En parlant de la circoncision comme d'un retour à l'esclavage, Paul a manifestement en vue la dynamique spirituelle liée à l'action de la Torah dans l'homme. Il dit directement aux partisans de la circoncision obligatoire : si vous vous faites circoncire, vous devez accomplir la Torah dans toute sa plénitude. Il ne s'agit pas seulement d'observer toutes les prescriptions religieuses du judaïsme, mais de parcourir tout le chemin spirituel indiqué par la Torah, depuis sa compréhension purement extérieure, morale et religieuse, jusqu'au travail spirituel qu'implique la notion de Torah intérieure. Sinon, comprise seulement religieusement, la Torah perd tout sens spirituel, et la circoncision devient une sorte de jeu religieux qui, en lui-même, ne mène l'homme nulle part et ne fait que le détourner du véritable chemin spirituel.
L'apôtre ne s'oppose pas à la Torah ; il ne veut simplement pas que l'observance de la Torah se transforme en une sorte de divertissement religieux, par lequel beaucoup se rassuraient encore en pensant qu'ils faisaient désormais pour Dieu et pour le Christ tout ce qu'il fallait. Beaucoup, sans doute, en se faisant circoncire, se sentaient des chrétiens « corrects », et ils commençaient à voir dans le christianisme non un chemin spirituel ni la vie du Royaume, mais une religion « correcte ».
Dans ce cas, en général, la vie religieuse remplaçait insensiblement la vie spirituelle, et c'est précisément contre cette substitution que Paul met en garde les chrétiens de Galatie. Il leur dit : voulez-vous vraiment devenir juifs, parcourir tout le chemin spirituel qu'ont suivi les meilleurs représentants de la Synagogue ? Dans ce cas, suivez la Torah dans toute sa plénitude. Passez de la Torah extérieure à la Torah intérieure ; essayez de devenir vous-mêmes une Torah vivante ; apprenez par votre propre expérience ce que cela donne et ce qui résulte de telles tentatives. L'apôtre savait de quoi il parlait : dans une autre de ses épîtres, l'Épître aux Romains, il a lui-même décrit ses tentatives pour réaliser dans sa vie l'idéal de la Torah vivante.
Échec total, crise spirituelle, puis rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas : tout cela est le chemin même de Paul, chemin que pourtant aucun des chrétiens galates qui se faisaient circoncire n'avait l'intention de suivre. Le chemin de la Torah ne les intéressait pas ; ils voulaient simplement un peu de religion pour varier la vie et apaiser l'âme. Il n'est pas étonnant qu'une telle position n'ait pu susciter chez l'apôtre rien d'autre que l'indignation : lui prenait tout à fait au sérieux la Torah, le Christ, le Royaume et son propre chemin spirituel. Et voyant certains « maîtres » profaner tout ce qui était pour lui absolument important, il ne pouvait rester calme.
