Poursuivant son propos sur le témoignage et sur les fruits qu'il porte, Paul recourt à l'image de la nouvelle alliance...
Poursuivant son propos sur le témoignage et sur les fruits qu'il porte, Paul recourt à l'image de la nouvelle alliance (« testament »), apparue pour la première fois chez Jérémie (Jr 31:31–34). C'est à elle qu'était liée la représentation d'une Torah intérieure, qui se répandit largement par la suite dans le milieu rabbinique. En un certain sens, elle était opposée à la Torah extérieure, selon la parole du prophète, « gravée sur la pierre », comme étant « déposée au dedans » et « écrite dans le coeur » (Jr 31:33). Et l'apôtre, suivant la tradition, parle de l'ancienne Torah, « gravée sur des pierres », en l'opposant à la « Torah de l'Esprit » comme à une Torah qui conduit au Royaume (v. 7–8).
Paul n'oublie pas pour autant la dualité de la Torah dont il parle dans sa lettre à l'Église de Rome. La lettre de la Torah tue, son souffle (« esprit ») donne la vie (v. 6). Il ne s'agit pas ici de quelque interprétation « spirituelle » particulière des commandements connus de tous. Il s'agit du côté par lequel la Torah se tourne vers l'homme. Si l'on suit la « lettre », si l'on tente simplement d'accomplir tous les commandements et toutes les prescriptions contenues dans le texte de la Torah, et de les accomplir consciencieusement, sans tenir compte de sa propre faiblesse, la Torah, comme le dit l'apôtre dans la lettre aux chrétiens de Rome, tuera tout simplement l'homme : car l'homme déchu ne peut se débarrasser du péché, et la Torah ne lui permettra pas de vivre dans le péché. Mais la Torah n'est pas seulement une norme à suivre (« lettre »), elle est aussi une révélation vivante, elle donne la possibilité de sentir le souffle (« esprit ») de Dieu, le souffle du Royaume, devenant pour celui qui la suit une source de vie. Mais il n'est devenu possible de ressentir pleinement ce souffle de vie qu'après la venue du Sauveur, quand le Royaume, selon Sa propre parole, s'est « approché » de l'homme.
Au temps de Moïse, lorsque le Royaume ne se révélait encore que de loin, son souffle était presque imperceptible, et la Torah devenait donc bien davantage un moyen de s'opposer au péché qu'une forme de participation à la plénitude de la vie. Voilà pourquoi Paul parle de l'observance de la Torah aux temps préchrétiens comme d'un service des « lettres mortifères » et d'un « ministère de condamnation », n'y voyant que la préfiguration de cette observance de la Torah dans sa plénitude, devenue possible seulement après la venue du Christ dans Son Royaume (v. 7–11). L'histoire de la Torah devient pour l'apôtre l'histoire du Royaume, et toute l'expérience de son observance depuis le temps de Moïse, il la considère comme la préfiguration de cette vie dans le Royaume qui s'est ouverte à ceux qui cherchent la justice après la venue du Sauveur dans le monde. Et l'Église de Corinthe apparaît pour Paul comme l'exemple d'une telle vie, le fruit de ce témoignage auquel l'apôtre avait un rapport tout à fait direct (v. 1–3).
6 z) L’importance que les judaïsants accordaient à la loi avait pour conséquence l’idée d’une nouvelle alliance selon la lettre, que Paul ne pouvait accepter. Comme il ne pouvait rejeter l’idée d’une nouvelle alliance, 1 Co 11.25, il était contraint de faire une distinction entre la lettre et l’esprit pour cette nouvelle alliance.
6 a) Cf. Rm 7.7. Il s’agit de la « lettre », loi écrite, extérieure, de l’AT, comparée à l’Esprit, loi intérieure du NT ; et non de l’opposition entre la « lettre » d’un texte et son « esprit ».
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.