Dans le récit où Jésus apaise la tempête qui s’est levée, le plus intéressant est le dialogue entre le Maître et les disciples. Il leur reproche leur peu de foi, et eux, stupéfaits par ce qui s’est passé, tentent de comprendre: qui est-Il donc, pour que...
Dans le récit où Jésus apaise la tempête qui s’est levée, le plus intéressant est le dialogue entre le Maître et les disciples. Il leur reproche leur peu de foi, et eux, stupéfaits par ce qui s’est passé, tentent de comprendre: qui est-Il donc, pour qu’Il ait pouvoir même sur les éléments? Comme on le voit, l’évangéliste met l’accent dans son récit précisément sur ce malentendu, on ne saurait l’appeler autrement, entre Jésus et les apôtres. Il ne s’agit pas du fait que les disciples n’arrivent pas à comprendre Qui est devant eux. Il s’agit du fait qu’ils ne sont pas capables de concentrer leur attention spirituelle sur ce qui est nécessaire pour comprendre adéquatement la situation. Dans leurs âmes vit encore la peur d’une mort inévitable éprouvée pendant la tempête, sur laquelle se superpose une terreur mystique, presque superstitieuse, devant la force que possède leur Maître. Lui veut faire passer leur regard spirituel de l’extérieur à l’intérieur, des effets au sens de ce qui arrive. C’est pourquoi Il leur parle de foi, de confiance, sans laquelle il n’y a pas de Royaume, qu’il s’agisse de confiance en Dieu, dans le Christ ou envers le prochain.
Si les disciples avaient eu assez de confiance et d’intégrité intérieure, sans laquelle, comme sans la confiance, il n’y a pas lieu de parler de foi, la tempête se serait calmée selon leur foi, sans l’intervention de Jésus. Mais le problème est justement que cette intégrité intérieure, chez les apôtres, n’existe pas encore, comme on le voit. Ils ont assez de foi pour suivre le Maître, mais pas assez pour demeurer dans l’espace spirituel du Royaume. Cet espace spirituel même où il n’y a pas de place pour la tempête, où les éléments sont entièrement soumis à la volonté humaine, à la volonté non seulement du Messie, mais de tout homme vivant de la vie du Royaume. Si les disciples avaient été enracinés dans le Royaume, ils n’auraient pas eu à réveiller le Maître: la tempête se serait apaisée sur l’ordre de l’un d’eux, et peut-être même n’aurait-elle pas commencé.
Bien sûr, dans le Royaume aussi, les relations entre le Christ et chacun de Ses disciples demeurent non moins étroites que dans le monde non transfiguré. Là, elles se révèlent même encore plus profondes, conscientes et intenses que dans ce monde-ci. Mais le Christ n’a pas besoin de tirer par la main l’homme enraciné dans le Royaume de chaque situation difficile, ne serait-ce que parce que, dans la vie d’un homme enraciné dans le Royaume, il n’y a pas de situations difficiles fortuites. C’est bien cette pensée, semble-t-il, que Jésus tente de faire parvenir à Ses disciples.
Mais leur attention est entièrement absorbée par la force extraordinaire manifestée par leur Maître. Rien d’étonnant à cela: la force attire toujours plus l’attention que le Royaume. Et pour apprendre à voir le Royaume, il faut que le souffle du Royaume touche l’homme et change son cœur. Comme cela arriva aux apôtres le jour de la Pentecôte.