sûr de rien lorsqu'il s'agit des relations avec Lui. Et s'il en est ainsi, il peut arriver n'importe quoi au juste aussi; une vie juste ne peut pas être une garantie absolue contre les malheurs et les calamités. Mais Job est tout de même un juste, et il n'a rien à craindre: il lui faut seulement s'en remettre à Dieu, Lui faire pleinement confiance, et tout ira bien.
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