7 De fait, j'ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
Paul accorde une très grande valeur à l’amour fraternel, même lorsqu’il s’agit de chaque membre particulier de l’Église. Aujourd’hui, une telle manière de voir nous paraîtrait sans doute un peu étrange. Nous sommes davantage habitués à penser que c’est nous qui avons besoin de l’amour de l’Église, et non elle du nôtre. Mais pour Paul, comme on le voit, le processus est réciproque. Rien d’étonnant à cela. En effet, si l’Église était une organisation, même religieuse, prise comme un tout, elle dépasserait toujours et en tout chacun de ses membres, même le plus remarquable. Mais l’Église n’est pas une organisation religieuse : elle est une communauté de personnes qui vivent dans le Royaume. Ici, il existe des relations profondes et personnelles entre les personnes, mais il n’existe pas cette totalité ou cet ensemble qui serait d’avance plus important que n’importe quelle personne particulière. Le Royaume ne connaît ni masse, ni collectif, ni ensemble. Il ne connaît que la personne particulière. Et l’Église (la véritable, celle qui s’écrit avec une majuscule) ne connaît pas non plus la foule ni le collectif ; elle ne connaît que la personne particulière et la communauté, comme communion de telles personnes dans toute la profondeur et l’unicité de leurs relations entre elles. Ici, chaque personne est donc vraiment importante. Et l’amour de chacun peut vraiment soutenir toute l’Église (l’apôtre, dans la tradition de l’Église primitive, appelle les membres de l’Église des « saints »). Il apparaît alors que non seulement chacun dépend de l’Église, mais que l’Église dépend de chacun. Elle en dépend, bien sûr, non pas comme nous dépendons les uns des autres dans le monde non transfiguré, incapables de nous passer les uns des autres et en même temps incapables de vivre les uns avec les autres, mais comme on dépend les uns des autres dans le Royaume, en étant liés par des relations qu’on ne peut évidemment en aucun cas considérer comme obligatoires au sens où le monde non transfiguré comprend les obligations, mais qui nous sont pourtant absolument nécessaires, tout comme nous sont nécessaires les personnes auxquelles ces relations nous lient et sans lesquelles nous n’aurions personne avec qui partager cette plénitude de la vie du Royaume que nous recevons en y ayant part. Et cette disponibilité au partage est sans doute ce qui distingue le Royaume du monde non transfiguré. Ici, on entre en relation pour recevoir ; là-bas, pour donner. Et chacun qui donne, chacun qui est prêt à partager ce qu’il possède, devient dans le Royaume une figure visible. Visible au point que toute l’Église le connaît.
1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d'armes, et l'Église qui s'assemble dans ta maison. |
3 A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j'entends louer ta charité et la foi qui t'anime, tant à l'égard du Seigneur Jésus qu'au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d'entraide en t'éclairant pleinement sur tout le bien qu'il est en notre pouvoir d'accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j'ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C'est pourquoi, bien que j'aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c'est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j'ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l'est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c'est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu'il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l'Évangile ; |
14 cependant je n'ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t'être imposé, mais qu'il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t'a-t-il été retiré pour un temps qu'afin de t'être rendu pour l'éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher : il l'est grandement pour moi, combien plus va-t-il l'être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c'était moi. |
18 Et s'il t'a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m'y engage de ma propre écriture : c'est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t'oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j'attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
La forme que Paul a choisie pour parler à Philémon est très intéressante. Regardons : Paul est un vieillard, comme il le dit lui-même, c'est-à-dire un homme respectable ; un apôtre, c'est-à-dire un homme occupant une haute position dans l'Église ; un homme d'une très grande autorité. Ainsi, se trouvant dans la position de l'aîné, il pourrait en quelque sorte commander.
Paul ne veut pas commander. Premièrement, il ne présente même pas l'idée qu'il pourrait faire usage de son autorité : il dit qu'il « a dans le Christ une grande hardiesse pour ordonner ». Non par ses propres mérites, mais dans le Christ, et non pas un droit, mais une hardiesse. Bien plus : même de cette hardiesse il ne veut pas user, mais préfère demander par amour.
1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d'armes, et l'Église qui s'assemble dans ta maison. |
3 A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j'entends louer ta charité et la foi qui t'anime, tant à l'égard du Seigneur Jésus qu'au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d'entraide en t'éclairant pleinement sur tout le bien qu'il est en notre pouvoir d'accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j'ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C'est pourquoi, bien que j'aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c'est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j'ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l'est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c'est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu'il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l'Évangile ; |
14 cependant je n'ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t'être imposé, mais qu'il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t'a-t-il été retiré pour un temps qu'afin de t'être rendu pour l'éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher : il l'est grandement pour moi, combien plus va-t-il l'être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
D'après le contexte, Onésime, dont Paul mentionne le nom au début de la lettre, était l'esclave de Philémon, sans doute converti au Christ avec son maître. Plus tard, il devint compagnon et aide de Paul, et maintenant, alors qu'il est emprisonné dans une prison romaine, Paul renvoie Onésime à Philémon, selon ses propres paroles, non plus comme un esclave, mais comme un frère dans le Christ.
On peut penser que la formation spirituelle du nouveau converti Onésime s'est déroulée sous l'influence directe de l'apôtre ; il ne pouvait guère en être autrement si Onésime a réellement accompagné Paul pendant assez longtemps. Et lorsque sa formation spirituelle dans le Christ fut achevée, il cesse d'être esclave, sinon juridiquement, car la situation formelle d'Onésime n'est pas claire, on ne sait pas si Philémon l'a affranchi ou non, du moins effectivement.
La maison de Philémon, après le baptême du maître lui-même et de toute sa maisonnée, devenait de fait un espace de l'Église, où il ne pouvait y avoir d'esclaves au sens traditionnel du monde gréco-romain, et où il ne pouvait absolument pas y avoir d'esclaves chrétiens, quel que soit le statut juridique des personnes qui y vivaient. Ainsi le Royaume entrait dans le monde, le transfigurant d'abord au niveau des relations, qui constituent la base spirituelle du Royaume.
Mais cesser d'être esclave de fait signifiait parcourir le chemin qui fait de l'homme un habitant du Royaume. Donc un homme intérieurement absolument libre et pleinement responsable. Un homme pour qui il n'existe plus de relations forcées ou inconscientes avec qui que ce soit. Et qui, par conséquent, ne peut plus être l'esclave de personne, mais peut être l'aide de quiconque Dieu lui confie d'aider. Indépendamment du statut, qui devient désormais une affaire parfois importante, mais secondaire, ne déterminant ni la vie spirituelle de l'ancien esclave ni ses relations avec ses anciens maîtres.
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