Éliphaz en appelle à la crainte de Dieu de Job. Cela paraît raisonnable, car Job n'a pas perdu la foi, il a rejeté l'appel blasphématoire de sa femme (agissant, d'ailleurs, avec plus de fermeté et de bon sens qu'Adam). Éliphaz parle juste, il est impossible de réfuter ses paroles, et ce n'est pas nécessaire; mais le malheur et la limite d'Éliphaz sont qu'il est convaincu qu'il est possible de tout expliquer rationnellement. Nous rencontrons ici l'une des tentatives de comprendre Dieu à partir de ses propres représentations, inévitablement limitées. Elles peuvent être plus ou moins sages et profondes, elles peuvent correspondre à des degrés divers à de justes représentations du monde spirituel, mais elles ne peuvent pas donner une représentation complète de la Vérité inexprimable par les mots ordinaires et inépuisable.
Les paroles d'Éliphaz: un innocent a-t-il jamais péri, et où les justes ont-ils été exterminés? - pourraient paraître excessivement optimistes, d'autant plus qu'il n'est pas difficile de les réfuter: on peut citer une multitude d'exemples contraires. Mais il les présente comme un reproche, et ainsi commence une torture supplémentaire de Job: il est forcé de supporter aussi les accusations de ses amis, persuadés que Job est puni à juste titre pour ses péchés et ne doutant pas de leur droit de le reprendre.
Comme il est facile de passer de la compassion à l'endurcissement...
