Puisque l'Ange a ordonné à l'évangéliste Jean de cacher ce que les tonnerres avaient dit, il l'a caché — et nous ne savons pas ce qu'ils ont dit. Il faut supposer que l'Ange avait ses raisons pour cela...
Puisque l'Ange a ordonné à l'évangéliste Jean de cacher ce que les tonnerres avaient dit, il l'a caché — et nous ne savons pas ce qu'ils ont dit. Il faut supposer que l'Ange avait ses raisons pour cela…
Il s'agit probablement de ceci : les tonnerres et l'Ange ont annoncé à l'évangéliste les mystères à venir, en parlant de ce que sera le monde après la victoire de l'Agneau. Selon les interprétations, dans la voix des tonnerres, il a été révélé à l'évangéliste quelque chose d'incompréhensible, qui ne peut être transmis ni expliqué par le langage humain ; il convient de noter que l'apôtre Paul s'est exprimé de manière similaire au sujet des mystères célestes, parlant de « paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer » ( 12:4).
Parler de ce qui est incommunicable est inutile — à quoi bon les mots, quand ils sont impuissants ? De plus, dans les années 90 du Ier siècle, lorsque l'évangéliste écrivait l'Apocalypse, le danger du gnosticisme était déjà clairement visible, dont les adeptes s'adonnaient à de vains discours sur les mystères insondables de l'univers au lieu de suivre le Christ. C'est probablement ainsi que peut s'expliquer l'ordre de l'Ange de ne pas consigner par écrit les paroles des sept tonnerres. L'Ange lui-même, au sixième verset, parle de la différence principale et la plus frappante entre le monde transfiguré par la victoire de l'Agneau de Dieu et ce qui est accessible à notre expérience : « il n'y aura plus de temps », dit-il. Comment un homme, vivant dans le temps, peut-il comprendre et décrire un monde qui vit hors du temps ? Et les paroles des tonnerres se rapportaient vraisemblablement précisément à cela…
Quoi qu'il en soit, l'évangéliste consigne son expérience spirituelle, bien plus profonde et puissante que celle de la plupart d'entre nous. Il n'est pas surprenant que, dans son expérience, il y ait des choses qui ne soient pas destinées à tous ses lecteurs. Lorsque l'Église a inclus son livre dans les Saintes Écritures, l'argument en faveur de cela fut, premièrement, l'authenticité de cette expérience, deuxièmement — sa pureté, et troisièmement, le sens principal et direct du livre — l'annonce de la victoire à venir du Royaume de Christ dans toute la création.
2 p) C’est-à-dire au plus haut des cieux.
6 q) Ou « ce qu’on entend dire de moi ».
7 r) Peut-être une maladie à accès sévères et imprévisibles ; peut-être la résistance d’Israël, les frères de Paul selon la chair, à la foi chrétienne.
7 s) Om. « pour que je ne m’enorgueillisse pas ». — On peut aussi rattacher le début du v. 7 au v. 6 « ... de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire, en raison même de l’excellence de ces révélations. Voilà pourquoi, afin que je ne m’enorgueillisse pas... » La phrase est embarrassée et le texte n’est pas critiquement sûr.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.