RÉFLEXIONS pour Lc 15:1-32
La lecture de ce jour nous propose encore plusieurs paraboles sur le Royaume, dont celle du fils prodigue, bien connue de tout lecteur de l’Évangile (v. 11–32). Leur sens devient clair dans le contexte des représentations religieuses traditionnelles propres aux milieux pharisiens de l’époque évangélique. Il s’agit de la manière dont les Juifs croyants de cette époque envisageaient le repentir et la possibilité du pardon des péchés. En ce temps-là, comme d’ailleurs aux siècles précédents, on considérait qu’on ne pouvait se purifier que d’un péché commis involontairement, par exemple par faiblesse, par ignorance ou sous la contrainte. En revanche, si le péché était commis volontairement et consciemment, on pensait qu’il était impossible de s’en purifier.
Bien sûr, on pouvait se repentir de tout péché, mais le repentir seul ne suffisait pas : il fallait encore se purifier de la souillure engendrée par le péché, ce qui était impossible si celui-ci était conscient et volontaire. Les conséquences du péché — ce que l’on associait habituellement à la notion de « souillure » — continuaient de peser sur le pécheur jusqu’à la fin de ses jours et retombaient souvent même sur sa lignée, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Jésus, Lui, disait que, maintenant que le Royaume s’était approché, toute personne se repentant de ses péchés pouvait recommencer sa vie spirituelle à neuf, en renouvelant entièrement ses relations avec Dieu et avec les autres.
Tel est le sens des paraboles de Jésus sur la brebis perdue et la drachme perdue (v. 3–10). La possibilité d’un nouveau commencement pour chacun s’exprime encore plus nettement dans la parabole du fils prodigue. Tout ce qui, selon les conceptions traditionnelles du péché, ferme définitivement au pécheur le chemin du retour est présent ici : la désobéissance pleinement consciente au père — donc une violation directe et ouverte du cinquième commandement (v. 12) — et la vie « dissolue », selon l’expression de l’évangéliste (v. 13), qui supposait manifestement de nombreuses autres transgressions de la Torah, sans aucun doute tout à fait conscientes et guère imposées par la contrainte. Rien d’étonnant à ce que le fils, repenti de ses actes, prépare d’avance un discours de pénitence où il se dit prêt à accepter toutes les conséquences de ses péchés (v. 17–19) : en homme de son époque, il comprend parfaitement qu’il ne peut plus compter sur rien et qu’il ne retrouvera jamais sa place d’autrefois dans la maison paternelle. Mais, lorsqu’il revient chez lui, quelque chose de tout à fait inattendu se produit : son père, sans écouter le discours de pénitence préparé à l’avance, l’accueille comme si rien ne s’était passé (v. 20–24), au grand mécontentement du fils aîné, qui jugeait manifestement injuste que les péchés de son cadet restent sans conséquences (v. 25–32). Il n’est visiblement pas facile pour la conscience religieuse d’admettre que toute son arithmétique habituelle des mérites et des fautes ne fonctionne pas dans le Royaume. Mais c’est précisément pourquoi le Royaume devient accessible à chacun : non à chacun de ceux qui l’ont mérité, mais à chacun de ceux qui le cherchent.
