À l'époque du Second Temple, après l'exil babylonien, de brèves définitions en une ou deux phrases de l'essence de la Torah étaient populaires dans les cercles des théologiens juifs...
À l'époque du Second Temple, après l'exil babylonien, de brèves définitions en une ou deux phrases de l'essence de la Torah étaient populaires dans les cercles des théologiens juifs. Mais, comme on le voit, cette tradition rabbinique postexilique plonge ses racines dans la tradition prophétique, antérieure à l'exil.
Michée donne lui aussi une telle définition en distinguant l'essentiel dans la Torah : un jugement juste, l'amour de la miséricorde, c'est bien ainsi dans le texte hébreu, et la modestie ou retenue devant Dieu, ce que la traduction synodale appelle « humilité d'esprit ». On pourrait croire qu'une telle définition ne peut être universelle : tous ne sont pas juges, et il ne revient pas à chacun de rendre des décisions judiciaires. Mais le prophète parle du jugement en un sens plus large.
La Torah est donnée à l'homme non pour juger son prochain, mais pour qu'il puisse l'utiliser comme instrument lorsqu'il prend une décision conforme à la volonté de Dieu dans la situation concrète où il lui revient de la prendre. Or, dans une situation concrète, chacun devient pour lui-même juge : chacun doit évaluer la situation elle-même, les actes de tous ceux qui y sont liés, et son propre choix. Le choix juste devient ainsi le fondement des fondements lorsqu'il s'agit d'observer la Torah. Mais le choix juste n'est possible que si l'homme est dès le départ orienté vers la miséricorde, ce que le prophète appelle l'amour de la miséricorde.
Une telle orientation, comme on le voit, n'était nullement une particularité exclusive de la révélation néotestamentaire. Il est vrai que dans le Royaume, sans une telle orientation spirituelle, il est tout simplement impossible d'exister. Mais avant même la venue du Christ dans le monde, prophètes et justes savaient que sans miséricorde l'observance de la Torah est impossible. En effet, la Torah suppose la présomption d'innocence, non seulement juridique, mais aussi spirituelle et morale, et elle la suppose dans un monde d'hommes déchus qui, par définition, ne peuvent agir selon les commandements donnés par Dieu sans efforts particuliers et délibérés.
Pour ne pas condamner d'avance de tels hommes dans un tel monde, pour ne pas supposer dès le début les pires intentions dans leurs actions et leurs actes, il faut la miséricorde, il faut être prêt à donner à chacun une chance de se montrer meilleur qu'il ne se révélera très probablement en raison de sa nature déchue. Et être prêt à observer les commandements de Dieu même envers celui qui, très probablement, ne pourra pas les observer, et peut-être ne le voudra pas. Mais la miséricorde est aussi peu propre à l'homme déchu que la justice. L'une et l'autre ne peuvent être acquises qu'en manifestant cette retenue devant Dieu dont parle le prophète.
Il ne s'agit évidemment pas d'avoir honte de Dieu. Il s'agit du fait que l'homme qui désire acquérir la justice et la miséricorde doit marcher derrière Dieu, et non courir devant Lui en s'écartant périodiquement du chemin, comme court parfois devant son maître, dans la forêt, un jeune chien. Car ce n'est qu'en suivant Dieu que l'on peut recevoir de Lui les forces et les possibilités qui font du juste un juste et donnent à celui qui veut suivre la Torah la force de réaliser son intention.
1 x) Au réquisitoire de Yahvé rappelant ses bienfaits, vv. 3-5, font suite une interrogation du fidèle repentant sur les exigences de son Dieu, vv. 6-7, et une réponse du prophète, v. 8.
1 y) Les montagnes, lieux par excellence des rencontres de Dieu avec son peuple (Sinaï, Nébo, Ébal et Garizim, Sion, Carmel, etc.) et témoins immuables, sont fréquemment personnifiées, Gn 49.26 ; 2 S 1.21 ; Ez 35-36 ; Ps 68.16-17, etc.
4 z) Assonance entre « je t’ai fatigué » (hele’etîka) et « je t’ai fait monter (he`elitîka) — Au peuple qui se plaint d’être abandonné par Dieu, Yahvé va rappeler ses bienfaits passés. Ce texte a été repris dans les « Impropères » du Vendredi saint.
5 a) L’hébr. semble avoir ici une lacune (« du passage » depuis Shittim ?) — Les « justes œuvres » de Yahvé sont les hauts faits de l’Histoire sainte, par lesquels Yahvé a tenu ses engagements d’allié. Comme l’Alliance elle-même vient de l’initiative divine, cette « justice » est pure grâce.
7 b) À la plainte de Yahvé à son peuple, c’est le fidèle qui répond, ce qui marque bien l’aspect personnel de la religion pour le prophète. Le fidèle propose des sacrifices, légitimes ou non ; le prophète va les refuser, v. 8, pour leur substituer une religion spirituelle, marquée par les exigences que déjà « on a fait savoir » à l’homme la justice (Amos), la bonté (Osée), l’humilité devant Dieu (Isaïe).
8 c) On traduit aussi « à marcher humblement » (cf. Pr 11.8) ; mais ce verbe hapax signifie plutôt « s’appliquer à », « s’astreindre à », comme l’ont compris les versions.
9 d) Glose interprétée par les versions « c’est sagesse de craindre ton nom ».
10 e) « assemblée de la ville » ûmo`ed ha`îr corr. ; « et qui l’a déterminé encore » ûmî ye`adah `od hébr.
10 f) « puis-je supporter » ha’eshshe bat rasha` corr. ; « l’homme, la maison du méchant » ha’îsh beit rasha` hébr. — 10c est une relecture.
11 g) « Puis-je tenir quitte » ha’azakkeh corr. ; « serai-je quitte » ha’ezkeh hébr.
13 h) « je t’ai rendu malade » hehelêtî hébr. ; « j’ai commencé » hahillôtî versions.
14 i) Addition postérieure à l’Exil ; de même 14d.
16 j) Littéralement « tu gardes » versions ; « il se garde » hébr.
16 k) « tes habitants » corr. ; « ses habitants » hébr. — « des peuples » grec, Ez 36.15 ; « de mon peuple » hébr., correction anti-samaritaine. — Les « pratiques » et les « principes » que dénonce le prophète sont peut-être le culte de Baal, mais plus probablement le luxe des grands et l’injustice sociale.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.