En se préparant à quitter ce monde, Jésus prie pour ceux qui restent. Cela se comprend: le christianisme est inséparable de la personne même du Christ. Le christianisme n'est pas une nouvelle religion, ni une nouvelle théologie, ni une nouvelle morale; il...
En se préparant à quitter ce monde, Jésus prie pour ceux qui restent. Cela se comprend: le christianisme est inséparable de la personne même du Christ. Le christianisme n'est pas une nouvelle religion, ni une nouvelle théologie, ni une nouvelle morale; il est une vie nouvelle. C'est de cette vie que Jésus parle, et c'est précisément elle qu'il a ouverte à ceux qui sont devenus ses disciples. Car le christianisme est bien l'état de disciple du Christ: on appela autrefois chrétiens (c'est-à-dire messianistes) seulement certains de ses disciples dans une ville précise, et ce n'est que plus tard que tous ses disciples adoptèrent ce nom.
Pourtant, le christianisme est un apprentissage tout à fait particulier. Habituellement, le maître enseigne aux disciples un métier, des techniques, des pratiques, quelque chose qui, une fois la formation terminée, peut devenir une propriété inaliénable du disciple. Cela vaut pour tout apprentissage, depuis l'acquisition d'un métier auprès d'un artisan expérimenté jusqu'à l'enseignement des pratiques spirituelles et ascétiques auprès des maîtres de ces pratiques. Avec le Christ, tout est différent. Jésus, en priant, dit qu'il a révélé à ses disciples le nom du Père.
L'essentiel, cependant, est ailleurs: dans la vie à laquelle il les a rendus participants. Du reste, l'un ne va pas sans l'autre, car chez les yahvistes croyants le saint nom de Dieu a toujours été lié à la théophanie et à la communion avec Dieu. Connaître le nom sacré signifiait connaître Dieu lui-même dans la dynamique des relations vécues avec lui. Et devenir le nom incarné signifiait devenir homme de Dieu absolument, jusqu'au bout, dans la mesure où la nature humaine le permet.
Jusqu'au bout et dans toute sa plénitude, cela n'a réussi dans l'histoire de l'humanité qu'à un seul, Jésus, car il était dès le commencement libre du péché. Pour nous, tout le reste de l'humanité, il ne reste qu'une chose: participer à sa vie, à cette vie du Royaume qu'il a apportée dans notre monde séparé de Dieu par le mur de notre péché. L'apprentissage, ici, ne consiste pas à acquérir auprès de lui des compétences, des techniques ou des pratiques, même spirituelles ou ascétiques, mais à apprendre une vie nouvelle. Acquérir une qualité nouvelle de notre propre vie, car la vie nouvelle ne devient réelle pour nous que lorsqu'elle devient nôtre. Apprendre à demeurer dans la vie nouvellement reçue, à la garder, à la garder comme un état, car cette vie nouvelle ne pourra pas devenir notre propriété, même acquise, du moins à l'étape terrestre de notre chemin. Et alors seulement, si nous parvenons à résoudre cette tâche minimale, nous pourrons nous appeler de vrais disciples de notre Maître, des disciples pour qui le Royaume et sa vie ne sont pas de simples mots.