Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 20 décembre 2002

La Bible de Jérusalem (fr)

Michée, Chapitre 6

III. Nouveau procès d’Israël> 1 REPROCHES ET MENACES, 1 Yahvé fait le procès de son peuple., 9 Contre les fraudeurs dans la cité., 16 L’exemple de Samarie.
Écoutez donc ce que dit Yahvé :
« Debout ! Entre en procès avec les montagnes
et que les collines entendent ta voix ! »
Écoutez, montagnes, le procès de Yahvé,
et vous, inébranlables fondements de la terre,
car Yahvé est en procès avec son peuple,
il plaide contre Israël :
« Mon peuple, que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je fatigué ? Réponds-moi.
Car je t’ai fait monter du pays d’Égypte,
je t’ai racheté de la maison de servitude ;
j’ai envoyé devant toi Moïse,
Aaron et Miryam.
Mon peuple, souviens-toi donc :
quel était le projet de Balaq, roi de Moab ?
Que lui répondit Balaam, fils de Béor ?
depuis Shittim jusqu’à Gilgal,
pour que tu connaisses les justes œuvres de Yahvé. »
— « Avec quoi me présenterai-je devant Yahvé,
me prosternerai-je devant le Dieu de là-haut ?
Me présenterai-je avec des holocaustes,
avec des veaux d’un an ?
Prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers,
à des libations d’huile par torrents ?
Faudra-t-il que j’offre mon aîné pour prix de mon crime,
le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ? »
« On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien,
ce que Yahvé réclame de toi :
rien d’autre que d’accomplir la justice,
d’aimer la bonté
et de t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »
C’est la voix de Yahvé ! Il crie à la ville :
— ton nom verra le succès.
Écoutez, tribu et assemblée
10 de la ville.
Puis-je supporter une mesure fausse,
— des trésors iniques —
un boisseau diminué, abominable ?
11 Puis-je tenir quitte pour des balances fausses,
une bourse de poids truqués ?
12 Elle dont les riches sont pleins de violence
et dont les habitants profèrent le mensonge.
Leur langue est tromperie dans leur bouche.
13 Alors moi, je t’ai rendu malade en te frappant,
en dévastant à cause de tes péchés.
14 Toi, tu mangeras, mais tu ne pourras pas te rassasier,
— et l’on t’abaissera —
chez toi, tu mettras de côté, mais sans rien pouvoir garder ;
— ce que tu garderas, je le livrerai à l’épée.
15 Tu sèmeras, mais tu ne pourras faire la moisson ;
tu presseras l’olive, mais tu ne pourras t’oindre d’huile,
le moût, mais tu ne pourras boire de vin.
16 Tu observes les lois d’Omri,
toutes les pratiques de la maison d’Achab.
Vous vous conduisez selon leurs principes,
pour que je fasse de toi un objet de stupeur,
de tes habitants une dérision,
et que vous portiez l’opprobre des peuples.
Lire la suite:Michée, Chapitre 7
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 x) Au réquisitoire de Yahvé rappelant ses bienfaits, vv. 3-5, font suite une interrogation du fidèle repentant sur les exigences de son Dieu, vv. 6-7, et une réponse du prophète, v. 8.


1 y) Les montagnes, lieux par excellence des rencontres de Dieu avec son peuple (Sinaï, Nébo, Ébal et Garizim, Sion, Carmel, etc.) et témoins immuables, sont fréquemment personnifiées, Gn 49.26 ; 2 S 1.21 ; Ez 35-36 ; Ps 68.16-17, etc.


4 z) Assonance entre « je t’ai fatigué » (hele’etîka) et « je t’ai fait monter (he`elitîka) — Au peuple qui se plaint d’être abandonné par Dieu, Yahvé va rappeler ses bienfaits passés. Ce texte a été repris dans les « Impropères » du Vendredi saint.


5 a) L’hébr. semble avoir ici une lacune (« du passage » depuis Shittim ?) — Les « justes œuvres » de Yahvé sont les hauts faits de l’Histoire sainte, par lesquels Yahvé a tenu ses engagements d’allié. Comme l’Alliance elle-même vient de l’initiative divine, cette « justice » est pure grâce.


7 b) À la plainte de Yahvé à son peuple, c’est le fidèle qui répond, ce qui marque bien l’aspect personnel de la religion pour le prophète. Le fidèle propose des sacrifices, légitimes ou non ; le prophète va les refuser, v. 8, pour leur substituer une religion spirituelle, marquée par les exigences que déjà « on a fait savoir » à l’homme la justice (Amos), la bonté (Osée), l’humilité devant Dieu (Isaïe).


8 c) On traduit aussi « à marcher humblement » (cf. Pr 11.8) ; mais ce verbe hapax signifie plutôt « s’appliquer à », « s’astreindre à », comme l’ont compris les versions.


9 d) Glose interprétée par les versions « c’est sagesse de craindre ton nom ».


10 e) « assemblée de la ville » ûmo`ed ha`îr corr. ; « et qui l’a déterminé encore » ûmî ye`adah `od hébr.


10 f) « puis-je supporter » ha’eshshe bat rasha` corr. ; « l’homme, la maison du méchant » ha’îsh beit rasha` hébr. — 10c est une relecture.


11 g) « Puis-je tenir quitte » ha’azakkeh corr. ; « serai-je quitte » ha’ezkeh hébr.


13 h) « je t’ai rendu malade » hehelêtî hébr. ; « j’ai commencé » hahillôtî versions.


14 i) Addition postérieure à l’Exil ; de même 14d.


16 j) Littéralement « tu gardes » versions ; « il se garde » hébr.


16 k) « tes habitants » corr. ; « ses habitants » hébr. — « des peuples » grec, Ez 36.15 ; « de mon peuple » hébr., correction anti-samaritaine. — Les « pratiques » et les « principes » que dénonce le prophète sont peut-être le culte de Baal, mais plus probablement le luxe des grands et l’injustice sociale.


Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.

Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.

Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.

Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.

L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.

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