5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
Le souffle spirituel du Livre de Job, à la fois recherche de Dieu et lutte contre Dieu, ne devient compréhensible que dans le contexte de l'époque où ce livre fut écrit : une époque de religiosité juive déjà bien établie et tout à fait respectable. Une époque où la bienséance religieuse joue, sinon un rôle décisif, du moins un rôle important dans la vie de la Synagogue, où il existe des réponses toutes faites, plus ou moins satisfaisantes, à toutes les questions difficiles, tandis que ceux qui, pour une raison quelconque, ne se satisfont pas de telles réponses doivent chercher les leurs, parfois au prix fort.
Le héros du Livre de Job était lui aussi, au début, un homme religieux tout à fait respectable, honoré et pieux. D'un point de vue religieux, il était un véritable juste. Même lorsqu'une vague entière de malheurs et de calamités s'abattit sur lui, il les supporta avec la fermeté propre à une personne profondément et sincèrement religieuse. Il traversa toutes les épreuves sauf une : l'épreuve de l'absurdité et de l'absence de sens de l'existence. Mais on ne saurait évidemment en blâmer Job : la religion ne donne pas la force de survivre à une telle épreuve. Lorsqu'arrive l'épreuve de l'absurde, elle ne peut plus servir d'appui.
Job le comprend, mais ses amis ne le peuvent pas. Il leur semble qu'il s'est simplement affaibli spirituellement, que les épreuves ont dépassé ses forces, et ils s'efforcent comme ils peuvent de le soutenir, de renforcer en lui cette même religiosité qui ne peut désormais plus lui être d'aucun secours. Job, lui, pense que ce n'est pas sa religiosité qui est limitée, mais Dieu Lui-même ; que le problème n'est pas l'incapacité de Job à voir, mais un Dieu qui ne Se soucie ni du monde, ni de l'être humain, ni de la justice, ni du bien et du mal. Et il L'accuse avec fureur de ce dont il Le croit coupable.
Dans le même temps, il Lui demande d'apparaître, de répondre et de résoudre toutes ses perplexités, tout en conservant au fond de son âme l'espoir totalement irrationnel que Dieu n'est pas ainsi, qu'Il Se révélera finalement différent et répondra. Lorsque Dieu répond réellement à Job, celui-ci comprend qu'auparavant il ne connaissait pas le Dieu véritable. Il retire tous ses reproches, car Dieu S'est effectivement révélé tout autre que Job ne L'imaginait lorsque le monde lui semblait une plaisanterie cruelle et mauvaise. Bien sûr, toute la religiosité de Job s'est effondrée après cette rencontre. Mais une vie nouvelle a commencé : la vie avec Dieu.
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
La théorie sur Dieu s'écroule, quand Job le voit face à face. Et il s’avère que la théorie n'est même pas nécessaire. Il est Vivant. Il est en réalité au dessus de notre entendement. Quoi que nous ne pensions de Lui- Il est plus que nos représentations. Peu importe sont justes nos représentations ou pas- elles sont limitées, et ne peuvent par définition pas «envelopper» Sa personnalité. Nous est-il proposé de ne pas penser et de ne pas réfléchir? Non. Mais il faut se rappeler qu’Il est plus que nous ne nous imaginons. Et l’authentique réalité s'ouvre notamment au moment de la rencontre avec Lui face à face, les yeux dans les yeux - c'est-à-dire dans l'Éternité.
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
La théorie sur Dieu s'écroule, quand Job le voit face à face. Et il s’avère que la théorie n'est même pas nécessaire. Il est Vivant. Il est en réalité au dessus de notre entendement. Quoi que nous ne pensions de Lui- Il est plus que nos représentations. Peu importe sont justes nos représentations ou pas- elles sont limitées, et ne peuvent par définition pas «envelopper» Sa personnalité. Nous est-il proposé de ne pas penser et de ne pas réfléchir? Non. Mais il faut se rappeler qu’Il est plus que nous ne nous imaginons. Et l’authentique réalité s'ouvre notamment au moment de la rencontre avec Lui face à face, les yeux dans les yeux - c'est-à-dire dans l'Éternité.
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
Le repentir de Job paraît souvent forcé aux lecteurs. Dieu S'est manifesté, Il a manifesté Sa force, et face à une démonstration si évidente, Job, pense-t-on, n'avait nulle part où se réfugier. Pourtant, il ne s'agit manifestement pas ici de la seule manifestation d'une force. Dieu a réellement parlé avec Job d'homme à homme, comme Job le voulait. Autre chose est que cette conversation s'est révélée inattendue pour lui. Dieu n'a pas cherché à détromper Job au sujet de sa justice, Il ne lui a pas présenté les péchés pour lesquels Il aurait pu le reprendre. Et Il n'a pas répondu non plus à la question des souffrances des innocents, des justes.
Il S'est simplement tenu devant Job. Il lui a montré ce qu'est une force qui ignore l'homme, en prenant l'exemple des animaux qu'Il a créés. Et Il a fait comprendre à Job qu'Il est Dieu, qu'Il sait ce qu'Il fait et qu'Il Se souvient de l'homme. Bien sûr, Dieu ne donne à Job aucun détail, encore moins des garanties. Sauf une: Il Se souvient de l'homme et sait que faire du mal dans lequel gît le monde. Et même si, pour l'homme qui vit dans ce monde, tout paraît sans issue et sans espérance, Dieu a Son plan, qui comprend entre autres la délivrance du monde hors du mal. Bien sûr, si ces paroles avaient été dites à Job par ses amis, il ne les aurait pas crues.
Après tout, ils lui disaient bien quelque chose de semblable. Mais ce qui importait, c'était justement la rencontre, la rencontre avec Dieu face à face, que Job désirait et attendait tant. Cette rencontre, entre autres, a ouvert à Job des perspectives spirituelles qu'il ne connaissait pas et ne voyait pas auparavant. Il est apparu que toute sa vie antérieure, et même sa justice, n'était qu'une affaire humaine; elle ne dépassait pas les limites de cette religiosité traditionnelle dont Job lui-même était porteur, avec une entière sincérité et conviction.
Dieu a ouvert à Job une autre perspective, lui a montré une autre vie. Une vie où il n'y a pas de religion, mais où il y a le Dieu vivant. Et où la justice n'est pas un décompte soigneux, presque comptable, des mérites et des péchés, mais l'expérience de la rencontre avec ce Dieu vivant et parfaitement réel. Et donc aussi la rencontre avec une vie nouvelle et tout aussi réelle: la vie du grand monde de Dieu, qui se révélera un jour dans toute la plénitude du Royaume de Dieu. Job peut maintenant témoigner de cette réalité nouvelle qui s'est ouverte à lui. Il peut communiquer avec Dieu, à partir d'elle et à travers elle. Voilà pourquoi Dieu lui confie la prière pour ses amis, qui pour l'instant ne savent rien de tel. Ou presque rien. Et c'est pourquoi ils parlent, ils témoignent de Dieu moins justement que Job, devenu témoin vivant du Dieu vivant.
1 Et Job fit cette réponse à Yahvé : |
2 Je sais que tu es tout-puissant : ce que tu conçois, tu peux le réaliser. |
3 Qui est celui-là qui voile tes plans, par des propos dénués de sens ? Oui, j’ai raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j’ignore. |
4 (Écoute, laisse-moi parler : je vais t’interroger et tu m’instruiras.) |
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
7 Après qu’il eut ainsi parlé à Job, Yahvé s’adressa à Éliphaz de Témân : « Ma colère s’est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job |
8 Et maintenant, procurez-vous sept taureaux et sept béliers, puis allez vers mon serviteur Job. Vous offrirez pour vous un holocauste, tandis que mon serviteur Job priera pour vous. Ce n’est que par égard pour lui que je ne vous infligerai pas ma disgrâce pour n’avoir pas, comme mon serviteur Job, parlé avec droiture de moi. » |
9 Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat s’en furent exécuter l’ordre de Yahvé. Et Yahvé eut égard à Job. |
La réponse de Dieu à Job est d'une précision remarquable ; les dernières paroles de Job montrent que c'était exactement ce dont il avait besoin. Il reconnaît la vérité de toutes les paroles du Seigneur et s'exclame qu'il ne comprenait pas lui-même ce qu'il disait. Bien plus, Job déclare que son désir de pénétrer le mystère du dessein de Dieu était une folie dictée, lui semble-t-il, par un manque de confiance. L'étonnante humilité de Job devant le mystère est une leçon importante que l'auteur offre au lecteur. Face aux amis de Job et à Élihou, qui affirment, surtout Élihou, tout comprendre, le renoncement de Job à ses tentatives de saisir l'Insaisissable est très significatif. Car c'est Job qui reçoit la grâce de s'entretenir avec Dieu ; c'est à lui que le Seigneur s'adresse.
La rencontre de Dieu avec Job est si immédiate que Job dit avoir vu Dieu de ses propres yeux. Tout le texte qui précède témoigne qu'une telle rencontre directe a lieu grâce à l'extrême confiance de l'homme et à son entière ouverture devant Dieu. Tout ce qui, dans les discours de Job, semblait à ses amis être du doute et de la défiance n'en était donc pas : Job adressait ses paroles audacieuses non à n'importe qui, mais à Dieu Lui-même. À Celui qui était devenu pour lui l'Accusateur et le Juge, il demandait d'être aussi son Défenseur, et il n'a pas été déçu.
Formellement, Job n'a pas reçu de réponse à ses questions, mais il a obtenu bien davantage : Dieu a tourné Son regard vers lui. C'est pourquoi Job « se rétracte et se repent dans la poussière et la cendre », renonce à ses questions. Cela arrive souvent dans une rencontre authentique de l'homme avec Dieu : ce n'est pas tant qu'il reçoive des réponses à ses questions ; ce sont plutôt les questions elles-mêmes qui tombent.
La fin du livre met à nu l'un de ses thèmes principaux, qui n'y a jamais été formulé explicitement. Tout le drame de Job et toute sa discussion avec ses amis parlent de la proximité de Dieu avec l'homme qui souffre et du fait que la main du Seigneur « n'est pas trop courte pour sauver, ni Son oreille trop dure pour entendre » (Is 59,1). Pour le lecteur, dans le contexte général de la Révélation, il importe que Dieu n'explique pas tant la souffrance et la mort, qu'Il n'a pas créée (Sg 1,13), qu'Il ne tourne le regard de celui qui interroge vers l'avant, vers le salut. Il est sans doute impossible d'expliquer l'irrationnel ; il est encore moins probable que la raison humaine puisse comprendre une éventuelle réponse. Il est bien plus important que Dieu, au lieu d'une réponse explicative, propose à l'homme une issue hors de la souffrance et de la mort, semblable à l'exode hors de l'esclavage d'Égypte.
1 Et Job fit cette réponse à Yahvé : |
2 Je sais que tu es tout-puissant : ce que tu conçois, tu peux le réaliser. |
3 Qui est celui-là qui voile tes plans, par des propos dénués de sens ? Oui, j’ai raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j’ignore. |
4 (Écoute, laisse-moi parler : je vais t’interroger et tu m’instruiras.) |
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. |
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre. |
7 Après qu’il eut ainsi parlé à Job, Yahvé s’adressa à Éliphaz de Témân : « Ma colère s’est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job |
8 Et maintenant, procurez-vous sept taureaux et sept béliers, puis allez vers mon serviteur Job. Vous offrirez pour vous un holocauste, tandis que mon serviteur Job priera pour vous. Ce n’est que par égard pour lui que je ne vous infligerai pas ma disgrâce pour n’avoir pas, comme mon serviteur Job, parlé avec droiture de moi. » |
9 Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat s’en furent exécuter l’ordre de Yahvé. Et Yahvé eut égard à Job. |
Après avoir vu et entendu tout ce que Dieu lui avait dit et montré, Job se repent de ce qu'il avait dit à Dieu auparavant, avant sa rencontre avec Lui (v. 1-6). Et ce second repentir n'était pas comme le premier (Jb 40, 3-5). Le premier repentir avait été provoqué par la prise de conscience que Job avait eu tort devant Dieu, qu'il s'était trompé en pensant que Dieu ne se souciait pas de l'homme particulier en général, ni de lui, Job, en particulier. Maintenant, le repentir de Job est plus profond ; il dit lui-même qu'il se repent « dans la poussière et la cendre » (v. 6), expression qu'on employait alors lorsqu'un homme voulait dire qu'il regrettait profondément tout ce qu'il avait fait auparavant. Un tel repentir devait évidemment signifier aussi le renoncement à ce que Job considérait auparavant comme justice, à ces exigences qu'il adressait à Dieu en voulant entrer en procès avec Lui (v. 3-4). Job explique simplement son renoncement. Il dit à Dieu : autrefois je n'avais fait qu'entendre parler de Toi, maintenant je Te vois (v. 5).
Il semblerait que ce soit précisément ce que Job avait si longtemps attendu et si fortement désiré : maintenant, enfin, il peut tout dire à Dieu. Mais, de toute évidence, pendant la rencontre, quelque chose s'est produit qui a entièrement changé Job lui-même et son regard sur sa propre justice. On le voit, c'est seulement maintenant qu'il est vraiment devenu un juste, et il l'a compris lui-même ; son ancienne justice lui apparaît désormais comme une sorte de jouet d'enfant qu'il présentait sérieusement à Dieu, réclamant en échange des droits particuliers et une place particulière dans un monde où se déroule la guerre entre Dieu et les forces des ténèbres. L'ancienne justice de Job ne dépassait pas encore les limites religieuses ; c'était une justice humaine, assurément précieuse pour Dieu, mais qui ne donnait pas à l'homme la possibilité de vivre une vie spirituelle plénière. Maintenant Job a compris ce qu'est la justice de Dieu, que l'on ne peut acquérir qu'en se remettant entièrement à la volonté de Dieu et en cessant d'espérer en quelque mérite personnel que ce soit, même ceux qui sont liés aux accomplissements de la vie religieuse. Mais cette remise totale à la volonté de Dieu était évidemment tout à fait impossible sans cette rencontre avec Dieu face à face que Job désirait tant, même s'il attendait de cette rencontre tout autre chose que ce qui est arrivé. Il voulait plaider contre Dieu, mais, ayant vu tout ce que Dieu pouvait révéler à l'homme, il a renoncé à son intention et s'est rendu à Dieu, reconnaissant sa défaite. Pourtant, cette défaite n'était pas tant devant la force de Dieu que devant Son amour et Sa sagesse. C'est pourquoi Dieu confie les amis de Job à ses prières (v. 7-9) : Job a déjà parcouru le chemin sur lequel eux n'ont pas encore posé le pied. Certes, la religiosité a sa signification et son sens ; elle contient sa vérité relative. Dieu dit à Job que ses amis n'ont pas parlé de Lui « avec autant de justesse que Job » (v. 7). Mais dans la relation avec Dieu, il y a quelque chose de plus grand que la religion : la révélation et le Royaume, vécus par Job lors de sa rencontre avec Dieu comme une réalité indubitable.
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