1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. |
2 Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. |
3 Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. |
4 La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; |
5 elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; |
6 elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. |
7 Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. |
8 La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. |
9 Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. |
10 Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. |
11 Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. |
12 Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. |
13 Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. |
La lecture d'aujourd'hui, tirée de l'épître aux Corinthiens, est souvent appelée l'hymne à l'amour. L'apôtre Paul nous dit que sans l'amour rien n'a de sens. Dans les premiers versets, il décrit des dons tout à fait stupéfiants : parler les langues des anges, le don de prophétie, une foi capable de déplacer les montagnes... Comme c'est merveilleux ! Mais sans l'amour... Réfléchissons à ce que deviennent tous ces dons sans l'amour. Parler en langues ? Mais avec qui parler sans amour ? Sans amour, parler avec les hommes, et plus encore avec les anges, n'a tout simplement aucun sens. Déplacer les montagnes ? Dans quel but ? Comme cela, pour l'esthétique ? Faute d'avoir autre chose à faire ? Sans l'amour, déplacer des montagnes serait une occupation absolument dépourvue de sens. L'amour est la seule chose qui donne un sens à tout don et à toute action. Et le plus effrayant, c'est que l'amour ne peut pas être « inventé » ni suscité artificiellement dans son propre cœur... Demandons à l'Esprit Saint de transformer nos cœurs de pierre en cœurs vivants, des cœurs de chair, et de nous accorder l'amour.
1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. |
2 Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. |
3 Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. |
4 La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; |
5 elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; |
6 elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. |
7 Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. |
Poursuivant sa réflexion sur l’Église, Paul compose un véritable hymne à l’amour. En le composant, l’apôtre devait certainement se souvenir des paroles du Sauveur sur le commandement de l’amour, prononcées pendant la Cène, paroles que Paul ne pouvait ignorer. Pourtant, l’affirmation que tout effort est dépourvu de sens en l’absence d’amour donne à réfléchir (v. 1–3). Car il s’agit, sans aucun doute, des actes d’un juste, et d’actes profondément motivés. Pourquoi donc, par eux-mêmes, malgré la justesse de leur motivation, ne valent-ils rien s’il n’y a pas l’amour? La réponse à cette question se trouve facilement dans la seconde partie de l’hymne (v. 4–7). En effet, traiter les gens comme il est décrit ici est absolument impossible si l’on reste dans le cadre de notre monde, qui n’est pas encore transfiguré. Aimer ainsi n’est possible qu’en demeurant dans le Royaume et en vivant de sa vie.
Alors on comprend de quel amour parle l’apôtre dans la première partie de son admirable hymne. Il ne s’agit pas de l’amour qui est possible même entre des hommes déchus dans notre monde, qui n’est pas encore transfiguré. Il s’agit de l’amour du Royaume, de l’amour qui imprègne ici toutes les relations, en étant leur fondement et leur force motrice. Dans notre monde, qui n’est pas encore totalement transfiguré, l’amour est possible comme acte de volonté et comme relation. Nous aimons ceux à qui nous voulons activement du bien.
Mais le tissu même des relations humaines dans notre monde, qui n’est pas encore transfiguré, a une autre nature: il n’est pas identique à l’amour, même s’il peut parfois en être porteur. Dans le Royaume, toute relation est par définition un acte d’amour; aucune autre forme de relation n’y est possible en principe, la nature du Royaume ne les admet pas. Et si quelqu’un n’a pas un tel amour, cela ne signifie qu’une chose: cet homme n’a pas encore touché le Royaume. C’est pourquoi, quoi qu’il fasse, même avec les plus hautes motivations, il n’entrera pas dans le Royaume tant que l’amour ne sera pas devenu pour lui l’unique fondement spirituel de toute sa vie et de toutes ses relations, avec Dieu comme avec le prochain. Le signe de ce changement peut être cette attitude envers la vie et envers les hommes décrite dans la seconde partie de l’hymne écrit par Paul.
3 Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. |
Pourquoi Paul met aussi haut la charité? Pourquoi même de la fidélité jusqu'à la mort en lui-même, s’avère peu pour le Royaume sans charité? Bien sûr, on pourrait dire beaucoup de choses sur ce que c’est que la foi, y compris et la foi religieuse sans charité. D'ailleurs, il n’y a probablement pas de sens aujourd'hui de parler beaucoup de cela: les exemples du fanatisme religieux (et c’est ce que s’est, au fond, la plénitude de la foi sans un moindre grain de charité) sont devant les yeux de tous. Il est évident qu'une telle foi détruit seulement l’homme, sans parler du fait qu'elle est assez souvent dangereuse pour les proches. Mais le problème n’est probablement pas seulement en cela. L'apôtre en effet, ne veut probablement pas parler ici de seulement cette charité humaine, qui était connue dans toutes les époques, mais aussi de l'amour du Royaume témoigné par Jésus Lui-même, en particulier sur la Cène.
Et cela oblige un peu à regarder autrement sur ses mots. En effet, cette charité, dont parle, y compris, et la Bible, est elle-même, avant tout, une relation, l’intention, dirigé sur le voisin et portant en lui-même le désir à faire du bien à ce voisin. Bien sûr, une telle intention peut être accompagnée par les réflexions, et les émotions, mais et l’une, et l'autre est seulement le complément de l'essentiel. Jésus Lui parle de quelque chose de plus grand, Il parle du Royaume, où la charité est ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel on construit toutes les relations liant les habitants du Royaume.
On pourrait appeler la charité dans un certain sens la substance spirituelle du Royaume, et celui qui n'est pas impliqué dans cette charité, en fait ne sera pas impliqué et dans le Royaume. Et alors tout est vide de sens: car, le sens de la vie du chrétien consiste seulement en cela, rejoindre la vie du Royaume. Le chrétien n’a besoin de rien d’autre, et tout est inutile. Et Paul, vivant lui-même la vie du Royaume, comprend bien sûr parfaitement cela. Et, comme on voit, ne se fatigue pas de rappeler ces choses fondamentales pour la vie chrétienne aux coreligionnaires.
4 La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; |
5 elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; |
6 elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. |
7 Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. |
Avant même la venue du Christ, on admettait communément que l'amour de Dieu et du prochain contenait toute l'essence de « la Torah et des Prophètes », comme on appelait alors l'Écriture sainte. Mais, dans le contexte de la révélation chrétienne, la notion d'amour s'est chargée d'un contenu différent, nouveau. Certes, l'amour — du moins au sens biblique — désignait déjà avant tout une attitude envers autrui qui consistait à ne lui vouloir que du bien et à agir avec lui pour son bien. L'amour biblique a peu à voir avec les sympathies ou les antipathies, avec le fait que notre prochain nous soit humainement agréable ou désagréable, ni même avec sa conduite. Même s'il se révèle être un ennemi, on ne doit ni le haïr, ni se venger de lui, ni lui rendre le mal, bien qu'il faille parfois l'arrêter lorsqu'il cherche à nuire à quelqu'un, et l'arrêter assez fermement. Mais, même dans ce cas, l'amour du prochain suppose la possibilité de lui donner une nouvelle chance de rétablir des relations normales avec ceux dont il était l'ennemi, pour peu qu'il existe quelque raison d'espérer un tel rétablissement.
Tout cela faisait partie des conceptions de la justice et de l'attitude du juste envers son prochain qui s'étaient formées avant l'époque chrétienne. Paul insiste sur le fait que tout ce qui vient d'être dit reste valable pour les chrétiens. Mais il va plus loin. Auparavant, la justice était une possibilité qui pouvait ou non se réaliser dans la vie d'une personne. Celle-ci pouvait ne pas atteindre la plénitude d'une vie juste ; tout ce qu'elle avait accompli sur le chemin de la justice gardait néanmoins son sens. Même sans pouvoir manifester la plénitude de l'amour, elle pouvait parfois se dire qu'elle avait progressé dans la bonne direction, obtenu certains résultats. Paul, lui, dit : tout cela est très bien, mais si l'on ne va pas jusqu'au bout, si l'on n'apprend pas à construire avec son prochain des relations d'amour, tout le reste ne vaut rien.
Car, dans le Royaume, seules les relations d'amour sont possibles. Si elles sont absentes, si l'être humain n'a pas appris à construire de telles relations avec son prochain, il ne peut entrer dans le Royaume. Non parce que quelqu'un veut le punir ou méprise ses acquis, mais parce que, sans cette capacité, il est impossible de vivre de la vie du Royaume. C'est pourquoi l'apôtre parle de l'amour, qui seul donne sens à tous les autres accomplissements : sans amour, l'être humain restera de toute façon en dehors du Royaume, avec tous ses acquis.
4 La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; |
5 elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; |
6 elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. |
7 Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. |
Ces paroles de l'apôtre Paul occupent une place tout à fait exceptionnelle dans l'Écriture sainte, car l'apôtre y parle de l'essentiel, sans lequel il n'y a pas de christianisme. Et si notre foi nous donne la vie, c'est précisément parce que l'essentiel en elle est ce dont l'apôtre parle ici. Il place aux côtés de l'amour bien des choses importantes, nécessaires et belles : la foi qui déplace les montagnes ; le don de prophétie et de contemplation des mystères ; d'autres dons du Saint-Esprit — et tout cela pâlit et passe au second plan devant l'amour. À en juger par ce que l'apôtre dit ensuite, l'amour est pour lui l'éternité aujourd'hui. C'est la vie du siècle à venir, qui n'a pas attendu que nous atteignions cet avenir, mais qui a fait une irruption puissante dans notre existence terne.
Ces paroles étonnantes, comme tout le chapitre 13 de la Première épître aux Corinthiens, parlent de l'amour non comme d'un état du cœur ou de l'esprit humain, et moins encore comme de sentiments, changeants et peu fiables. Ce dont parle l'apôtre ne peut même pas être appelé une relation entre des personnes. Dans ses paroles, l'amour est ce qui accomplit en nous une action mystérieuse et devient une loi inscrite sur les tables de chair du cœur. Dans les paroles de l'apôtre, l'Amour devient une personne : c'est le Christ Lui-même, vivant en Ses disciples.
L'apôtre parle de la manière dont l'amour s'exprime dans notre vie, dont il se manifeste. C'est une grande miséricorde du Saint-Esprit que d'avoir inspiré à Paul d'écrire ces paroles. Car tout ce dont parle l'apôtre consiste en des actions, des attitudes envers autrui et des actes que nous pouvons nous efforcer d'accomplir. Il est évident que beaucoup de ces choses dépassent les forces humaines, et que beaucoup entraînent une véritable souffrance de la Croix. Pourtant, les paroles de l'apôtre sont un chemin sur lequel nous pouvons avancer pour ouvrir à Dieu les portes de notre cœur.
8 La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. |
9 Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. |
10 Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. |
11 Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. |
12 Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. |
13 Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. |
Pour Paul, l’amour est sans aucun doute le fondement de toutes les relations qui unissent les hommes vivant dans le Royaume avec Dieu et les uns avec les autres. C’est pourquoi il demeure actuel même lorsque tout le reste cesse de l’être (v. 8). Mais l’apôtre ne parle pas simplement de la vie dans le Royaume. Il a manifestement en vue une certaine plénitude du Royaume lui-même, pour ainsi dire la plénitude de la plénitude. Tous les dons spirituels que Paul décrivait encore tout récemment avec tant d’éclat disparaissent maintenant, se dissolvant dans l’amour. L’apôtre en donne une explication tout à fait claire: tous les dons que nous pouvons avoir aujourd’hui sont encore loin de la plénitude de cet amour dont le Royaume est imprégné, et ils sont donc temporaires (v. 9–10). Cette incomplétude est liée à notre propre état spirituel: du point de vue de cette plénitude de vie qui deviendra possible dans le Royaume pleinement révélé, nous sommes encore des enfants, n’ayant de la vie du Royaume que les représentations les plus générales et n’y ayant fait que les premiers pas (v. 11).
Comme on le voit, pour Paul, le chemin spirituel des personnes qui vivent dans le Royaume est inséparable de l’histoire du Royaume lui-même. La maturation spirituelle des chrétiens est pour lui inséparable de la formation du Royaume et de son développement dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore entièrement transfiguré. Les réalités du Royaume sont aujourd’hui difficiles à percevoir non seulement parce que nos yeux ne se sont pas encore assez développés pour voir clairement les objets du monde spirituel, mais aussi parce que ces réalités elles-mêmes ne se sont pas encore pleinement formées ni totalement révélées (v. 12). Mais la pleine révélation du Royaume n’aura lieu qu’à la fin des temps, avec le retour du Sauveur. En attendant, l’amour du Royaume, que nous ne pouvons vivre qu’en partie, s’unit à la foi qu’un jour viendra où il sera manifesté au monde dans toute sa plénitude, et à l’espérance que nous aussi deviendrons partie de cette plénitude (v. 13).
8 La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. |
9 Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. |
10 Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. |
11 Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. |
12 Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. |
13 Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. |
Il est très difficile de parler de notions aussi « abstraites », et plus encore de les comparer. Avec une certaine part d'approximation, on peut essayer de l'exprimer ainsi : dans l'usage courant, la foi et l'espérance décrivent notre rapport aux faits. La foi concerne les faits qui « sont déjà là » (je crois que Dieu existe, qu'Il est bon, qu'Il a créé le monde, qu'Il l'a ordonné de telle ou telle manière, qu'Il a donné Son Fils unique...), tandis que l'espérance concerne ceux qui « sont encore à venir » (j'espère le salut, la résurrection des morts, la vie éternelle...). Mais ces mots servent parfois à exprimer notre relation à une autre personne : la foi comme confiance en Dieu, l'espérance comme fait de compter sur Lui. Le mot « amour » appartient à la même série : il parle de notre relation avec quelqu'un d'autre. Pourtant, ce mot est véritablement « plus grand » que la foi et l'espérance, parce que l'amour signifie la plénitude de la relation et inclut bien sûr la confiance comme l'espérance.
8 La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. |
Paul parle de l'amour comme de la seule chose qui existe éternellement et dans l'éternité, surpassant en cela tout le reste. Les paroles de Paul font ici écho à celles de Jésus lui-même sur l'amour comme commandement nouveau. Il semblerait qu'il n'y ait rien de nouveau dans l'amour: avant même la venue du Messie, les docteurs de la Torah savaient que toute son essence se résume à deux commandements, celui d'aimer Dieu et celui d'aimer son prochain. Pourtant, la présence de l'amour n'abolissait pas tout le reste de ce qui pouvait exister dans la vie de l'homme et dans ses relations avec Dieu et avec les autres. Or Jésus appelle l'amour un commandement nouveau et Paul, comme s'il poursuivait la pensée du Maître, parle de l'amour comme de quelque chose qui surpasse tout ce que l'on peut imaginer en rapport avec l'existence humaine dans le Royaume.
Quelque chose de nouveau, lié à l'amour, est manifestement entré dans le monde avec le Christ. Avant la venue du Messie, l'amour était d'abord une relation qui liait l'homme à Dieu et aux autres hommes. Il était l'intention sur laquelle reposaient de telles relations. Mais l'espace même des relations demeurait naturel, psychique. Dans le Royaume, tout est différent: là, l'amour devient l'espace des relations, le milieu à l'intérieur duquel existent toutes les relations, avec Dieu, avec le Christ et avec les autres hommes.
Le souffle du Royaume qui enveloppe l'homme devient pour lui un milieu d'amour. À la fin des temps, lorsque le monde entier redeviendra le Royaume comme au premier jour de la création, ce souffle embrassera tout et deviendra le seul milieu possible dans lequel existera la nature renouvelée. Alors l'amour deviendra l'unique réalité de toutes les actions humaines, de toutes les relations et, en général, de toute la vie. C'est précisément ce que rappelle l'apôtre lorsqu'il dit que, sans l'amour, tout le reste perd son sens. Car alors cela demeurera en dehors du Royaume, et donc en dehors du monde de Dieu.
12 Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. |
Les paroles de Paul selon lesquelles, dans notre état présent, nous voyons les réalités du monde spirituel comme un reflet indistinct dans un miroir poussiéreux font écho aux pensées de certains philosophes du monde païen. Le premier qui vient à l'esprit est, bien sûr, Platon, avec son image de la caverne et des ombres sur ses parois. Pourtant, l'apôtre ne parle pas du monde non transfiguré, depuis lequel, après la chute, la réalité spirituelle ne se discerne effectivement qu'avec peine, si tant est qu'on puisse la discerner. Il parle du Royaume et de sa vie, où une telle obscurité semble ne pas pouvoir, ni devoir, avoir sa place : car le Royaume, par sa nature même, « n'est pas de ce monde ». Il appartient entièrement au monde spirituel ou, plus exactement, il est lui-même le monde spirituel, du moins dans la dimension par laquelle celui-ci entre en contact avec l'être humain.
Et pourtant, au stade actuel de l'histoire du Royaume, ses habitants ne sont pas encore entièrement transfigurés ; ils ne possèdent pas encore en plénitude cette nature nouvelle sans laquelle il est impossible d'en devenir un habitant. Cela n'a rien d'étonnant : le Royaume lui-même ne s'est pas encore révélé entièrement au monde, dans toute sa plénitude. Nous vivons une époque de transition, celle du Royaume qui vient. Et si nous sommes chrétiens, la destinée spirituelle de chacun de nous est liée à l'histoire du Royaume. Paul le comprend parfaitement : il sait que son propre cheminement spirituel s'achèvera non au jour de sa mort, mais au jour du retour du Sauveur, au jour du triomphe complet et définitif de ce Royaume auquel il a consacré toute sa vie à rendre témoignage. Jusqu'à ce jour, chaque chrétien, comme l'apôtre, vit à la frontière de deux mondes, frontière qui déforme la perception des réalités spirituelles. Bien sûr, ce n'est pas la même chose que chez Platon, car dans la caverne platonicienne, on ne voit absolument rien d'autre que des ombres. Depuis cette frontière des mondes où chaque chrétien doit vivre aujourd'hui, le Royaume est visible, tout comme le monde non transfiguré est visible de là.
Seulement, tant que sa propre nature physique n'est pas entièrement transfigurée, chacun de ceux qui vivent sur terre voit le Royaume aussi déformé que le monde sous-marin apparaît à quelqu'un qui n'a ni lunettes adaptées ni masque. De même que notre vue physique n'est pas adaptée à une perception juste du monde sous-marin, notre vue spirituelle n'est pas adaptée — et ne peut l'être avant notre entière transfiguration — à une perception juste du Royaume. Mais ce n'est pas si grave : Dieu conduit chacun en tenant compte de ces particularités de la perception. L'essentiel est de L'écouter, sans se fier entièrement à notre propre vue spirituelle, sujette aux aberrations.
12 Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. |
Reconnaître en soi-même «une connaissance partielle», «une vision à travers un verre obscur» est un exercice quotidien. Aussi claires que les choses évidentes puissent nous paraître, nous ne pouvons pas nous dire que nous avons atteint une connaissance parfaite, compris le plan dans son intégralité, saisi le sens. Le temps, en tant que composante de notre existence, apporte toujours ses corrections. Ce qui hier nous semblait être un point deviendra aujourd'hui une ligne droite, mais demain ce sera déjà une figure plane. Plus tard, il se révélera que ce n'était qu'une ombre, puis nous verrons le volume, la forme et la couleur, ensuite nous réaliserons que l'objet se déplace et change. C'est ainsi que nous apprenons à connaître le monde et ce qui y vit. De même, le Seigneur se révèle progressivement à nous. Aussi complet et achevé que puisse nous paraître le savoir qui nous est révélé aujourd'hui, ce n'est qu'une pâle ombre de ce que nous comprendrons même pas lorsque le verre sera propre - lorsque la fenêtre s'ouvrira et que nous verrons Celui qui nous a appelés à Sa merveilleuse Lumière, Celui qui est au-delà de toute connaissance, car Il est la Vérité.
13 Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. |
La Foi, l’espérance, la charité sont la traditionnelle triade, appelées au Moyen âge des vertus «théologiques», qui, comme on considérait, sont propres seulement aux chrétiens, à la différence des vertus «païens», qui, selon les mêmes représentations du Moyen âge, sont propres à tous les gens, y compris les païens vertueux. Et Paul, comme on voit, des trois met en relief la charité, sans d'ailleurs nier que la foi et l'espérance sont inséparablement liées à elle. Alors que veut dire l'apôtre? On aurait bien sûr pu tout expliquer seulement par les particularités de l’appareil spirituel de la personnalité humaine.
En effet, la confiance, et l'espérance sont toujours d'une manière ou d'une autre liées à ces relations, qui joignent l’homme avec Dieu et avec les prochains. Et la charité comprise comme comprennent ce mot les auteurs des livres bibliques, est la relation même, autour de laquelle se construit tout le reste. Notamment sur la charité est fondée toute confiance, et seulement la charité permet d'espérer sur quelque chose, que ce soit lié à Dieu ou à l’homme.
Mais le problème n’est probablement pas seulement en cela. Toutes les espérances des chrétiens sont liées d'une manière ou d'une autre avec Royaume, avec le fait qu’arrivera le jour de son triomphe complète et définitive, le jour du dernier Jugement et le retour du Sauveur. Et la foi de tout chrétien est aussi liée au Royaume et à Celui qui a apporté le Royaume au monde. Et lorsque arrivera le jour attendu par les tous chrétiens de l'achèvement de l'étape actuelle de l'histoire du Royaume, la charité cessera d'être seulement une relation, étant devenue ce milieu spirituel, dans lequel vont désormais vivre tous les habitants du Royaume.
En effet, dans le Royaume la charité est le milieu spirituel, à l'intérieur duquel se construisent toutes les relations formant sa base: la relation de ses habitants entre eux-mêmes, leurs relations avec Dieu et avec Jésus, la relation de Jésus avec Son Père céleste. Et si la foi et l'espérance sous leur forme actuelle appartiennent au monde encore partiellement non transformé jusqu'à un certain point définissant leur forme, la charité quant à elle, manifestée par le Sauveur Lui-même, cette charité, qu'Il a laissée à Ses disciples, appartient déjà maintenant au Royaume. En tout point.
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