1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
La lecture de ce jour nous propose encore plusieurs paraboles sur le Royaume, dont celle du fils prodigue, bien connue de tout lecteur de l’Évangile (v. 11–32). Leur sens devient clair dans le contexte des représentations religieuses traditionnelles propres aux milieux pharisiens de l’époque évangélique. Il s’agit de la manière dont les Juifs croyants de cette époque envisageaient le repentir et la possibilité du pardon des péchés. En ce temps-là, comme d’ailleurs aux siècles précédents, on considérait qu’on ne pouvait se purifier que d’un péché commis involontairement, par exemple par faiblesse, par ignorance ou sous la contrainte. En revanche, si le péché était commis volontairement et consciemment, on pensait qu’il était impossible de s’en purifier.
Bien sûr, on pouvait se repentir de tout péché, mais le repentir seul ne suffisait pas : il fallait encore se purifier de la souillure engendrée par le péché, ce qui était impossible si celui-ci était conscient et volontaire. Les conséquences du péché — ce que l’on associait habituellement à la notion de « souillure » — continuaient de peser sur le pécheur jusqu’à la fin de ses jours et retombaient souvent même sur sa lignée, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Jésus, Lui, disait que, maintenant que le Royaume s’était approché, toute personne se repentant de ses péchés pouvait recommencer sa vie spirituelle à neuf, en renouvelant entièrement ses relations avec Dieu et avec les autres.
Tel est le sens des paraboles de Jésus sur la brebis perdue et la drachme perdue (v. 3–10). La possibilité d’un nouveau commencement pour chacun s’exprime encore plus nettement dans la parabole du fils prodigue. Tout ce qui, selon les conceptions traditionnelles du péché, ferme définitivement au pécheur le chemin du retour est présent ici : la désobéissance pleinement consciente au père — donc une violation directe et ouverte du cinquième commandement (v. 12) — et la vie « dissolue », selon l’expression de l’évangéliste (v. 13), qui supposait manifestement de nombreuses autres transgressions de la Torah, sans aucun doute tout à fait conscientes et guère imposées par la contrainte. Rien d’étonnant à ce que le fils, repenti de ses actes, prépare d’avance un discours de pénitence où il se dit prêt à accepter toutes les conséquences de ses péchés (v. 17–19) : en homme de son époque, il comprend parfaitement qu’il ne peut plus compter sur rien et qu’il ne retrouvera jamais sa place d’autrefois dans la maison paternelle. Mais, lorsqu’il revient chez lui, quelque chose de tout à fait inattendu se produit : son père, sans écouter le discours de pénitence préparé à l’avance, l’accueille comme si rien ne s’était passé (v. 20–24), au grand mécontentement du fils aîné, qui jugeait manifestement injuste que les péchés de son cadet restent sans conséquences (v. 25–32). Il n’est visiblement pas facile pour la conscience religieuse d’admettre que toute son arithmétique habituelle des mérites et des fautes ne fonctionne pas dans le Royaume. Mais c’est précisément pourquoi le Royaume devient accessible à chacun : non à chacun de ceux qui l’ont mérité, mais à chacun de ceux qui le cherchent.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
La parabole du fils prodigue repose sur un contraste. D'un côté, le désespoir du fils ; de l'autre, la joie du père. Il est facile de voir qu'il s'agit de deux aspects essentiels du repentir. Le Seigneur dit que le repentir ne peut être un marché (comme si Dieu me pardonnait et qu'en échange je promettais d'être sage désormais). La rupture du fils avec son père ressemble davantage à un marché : donne-moi mon héritage et je n'aurai plus rien à te réclamer. Le repentir ne ressemble pas non plus à une « reddition volontaire » (comme si s'être repenti méritait des félicitations et permettait de s'en tirer avec une sévère réprimande). Il n'a rien de commun avec l'indifférence ni avec aucune forme de calcul. L'idée du fils que son père pourrait le prendre comme ouvrier semble blasphématoire — et il ne l'a finalement jamais exprimée.
À quoi ressemble donc le repentir ? Un mot revient six fois dans ce chapitre : la joie. Dieu est profondément heureux que nous soyons venus. Que nous reste-t-il à faire, sinon nous réjouir avec Lui ?
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
«Ce fils à toi», dit le fils aîné. Le fils cadet a renoncé à sa filiation en réclamant sa part de biens comme si son père était déjà mort, et il a vécu comme si son père n'existait pas, comme s'il n'était pas le fils de celui qui sait aimer. Le fils aîné n'a pas fait cela; il vivait auprès de son père, accomplissait tout ce que son père lui demandait de faire. Peut-être aimait-il même vraiment son père. Mais, comme l'a dit un prêtre dans une homélie sur le fils prodigue, en renonçant à son frère, en ne voulant pas l'appeler frère, le fils aîné renonce aussi au père; il se prive tout autant de la filiation que l'avait fait auparavant le cadet. Car si le cadet est maintenant un fils, «ce fils à toi», et que lui ne le considère pas comme son frère, il cesse par là même d'être fils.
Il en résulte que seul le manque d'amour envers le prochain nous prive de la possibilité d'être enfants de Dieu. Et c'est précisément l'amour qui fait de nous Ses enfants, car l'amour est le trait de famille des saints. Le saint est celui qui appartient à Dieu, et Dieu est amour.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
On appelle généralement ces trois paraboles les paraboles du repentir, mais le repentir y est montré sous un angle tout à fait inhabituel. On y décrit moins l’expérience de la personne qui se repent, ses sentiments, sa douleur, etc. ; Jésus parle de la joie de Dieu et de ses anges quand l’homme retrouve le chemin de la maison. C’est le repentir « du point de vue » de Dieu.
Visiblement, ce n’est pas un hasard. Quand l’homme raisonne sur sa conversion, sur sa recherche de Dieu, sur la foi, il est toujours porté à penser à lui-même : à ses motifs, à son chemin spirituel. Dieu apparaît ici comme un « but » sans visage, qu’il faut atteindre, comme un « sens de la vie » abstrait qu’il faut trouver. Or il s’avère que, pour Dieu, notre conversion est bien plus importante que nous ne le comprenons : il se réjouit comme un berger qui a perdu sa brebis aimée et l’a retrouvée, comme une pauvre femme qui rassemble ses voisines pour un repas de fête à cause de la joie d’avoir retrouvé une petite pièce, comme un père qui a vu revenir son fils perdu pour toujours. « Votre destin n’est pas indifférent à Dieu, dit Jésus pour ainsi dire ; que cela vous soutienne sur la route. »
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Aujourd'hui, nous associons généralement la parabole du fils prodigue à diverses qualités humaines négatives : la présomption, l'ingratitude, le manque de respect envers son père et la maison où l'on a grandi. Le retour du fils prodigue devient alors pour nous une sorte de leçon de vie : la vie elle-même a appris au fils égaré ce qu'il ne voulait pas apprendre dans sa propre maison auprès de son propre père. Vient ensuite la lecture de cette parabole comme une allégorie de notre propre relation avec Dieu, notre Père céleste. Le champ des sermons moralisateurs est ici immense, et l'on ne peut certainement pas le dire en friche.
Les prédicateurs, pourtant, laissent souvent le fils aîné dans l'ombre. La question qu'il pose à son père — pourquoi accueilles-tu comme un hôte longtemps attendu celui qui a dissipé les biens de la maison, alors que ma présence ne semble guère te réjouir ? — reste au fond sans réponse. Or la parabole de Jésus ne porte pas sur nos relations avec Dieu, même si, bien sûr, elle en parle aussi : comment pourrait-il en être autrement ? Elle parle du Royaume. De la dynamique de sa vie. De la manière dont on y vit, dont on le perd et dont on y revient. Elle ne parle pas de deux fils, l'un bon et l'autre mauvais. Elle parle de détermination et d'indécision. Du choix et de ses conséquences. De ce que peut coûter une mauvaise décision et de la manière d'en surmonter les conséquences. Et du fait que personne n'est à l'abri de rien.
Car, au fond, le désir du fils aîné de célébrer sa propre fête, particulière, consacrée à lui-même et séparée de toute la maison — dans son cercle, avec ses amis, et là encore sans son père — ne diffère que par son ampleur d'une demande de partage des biens : donne-moi ce qui me revient, et je partirai. Seulement, l'aîné est prêt à partir sans partir : il veut se séparer comme s'il ne se séparait pas du tout, vivre un peu sa propre vie tout en restant dans la maison paternelle. Le cadet est plus résolu : quand il part, il part vraiment. Et, contrairement à l'aîné, il comprend par sa propre expérience amère ce que signifie partir, quitter la maison, perdre le Royaume. Il part résolument, et revient tout aussi résolument, avec un repentir sincère. Il veut rentrer chez lui, et peu lui importe désormais quelle place il occupera dans la maison familiale : tout dépend de la volonté du père.
Pour l'aîné, ce n'est pas indifférent. Il se compare au cadet. Il se demande : lequel de nous le père aime-t-il le plus ? Il n'a pas encore pleinement compris que le festin organisé par le père pour son jeune frère est une manifestation de l'amour paternel, qui prend cette forme précisément parce qu'il y a eu un retour. Des retrouvailles. Le rétablissement de la plénitude du Royaume. L'aîné est toujours dans cette plénitude. Il n'est pas parti. Mais... il aurait pu partir, s'il n'avait pas été l'aîné, et donc l'héritier. Ce n'est pas la vie du Royaume qui le retient, mais la place qu'il occupe dans cette vie.
La situation est dangereuse, et le père avertit son fils aîné. Tout ce qui est à moi n'est-il pas à toi ? Ne partages-tu pas la plénitude de ma vie ? N'y a-t-il donc que ton rang d'aîné de la maison et d'héritier qui compte pour toi ? Le cadet est revenu en renonçant à toute affirmation de soi. Et toi ? La parabole s'achève sur cette question adressée au fils aîné. Une question adressée non à ceux qui sont partis puis revenus, mais à ceux qui se vantent de n'être jamais partis. Une question qui donne à réfléchir. Et qui exige une réponse. De chacun de nous.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
Les paraboles du Seigneur Jésus sur la brebis perdue et la drachme perdue, surtout la première, ont exercé une influence exceptionnelle sur la conscience de nombreuses générations de chrétiens. L'image du pasteur portant sur ses épaules la brebis retrouvée fut représentée par les chrétiens de Rome sur les murs des catacombes, et elle devint la première icône du Christ. Depuis le VIIIe siècle jusqu'à aujourd'hui, dans l'Église d'Orient, en accompagnant nos frères vers leur dernier chemin, nous chantons : « Je suis la brebis perdue ; appelle-moi, Sauveur, et sauve-moi ». C'est l'une des images les plus fortes du salut et l'un des exposés les plus brefs de l'essence de l'Évangile. Dieu est venu dans ce monde comme Pasteur pour sauver la brebis qui s'était enfuie loin de Lui. Dans les ravins, dans les profondeurs les plus basses de la terre, et même jusqu'aux enfers, Il descend pour nous trouver. Ici tout est important : le fait que la brebis se perde par sa propre sottise, sans suivre le Pasteur ; le fait qu'elle soit incapable de revenir à Lui par elle-même ; et le fait que le Pasteur parte à sa recherche, mû par l'amour et la compassion.
Mais le plus important est ce que le Seigneur voulait dire par cette parabole aux pharisiens qui L'interrogeaient. Ils pensaient que le Christ devait s'occuper d'eux, eux qui observaient scrupuleusement des prescriptions rituelles minutieuses et méprisaient les autres hommes. Aujourd'hui, nous avons différents titres honorifiques : médecin émérite, enseignant émérite, et d'autres encore. Les pharisiens, pour parler notre langue, voulaient être des justes émérites, dotés de privilèges dans le Royaume du Christ. Mais dans ces deux paraboles, le Seigneur leur a répondu que Dieu a besoin de toutes Ses brebis, et non seulement de quelques-unes. Et seul le repentir fait de toi une brebis retrouvée, et non un bélier orgueilleux et désobéissant.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
Il est rare que l’on se réjouisse en allant se confesser. C’est une démarche difficile et désagréable. Ce qui est particulièrement pénible, c’est que ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’il nous faudra corriger quelque chose par l’intervention directe de Dieu. Ou bien la confession est devenue une routine qui ne suscite plus aucune émotion. Voilà le regard humain. Mais il existe une autre manière de voir les choses. Les anges se réjouissent d’un seul pécheur qui se repent comme nous nous réjouirions de retrouver le dixième de tout ce que nous possédons. Il serait bon de nous en souvenir avant notre prochaine confession.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
Les paroles de Jésus sur le pécheur repentant qui se convertit rappellent le témoignage d'Ézéchiel au sujet de Dieu, qui ne veut nullement la mort du pécheur, mais désire au contraire qu'il se convertisse et reste en vie. Mais Ses paroles contiennent aussi quelque chose qui concerne directement le Royaume qu'Il a apporté dans le monde.
La conversion et le repentir dont parlaient les prophètes, bien que d'une importance fondamentale, ne suffisaient pas à surmonter pleinement et définitivement les conséquences du péché commis. Ce n'est pas un hasard si le pécheur repentant accomplissait des rites de purification et offrait des sacrifices : il importait aussi de se purifier des conséquences de ses actes. Sinon, même s'il ne restait pas de mur entre Dieu et la personne, il subsistait du moins un obstacle sérieux à une pleine communion.
Or, du point de vue de la Torah, on ne pouvait être purifié que d'un péché commis involontairement, par exemple par faiblesse ou par ignorance, mais nullement d'un péché commis consciemment et volontairement. Bien sûr, Dieu pouvait toujours pardonner tout péché à celui qui se repentait, mais les conséquences de l'acte continuaient à peser sur lui, et parfois aussi sur ses descendants.
Il ne s'agissait évidemment pas de rancune de la part de Dieu, mais du fait que les lois du monde déchu ne permettaient pas de rompre la chaîne des causes et des effets engendrée par l'acte pécheur, de même qu'elles ne permettaient de rompre les liens de causalité dans aucun autre cas. Les croyants fidèles à Yahvé n'étaient pas seuls à le savoir : les païens aussi décrivaient cette situation avec des mots différents, mais visaient au fond la même chose. Fatalité, fatum, destin, karma : des noms différents pour une seule et même réalité.
Avec la venue du Christ, la situation a radicalement changé : Il a apporté le Royaume dans le monde. Un Royaume où l'on peut tout recommencer sur une page blanche, où le repentir des péchés commis et la conversion suffisent pour commencer une vie nouvelle, en laissant derrière soi les conséquences de ses péchés. Auparavant, cela était impossible, du moins dans le cadre de l'ordre existant : pour offrir cette possibilité à chaque pécheur repentant, il aurait fallu recréer le monde.
Mais avec la venue du Christ et l'approche du Royaume, qui, selon la parole du Christ, « s'est approché », la situation est précisément devenue telle : le monde qui se renouvelle et se transfigure est réellement recréé. Et, dans ce monde nouveau, une place peut se trouver pour quiconque est prêt à recommencer sa vie. Il faut seulement rompre une fois pour toutes avec l'ancienne vie. La quitter pour une vie nouvelle, la vie du Royaume.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
Nous avons devant nous deux paraboles, mais on pourrait aussi dire qu’il s’agit d’une seule et même parabole, formulée en des termes différents. Depuis vingt siècles, elle ne soulève pas d’objections, et pourtant son sens est encore loin d’entrer dans tous les esprits. En effet, comment peut-on opposer une seule brebis égarée aux intérêts de toute la collectivité ? Il serait bien plus raisonnable de sacrifier une partie pour sauver le tout.
Il me semble que chacun, ou presque chacun, d’entre nous a entendu à plusieurs reprises de tels raisonnements, présentés comme des acquis incontestables de la pensée sociale. On pourrait répondre que les petits ruisseaux font les grandes rivières et qu’à perdre une brebis après l’autre, on risque de perdre peu à peu tout le troupeau : il n’y a que le premier pas qui coûte ! Ces raisonnements ont leur part de vérité, mais sont loin de dire toute la vérité.
Ce qui est infiniment plus important, c’est que l’amour du Christ ne se prête absolument pas aux mesures arithmétiques ; sa réalité échappe à une analyse fondée sur la logique humaine. Ici, l’individu n’est donc ni une absurdité ni un zéro, comme tentait de le calculer un poète révolutionnaire. Non, un peut être égal à quatre-vingt-dix-neuf et dépasser en même temps ce nombre — et pas seulement cet individu qu’on s’est précipité pour sauver : chacune des unités qui composent le nombre quatre-vingt-dix-neuf possède les mêmes propriétés. Les individus à qui l’on a longtemps répété qu’ils « doivent connaître leur place et ne pas se faire remarquer » ont du mal à le croire. Mais c’est l’amour du Bon Pasteur qui les a dotés de ces propriétés.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » |
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
8 « Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ? |
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » |
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » |
Le Seigneur dit qu'Il ne nous laissera ni ne nous abandonnera jamais. Le comprendre d'un point de vue humain ordinaire est très difficile. L'esprit mondain, habitué à vivre dans l'aisance, raisonne tout autrement. Et il agit exactement à l'inverse. Si une petite partie disparaît — 1 %, comme il est dit dans la parabole, si l'on la considère d'un point de vue strictement mathématique —, il n'abandonnera jamais tout pour récupérer ce 1 %. Car il comprend que 99 % valent davantage que 1 %, et qu'en cherchant un pour cent il pourrait perdre les 99 % restants. Les pertes sont inévitables, nous enseigne la théorie économique moderne. C'est bien pour cela qu'il existe un fonds d'amortissement. Si l'on perd quelque chose d'infiniment petit, seul un indigent se précipitera pour le chercher, car il a si peu que chaque petite chose compte pour lui. Mais cela signifie encore que, même s'il a perdu peu de chose, quelque kopeck, ce kopeck représente néanmoins un pourcentage important de ce qu'il possède. Ici, pourtant, voici cette sainte logique de l'absurde : le Seigneur est si riche de nous, nous sommes si nombreux à Lui appartenir, si différents, remarquables, doués, bons, intelligents — nous sommes si nombreux, et pourtant, tel un indigent, Il part à la recherche de chaque pauvre petit être perdu et misérable. Il est riche, mais Il est pauvre. Il y a là quelque chose de très important pour notre foi. L'apôtre dit : « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ : Lui qui était riche S'est fait pauvre pour vous, afin que vous deveniez riches par Sa pauvreté » (2 Co 8:9). Voyez comme les significations passent, avec toutes leurs nuances, de la richesse à la pauvreté et inversement. Il est très important de le comprendre, ou plutôt de le sentir : aucune pauvreté n'a de sens sans richesse intérieure, aucune richesse n'a de sens sans pauvreté intérieure. C'est précisément ce que le Seigneur nous enseigne aujourd'hui par Son saint exemple. Un exemple d'amour pour lequel toutes les sciences de la mesure ne comptent pas, car il n'est pas d'origine terrestre.
1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. |
Dans les évangiles, il est souvent fait mention de l'attention avec laquelle les collecteurs d'impôts et les pécheurs écoutent Jésus. Il ne s'agit évidemment pas ici de dire que les mêmes pharisiens, par exemple, se considéraient comme sans péché. À cette époque, la Synagogue en savait assez sur la vie spirituelle pour que tous ses membres comprennent qu'il n'y a pas d'hommes sans péché dans le monde. Seul un homme très naïf ou extrêmement présomptueux pouvait se croire sans péché.
À cette époque comme plus tard, le chemin de la justice était vu comme le chemin par lequel l'homme surmonte sa propre condition pécheresse en allant vers Dieu et à la suite de Dieu. Et c'est dans ce chemin, dans le fait de l'emprunter ou non, que résidait la différence entre le juste et le pécheur. Les pharisiens se considéraient comme justes en ce sens : ils étaient certains d'avoir pris ce chemin et de le suivre plus ou moins avec succès. Les collecteurs d'impôts, par exemple, ne pouvaient pas en dire autant d'eux-mêmes.
Il ne s'agissait pas du fait que les collecteurs d'impôts auraient nécessairement été des malfaiteurs terribles et de grands pécheurs, mais de ceci : ils commettaient, du moins le pensait-on généralement, un péché très grave et, ce qui était particulièrement effrayant, absolument volontaire et conscient : ils entraient au service des païens qui opprimaient le peuple de Dieu. On peut bien sûr envisager cette situation de différentes manières, mais la logique est claire : l'homme qui pèche volontairement et consciemment ne peut pas, par définition, suivre le chemin de la justice. C'est de tels hommes que les évangélistes appellent d'ordinaire pécheurs, selon l'usage de leur temps.
Bien sûr, d'autres que les collecteurs d'impôts pouvaient être tels, mais les collecteurs d'impôts se trouvaient être pécheurs par définition, du fait de leur métier. Il importe ici de garder à l'esprit qu'il était impossible de se purifier des conséquences d'un péché commis volontairement et consciemment ; même les sacrifices de purification n'y aidaient pas. L'homme pouvait se repentir du péché commis consciemment, et Dieu pouvait le lui pardonner, mais les conséquences d'un tel péché continuaient à peser sur lui, le privant de la possibilité d'entrer sur le chemin de la justice.
Mais avec la venue du Christ, tout a changé : désormais, la possibilité de commencer la vie spirituelle à neuf et d'entrer sur le chemin de la justice est apparue même pour ceux qui avaient péché consciemment et s'étaient ensuite repentis de ce qu'ils avaient fait. Il n'est pas étonnant que les collecteurs d'impôts et les pécheurs aient écouté le Christ avec une attention particulière : Lui seul pouvait leur donner cette possibilité qu'ils cherchaient et qu'ils semblaient ne pas pouvoir trouver. Mais, bien sûr, le Messie n'ouvrait pas le chemin du Royaume seulement à eux. Simplement, ils appréciaient tout particulièrement les possibilités qui s'ouvraient, et c'est pourquoi ils écoutaient le Sauveur comme personne.
3 Il leur dit alors cette parabole : |
4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? |
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules |
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » |
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
Nous avons devant nous une nouvelle confirmation du fait que nous ne vivons pas du tout à la même époque que Jésus… Pour décrire la joie au ciel au sujet d’un pécheur qui se repent, Il choisit la forme de récit qui nous est déjà familière — la parabole. Et voici que nous entendons Ses paroles adressées aux gens assis autour de Lui : « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? » (Lc 15,4).
Que penserait une personne moderne en réponse à cette question ? Premièrement, plus de la moitié des habitants du globe remarqueraient aussitôt qu’ils n’ont pas de brebis. Et deuxièmement, nous essayons d’appeler la logique à notre aide. Or elle s’oppose absolument à ce qu’on laisse quatre-vingt-dix-neuf brebis dans le désert, où il ne leur en coûterait rien de se perdre ou d’être dévorées par les loups, pour aller chercher une seule brebis stupide. De plus, elle a peut-être déjà été attrapée depuis longtemps par ces mêmes loups… Bref, le risque est trop grand, et « le jeu n’en vaut pas la chandelle ».
Mais justement, nous ne sommes pas le Seigneur. Et gloire à Lui pour cela ! Lui seul a assez de foi en l’homme, d’espérance et de miséricorde pour sauver ceux qui se sont égarés. Et Lui seul nous fait assez confiance pour nous combler de la liberté des fils et des filles de Dieu. Ce qui veut dire nous laisser pour un temps seuls, si cela est nécessaire…
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. |
Est-il vraiment possible que, pour Dieu, un seul homme soit plus important que 99 ? Et chacun de ces 99 ? Et qu'y a-t-il de mauvais dans la justice ? Ne sommes-nous pas tous appelés à la justice ?
Il semble que ces paroles choquantes de Jésus puissent nous conduire à quelques pensées : premièrement, devant Dieu se tient chaque personne personnellement, et non dans un collectif. Nous avons tous des liens humains variés : familiaux, professionnels, de voisinage, ecclésiaux ; ils sont importants, mais la rencontre avec Dieu a lieu seulement face à face, et cette rencontre transforme notre vie et introduit des changements qualitatifs dans nos relations avec les autres. Deuxièmement, avec quoi nous tenons-nous devant Dieu ? Avec notre justice ? Mais « il n'y a pas de juste, pas même un seul » (voir Rm 3:10). Et ici l'important est de savoir si nous prenons conscience de notre injustice, de notre péché, et si nous demandons à Dieu de faire quelque chose avec cela, ou si nous estimons que chez nous tout n'est « pas pire que chez les autres » et ne voyons pas pour nous-mêmes le besoin de repentance. Le premier chemin nous ouvre à la rencontre avec Dieu, tandis que le second rend encore plus profond l'abîme entre nous et Lui.
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Peu de passages de l'Évangile parlent de notre vie avec une clarté aussi saisissante que la parabole du fils prodigue. En effet chacun de nous, au fond, use de sa vie et du monde créé comme si le Créateur était mort et que nous avions reçu Son héritage après Lui. Et le Père attend chacun de nous comme Son fils bien-aimé.
Le problème est qu'il nous semble souvent que cette porcherie cruelle dans laquelle nous nous poussons nous-mêmes est le meilleur des sorts possibles. Par une naïveté absurde, nous pensons que la paix et la beauté, la joie et la miséricorde sont les propriétés du monde qui nous est échu, tandis que le mensonge, la cruauté, la trahison et la haine seraient des difficultés accidentelles et temporaires. Hélas, c'est tout le contraire.
Et si le choix entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, nous est presque évident, il est impossible de ne pas penser à l'extrême amour de l'homme avec lequel le Tout-Puissant nous comble malgré toutes nos trahisons. Car tout ce qu'il y a de bon dans la vie vient seulement de Lui, et sans Son intervention nous resterons sans rien. C'est pourquoi, au début du Grand Carême, nous lisons cette parabole afin de nous dire à nous-mêmes ces paroles: «Je me lèverai, j'irai vers mon père...»
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Il est tout de même bon d'être le fils prodigue revenu vers son père. Tout le monde se réjouit pour toi, sauf, il est vrai, le frère aîné, et le père organise en l'honneur de ton retour un festin de fête que, dans d'autres circonstances, tu n'aurais jamais vu. Or ce frère aîné n'est pas mécontent par hasard et se plaint: un tel réjouissement ne lui est jamais échu dans toute sa vie, alors qu'il a toujours été fidèle à son père et attaché à la maison.
Mais au fond, pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi ne pas donner au fils aîné l'occasion de se réjouir? Regrette-t-on le veau? C'est difficile à croire. C'est simplement que le temps est tel, on pourrait dire un temps de guerre. Car il est question de notre temps, du temps où le Royaume ne fait encore qu'entrer dans le monde, tandis que la fête est encore à venir, cette vraie fête où le Royaume se révélera dans toute sa plénitude. Cette plénitude-là sera sans doute la fête des fêtes, et la célébration sera pour le monde entier. Mais pour l'instant, il est trop tôt.
Il en va autrement du fils cadet: lui «était perdu et il est retrouvé»; ici, la joie ne porte pas sur le triomphe du Royaume, mais sur le salut d'une âme concrète. Et un tel salut vaut le triomphe du Royaume. Ne serait-ce que parce que chaque âme sauvée rapproche ce triomphe. Mais là encore, tous ceux de la maison peuvent y participer. Il suffit d'en avoir le désir. Et si tu n'es pas le personnage principal de la fête, dans le Royaume cela n'a pas tant d'importance.
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Ambroise de Milan, au IVe siècle, a appelé la parabole du fils prodigue Evangelium Evangeliorum — «l’Évangile des Évangiles», ou «le cœur de l’Évangile» (nous pouvons l’apprendre dans le livre du père Gueorgui Tchistiakov, «Au-dessus des lignes du Nouveau Testament»). Pourquoi? Réfléchissons-y. Oui, c’est une parabole sur notre péché; oui, c’est une parabole disant que Dieu attend toujours notre repentir; oui, elle dit aussi que souvent la justice n’a pas la force de pardonner l’injustice. Tout cela est vrai. Mais beaucoup de paraboles de l’Évangile parlent de cela... Le métropolite Antoine de Souroge souligne toujours que l’acte du fils cadet n’est pas terrible parce qu’il a dilapidé l’argent. Ni par la manière dont il l’a dilapidé, en vivant dans la débauche. Alors pourquoi? Parce qu’il a traité son père comme si celui-ci était déjà mort; voilà ce qu’il y a de plus terrible. En voulant recevoir sa part d’héritage, il a comme dit à son père: meurs, pour moi tu es mort. Qu’est-ce que cela nous rappelle aujourd’hui? Nous nous souvenons d’un homme qui a dit: «Dieu est mort». Nous pensons que c’était Nietzsche. C’est en partie vrai, mais ce n’est pas toute la vérité: ainsi ont dit, non, n’ont pas dit, mais, pire encore, ont pensé des millions d’autres personnes. Nous avons pour eux un nom modeste: athées. Il existe une histoire amusante. Au milieu du siècle dernier, sur le mur d’une université européenne apparut l’inscription: Dieu est mort. Nietzsche. Peu après, quelqu’un ajouta: Nietzsche est mort. Dieu. C’est drôle, mais du point de vue spirituel, c’est faux. Pour Dieu, chacun est vivant, chacun est désiré: voilà peut-être de quoi parle cette parabole, voilà pourquoi elle est le cœur de l’Évangile.
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Dans la parabole du fils prodigue, le Christ nous raconte, par une métaphore compréhensible, l'histoire de l'élection. Le fils aîné est le peuple d'Israël, qui est « toujours avec moi », comme le dit le Christ. Le fils cadet, qui demande à son père de le prendre comme ouvrier, représente le reste du monde. Le Christ est venu prêcher l'Évangile à chacun. Et le fils aîné, mécontent de ce que, selon lui, rien ne lui était jamais donné, est l'image du peuple d'Israël qui vivait et attendait le Sauveur qui serait Roi pour le monde.
Dans la parabole, les paroles du père : « ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé », sont des paroles adressées à Israël. Des paroles disant que la venue du Christ a fait de chacun un peuple élu là où l'Évangile et le repentir pour la guérison des péchés ont été prêchés. Le Royaume de Dieu est avec nous depuis le jour de la venue du Christ et jusqu'à la fin des temps. Le monde entier, chaque homme, peut venir à Lui par le repentir.
Dans le repentir du coeur, il est impossible de s'imaginer fils du Christ. Dans le repentir, l'homme acquiert l'humilité et s'efforce de faire des oeuvres pour la gloire de Dieu, reconnaissant pleinement sa propre petitesse. Mais ce ne sont pas des esclaves ni des ouvriers que cherche le Christ, mais des enfants aimés et aimants. Et le Christ accueille comme un fils chacun qui vient à Lui dans le repentir et le désespoir ; Il se réjouit et prend soin de lui quand il revient dans la maison de son père.
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
Le fils cadet demande la part de fortune qui lui revient, comme s'il disait ainsi à son père : « Tu sais, je suis las d'attendre que tu meures » (car c'est après la mort de leurs parents que les enfants reçoivent leur héritage). Son frère souffre pour leur père, mais il est probablement aussi vexé de penser que c'est lui qui restera pour prendre soin du vieillard et « gagner » sa part d'héritage. Plus tard, lorsque le fils aîné rentre à la maison et apprend que son frère cadet est revenu, il refuse de l'accueillir et de lui pardonner, bien qu'il ignore comment celui-ci est revenu et ce qu'ils se sont dit, lui et leur père. Le père, contre qui le fils cadet a péché, lui a déjà pardonné ; il l'accueille sans prononcer un seul mot de reproche. Il ne demande pas à son fils où il était ni ce qu'il faisait, écartant d'une main bienveillante toute la honte et toute la douleur de prendre conscience de sa propre bassesse. C'est seulement ainsi que la réconciliation et la réunion peuvent avoir lieu, lorsque la blessure est encore fraîche et douloureuse. Bien plus, le père ne laisse pas son fils prononcer toutes les paroles qu'il avait préparées. Le fils revenu demeure un fils et ne peut être quelqu'un d'autre.
11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils. |
12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » Et le père leur partagea son bien. |
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. |
14 « Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation. |
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. |
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. |
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! |
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; |
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » |
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. « Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. |
21 Le fils alors lui dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » |
22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. |
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, |
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Et ils se mirent à festoyer. |
25 « Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses. |
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être. |
27 Celui-ci lui dit : « C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » |
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier. |
29 Mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; |
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » |
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » » |
L’une des paraboles centrales de l’Évangile, l’un de ces passages de l’Écriture où son essence est concentrée au plus haut point. On a beau méditer cette parabole, on ne peut en épuiser toutes les nuances de sens.
Nous avons devant nous le chemin de chaque être humain. Même si nous n’avons pas tous commis des actes comparables à ceux du fils prodigue, reconnaissons en nous-mêmes que nous étions prêts à les commettre. Et si nous n’avons pas tous déclaré au Père que nous n’avions plus besoin de lui et que nous disposerions nous-mêmes de sa création, n’avons-nous pas tenté de vivre et d’agir précisément ainsi, sans déclarer formellement la rupture ? Puis, après de plus ou moins grandes aventures, nous nous souvenons à nouveau du Père...
Le repentir n’est pas une excuse de pure forme ; il comprend aussi la disposition à répondre des conséquences de ce que l’on a fait. Aussi le fils, lorsqu’il revient chez lui, ne s’attend-il nullement à un accueil généreux. Il est prêt à devenir un ouvrier salarié précisément parce qu’il comprend qu’il a lui-même renoncé à sa condition de fils.
Le Père lui a pardonné et l’a accueilli avec infiniment plus de miséricorde que le fils ne l’espérait ; nous savons désormais que nous aussi pouvons compter sur le pardon. Mais, sachant que la miséricorde du Père est sans limites, n’en abusons pas en nous conduisant indignement dans l’espoir d’un pardon facile. Prendre le pardon à la légère est un extrême, mais il en existe un autre : refuser la miséricorde du Père au nom de conceptions humaines de la justice, que sa miséricorde dépasse. Telle est la réaction du frère aîné, qui s’est révolté contre le Père pour des raisons qui lui semblent « élevées ». La parabole ne dit rien de plus du frère aîné, et l’on peut espérer qu’il est resté auprès du Père. Mais combien de fois des « frères aînés » semblables à lui ont-ils commencé par traiter avec arrogance des pécheurs récents, à peine venus au repentir, pour ensuite s’éloigner de l’Église !
Quelqu’un a appelé cette parabole la parabole des deux frères, et à juste titre : chacun de nous risque de reproduire aussi bien les actes du fils prodigue que le comportement de son frère aîné...
31 « Mais le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. |
Dans la parabole du fils prodigue, toute l’attention du lecteur se concentre habituellement sur le fils cadet, ce qui n’a rien d’étonnant: il est réellement le personnage principal du récit, autour de lui se déploie l’intrigue et c’est à lui que se rattache le sens de la parabole. Le fils aîné passe au second plan; à première vue, il ne fait que former le décor sur lequel se déroule l’action. Pourtant, en réalité, le fils aîné joue dans la parabole un rôle qui n’est pas moindre que celui du cadet. Seulement, il apparaît sur la scène tout à la fin, après le dénouement, lorsque le cadet est déjà à la maison et que le père l’accueille dans la joie. Les lecteurs et les auditeurs ne prêtent souvent presque pas attention au bref épilogue où apparaît le fils aîné; et s’ils y prêtent attention, ils le perçoivent comme une sorte de remarque en marge qui nuance le récit principal.
Pourtant, le fils aîné ne diffère pas tellement du cadet. Au fond, ni l’un ni l’autre ne savent ce qu’est une vie commune avec le père. Le fils cadet ne veut pas vivre avec le père d’une seule vie; il prend sa part et s’en va. Mais l’aîné, lui aussi, ne reste dans la maison que par obligation, par sens du devoir; au fond de son âme, comme le cadet, il veut lui aussi sa propre vie, séparée, particulière, il veut une fête pour lui, avec ses amis et séparément du père.
Et le père lui dit: tout ce qui est à moi est aussi à toi; tout le sens de notre vie sous un même toit consiste seulement en ceci: qu’elle devienne réellement commune, unique. Sinon, le fait de demeurer dans la même maison que moi ne changera rien pour toi: je ne serai pour toi qu’un fardeau, et au fond de ton âme tu chercheras quand même à te débarrasser de moi, comme ton frère cadet. C’est bien ce qui arrive, et la différence tient seulement à ceci: le cadet réclame sa part et s’en va, tandis que l’aîné essaie de s’arranger avec le père, pour ainsi dire à l’amiable, afin de vivre avec lui et en même temps de mener sa propre vie séparée.
Le père dit directement à son fils que cela ne marchera pas: la vie peut être une, commune, ou différente, et alors il est plus honnête de partir que de faire semblant de rester dans la maison paternelle. Dans la parabole, manifestement, il n’y a pas d’opposition entre le mauvais fils cadet et le bon fils aîné obéissant; il y a seulement la description d’un même problème spirituel qui se manifeste différemment dans la vie des deux fils. Ce qui, dans la vie du cadet, s’est révélé ouvertement et avec évidence ne se manifeste pas de manière aussi vive et ouverte dans la vie de l’aîné; et l’on ne sait pas encore ce qui est meilleur et ce qui est pire.
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