Paul attire l'attention sur ce qui peut détruire la paix au sein de la communauté ecclésiale. Que faire si, à une même table, pendant le repas de la fraction du pain, prennent place des Juifs observants, pour qui toutes les prescriptions religieuses du judaïsme sont importantes, et des païens, à qui ces prescriptions n'importent pas ?
Peut-on mettre sur la table des aliments non cachères simplement parce que, pour les chrétiens, les questions de cacherout ne sont plus pertinentes ? D'un côté, on le peut, et l'on ne peut accuser d'apostasie celui qui refuse la nourriture cachère. Mais, de l'autre, il y a aussi les relations entre les membres de la communauté. Des relations d'amour mutuel. L'apôtre comprend parfaitement que l'homme s'accroche à la religion non par force, mais par faiblesse.
Par faiblesse spirituelle, qui, ne permettant pas à l'homme de vivre pleinement la relation avec Dieu et avec le Christ, l'oblige à chercher un appui dans ce qui n'a pas de rapport direct ni avec le Royaume ni avec la vie spirituelle.
La religion est une béquille. Mais peut-on retirer ses béquilles à celui qui ne peut s'en passer, simplement parce que d'autres, sains et forts, s'en passent très bien ? Évidemment non. Et il n'est pas très fraternel non plus de faire parade de sa force et de sa santé devant ceux qui en sont privés. Il ne s'agit certes pas que les bien portants se fassent passer pour malades ou se comportent comme des malades.
Mais si les choses se présentent ainsi, et qu'il faut partager la route avec ceux qui ne peuvent se passer de béquilles, ce sont précisément les bien portants qui doivent, en chemin, adapter leur marche aux malades, et non l'inverse. Bien sûr, celui qui sent sa force veut toujours lui donner libre cours et se manifester pleinement. Mais alors il faudra oublier les faibles, ceux qui ne peuvent suivre le rythme des forts. Et avec eux il faudra oublier aussi l'amour, sans lequel aucune force ne vaut quoi que ce soit.
