En réfléchissant à la vie spirituelle, Paul mentionne certaines doctrines humaines, qu'il appelle «philosophie»; selon l'apôtre, en les suivant, il est facile de perdre l'essentiel qui fait le sens du christianisme (v. 8-10). Et l'essentiel, selon Paul, réside dans cette vie nouvelle, la vie du Royaume, pour laquelle le Sauveur a payé par Sa mort sur la croix (v. 11-15). En parlant de «ce qui était écrit contre nous» («l'acte rédigé contre nous», v. 14), l'apôtre entend manifestement la Torah, dont le témoignage ne fait toujours que condamner le pécheur en dévoilant ses péchés. On ne pourrait s'opposer à un tel témoignage qu'en étant totalement délivré du péché et en manifestant la plénitude de la justice, en devenant, selon l'expression couramment admise dans les milieux rabbiniques de l'époque, une «Torah vivante». Mais cet idéal demeurait inaccessible à l'homme atteint par le péché originel, et seul le Sauveur Lui-même a pu manifester l'exemple de la «Torah vivante», Lui en qui, selon la parole de Paul, demeure toute la plénitude de Dieu (v. 9). C'est précisément le modèle manifesté par le Sauveur qui rend sans effet le témoignage de la Torah sur notre état de péché et nous ouvre la route du Royaume (v. 14; le mot grec correspondant désigne non seulement un «enseignement», mais aussi un «exemple» ou un «modèle»).
Mais l'Église de Colosses était manifestement troublée par des prédicateurs qui tentaient de ramener les chrétiens de ce lieu, en réalité, dans le passé préchrétien. Il semble que ce soient eux qui accordaient une importance particulière au côté religieux du judaïsme, rappelant sans cesse aux chrétiens de Colosses les règles et coutumes religieuses, insistant sur leur observance stricte comme condition principale pour obtenir le Royaume (v. 16-19). Pour Paul, tout retour à la religion n'est pas un chemin vers le Royaume, mais un éloignement de lui. Il comprend parfaitement que toutes les normes et règles religieuses appartiennent non au Royaume, mais à notre monde pas encore transfiguré (v. 20-22). Certes, elles peuvent parfois aider l'homme sur son chemin spirituel. Mais elles peuvent aussi devenir un obstacle pour ceux qui cherchent le Royaume, si on en fait le but et le sens: car alors elles ne créent qu'une illusion de vie spirituelle, sans avoir en réalité aucun rapport avec elle. Ce n'est pas par hasard que Paul dit d'une telle religiosité qu'elle a seulement l'apparence de la sagesse, sans en être réellement une (v. 23): pour lui, le Royaume est le seul but de la vie chrétienne, et il rejette tout ce qui peut en détourner et faire sortir du chemin.
