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Lecture en trois ans pour le 14 février 2017

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 1,  vers 25-56

I. Naissance et vie cachée de Jean-Baptiste et de Jésus> 5 Annonce de la naissance de Jean-Baptiste., 26 L’Annonciation., 39 La Visitation., 46 Le cantique de Marie.
25 « Voilà donc, disait-elle, ce qu’a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d’enlever mon opprobre parmi les hommes ! »
26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth,
27 à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.
28 Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »
29 À cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.
30 Et l’ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31 Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus.
32 Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;
33 il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. »
34 Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? »
35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
36 Et voici qu’Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ;
37 car rien n’est impossible à Dieu. »
38 Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » Et l’ange la quitta.
39 En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.
40 Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.
41 Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint.
42 Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !
43 Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?
44 Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein.
45 Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »
46 Marie dit alors :« Mon âme exalte le Seigneur,
47 et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
48 parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante.
Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Saint est son nom,
50 et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras,
il a dispersé les hommes au cœur superbe.
52 Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur,
se souvenant de sa miséricorde
,
55 — selon qu’il l’avait annoncé à nos pères —
en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais ! »
56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

25 p) La stérilité était tenue pour un déshonneur, Gn 30.23 ; 1 S 1.5-8, et même pour un châtiment, 2 S 6.23 ; Os 9.11.


26 q) La représentation de cet événement s’inspire de plusieurs passages de l’AT, notamment de l’apparition de l’ange à Gédéon, Jg 6.11-24 (comparer l’annonce de la naissance de Samson Jg 13.2-7). La dignité de l’enfant est évoquée par des allusions aux promesses de l’AT, surtout à celles faites à David et à sa lignée, 2 S 7.1 ss.


26 r) À dater de la conception de Jean.


28 s) « Réjouis-toi » plutôt que « Salut ». Appel à la joie messianique, écho de celui des prophètes à la Fille de Sion, et motivé comme lui par la venue de Dieu parmi son peuple ; cf. Isa 12.6 ; So 3.14-15 ; Jl 2.21-27 ; Za 2.14 ; 9.9. ­ « comblée de grâce », litt. « toi qui as été et demeures remplie de la faveur divine ». ­ Add. « Tu es bénie entre les femmes », par influence de 1.42.


33 t) Les paroles de l’ange s’inspirent de plusieurs passages messianiques de l’AT.


34 u) La « vierge » Marie n’est que « fiancée » (v. 27) et n’a pas de relations conjugales (sens sémitique de « connaître », cf. Gn 4.1, etc.). Ce fait, qui semble s’opposer à l’annonce des vv. 31-33, amène l’explication du v. 35. Rien dans le texte n’impose l’idée d’un vœu de virginité.


35 v) L’expression évoque, soit la nuée lumineuse, signe de la présence de Yahvé, cf. Ex 13.22 ; 19.16 ; 24.16, soit les ailes de l’oiseau qui symbolise la puissance protectrice, Ps 17.8 ; 57.2 ; 140.8, et créatrice, Gn 1.2, de Dieu. Comparer 9.34. Dans la conception de Jésus tout vient de la puissance de l’Esprit Saint.


39 w) Aujourd’hui identifiée de préférence avec Aïn Karim, à 6 km à l’ouest de Jérusalem.


43 x) Titre divin de Jésus ressuscité, Ac 2.36, Ph 2.11, que Luc lui accorde dès sa vie terrestre, plus souvent que Mt Mc :7.13 ; 10.1, 39, 41 ; 11.39, etc.


45 y) De Dieu. — Ou « Et bienheureuse toi qui as cru, car il y aura accomplissement de ce qui t’a été promis de la part du Seigneur. »


46 z) « Marie » et non « Élisabeth », var. sans appui suffisant. — Le cantique de Marie s’inspire du cantique d’Anne, 1 S 2.1-10, et de beaucoup d’autres passages de l’AT. Outre les principaux rapprochements littéraires soulignés par les références marginales, on remarquera les deux grands thèmes : 1° des pauvres et petits secourus au détriment des riches et puissants, So 2.3, cf. Mt 5.3 ; 2° d’Israël objet de la faveur de Dieu, cf. Dt 7.6, etc., depuis la promesse faite à Abraham, Gn 15.1 ; 17.1. Luc a dû trouver ce cantique dans le milieu des « pauvres », où il était peut-être attribué à la Fille de Sion ; il a jugé convenable de le mettre sur les lèvres de Marie, en l’insérant dans son récit en prose.


56 a) Marie demeura probablement auprès d’Élisabeth jusqu’à la naissance et la circoncision de Jean. Luc épuise son sujet avant de passer à un autre. Cf. 1.64-67 ; 3.19-20 ; 8.37-38.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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