46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
« Il ressemble à un homme qui bâtit une maison, qui a creusé profondément et posé les fondations sur le roc… » C’est ainsi que le Seigneur parle de celui qui « écoute et met en pratique ». Car c’est réellement beaucoup : écouter et mettre en pratique. Il nous semble parfois impossible de tout accomplir en respectant pleinement l’esprit des paroles : ce n’est que ce vers quoi nous tendons, ce que nous essayons d’atteindre de toute notre âme, de toute notre vie, sans jamais y parvenir pleinement. En écoutant le Seigneur et en comprenant combien il est difficile d’accomplir ce qu’Il commande, même les disciples demandent : « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19,25). Et pourtant, seul celui qui écoute et met en pratique bâtit sa maison sur le roc, et il y a même davantage.
Si nous regardons attentivement cette image de la maison, nous comprendrons qu’en réalité, « écouter et mettre en pratique » n’est rien d’autre que les fondations. Seules les fondations distinguent les deux maisons : ni leur architecture, ni leur décoration intérieure, ni même ceux qui les habitent ou la façon dont ils vivent, mais uniquement leur base. Ainsi, ce qui nous paraît une tâche si immense qu’elle occupe parfois toutes nos pensées, toute notre vie, n’est que les fondations. « Écouter et mettre en pratique » n’est que la base sur laquelle pourra ensuite s’élever un bâtiment où se déroulera une vie. Or pensons-nous beaucoup aux fondations d’une maison ? Elles passent inaperçues : si tout va bien, nous n’y prêtons pas attention. Ce qui compte pour nous, c’est la vie qui se déroule à l’intérieur, c’est d’elle que nous vivons ; pourtant, malgré leur discrétion, elles seules permettent à notre maison de tenir debout et à nous d’y vivre.
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
Pour comprendre justement les paroles du Sauveur, il est important d'imaginer comment on construisait les maisons en Judée, et dans toute la Palestine, aux temps évangéliques. Le sol de la plus grande partie de la Palestine est pierreux ; il n'y avait pas besoin des fondations puissantes nécessaires sur des sols argileux ou sablonneux. Il suffisait de dégager la couche supérieure d'alluvions, généralement assez mince, pour atteindre la pierre. Ensuite on posait une fondation très simple, dont la base était formée de grosses pierres d'angle, les pierres angulaires. Mais enlever la couche supérieure était absolument nécessaire, sans quoi, en hiver, pendant la saison des pluies, lorsque des torrents descendent des montagnes vers les vallées, la maison aurait presque certainement « glissé ».
Le Sauveur compare manifestement la vie spirituelle à une maison qu'il n'est sensé de bâtir que sur le roc, après l'avoir préalablement débarrassé de tout ce qui peut gêner la construction. L'image de la maison bâtie sur le roc devait rappeler aux auditeurs qu'écouter et entendre ne sont pas la même chose. Celui qui a entendu passera nécessairement des paroles aux actes, mettant en pratique ce qu'il a entendu. Mais il y aura évidemment aussi ceux qui, après avoir tout écouté, ne voudront rien changer dans leur vie.
Ce n'est pas étonnant : dans la vie spirituelle, le rôle principal n'appartient ni à l'intelligence ni au sentiment, mais à la volonté. C'est par les actes de volonté que se manifeste le « moi » spirituel de l'homme, qui constitue le centre de la personne humaine. Mais souvent l'homme lui-même ne s'en rend pas compte, du moins dans la vie pratique. Et il vit sans comprendre ni les causes véritables ni la véritable portée de ses décisions et de ses actes.
Une telle vie spirituelle inconsciente ressemble vraiment à une maison bâtie sur le sable : les actes de volonté qui déterminent la vie spirituelle de l'homme restent pour la plupart non réfléchis, souvent même inaperçus, de sorte que l'homme, spirituellement, et parfois pas seulement spirituellement, vit littéralement sans savoir comment.
Toute pensée surgie soudain dans l'esprit et tout sentiment ayant saisi le cœur peuvent conduire à des décisions et à des actes totalement inattendus pour l'homme lui-même, qu'il ne peut souvent ni comprendre ni expliquer. Seule la pleine conscience de chaque choix fait et de chaque décision prise rend la vie spirituelle de l'homme, comme sa vie en général, intérieurement entière et cohérente. Alors chacun de ses actes procède de la profondeur de son « moi » spirituel. Sa vie spirituelle se trouve fondée non sur le sable mouvant de pensées et de sentiments fortuits, mais sur le roc d'un choix conscient.
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
Lorsque le Seigneur nous dit qu'il est inutile de L'invoquer sans accomplir ce qu'Il dit, lorsqu'Il nous dit que chacun se reconnaît aux fruits qu'il porte, c'est toute Sa rigueur qui s'exprime. Nous n'y sommes pas habitués : pour nous, l'essentiel est souvent que quelqu'un soit une bonne personne, et nous sommes facilement prêts à lui pardonner d'être malchanceux et de n'avoir rien accompli de particulier. C'est même plutôt l'inverse : si quelqu'un n'est pas très bon, ses véritables mérites nous irritent parfois et nous paraissent déplacés. Pourtant, nous devons accueillir avec joie une telle rigueur du Seigneur, car elle nous donne l'assurance que, si nous suivons ces paroles, nous sommes solides comme le roc et que rien ne peut nous ébranler.
Mais même cela n'est pas l'essentiel. L'essentiel est dans notre amour. L'amour est un sentiment d'une puissance créatrice étonnante. Souvenez-vous de votre amour passionné pour une personne. Il semble que vous pourriez faire trois fois le tour du monde pour trouver ce dont l'être aimé a besoin. Notre amour pour Dieu devrait être pareil. Nous devrions brûler du désir de tout faire pour Lui, de tout faire comme Il le veut, comme Il l'ordonne. Si ce sentiment, semblable à un amour passionné, est présent et si nous ne le laissons pas s'éteindre, nous sommes semblables à celui qui a bâti sa maison sur le roc.
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
Depuis de nombreux siècles déjà, la controverse sur ce qui est le plus important, la foi ou les œuvres, la théorie ou la pratique, sur ce qui est premier et ce qui est second, s'apaise puis se rallume. Et pourtant, l'Évangile permet de comprendre clairement qu'une religiosité formelle n'a pas de sens et sera rejetée par Dieu, et que les temples construits pour une prière qui n'est pas soutenue par des actes ni par l'observance des commandements sur l'amour réel, et non verbal, de Dieu et du prochain, s'écrouleront. Et pas seulement les temples: nous aussi, qui prions dans ces temples, nous nous révélerons inconsistants, comme les pharisiens, avec toute notre connaissance de l'interprétation du texte biblique et de la liturgie.
Ainsi, n'espérons pas en notre propre instruction, mais en ce que nos connaissances deviennent une rampe de lancement pour des actes vivants que, d'avance, nous ne sommes peut-être pas capables d'imaginer. Mais le Seigneur nous voit, et Il sait à quel moment et vers quel service nous orienter.
Pourvu seulement que nous discernions Sa volonté et que nous ne la rejetions pas.
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
Aujourd'hui, le Seigneur nous dit qu'il ne suffit pas de L'écouter et de L'appeler. Seule la mise en pratique de Ses paroles peut constituer un fondement solide pour la vie humaine. Mettre en pratique les paroles du Christ, c'est trouver le roc sur lequel on peut s'appuyer pour tenir bon. Si ce roc manque, il n'y a aucune chance de tenir.
C'est important, car ne pas mettre en pratique la parole de Dieu est en soi un péché. Par conséquent, moins l'être humain s'efforce de l'accomplir, moins il peut espérer sortir de son état de péché. À l'inverse, même un petit effort pour mettre en pratique les paroles du Christ offre un appui qui permet de résister au péché avec une force croissante.
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
Pour les anciens d’Israël bien disposés envers le centurion, il importe de souligner qu’il prend soin du peuple. Ce Romain aime le peuple d’Israël conquis par son État et a même construit une synagogue ; dans le contexte du comportement habituel des conquérants, cela ne pouvait manquer d’attirer l’attention. Mais si la construction de la synagogue est, aux yeux des anciens, un signe de bienveillance, elle s’est révélée pour le centurion une étape de sa recherche spirituelle intérieure.
Le centurion s’est-il jugé indigne uniquement parce qu’il connaissait les règles juives relatives à l’impureté et respectait les coutumes locales ? Et s’il ressentait son propre état de pécheur, et si sa demande à Jésus de ne pas entrer dans sa maison était semblable à celle de Pierre Lui demandant de s’éloigner de lui, « homme pécheur » ? Pour une raison ou une autre, la seconde hypothèse paraît juste, d’autant plus que Jésus, S’adressant au peuple, souligne que le centurion possède une foi telle qu’Il n’en a même pas trouvé en Israël.
Le païen dont le cœur avait été ouvert par la Loi qu’il venait de découvrir s’est montré plus prêt à accueillir Jésus que beaucoup de Juifs qui connaissaient la Loi depuis l’enfance. Mais ne nous élevons pas pour autant au-dessus des Juifs d’alors. Aujourd’hui encore, nous pouvons rencontrer aussi bien des nouveaux convertis ouverts au Christ que des chrétiens de longue date, habitués à posséder des trésors spirituels et qui, pour cette raison, les oublient.
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
Le récit de la guérison par Jésus du serviteur d'un centurion romain, officier commandant cent hommes, nous montre le Royaume sous un jour assez inattendu. Il est difficile de savoir quelles étaient les convictions religieuses du centurion évoqué, mais il respectait manifestement le peuple juif et faisait personnellement à Jésus une confiance entière, telle que, d'après les propres paroles du Sauveur, personne parmi le peuple de Dieu ne Lui en accordait. En revanche, on ne peut rien dire de certain à cet égard du serviteur, celui-là même qui avait besoin d'être guéri : l'évangéliste ne nous dit rien ni de sa religiosité ni de son attitude envers le peuple juif. Quant à sa confiance personnelle en Jésus, on ne peut même pas affirmer qu'il savait quoi que ce soit de Lui ou qu'il avait jamais entendu ce nom. Quoi qu'il en soit, dans l'état où se trouvait le serviteur lorsque son maître partit chercher Jésus, il n'était guère en mesure de réfléchir à Celui que le centurion était allé trouver.
Une seule chose est claire : le centurion aimait son serviteur autant qu'il faisait confiance à Jésus ; sans cela, il aurait difficilement déployé tant d'efforts pour aider le mourant. Cette confiance entière se manifestait notamment dans sa certitude que le Sauveur pouvait guérir son serviteur malade à distance, au point qu'il ne L'invita même pas chez lui : pourquoi donner une peine inutile à un tel Homme si l'on pouvait s'en dispenser ? Une telle certitude n'est évidemment possible que dans une confiance absolue.
Mais il s'agit bien de la confiance du centurion, non de celle de son serviteur. Celui-ci se trouvait au même moment ailleurs et, très probablement, ne pensait même pas à Jésus ; il n'est donc pas question d'une relation personnelle, ni de sa confiance ou de sa méfiance envers le Sauveur. Seuls l'amour de son maître pour lui et la confiance de ce même maître en Celui qui peut guérir le relient au Christ. Une telle relation indirecte aboutissant à une guérison paraît assez inhabituelle : en règle générale, les personnes guéries se trouvaient au moins à portée du regard de Jésus, sinon en contact direct avec Lui, et entraient avec Lui dans une relation immédiate d'amour et de confiance.
Mais le Royaume ne connaît manifestement aucune frontière, ni physique ni spirituelle : une relation indirecte y est aussi réelle et effective qu'une relation directe. Si un être humain est lié au Christ par une relation d'amour et de confiance, celle-ci aura nécessairement un effet sur les proches qui lui sont chers. Sans doute ne peut-il en être autrement : le Royaume est un espace d'amour unissant tous ses habitants, traversé par le souffle de Dieu, pour lequel les distances n'existent pas.
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
Quelle est donc cette foi que le Seigneur n’a pas trouvée en Israël, comme Il le dit à propos de la foi du centurion de Capharnaüm ? Premièrement, le centurion professe sa foi en la nature divine du Christ. Il ne s’attend pas à ce que le Maître de Nazareth accomplisse la guérison en touchant le serviteur malade ou par quelque autre moyen exigeant Sa présence personnelle. Selon ses propres paroles, le centurion croit que la seule volonté du Christ, exprimée par Sa parole, suffit pour guérir. Il professe ainsi Sa volonté comme une puissance créatrice agissant dans le monde au-delà des limites des lois physiques, des lois de la nature. De même que les cent hommes placés sous le commandement du centurion lui obéissent, le monde entier obéit au Christ. On peut penser ainsi au Dieu tout-puissant et omniprésent, Créateur du ciel et de la terre, ou à Celui que Dieu Lui-même a envoyé dans le monde. Deuxièmement, cette foi oblige le centurion à porter d’abord son regard sur lui-même. Il ne pense pas à Dieu comme à un moyen de résoudre tel ou tel problème, mais comme à une Personne devant Laquelle il se tiendra lorsque Jésus viendra chez lui. Voilà pourquoi il dit qu’il n’est pas digne de cette visite. Ces deux aspects de la foi du centurion font de lui pour nous un exemple à suivre.
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
11 Et il advint ensuite qu’il se rendit dans une ville appelée Naïn. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit : « Ne pleure pas. » |
14 Puis, s’approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent. Et il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. » |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. » |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d’alentour. |
Nous croyons tous que le Seigneur, qui a créé ce monde, possède un pouvoir absolu sur la nature. C'est aussi simple à imaginer qu'un officier commandant des soldats sur un terrain de parade: à son ordre, tous vont à droite; à un autre, à gauche!
Mais croyons-nous que le Seigneur puisse guérir un malade sous nos yeux, tout simplement: il dit un mot, et l'homme guérit? « Eh bien, dirons-nous, en théorie nous le croyons aussi... » Voyons-nous cette immense différence entre la foi théorique en la toute-puissance de Dieu et la foi en un miracle qui nous concerne directement? Dans l'esprit militaire du centurion romain, cet écart n'existait pas: sa foi n'était pas théorique, mais vivante, et le miracle eut lieu. Sans doute le Seigneur ne trouverait-il pas une telle foi non seulement en Israël...
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
11 Et il advint ensuite qu’il se rendit dans une ville appelée Naïn. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit : « Ne pleure pas. » |
14 Puis, s’approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent. Et il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. » |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. » |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d’alentour. |
Aujourd’hui, nous revenons à une notion aussi fondamentale que la foi. Dans la Bible, ce mot signifie le plus souvent non pas simplement le fait de tenir une information pour vraie, mais la capacité, au moment critique, de «s’agripper» à Dieu, de s’appuyer sur lui comme sur une colonne solide ou un rocher.
Le récit d’aujourd’hui sur l’officier romain qui demandait à Jésus de guérir son serviteur, et que le Christ donne en exemple à ses disciples, l’illustre bien. Lui, homme de guerre élevé dans la discipline militaire, est absolument certain que son ordre sera exécuté, tout comme il est lui-même prêt à exécuter l’ordre de son commandant. Dans ses relations avec Dieu, cette certitude ne repose pas sur la discipline et l’ordre militaire, où le soldat est puni de mort pour désobéissance, mais sur quelque chose de non moins fort: précisément la foi.
À proprement parler, lorsque l’Écriture parle de foi, il s’agit d’une foi plus forte même que la mort, si bien que les malades sont guéris et les morts ressuscitent.
1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. » |
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé. |
11 Et il advint ensuite qu’il se rendit dans une ville appelée Naïn. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit : « Ne pleure pas. » |
14 Puis, s’approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent. Et il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. » |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. » |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d’alentour. |
Les Évangiles sont remplis de récits de guérisons miraculeuses, et même de retours à la vie. Mais le récit de la guérison du serviteur d'un centurion romain occupe manifestement une place particulière chez Luc : il lui accorde même plus d'attention qu'au retour à la vie du fils de la veuve de Naïn, accompli par le Sauveur. Ne serait-ce pas parce qu'il s'agit d'un païen, d'un Romain, dont Jésus Lui-même a pourtant dit qu'Il n'avait pas vu une telle foi, même au sein du peuple juif ? Peut-être : Luc est l'évangéliste qui a écrit son Évangile pour les païens. Mais ce n'est sans doute pas la seule raison. Il y a aussi cette guérison quelque peu inhabituelle, à distance, pour ainsi dire.
À première vue, cela peut sembler étrange : pour la guérison, il importe que l'être humain participe au Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde. Or, ici, le malade ne voit même pas Jésus ; peut-être ne sait-il absolument rien de Lui. De quelle participation peut-il alors être question ? Pourtant, les choses ne sont apparemment pas si simples. En effet, qu'est-ce, au fond, que le christianisme ? La vie avec le Christ dans le Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Et qu'est-ce que le témoignage chrétien ? C'est ce Royaume que chacun de nous, chrétiens, emporte avec lui lorsqu'il va dans le monde.
Cela est évidemment possible si nous sommes dans le Royaume et s'il est en nous. Si son souffle demeure dans notre cœur. Et cela, à son tour, ne peut se produire sans une confiance totale et absolue en Jésus. Cette confiance personnelle sans laquelle il n'y a ni amour ni amitié intime. Mais si la confiance est là, le Royaume l'est aussi. Sa puissance et son souffle. Alors cette puissance et ce souffle peuvent agir même à distance : car, pour le Royaume, il n'existe pas de distances semblables à celles qui déterminent pour une large part la vie de notre monde.
Et le païen qui a fait confiance à Jésus, le centurion romain, est devenu partie prenante du Royaume et l'a emporté avec lui. Dans son cœur. Or, dans son cœur, il y avait non seulement Jésus, mais aussi son serviteur malade. Et ce serviteur s'est retrouvé dans le Royaume, peut-être de manière tout à fait inattendue pour lui, mais de façon parfaitement réelle. Et dans le Royaume, il n'y a pas de malades : tous y sont en bonne santé. C'est ainsi que la guérison se produit. Mais pas seulement la guérison : c'est ainsi que le Royaume entre dans le monde. Discrètement et sans manifestation extérieure perceptible, mais de façon absolument réelle. Sans s'appuyer sur aucune religion ni aucune tradition, mais seulement sur un cœur tourné vers le Christ.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
La lecture d'aujourd'hui est consacrée à l'un des thèmes centraux du Sermon sur la montagne : le jugement. Jésus, manifestement, relie directement la possibilité pour l'être humain de demeurer dans le Royaume à la manière dont il juge son prochain (v. 37–42). À première vue, une telle attitude envers autrui devrait exclure toute appréciation portée sur lui. Mais une lecture plus attentive montre que ce n'est pas tout à fait le cas. Car Jésus relie manifestement l'interdiction de juger au risque que celui qui juge se trompe au sujet de son prochain (v. 41–42).
On pourrait penser qu'une telle erreur n'a rien de terrible. Il en serait ainsi si nous ne donnions pas à nos jugements sur le prochain une valeur absolue. Ce n'est pas un hasard si Jésus compare nos appréciations au comportement d'un aveugle qui en guide un autre, tout aussi aveugle que lui (v. 39). Il ne s'agit pas ici de savoir qui est le plus pécheur. Le fait est que chacun de nos péchés, même s'il est réellement, face au péché de notre prochain, comme une paille face à une poutre, nous empêche à la fois de porter un regard lucide sur celui qui est à nos côtés et de l'aider. Les seules choses que nous puissions apprécier de manière plus ou moins juste sont les actes et les comportements concrets, que Jésus nous conseille de prendre pour repères (v. 43–44).
En un sens, on pourrait dire qu'en dehors du Royaume nous sommes tous également impuissants face au péché, et que, dans cet état de péché et d'impuissance, nous sommes égaux devant Dieu et les uns devant les autres. On peut certes tenter de nier l'évidence et commencer à compter ses propres péchés et ceux des autres ; mais alors Dieu comptera lui aussi nos péchés avec la même minutie que nous mettrons à compter ceux de notre prochain (v. 37). Il ne s'agit ni de tout pardonner ni d'une volonté de Dieu de nous « humilier ». Le fait est qu'une position nous donnant le droit moral de compter nos péchés et ceux d'autrui exclut d'emblée la possibilité de demeurer dans le Royaume. Car, dans le Royaume, chacun reçoit la vie dans toute sa plénitude, une plénitude qui exclut tout péché, même le plus infime : notre arithmétique morale terrestre y perd donc tout son sens. Et si cette arithmétique compte encore pour nous, c'est que nous ne sommes pas encore prêts à entrer dans le Royaume.
Mais un autre élément importe aussi pour demeurer dans le Royaume : le degré de notre ouverture au prochain. Car le Royaume n'est pas seulement un espace ; il est aussi une relation, ou plutôt tout un ensemble de relations des êtres humains avec Dieu et entre eux. Or les relations du Royaume supposent une ouverture inconditionnelle, la volonté de partager ce qui nous a été donné avec quiconque a besoin de ce que nous avons reçu. Et si nous décidons de ne partager qu'avec ceux que nous jugeons dignes, il n'y aura pas de place pour nous dans le Royaume. Car la plénitude du Royaume peut nous être donnée si nous sommes prêts à la partager avec chacun. Non pas avec chacun de ceux qui en sont dignes, mais avec chacun de ceux qui cherchent le Royaume et en ont soif.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
La parabole de la maison bâtie sur le roc conclut le sixième chapitre de l’Évangile selon Luc. Elle conclut aussi le Sermon sur la montagne, dans lequel Jésus explique ce qu’Il attend de Ses disciples et ce que signifie être « fils du Très-Haut ». Dans cette parabole, Il attire encore une fois notre attention sur l’importance non seulement d’écouter et d’accueillir les vérités évangéliques, mais aussi d’agir dans leur esprit.
Si, après avoir entendu les béatitudes, nous disons avec réserve : « Oui, c’est très sage et très beau », mais sans les incarner en aucune manière dans notre vie, nous ne serons pas Ses disciples. Notre christianisme restera seulement un système éthique, qui peut se briser sous l’assaut des épreuves. Mais si nous vivons réellement selon Ses commandements, si nous regardons le monde avec Ses yeux et accomplissons Sa volonté, ce sera un fondement que rien ne pourra plus ébranler.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
Comment comprendre la parabole du mauvais ou du bon arbre? Car tous les hommes, y compris nous-mêmes, portent parfois de bons fruits et parfois de mauvais fruits. Il apparaît qu’ici surgit encore la tentation de diviser les hommes, et soi-même, en bons et mauvais. (Et parfois il est même agréable de dire: «Oh, comme je suis mauvais!»; cela semblerait utile à l’humilité.) Mais ici encore nous jugeons, alors qu’il est dit: «Ne jugez pas.»
Il s’agit très probablement ici du fait que derrière nos actes se tient une orientation intérieure, spirituelle, qui dépend de nous. C’est pourquoi, pour ne pas être un mauvais arbre, il faut porter un bon fruit, et pour que les paroles du Seigneur nous soient profitables, il faut les accomplir. Voilà la tâche morale fondamentale du chrétien: faire le bien, et non juger. C’est le Christ qui jugera.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
En comparant le Sermon sur la montagne chez Matthieu et chez Luc, il apparaît clairement que Luc l'a présenté de manière généralement moins détaillée. Bien sûr, il est peu probable que l'un des évangélistes ait transmis mot pour mot les paroles de Jésus. À l'époque, on avait coutume de compiler les paroles des maîtres et des prédicateurs pour en faire des textes littéraires d'un genre particulier, et parfois des recueils entiers. Mais même en tenant compte de ce fait, il est évident que Luc a distingué dans la prédication de Jésus ce qu'il tenait pour principal. Pour l'évangéliste, le principal est l'absence de condamnation. « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés »: ce sont précisément ces paroles du Sauveur que Luc considère comme les plus importantes de tout le Sermon sur la montagne. Pourquoi celles-là? Chez Matthieu, par exemple, il existe beaucoup d'autres thèmes qui ne sont pas moins importants.
Pourtant, l'absence de condamnation peut réellement être considérée comme un critère de la qualité de la vie intérieure de l'homme. Il ne s'agit évidemment pas d'évaluer, mais précisément de condamner. Évaluer un acte concret d'une personne dans une situation donnée est tout à fait naturel. La condamnation est autre chose: il ne s'agit déjà plus de l'acte, mais de la personne elle-même. Un homme devient ainsi le juge d'un autre, alors que Dieu ne l'a nullement établi comme tel. Le chemin d'un homme, son aboutissement et leur évaluation sont la prérogative de Dieu et de Dieu seul. Même si quelqu'un se dirige manifestement tout droit vers l'étang de feu, Dieu seul peut le condamner à cet étang.
Tout homme peut seulement constater que le pécheur avance dans cette direction. Pourquoi donc prononçons-nous si facilement une sentence là où personne ne nous a donné le droit de le faire? Manifestement parce que nous ne voyons pas la situation comme Dieu la voit et que nous ne suivons pas les mêmes critères: non des critères absolus, mais relatifs. Nous ne voyons pas l'homme dans toute la plénitude de la vie que Dieu lui a donnée, mais seulement dans son état concret du moment. Nous appliquons à cet état certains critères formels, le plus souvent moraux et religieux, et nous obtenons naturellement une image entièrement déformée de la réalité. Rien d'étonnant à cela: tant que notre vie est déterminée non par le souffle de vie que Dieu nous a donné, mais par notre propre nature, on ne peut rien attendre d'autre.
Mais si nous vivons de la vie du Royaume, une telle déformation de la réalité est tout simplement impossible. Et si elle existe, c'est que nous sommes encore loin du Royaume, comme l'évangéliste nous en témoigne.
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