La lecture d'aujourd'hui nous ramène une fois encore à Lazare, que Jésus a ressuscité. Tout en restant dans l'ombre, il prend néanmoins part à des événements tels que...
La lecture d'aujourd'hui nous ramène une fois encore à Lazare, que Jésus a ressuscité. Tout en restant dans l'ombre, il prend néanmoins part à des événements tels que l'onction de Jésus (v. 1-11) et l'entrée du Seigneur à Jérusalem (v. 12-19). Au début du récit, nous rencontrons Lazare dans la maison où se déroulent les événements (v. 1-2), et sa présence attire l'attention de beaucoup sur ce qui se passe, alors qu'autrement ils n'auraient peut-être rien remarqué (v. 9). Même l'accueil triomphal de Jésus dans les rues de Jérusalem était, selon le témoignage de l'évangéliste, lié dans une large mesure aux rumeurs qui s'étaient répandues dans la ville au sujet de l'homme qui était mort et qu'il avait ressuscité (v. 17-18).
Une telle attention à Lazare et à tout ce qui touche au miracle de sa résurrection par Jésus n'est évidemment pas fortuite. Pour la plupart des Juifs croyants, la résurrection des morts était précisément le signe de la venue du jour du Jugement et du Royaume messianique. Et celui qui était capable d'accomplir de tels miracles était naturellement regardé comme le Messie attendu depuis longtemps. Jésus lui-même, qui cachait auparavant sa messianité et ne révélait le mystère de son ministère qu'à quelques-uns, témoigne maintenant ouvertement de sa mission: il accepte les acclamations du peuple réuni dans les rues de la ville, qui l'accueille comme le Messie (v. 12-15). En effet, après une manifestation de la puissance du Royaume si évidente pour tous, il aurait déjà été absolument impossible de continuer à cacher sa messianité. D'un autre côté, Jésus n'avait désormais que très peu de temps avant l'achèvement de son ministère terrestre; il pouvait donc ne plus craindre d'être entraîné dans des jeux religieux et politiques et fait chef d'une nouvelle insurrection messianique.
Mais même des témoignages si manifestes n'ont apparemment pas convaincu tout le monde. Ni les dirigeants du Temple (v. 10-11), ni la plupart des chefs du mouvement pharisien (v. 19) n'ont changé d'avis sur Jésus. Pourtant, leur position ne pouvait guère être déterminée par quelque témoignage ou argument que ce fût. S'il avait été question d'arguments, on aurait difficilement pu en trouver un plus puissant que Lazare vivant, ressuscité par Jésus sous les yeux d'une multitude de témoins. Mais à en juger par le récit de l'évangéliste, l'unique réponse des milieux sacerdotaux à cet argument fut le projet de tuer Lazare afin de se débarrasser de lui comme d'un témoignage vivant que Jésus avait raison.
Il ne s'agit manifestement plus de témoignages ni de discussion théologique, mais d'un jeu politique dont le résultat est connu d'avance. Ceux qui y jouent n'ont pas besoin du Royaume. Ils ont besoin d'une stabilité religieuse et politique dans la société qui, à leurs yeux, justifie tous les sacrifices. Et si, au début, il ne s'agissait que d'un seul homme (Jn 11:49-50), il s'agit maintenant d'au moins deux. Telle est la logique du pouvoir terrestre opposé au Royaume: ne voulant pas reconnaître l'évidence, il ne fait que multiplier les victimes en essayant de se débarrasser de quiconque peut devenir témoin du Royaume. C'est la logique des forces des ténèbres qui conduit le Sauveur à la croix.