Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 31 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 16

1 II. Le grand recueil salomonien
1 À l’homme les projets du cœur,
de Yahvé vient la réponse.
2 Toutes les voies de l’homme sont pures à ses yeux,
mais Yahvé pèse les esprits.
3 Recommande à Yahvé tes œuvres,
et tes projets se réaliseront.
4 Yahvé fit toute chose en vue d’une fin,
et même le méchant pour le jour du malheur.
5 Abomination pour Yahvé : tout cœur altier ;
à coup sûr, il ne restera pas impuni.
6 Par la piété et la fidélité on expie la faute,
par la crainte de Yahvé on s’écarte du mal.
7 Que Yahvé se plaise à la conduite d’un homme,
il lui réconcilie même ses ennemis.
8 Mieux vaut peu avec la justice
que d’abondants revenus sans le bon droit.
9 Le cœur de l’homme délibère sur sa voie,
mais c’est Yahvé qui affermit ses pas.
10 L’oracle par le sort est sur les lèvres du roi,
dans un jugement, sa bouche est sans défaillance.
11 La balance et les plateaux justes sont à Yahvé,
tous les poids du sac sont son œuvre.
12 Abomination pour les rois : commettre le mal,
car sur la justice le trône est établi.
13 Les lèvres justes gagnent la faveur du roi,
il aime qui parle avec droiture.
14 La fureur du roi est messagère de mort,
mais l’homme sage l’apaise.
15 Dans la lumière du visage royal est la vie ;
telle une pluie printanière est sa bienveillance.
16 Combien il vaut mieux acquérir la sagesse que l’or !
L’acquisition de l’intelligence est préférable à l’argent.
17 Le chemin des gens droits, c’est d’éviter le mal ;
il garde sa vie, celui qui veille sur ses démarches.
18 L’arrogance précède la ruine
et l’esprit altier la chute.
19 Mieux vaut être humble avec les pauvres
qu’avec les superbes partager le butin.
20 Qui est attentif à la parole trouve le bonheur,
qui se fie en Yahvé est bienheureux.
21 Un cœur sage est proclamé intelligent,
la douceur des lèvres augmente le savoir.
22 Le bon sens est source de vie pour qui le possède,
la folie des fous est leur châtiment.
23 Le cœur du sage rend sa bouche avisée
et ses lèvres riches de savoir.
24 Les paroles aimables sont un rayon de miel :
doux au palais, salutaire au corps.
25 Tel chemin paraît droit à quelqu’un,
mais en fin de compte, c’est le chemin de la mort.
26 L’appétit du travailleur travaille pour lui,
car sa bouche le presse.
27 L’homme de rien produit le malheur,
c’est comme un feu brûlant sur ses lèvres.
28 L’homme fourbe sème la querelle,
le diffamateur divise les intimes.
29 L’homme violent séduit son prochain
et le mène dans une voie qui n’est pas bonne.
30 Qui ferme les yeux pour méditer des fourberies,
qui pince les lèvres, a commis le mal.
31 C’est une couronne d’honneur que des cheveux blancs,
sur les chemins de la justice on la trouve.
32 Mieux vaut un homme lent à la colère qu’un héros,
un homme maître de soi qu’un preneur de villes.
33 Dans le pli du vêtement on jette le sort,
de Yahvé dépend le jugement.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 17
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 t) L’homme propose et Dieu dispose.


4 u) Le méchant a été créé pour manifester, au jour de son malheur, la justice divine.


5 v) ou « en un tour de main » cf. 11.21.


10 w) Car le roi rend ses jugements au nom de Dieu, cf. 2 S 14.18-20 ; 1 R 3.4-28. — Les proverbes qui suivent (sauf 11) sont des proverbes royaux.


11 x) « plateaux justes » conj. ; « plateaux de justice » hébr.


27 y) Littéralement « homme de Bélial », c’est-à-dire de Néant (le « vaurien »). Mais certains considèrent Bélial comme une désignation du démon, cf. 2 Co 6.15.


33 z) Allusion à l’éphod, placé sur la poitrine du grand prêtre, Ex 28.6, assimilé ici à l’éphod- réceptacle des sorts sacrés, 1 S 2.28.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.