11 Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire, et difficiles à exposer parce que vous êtes devenus lents à comprendre. |
12 En effet, alors qu'avec le temps vous devriez être devenus des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous en êtes venus à avoir besoin de lait, non de nourriture solide. |
13 Effectivement, quiconque en est encore au lait ne peut goûter la doctrine de justice, car c'est un tout petit enfant; |
14 les parfaits, eux, ont la nourriture solide, ceux qui, par l'habitude, ont le sens moral exercé au discernement du bien et du mal. |
1 C'est pourquoi, laissant l'enseignement élémentaire sur le Christ, élevons-nous à l'enseignement parfait, sans revenir sur les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, |
2 de l'instruction sur les baptêmes et de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. |
3 Et c'est ainsi que nous allons faire, si Dieu le permet. |
4 Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l'Esprit Saint, |
5 qui ont goûté la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir, |
6 et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu'ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement. |
7 En effet, lorsqu'une terre a bu la pluie venue souvent sur elle, et qu'elle produit des plantes utiles à ceux-là mêmes pour qui est elle cultivée, elle reçoit de Dieu une bénédiction. |
8 Mais celle qui porte des épines et des ronces est réprouvée et bien proche d'être maudite. Elle finira par être brûlée. |
La capacité de discerner le bien et le mal est manifestement un don. Selon l'apôtre Paul, c'est précisément ainsi que la maturité spirituelle se manifeste chez l'être humain. La difficulté tient au fait que le mal se dissimule, tandis que le bien peut passer inaperçu. Il est parfois très difficile de comprendre ce qui se trouve réellement au fondement de ce qui arrive. Néanmoins, cette capacité est une condition indispensable du passage de l'enfance spirituelle à l'âge adulte. Paul écrit comme s'il s'agissait d'une aptitude que l'on peut développer en soi par un effort de volonté. D'un autre côté, un tel travail n'est possible qu'à la condition de mener une vie de prière incessante. Se former soi-même exige une immense tension de la part de l'être humain, mais l'habitude de l'autodiscipline est l'un des signes distinctifs de l'adulte : pas toujours parfait, mais aspirant à la perfection, ayant déjà goûté les puissances du monde à venir et capable, après être tombé, de se relever et de revenir à Dieu, comprenant que la vie n'est possible qu'avec Lui.
1 C'est pourquoi, laissant l'enseignement élémentaire sur le Christ, élevons-nous à l'enseignement parfait, sans revenir sur les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, |
2 de l'instruction sur les baptêmes et de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. |
Paul nous rappelle que la vie chrétienne est un chemin qui suppose un mouvement en avant, et non le piétinement sur place. Il condamne assez fermement cet infantilisme spirituel qui, à en juger par tout, commençait alors à se répandre dans le milieu chrétien.
Il se peut que cette diffusion ait été favorisée par la situation critique née après la catastrophe de l'an 70 : on pouvait réellement s'y perdre, et il n'y a pas à s'étonner que beaucoup aient été pour un temps spirituellement désorientés, regardant autour d'eux avec impuissance et s'accrochant parfois aux opinions et conceptions les plus étranges. Une telle réaction, bien sûr, ne peut pas non plus être considérée comme pleinement normale, surtout lorsqu'il s'agit de personnes spirituellement mûres, mais psychologiquement elle se comprend et ne doit pas étonner.
Toutefois, en situation normale, un homme spirituellement mûr retrouve généralement assez vite ses esprits et devient bientôt tout à fait capable d'évaluer correctement la situation dans son ensemble et sa place en elle. Si cela ne se produit pas, cela signifie l'une de deux choses : ou bien il s'agit de personnes qui viennent seulement d'entrer sur le chemin, ou bien il faut parler d'un sérieux effondrement spirituel, lorsque des personnes tout à fait capables d'agir correctement refusent une telle action, soit par peur, soit par refus de fournir les efforts spirituels nécessaires.
Dans ce cas, pourtant, il est très difficile d'aider l'homme : il ne s'agit ni d'incapacité ni d'incompétence, mais de refus, dont il ne se libérera que lorsqu'il le voudra lui-même. Parfois ces personnes commencent une sorte de « jeu aux petits » : elles demandent encore et encore qu'on leur explique ce qu'au fond elles savent déjà, trouvant toujours de nouvelles questions « de précision » qui en réalité ne précisent rien, mais permettent seulement à celui qui interroge de gagner du temps et de remettre la décision à plus tard.
Lorsqu'il est question de vie spirituelle, elles parlent souvent du désir de « tout recommencer », de « renouveler leur vie », et les chrétiens expriment même parfois le désir d'être baptisés une seconde fois. Or, derrière tout cela se cache souvent en réalité le refus de porter la responsabilité de la situation et de ses propres actes commis auparavant. De tels jeux de « renouvellement spirituel », et l'infantilisme spirituel en général, sont une affaire tout à fait sans perspective ; c'est ce que l'auteur de la lettre dit directement à ses lecteurs.
11 Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire, et difficiles à exposer parce que vous êtes devenus lents à comprendre. |
12 En effet, alors qu'avec le temps vous devriez être devenus des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous en êtes venus à avoir besoin de lait, non de nourriture solide. |
13 Effectivement, quiconque en est encore au lait ne peut goûter la doctrine de justice, car c'est un tout petit enfant; |
14 les parfaits, eux, ont la nourriture solide, ceux qui, par l'habitude, ont le sens moral exercé au discernement du bien et du mal. |
1 C'est pourquoi, laissant l'enseignement élémentaire sur le Christ, élevons-nous à l'enseignement parfait, sans revenir sur les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, |
2 de l'instruction sur les baptêmes et de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. |
3 Et c'est ainsi que nous allons faire, si Dieu le permet. |
4 Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l'Esprit Saint, |
5 qui ont goûté la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir, |
6 et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu'ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement. |
7 En effet, lorsqu'une terre a bu la pluie venue souvent sur elle, et qu'elle produit des plantes utiles à ceux-là mêmes pour qui est elle cultivée, elle reçoit de Dieu une bénédiction. |
8 Mais celle qui porte des épines et des ronces est réprouvée et bien proche d'être maudite. Elle finira par être brûlée. |
En rappelant à ses lecteurs les vérités fondamentales du christianisme, l'auteur de l'épître exprime en même temps son étonnement devant le fait que ses destinataires aient besoin de ce genre d'« alphabétisation » spirituelle (v. 11-12). Il trouve d'ailleurs lui-même l'explication de cette contradiction : le problème est que ceux à qui il écrit sont des nourrissons spirituels. En parlant ainsi, l'auteur de l'épître ne vise pas le niveau intellectuel de ses destinataires, mais leur incapacité à distinguer le bien du mal (v. 13-14). En effet, l'expérience de la vie dans le Royaume, même très brève, inculque facilement et rapidement cette aptitude : car, après avoir comparé, dans sa propre vie, les lois de notre monde encore non transfiguré avec celles du Royaume, personne ne se trompera plus sur ce qui est bien et ce qui est mal. Celui qui a senti ne serait-ce qu'une fois sur lui le souffle du Royaume ne le confondra plus jamais avec rien d'autre. Les plus belles paroles ne l'attireront pas, et les constructions théologiques les plus convaincantes ne le feront pas dévier du chemin s'il n'y sent pas ce souffle familier.
Les destinataires de l'épître, eux, sont manifestement faciles à tromper, ce qui témoigne de leur inexpérience spirituelle : ils connaissent trop peu la vie du Royaume pour distinguer la vérité du mensonge, le témoignage authentique des belles paroles qui n'ont aucun rapport avec la vérité. Et l'auteur de l'épître les appelle à ne pas piétiner sur place, mais à avancer, à s'enraciner dans le Royaume afin de ne pas le perdre (v. 1-3). Il rappelle notamment à ses destinataires que la vie spirituelle n'est pas un jeu, mais une affaire sérieuse et responsable. Bien sûr, il ne nie pas en principe la possibilité, pour les chrétiens, de se repentir des péchés qu'ils ont commis et de se convertir de nouveau, mais il souligne que ce sont tout de même des cas exceptionnels, dont chacun doit être considéré non comme une norme, mais comme un événement extraordinaire.
Pourtant, dès la deuxième ou la troisième génération chrétienne, semble-t-il, certains commençaient à regarder le repentir et la nouvelle conversion comme quelque chose qui rappelait les rites purificatoires yahvistes traditionnels, qui faisaient partie de la vie ordinaire et indispensable des fidèles avant la venue du Christ dans le monde. L'auteur de l'épître dit directement qu'une telle approche est un véritable sacrilège et une profanation : car regarder le péché comme la norme de la vie, c'est nier tout ce que le Sauveur a fait pour les hommes et, de fait, Le crucifier de nouveau Lui-même (v. 4-8). Et une vie spirituelle qui suppose une telle attitude envers le péché et le repentir ne permettra jamais à celui qui cherche le Royaume de s'y enraciner.
11 Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire, et difficiles à exposer parce que vous êtes devenus lents à comprendre. |
12 En effet, alors qu'avec le temps vous devriez être devenus des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous en êtes venus à avoir besoin de lait, non de nourriture solide. |
L'auteur de l'épître aux Hébreux exprime, comme en passant, une pensée intéressante: il lie la capacité d'écouter et d'entendre à la maturité spirituelle. Bien sûr, il s'agit ici aussi du fait que certaines choses liées à la vie spirituelle ne peuvent être comprises adéquatement qu'en ayant l'expérience correspondante. Mais est-ce seulement cela? Peut-on considérer la capacité même d'écouter comme un signe de maturité spirituelle? Tout le monde sait bien sûr que le disciple qui vient de commencer son apprentissage doit se taire et écouter ses maîtres, et qu'il ne peut parler que lorsque le maître attend de lui une réponse. Puis vient inévitablement le moment où l'ancien disciple devient, comme on disait encore il n'y a pas si longtemps, un «jeune spécialiste» et reçoit lui-même le droit d'enseigner à des disciples semblables à celui qu'il était encore récemment. Cela est caractéristique du milieu religieux autant que de tout autre: les néophytes, qui étaient encore récemment des catéchumènes, sont d'ordinaire très bavards et très catégoriques. Mais si le processus de croissance spirituelle se déroule normalement et si les anciens catéchumènes ne restent pas bloqués dans un néophytat éternel, le désir de parler se transforme assez vite chez eux en désir d'écouter. Et cela n'a rien d'étonnant: la vie spirituelle n'est pas un monologue, mais un dialogue, un dialogue avec Dieu et avec le prochain. Et pour un tel dialogue, savoir écouter et entendre n'est pas moins important, et parfois même plus important, que savoir parler.
11 Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire, et difficiles à exposer parce que vous êtes devenus lents à comprendre. |
12 En effet, alors qu'avec le temps vous devriez être devenus des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous en êtes venus à avoir besoin de lait, non de nourriture solide. |
L'auteur de l’épître aux Hébreux exprime quoi qu’entre autres une intéressante idée: il lie la capacité de comprendre et d'écouter avec la maturité spirituelle. Certes, il s’agit dans ce cas qu’on peut comprendre adéquatement certaines choses liées à la vie spirituelle, seulement en ayant l'expérience correspondante. Mais est-ce seulement cela? Et peut-on considérer la capacité même de comprendre comme un signe de la maturité spirituelle? Certainement, c’est connu de tous que l'élève venant tout juste de commencer les études, doit se taire et écouter ses professeurs, et il ne pourra parler que lorsque le professeur attend une réponse de lui.
Et puis arrive forcément le moment, quand l'élève devient, comme on appelait encore pas si longtemps «un jeune spécialiste» et reçoit aussi le droit d'enseigner les pareils élèves, dont il était lui-même récemment. C’est caractère pour le milieu religieux pas moins, que pour n'importe quel autre : les néophytes qui étaient encore pas si longtemps catéchumènes, sont d'habitude très bavards et très catégoriques.
Mais, si le procès de la maturation spirituelle se passe normalement et les catéchumènes ne restent pas éternellement néophytes, le désir de parler se transforme assez bientôt chez eux en désir d'écouter. Et ce n'est pas étonnant : puisque la vie spirituelle n’est pas un monologue, mais un dialogue, le dialogue avec Dieu et le prochain. Et pour un tel dialogue, la capacité d'écouter et comprendre n’est pas moins, et parfois même plus considérable, que la capacité de parler.
11 Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire, et difficiles à exposer parce que vous êtes devenus lents à comprendre. |
Dans les livres du Nouveau Testament, il est souvent question d'une situation où ceux à qui s'adresse celui qui parle se trouvent incapables de l'entendre. Il est assez souvent question de Jésus, mais parfois aussi d'autres prédicateurs, comme dans le cas de l'auteur de l'Épître aux Hébreux. Cet auteur dit à ses auditeurs et lecteurs qu'ils sont devenus «paresseux pour écouter», c'est ainsi que sonne littéralement le texte grec. Qu'est-ce donc: une absence de désir d'écouter? Guère.
L'absence de désir suppose que celui qui écoute ait déjà eu le temps d'entendre et de comprendre quelque chose de ce qui a été dit. Et, après avoir évalué ce qu'il a entendu, il a décidé qu'il ne voulait pas l'entendre. Il y a là évaluation et attitude. L'auteur de la lettre, lui, parle de paresse. D'un refus non seulement d'entendre, mais même d'écouter. D'un relâchement qui exclut l'évaluation et toute attitude définie. Le plus souvent, cela arrive lorsque ce que l'auditeur ou le lecteur a sous les oreilles ou devant les yeux ne l'intéresse tout simplement pas. Mais ici, il ne s'agit clairement pas de cela. Les destinataires de la lettre connaissent visiblement déjà son auteur, et ce qu'il voulait leur dire les intéressait auparavant.
Il s'agit ici d'autre chose. Ce peut être bien sûr une réaction ordinaire de rejet. Cela arrive lorsque ce qui est dit est catégoriquement inacceptable pour celui qui écoute. L'auditeur peut alors simplement cesser de percevoir ce qu'il ne veut pas entendre: un certain filtre psychique intérieur s'active et ne permet pas d'entendre ce que l'on ne veut pas entendre. Mais pour que ce filtre fonctionne, il faut tout de même une activité intérieure assez élevée.
Le refus peut lui aussi être actif ou passif. Et puisque l'auteur de la lettre parle de paresse, la variante passive est plus probable que l'active. Cela arrive aussi. Surtout lorsque l'homme tient trop à son confort intérieur, par exemple religieux. Dans ce cas, le mécanisme de défense peut fonctionner un peu autrement: à la place d'un filtre psychique actif, un filtre passif se met en place.
La perception n'est pas bloquée, mais son seuil est tellement abaissé qu'il est tout simplement impossible de se faire entendre. Physiquement, l'homme entend celui qui s'adresse à lui, mais psychologiquement, non. Il demeure à l'intérieur de sa matrice, où rien ne pénètre de l'extérieur. Bien sûr, l'homme lui-même ne prend souvent pas conscience de ce qui se passe. Mais ce n'est pas nécessaire: un certain état spirituel, une certaine intention suffisent. Par exemple, une intention tournée vers la conservation à tout prix du confort intérieur, spirituel et psychologique. La psyché fera le reste. Car elle obéit à notre volonté, et son fonctionnement est déterminé par notre choix.
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