L'alliance avec Noé est l'événement principal de la parabole, son centre de sens. Il ne s'agit plus seulement de relations avec une personne concrète, mais bien d'une alliance avec lui-même et avec tous ses descendants ; c'est déjà sérieux, c'est pour toujours, car Dieu, à la différence de l'homme...
L'alliance avec Noé est l'événement principal de la parabole, son centre de sens. Il ne s'agit plus seulement de relations avec une personne concrète, mais bien d'une alliance avec lui-même et avec tous ses descendants ; c'est déjà sérieux, c'est pour toujours, car Dieu, à la différence de l'homme, garde une fidélité ferme et inconditionnelle aux obligations qu'Il a prises sur Lui et à la parole donnée une fois. Non parce qu'Il n'a pas pouvoir sur Sa création, mais parce que toutes Ses promesses et alliances sont liées à Son dessein, et Son dessein ne change pas seulement parce que quelqu'un parmi les hommes Lui est infidèle ou se détourne de Lui. Telle est aussi l'alliance avec Noé, et à travers lui avec toute l'humanité.
D'ailleurs, pas tout à fait avec toute. D'un côté, l'alliance avec Noé concerne réellement chacun ; de l'autre, elle ne se révèle en plénitude que chez les justes qui, à l'image de Noé, « marchent devant Dieu », marchent comme cela leur est révélé. À ce sujet se pose une question : pourquoi Dieu a-t-Il eu besoin de quelque chose de plus ? Pourquoi le peuple de Dieu, pourquoi le Messie ? Pourquoi une seule alliance avec Noé ne suffit-elle pas ? Dans la langue de l'homme moderne, cette question sonne un peu autrement, même si son sens n'en change pas : pourquoi ne suffit-il pas d'être simplement « une bonne personne » ? Par « bonne personne », dans un tel cas, chacun comprend bien sûr ce qu'il veut, mais l'idée générale reste la même : il y a dans le monde beaucoup de bonnes personnes, quelle que soit la manière dont on comprend cette expression ; elles sont déjà bonnes sans efforts supplémentaires, elles n'ont pas besoin d'être chrétiennes ni même simplement croyantes en Dieu ; elles sont justes dans la vie. Alors pourquoi leur faut-il, et pourquoi faut-il au monde en général, quelque chose de plus ? La réponse à cette question est donnée dans la parabole de Noé.
Oui, Dieu conclut avec lui une alliance, mais en la concluant, Il dit : toutes les intentions du cœur humain sont mauvaises dès sa jeunesse (dans le texte hébreu de la parabole, c'est précisément ainsi : intentions, et non pensées). Même le juste ne peut, sans des efforts particuliers spécialement appliqués par Dieu, se changer lui-même. Il peut suivre Dieu malgré sa propre nature corrompue par le péché, en surmontant les intentions de son propre cœur, mais il ne peut changer lui-même son cœur et sa nature, même s'il y consacre tous ses efforts.
Il y a là une impasse : après la chute, l'homme est condamné à se tenir sans cesse en équilibre au bord d'une très grave rupture spirituelle, et avec lui le monde entier est condamné lui aussi à se tenir en équilibre au bord de la rupture. Voilà pourquoi l'alliance avec Noé ne suffit pas ; elle n'est que le commencement du chemin, en aucun cas la fin, ni l'achèvement, qui est impossible sans Dieu. Dieu Lui-même mettra finalement le dernier point sur le chemin du retour de l'homme vers Dieu, mais Il ne le mettra pas encore de sitôt, car tout le chemin est encore devant nous. Noé, lui, fait sur ce chemin le premier pas, très important, absolument nécessaire, mais seulement le premier.