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La Bible en cinq ans pour le 17 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 3

I. Prologue> 1 Comment acquérir la sagesse., 13 Les joies du sage.
Mon fils, n’oublie pas mon enseignement,
et que ton cœur garde mes préceptes,
car ils augmenteront la durée de tes jours,
tes années de vie et ton bien-être.
Que piété et fidélité ne te quittent !
Fixe-les à ton cou,
inscris-les sur la tablette de ton cœur.
Tu trouveras ainsi faveur et réussite
aux regards de Dieu et des hommes.
Repose-toi sur Yahvé de tout ton cœur,
ne t’appuie pas sur ton propre entendement ;
en toutes tes démarches, reconnais-le
et il aplanira tes sentiers.
Ne te figure pas être sage,
crains Yahvé et te détourne du mal :
cela sera salutaire à ton corps
et rafraîchissant pour tes os.
Honore Yahvé de tes biens
et des prémices de tout ton revenu ;
10 alors tes greniers regorgeront de blé
et tes cuves déborderont de vin nouveau.
11 Ne méprise pas, mon fils, la correction de Yahvé,
et ne prends pas mal sa réprimande,
12 car Yahvé reprend celui qu’il aime,
comme un père le fils qu’il chérit.
13 Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse,
l’homme qui acquiert l’intelligence !
14 Car mieux vaut la gagner que gagner de l’argent,
son revenu vaut mieux que de l’or.
15 Elle est précieuse plus que les perles,
rien de ce que tu désires ne l’égale.
16 Dans sa droite : longueur des jours !
Dans sa gauche : richesse et honneur !
17 Ses chemins sont chemins de délices,
tous ses sentiers, de bonheur.
18 C’est un arbre de vie pour qui la saisit,
et qui la tient devient heureux.
19 Yahvé, par la sagesse, a fondé la terre,
il a établi les cieux par l’intelligence.
20 Par sa science furent creusés les abîmes,
et les nues distillent la rosée.
21 Mon fils, sans les quitter des yeux,
observe le conseil et la prudence ;
22 ils seront vie pour ton âme
et grâce pour ton cou.
23 Tu iras ton chemin en sécurité,
ton pied n’achoppera pas.
24 Si tu te couches, tu seras sans frayeur,
une fois couché, ton sommeil sera doux.
25 Ne redoute ni terreur soudaine
ni attaque qui vienne des méchants,
26 car Yahvé sera ton assurance,
il préservera tes pas du piège.
27 Ne refuse pas un bienfait à qui y a droit
quand il est en ton pouvoir de le faire.
28 Ne dis pas à ton prochain : « Va-t’en ! repasse !
demain je te donnerai ! » quand la chose est en ton pouvoir.
29 Ne machine pas le mal contre ton prochain,
alors qu’il demeure en confiance avec toi.
30 Ne te querelle pas sans motif avec un homme,
s’il ne t’a fait aucun mal.
31 N’envie pas l’homme violent,
ne choisis jamais ses chemins,
32 car le pervers est l’abomination de Yahvé,
lui qui fait des hommes droits ses familiers.
33 Malédiction de Yahvé sur la maison du méchant !
mais il bénit la demeure des justes.
34 Il raille les railleurs,
mais aux pauvres il donne sa faveur.
35 La gloire est la part des sages,
un comble d’ignominie, celle des insensés.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 4
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

3 k) Cf. 3.3 ; 6.21 ; 7.3 ; Jr 17.1 ; 31.33 ; 1 Co 3.3. Il pourrait s’agir, comme en Égypte, d’une tablette aide-mémoire, suspendue au cou.


8 l) « à ton corps » versions, cf. 4.22 ; « à ton ventre » hébr.


10 m) « de blé » grec ; « abondamment » hébr. — L’offrande des prémices, Dt 16.1, est le seul acte de culte explicitement commandé par les Proverbes, mais il sera souvent question de la prière.


28 n) Le « prochain » signifiait primitivement le compagnon, l’ami, le commensal, bref l’homme avec lequel on a des relations précises. Mais dans ce mot prend un sens plus large « autrui », cf. 6.1, 3, 29 ; 25.9 ; 27.17. C’est le premier pas vers l’élargissement du précepte de l’amour, Lv 19.18, qui aboutira au précepte évangélique de l’amour des ennemis, Mt 5.43s.


31 o) La réussite apparente des impies (« violents », « pervers », « méchants », « moqueurs », « sots », tous ces termes désignant la même catégorie des ennemis de Yahvé) a toujours été pour les Israélites une tentation, cf. 24.1, 19 ; Ps 73, en attendant de devenir un scandale, Jr 12.1 ; Jb 21.7, etc.


35 p) « comble » merôm conj. ; « élevant » merim hébr.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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