1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » |
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; |
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous laisse pas entrer en tentation. » |
5 Il leur dit encore : « Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, |
6 parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir », |
7 et que de l’intérieur l’autre réponde : « Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner »; |
8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin. |
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
La question que les disciples adressent à Jésus au sujet de la prière était tout à fait traditionnelle à l'époque évangélique. Les rabbins savants et les maîtres de la Torah accordaient alors, en général, une grande attention à la prière et aux règles qui la régissaient : leur étendue, leur forme et leur contenu. La prière correcte était considérée comme le fondement de toute relation de l'homme avec Dieu ; on attribuait à la parole une importance presque autonome dans cette relation. Sans aller, bien sûr, jusqu'à la magie pure et simple, les prescriptions relatives à la prière étaient empreintes de formalisme, et même largement. Jésus, Lui, propose à Ses disciples une prière brève, mais d'une extraordinaire densité spirituelle.
Chaque mot, chaque demande y est chargé d'un sens profond. En deux mille ans d'histoire chrétienne, on a tant écrit sur chacun qu'une vie humaine entière ne suffirait probablement pas à étudier ces seuls commentaires du Notre Père. Mais il ne s'agit évidemment pas seulement de ce que nous appellerions aujourd'hui la richesse théologique de cette courte prière proposée par Jésus à Ses disciples. Il s'agit avant tout de sa qualité spirituelle. Ce n'est pas un hasard si le Sauveur prend l'exemple d'un homme qui demande de l'aide à son ami : Dieu est précisément un ami pour l'homme, et un ami qui comprend que l'affaire est sérieuse ne refusera pas son aide.
Mais, pour qu'il le comprenne, la demande doit être insistante et persévérante. Celui qui s'adresse à Dieu sans croire pleinement qu'il recevra ce qu'il demande ne recevra très probablement rien. Non parce que Dieu l'entendrait moins bien qu'un homme persévérant, mais parce que la persévérance n'est ici que l'expression de la profondeur et de l'intensité des relations qui unissent le demandeur à Dieu, et de la profondeur de sa confiance en Lui. Sans cela, aucune relation avec Dieu n'est possible, et il est vain de s'adresser à Lui.
1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » |
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; |
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous laisse pas entrer en tentation. » |
Dans la prière du Seigneur, nous demandons au Père de nous donner notre pain quotidien, comprenant par là les biens matériels sans lesquels la vie ne pourrait se poursuivre. Par exemple, en traduisant la Bible dans une langue esquimaude, les spécialistes ont dû employer le mot « poisson » à la place de « pain », qui est pour ce peuple davantage un produit de luxe que la base de l'alimentation quotidienne. Cette notion peut aussi recevoir un sens plus large, cette phrase de la prière étant comprise comme une demande de forces pour chaque jour. Mais précisément pour chaque jour pris séparément, et non pour toute la vie. Le Christ nous appelle à demander notre « pain quotidien », ce qui est nécessaire aujourd'hui, et à ne pas nous soucier du lendemain. Pourtant, combien de fois commençons-nous à demander quelque chose pour l'avenir, quelque chose qui n'existe que dans nos projets et nos rêves !
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
Le Seigneur Jésus Christ propose à Ses disciples la prière de «notre Père» et la complète d’une petite recommandation en réponse à la demande de ces derniers de les enseigner à prier. Le laconisme de la réponse du Christ à une si importante question, est en soi abracadabrant. Les conversations sur la prière dans le christianisme contemporain sont bien plus amples que ce que dit le Seigneur. En outre, on peut relever de Ses mots quelques moments très importants. Prioritairement, Jésus ne dit rien de semblable à ces mots: «vous ne pouvez pas comprendre cela maintenant» à Ses disciples, comme Il l’a fait parfois aux disciples et surtout aux Juifs sur le mystère de l’incarnation. Sa recommandation est d’un caractère assez simple et pratique; Il ne fait pas de la prière une action ésotérique, c'est-à-dire accessible seulement aux élus et initiés et voilée aux profanes.
Le Seigneur Jésus propose de s’adresser à Son Père Céleste avec dévotion et demander l’accomplissement de Sa volonté et de Son dessein pour le monde. Il propose aussi une très brève demande de nos besoins journaliers, une demande de pardon, de l’aptitude de pardonner les autres, et la protection du mal. Et Jésus ne parle ensuite que de l’insistance et de l’humilité dans la prière dans Son explication aux disciples. Tout le reste, ce qui est écrit dans des tomes ne concerne en effet non seulement la prière, mais aussi le fait que nous devons réunir notre personnalité qui est divisée en partie.
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
L’apôtre Paul nous dit : maintenant donc demeurent ces trois choses : la foi, l’espérance, l’amour (1 Co 13,13) et, selon sa parole, la foi, l’espérance et l’amour sont devenus les plus importantes vertus chrétiennes. On parle souvent et longuement de ce que sont la foi et l’amour. Mais qu’est-ce que l’espérance ? « Ne mettez pas votre confiance dans les princes, dans les fils des hommes » (Ps 145,3) chantons-nous à chaque liturgie. C’est une sorte de définition apophatique de l’espérance. Notre espérance ne peut pas demeurer dans le monde des relations humaines passagères. Cela est parfois difficile à comprendre et à accepter, parce que nous sommes habitués à espérer les uns dans les autres ; c’est là, semble-t-il, notre fraternité. Mais ici il s’agit d’autre chose. Chacun de nous est faible et pécheur, et pour cette seule raison il ne peut pas toujours donner à l’autre ce qu’il lui demande.
Mais nous avons une autre forme d’espérance, la sainte promesse que le Seigneur nous donnera toujours ce que nous Lui demanderons. Une seule condition : que nous ayons la foi, l’espérance, l’amour. La foi, pour tourner notre regard vers Dieu ; l’espérance, pour avoir la force d’attendre, de frapper et de chercher ; l’amour, pour remettre aux autres les fruits de la bonté de Dieu. Mais en raisonnant ainsi, on en vient peu à peu à l’idée que la distinction entre ces trois vertus est, jusqu’à un certain point, conventionnelle. La foi est proche de l’espérance, car elle est tout aussi ferme ; l’espérance est proche de l’amour, car elle est tout aussi lumineuse. L’une sans l’autre n’a pas de sens. Et peut-être même devient-elle pervertie. Songez à ce que signifierait le passage d’aujourd’hui sur l’espérance que Dieu réponde, s’il n’y avait ni foi ni amour. Alors nous pourrions être appelés des consommateurs de la grâce divine, rien de plus.
1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » |
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; |
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous laisse pas entrer en tentation. » |
5 Il leur dit encore : « Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, |
6 parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir », |
7 et que de l’intérieur l’autre réponde : « Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner »; |
8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin. |
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
11 Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? |
12 Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? |
13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » |
Il y a quelque chose de commun entre les lectures d’aujourd’hui tirées de la Genèse et de l’Évangile selon Luc. Abraham parle avec son hôte (ses hôtes ?), tout en comprenant qu’il parle avec Dieu. Et cela transforme toute la conversation en prière. Cette prière atteint-elle son but ? Si son but était l’intercession pour Sodome et Gomorrhe, alors non ! Mais si le but consiste à approfondir la relation avec Dieu, à discerner Sa volonté et à pénétrer les profondeurs de Sa miséricorde, alors oui, ce but est atteint ! Tout le passage de l’Évangile selon Luc parle de la même chose. Que doit être notre prière, quel est son but ? Et la réponse de Jésus est la prière du « Notre Père » et l’acquisition de l’Esprit Saint.
1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » |
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; |
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous laisse pas entrer en tentation. » |
5 Il leur dit encore : « Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, |
6 parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir », |
7 et que de l’intérieur l’autre réponde : « Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner »; |
8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin. |
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
11 Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? |
12 Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? |
13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » |
14 Il expulsait un démon, qui était muet. Or il advint que, le démon étant sorti, le muet parla, et les foules furent dans l’admiration. |
15 Mais certains d’entre eux dirent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. » |
16 D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel. |
17 Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule. |
18 Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ?... puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons. |
19 Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. |
21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ; |
22 mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles. |
23 « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe. |
24 « Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides en quête de repos. N’en trouvant pas, il dit : « Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti. » |
25 Étant venu, il la trouve balayée, bien en ordre. |
26 Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. » |
27 Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » |
28 Mais il dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! » |
On ne se tromperait sans doute pas en disant que le message central de la prédication du Christ est le message du Père. Dans beaucoup d'autres paraboles, le Seigneur présente une image de Dieu proche des conceptions juives et peut-être parfois nécessaire pour nous : celle d'un Roi qui exerce un pouvoir absolu sur Ses sujets. Mais dans les paraboles d'aujourd'hui, Il apparaît seulement comme un père qui aime ses enfants quels qu'ils soient, ou comme un ami prêt à venir en aide même au moment qui lui convient le moins.
Les auditeurs de Jésus savent par leur propre expérience que, si sombre et malveillant que soit un homme, il demeure capable de tendresse et de sollicitude envers ce qu'il a de plus cher : ses enfants. Ils savent également que les hommes sont capables de s'entraider dans le besoin, même lorsque cela leur est désagréable. Maintenant, dit Jésus, comprenez une chose simple : Dieu est meilleur que vous, plus bienveillant et plus généreux ; serait-Il donc pour vous un Père moins bon que vous ne l'êtes pour vos enfants ? Dans cette lumière, la prière du « Notre Père » devient non pas simplement l'une des manières possibles de s'adresser à Dieu, mais une révélation étonnante du mystère de l'amour du Père, plus fort et plus tendre que tout ce qui existe au monde.
1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » |
2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites :Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; |
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; |
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous laisse pas entrer en tentation. » |
5 Il leur dit encore : « Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, |
6 parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir », |
7 et que de l’intérieur l’autre réponde : « Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner »; |
8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin. |
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
11 Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? |
12 Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? |
13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » |
14 Il expulsait un démon, qui était muet. Or il advint que, le démon étant sorti, le muet parla, et les foules furent dans l’admiration. |
15 Mais certains d’entre eux dirent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. » |
16 D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel. |
17 Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule. |
18 Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ?... puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons. |
19 Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. |
21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ; |
22 mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles. |
23 « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe. |
24 « Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides en quête de repos. N’en trouvant pas, il dit : « Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti. » |
25 Étant venu, il la trouve balayée, bien en ordre. |
26 Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. » |
27 Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » |
28 Mais il dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! » |
La lecture d’aujourd’hui comprend deux épisodes que l’évangéliste réunit en un seul récit. Il commence par la question des disciples au sujet de la prière ; en réponse, Jésus leur propose, et par là même à nous tous, la prière du « Notre Père » (v. 1–4). Luc, comme on le voit, accorde une attention principale à l’importance de la demande, et même de la demande insistante, comme condition nécessaire pour obtenir ce qui est demandé (v. 5–13). Il semblerait que Dieu ne soit pas un homme, pour qu’il faille Lui rappeler encore et encore, comme à un intendant oublieux ou malveillant, ce que l’on demande. Mais, d’autre part, l’insistance apparaît ici avant tout comme le témoignage que l’homme se souvient de sa demande, qu’elle est réellement importante pour lui. En effet, vaut-il la peine d’exaucer une demande que celui qui la formule oublie dès le lendemain ? On ne peut demander ainsi que des bagatelles ; quant aux demandes importantes, celui pour qui elles sont réellement importantes est prêt à les répéter encore et encore, confirmant le sérieux de ses intentions.
Il est question du même sérieux dans la seconde partie du passage d’aujourd’hui. Et il ne s’agit pas seulement du fait que l’idée même de pouvoir chasser les démons par la puissance de leur chef était absurde (v. 17–18, 21–22). Il s’agit aussi du fait que, pour ceux qui discutaient, tout ce que faisait Jésus était une sorte de jeu, quelque chose qui rappelait de loin leurs propres débats, lesquels étaient sans doute très captivants, mais au fond n’engageaient à rien. De là vient l’exigence d’un signe, qui deviendrait la preuve que Jésus avait raison (v. 14–16).
La preuve devait être théologiquement correcte, elle devait correspondre aux représentations « justes » de l’école rabbinique « juste », afin d’être acceptée. Et tant qu’une telle preuve n’était pas présentée, tout convenait pour expliquer ce qui se passait, y compris des affirmations absurdes au sujet du « prince des démons ». Mais Jésus Lui-même n’avait pas l’intention de jouer à ces jeux, car pour Lui tout ce qu’Il faisait était absolument sérieux. Et Il essaie d’expliquer à Ses interlocuteurs tout le sérieux de ce qui se passe (v. 24–26). Les jeux sont finis ; il est question de la vie spirituelle et de la mort spirituelle de l’homme.
Mais les disputeurs professionnels, semble-t-il, n’en ont cure. Ce qui leur importe, c’est de vérifier si Jésus saura les vaincre dans la discussion ou non. Et, dans leurs disputes, ils perdent le Royaume sans s’en apercevoir. Car le Royaume n’est pas un jeu, il est sérieux. Et pour toujours.
9 « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. |
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. |
11 Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? |
12 Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? |
13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » |
Comme en épigraphe à ce passage évangélique, nous reviennent des paroles du livre deutérocanonique de la Sagesse de Jésus, fils de Sirac : « ...et tu seras comme un fils du Très-Haut, et Il t'aimera plus que ne t'aime ta mère » (Si 4,10). Aujourd'hui, lorsque le Seigneur nous parle de l'amour qu'Il porte à chaque être humain, amour si difficile à comprendre et à sentir qu'Il doit recourir à une analogie, celle de l'amour d'une personne pour son enfant, nous comprenons ceci. Les paroles « si même vous, qui êtes mauvais » contiennent une indication importante : le Seigneur nous aime plus que nos parents. Il ne voulait probablement blesser personne en le qualifiant de mauvais, mais Il tenait à dire précisément ce que l'auteur de la Sagesse de Sirac exprime de façon si imagée. Plus que ne t'aime ta mère... C'est une image très vive et saisissante, car il n'existe peut-être pas sur terre d'amour plus fort que celui d'une mère pour son enfant. Et celui d'un enfant pour sa mère... La lecture d'aujourd'hui et les paroles du Siracide nous conduisent au-delà des horizons terrestres, là où nos sentiments doivent se taire : étant des instruments de cette vie terrestre, ils ne peuvent plus rien nous dire. Si donc ces paroles sur la mère blessent quelqu'un, c'est la réaction la plus juste et la plus naturelle, on pourrait même dire la plus saine, de nos sentiments terrestres. Il est pire de les accepter aussitôt avec facilité : cela signifie que quelque chose ne va pas dans notre vie.
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