Les amis de Job ne pouvaient évidemment pas laisser sans réponse le cri qu'ils avaient entendu, bien que ce cri, au fond, ne leur fût pas destiné, mais à Dieu. D'ailleurs, comme le remarqua Éliphaz, qui aurait pu l'obliger, lui comme tous ceux qui participaient à la conversation commencée, à se taire (v. 2)? Surtout lorsqu'il s'agissait de choses aussi fondamentales que la justice et l'humilité devant Dieu! Et Éliphaz commence son exhortation. Comme, d'ailleurs, les autres amis de Job, il dit des choses tout à fait justes du point de vue de toute religion.
En effet, Job avait certainement eu plus d'une fois à dire des paroles d'encouragement à ceux qui se trouvaient dans une situation difficile, peut-être semblable à celle où il se trouve maintenant lui-même (v. 3-4). Et Éliphaz appelle maintenant Job au courage, il lui dit: quel exemple donnes-tu donc à ceux que tu soutenais auparavant (v. 5)? Puis l'appel au courage est suivi d'un raisonnement parfaitement traditionnel, irréprochable du point de vue religieux, selon lequel Dieu n'abandonne pas le juste, qu'il ne périra pas, que Job le juste ne doit pas désespérer, qu'il peut hardiment s'appuyer sur sa justice et être certain que tout finira bien pour lui, puisqu'il n'est pas un impie (v. 6-11).
Un tel discours pourrait paraître celui d'un optimiste professionnel de la religion, très déplacé et même quelque peu moqueur, si Éliphaz n'était pas d'une franchise absolue avec Job, comme on ne l'est qu'avec des amis proches. Il partage avec Job sa propre expérience, profondément personnelle et même, pourrait-on dire, intime, de la révélation qu'il a vécue (v. 12-21). Son sens est assez clair: l'homme n'est jamais pur ni irréprochable devant Dieu, de sorte que personne ne peut être sûr de rien lorsqu'il s'agit des relations avec Lui. Et s'il en est ainsi, il peut arriver n'importe quoi au juste aussi; une vie juste ne peut pas être une garantie absolue contre les malheurs et les calamités. Mais Job est tout de même un juste, et il n'a rien à craindre: il lui faut seulement s'en remettre à Dieu, Lui faire pleinement confiance, et tout ira bien.
