RÉFLEXIONS pour 1P 5:1-14
S'adressant aux pasteurs de l'Église, l'apôtre leur rappelle ce que le Sauveur Lui-même a dit plus d'une fois : dans le Royaume, il n'y a ni chefs et subordonnés, ni maîtres et esclaves, ni pasteurs et troupeaux sous la forme à laquelle nous sommes habitués dans notre monde déchu. Il ne s'agit pas seulement de dire que le pasteur conduit son troupeau non en lui donnant des ordres comme un chef à ses subordonnés, mais en lui proposant son propre exemple et en l'invitant à le suivre : tels furent tous les véritables maîtres et guides spirituels de tous les temps et de tous les peuples.
Le fait est que, dans l'Église, le pasteur ne gouverne personne. D'aucune manière : ni par des ordres et des directives, ni par son exemple personnel. Tout simplement parce que seul Celui qui a apporté le Royaume au monde et en est devenu le Roi peut commander dans l'Église. L'Église n'est que le prolongement du Royaume sur terre, sa représentation terrestre, ni plus ni moins. Et il n'y a dans l'Église qu'un seul Pasteur ; tous les autres ne sont que Ses aides. Mais il ne s'agit pas seulement de ce fait évident.
Il s'agit aussi de la nature même du Royaume, si tant est que l'on puisse parler de sa nature. Dans le Royaume, toutes les différences si importantes en ce monde sont nivelées. Bien sûr, les hommes y restent eux-mêmes, et ils diffèrent les uns des autres comme dans notre monde. Mais ici, ces différences déterminent beaucoup de choses, tant les possibilités de l'homme que sa place dans le monde. Dans le Royaume, tout est différent : les différences entre les hommes ne déterminent ni l'étendue de leurs possibilités ni, à plus forte raison, leur plénitude de vie, mais seulement la forme et le mode de leur existence.
Pour ainsi dire, leur manière d'être dans le Royaume. Et la seule chose qu'on y apprend, c'est à exister, à être, à demeurer. Tout le reste n'est que moyens et façons d'apprendre l'essentiel. Mais, si l'on est chrétien, il faut commencer à apprendre ici et maintenant, à l'étape terrestre de son chemin. Certes, en un sens, celle-ci n'est qu'une classe préparatoire, mais on peut déjà y accomplir beaucoup avec le désir et les efforts nécessaires. La tâche principale du pasteur est donc d'enseigner la vie du Royaume à ceux dont il a la charge.
Bien entendu, uniquement par son propre exemple : il n'y a pas d'autre moyen. Mais non par l'exemple de telle ou telle activité ; par celui de sa propre vie spirituelle. Selon le principe non de « fais comme moi », mais de « sois comme moi ». Alors disparaissent d'eux-mêmes la rivalité et la contestation des « chefs » : il ne s'agit ni de savoir qui occupera telle place, ni même qui accomplira telle tâche, mais de savoir comment vivre et comment être. Et là, la rivalité est impossible par définition : chacun a son être et sa vie propres. Dans le Royaume aussi.
