1 Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. |
2 Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux; c'était son frère Lazare qui était malade. |
3 Les deux sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que tu aimes est malade. " |
4 A cette nouvelle, Jésus dit : " Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. " |
5 Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. |
6 Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait; |
7 alors seulement, il dit aux disciples : " Allons de nouveau en Judée. " |
8 Ses disciples lui dirent : " Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! " |
9 Jésus répondit : " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche le jour, il ne bute pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; |
10 mais s'il marche la nuit, il bute, parce que la lumière n'est pas en lui. " |
11 Il dit cela, et ensuite : " Notre ami Lazare repose, leur dit-il ; mais je vais aller le réveiller. " |
12 Les disciples lui dirent : " Seigneur, s'il repose, il sera sauvé. " |
13 Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu'il parlait du repos du sommeil. |
14 Alors Jésus leur dit ouvertement : " Lazare est mort, |
15 et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! " |
16 Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : " Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! " |
17 À son arrivée, Jésus trouva Lazare dans le tombeau depuis quatre jours déjà. |
18 Béthanie était près de Jérusalem, distant d'environ quinze stades, |
19 et beaucoup d'entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. |
20 Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. |
21 Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. |
22 Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. " |
23 Jésus lui dit : " Ton frère ressuscitera. " - |
24 " Je sais, dit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. " |
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
27 Elle lui dit : " Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. " |
28 Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, lui disant en secret : " Le Maître est là et il t'appelle. " |
29 Celle-ci, à cette nouvelle, se leva bien vite et alla vers lui. |
30 Jésus n'était pas encore arrivé au village, mais il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe était venue à sa rencontre. |
31 Quand les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et la consolaient la virent se lever bien vite et sortir, ils la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. |
32 Arrivée là où était Jésus, Marie, en le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! " |
33 Lorsqu'il la vit pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l'avaient accompagnée, Jésus frémit en son esprit et se troubla. |
34 Il dit : " Où l'avez-vous mis ? " Il lui dirent : " Seigneur, viens et vois. " |
35 Jésus pleura. |
36 Les Juifs dirent alors : " Voyez comme il l'aimait ! " |
37 Mais quelques-uns d'entre eux dirent : " Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, faire aussi que celui-ci ne mourût pas ? " |
38 Alors Jésus, frémissant à nouveau en lui-même, se rend au tombeau. C'était une grotte, avec une pierre placée par-dessus. |
39 Jésus dit : " Enlevez la pierre ! " Marthe, la sœur du mort, lui dit : " Seigneur, il sent déjà : c'est le quatrième jour. " |
40 Jésus lui dit : " Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? " |
41 On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : " Père, je te rends grâces de m'avoir écouté. |
42 Je savais que tu m'écoutes toujours ; mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que j'ai parlé, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. " |
43 Cela dit, il s'écria d'une voix forte : " Lazare, viens dehors ! " |
44 Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : " Déliez-le et laissez-le aller. " |
45 Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui. |
46 Mais certains s'en furent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus. |
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : " Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. |
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. " |
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
51 Or cela, il ne le dit pas de lui-même; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation - |
52 et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. |
53 Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. |
54 Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. |
55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. |
56 Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : " Qu'en pensez-vous ? qu'il ne viendra pas à la fête ? " |
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu'un savait où il était, il devait l'indiquer, afin qu'on le saisît. |
La lecture d'aujourd'hui nous donne un autre témoignage du triomphe du Royaume que Jésus a apporté dans le monde. En tout temps et chez tous les peuples sans exception, le triomphe de la mort sur la vie a été perçu comme quelque chose d'injuste et qui ne devrait pas être. Les tentatives pour considérer la mort à la manière d'un stoïcien ou d'un philosophe de la nature, en la regardant avec un calme philosophique et en l'acceptant comme quelque chose de régulier et d'inévitable, et donc de normal, ont généralement échoué. Au moment de se trouver face à face avec elle, la mort n'inspirait toujours que l'horreur et le dégoût. D'autres sentiments, liés aux causes et aux circonstances de la mort, s'y mêlaient certes souvent, mais ils ne concernaient plus la mort comme telle: leur source était précisément ces causes et ces circonstances, et non le fait même de mourir.
La Bible explique cette attitude envers la mort: celle-ci est entrée dans le monde à la suite de la chute; elle fait partie du mal du monde, qui devra inévitablement disparaître lorsque le monde, transfiguré par la puissance de Dieu, deviendra une partie du Royaume. En pleurant à la vue de ceux qui sont dans le deuil (v. 32-36), Jésus confirme que la mort n'est pas une tragédie imaginaire de la vie humaine, mais une tragédie réelle.
Ce n'est évidemment pas la fin: devant nous se trouvent la résurrection, le Jugement et le Royaume. Aux temps évangéliques, tout Juif croyant connaissait la résurrection (v. 23-24), mais la mort demeurait néanmoins un état contraire à la nature humaine; elle contredisait le dessein de Dieu sur l'homme et sa vocation. Le Royaume se révèle donc incompatible avec la mort.
Ce n'est pas un hasard si Jésus dit qu'il est lui-même la résurrection (v. 25-26): il porte en lui la plénitude du Royaume, et la mort recule devant le Royaume. Certes, le retour à la vie antérieure, qui n'est pas encore transfigurée par la puissance de Dieu, dans le monde antérieur, qui n'est pas encore devenu partie du Royaume, peut difficilement être considéré comme l'achèvement du chemin. Ce n'est pas encore la résurrection qu'attendaient les Juifs croyants. Mais la mort et le Royaume sont incompatibles; ainsi, même celui qui n'est pas encore entièrement transfiguré trouve dans le Royaume la plénitude de vie qui lui est accessible.
Nul ne peut contenir plus de vie qu'il n'est capable d'en contenir; mais au contact de la plénitude de la vie de Dieu, chacun reçoit la mesure de vie qui lui est accessible. Lazare n'était pas encore parvenu à la transfiguration complète, mais il était tout à fait capable de vivre la vie que mène tout homme bien portant dans notre monde encore imparfaitement transfiguré. Il reçoit cette plénitude qui lui est possible en sortant à la lumière de Dieu du tombeau où il avait été enseveli (v. 38-44). Alors chacun put constater de ses propres yeux que le Royaume était réellement entré dans le monde et qu'avec lui y était aussi entrée la résurrection que l'on croyait jusque-là réservée à l'avenir.
On pourrait penser qu'une démonstration si évidente aurait dû faire fondre et convertir tous les cœurs, mais rien de tel ne se produisit, semble-t-il. Certains crurent réellement (v. 45-46), tandis que d'autres se renforcèrent encore dans leur refus du Christ et du Royaume. Mais les témoignages étaient trop manifestes, et ceux qui rejetaient le Royaume n'avaient plus d'autre issue, dans la logique de leur refus obstiné, que d'en venir à l'idée de se débarrasser de celui qui avait apporté le Royaume dans le monde (v. 47-53). Ainsi le refus du Royaume conduit à la croix le Sauveur du monde envoyé par Dieu.
1 Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. |
2 Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux; c'était son frère Lazare qui était malade. |
3 Les deux sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que tu aimes est malade. " |
4 A cette nouvelle, Jésus dit : " Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. " |
5 Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. |
6 Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait; |
7 alors seulement, il dit aux disciples : " Allons de nouveau en Judée. " |
8 Ses disciples lui dirent : " Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! " |
9 Jésus répondit : " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche le jour, il ne bute pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; |
10 mais s'il marche la nuit, il bute, parce que la lumière n'est pas en lui. " |
11 Il dit cela, et ensuite : " Notre ami Lazare repose, leur dit-il ; mais je vais aller le réveiller. " |
12 Les disciples lui dirent : " Seigneur, s'il repose, il sera sauvé. " |
13 Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu'il parlait du repos du sommeil. |
14 Alors Jésus leur dit ouvertement : " Lazare est mort, |
15 et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! " |
16 Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : " Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! " |
17 À son arrivée, Jésus trouva Lazare dans le tombeau depuis quatre jours déjà. |
18 Béthanie était près de Jérusalem, distant d'environ quinze stades, |
19 et beaucoup d'entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. |
20 Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. |
21 Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. |
22 Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. " |
23 Jésus lui dit : " Ton frère ressuscitera. " - |
24 " Je sais, dit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. " |
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
27 Elle lui dit : " Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. " |
28 Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, lui disant en secret : " Le Maître est là et il t'appelle. " |
29 Celle-ci, à cette nouvelle, se leva bien vite et alla vers lui. |
30 Jésus n'était pas encore arrivé au village, mais il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe était venue à sa rencontre. |
31 Quand les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et la consolaient la virent se lever bien vite et sortir, ils la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. |
32 Arrivée là où était Jésus, Marie, en le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! " |
33 Lorsqu'il la vit pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l'avaient accompagnée, Jésus frémit en son esprit et se troubla. |
34 Il dit : " Où l'avez-vous mis ? " Il lui dirent : " Seigneur, viens et vois. " |
35 Jésus pleura. |
36 Les Juifs dirent alors : " Voyez comme il l'aimait ! " |
37 Mais quelques-uns d'entre eux dirent : " Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, faire aussi que celui-ci ne mourût pas ? " |
38 Alors Jésus, frémissant à nouveau en lui-même, se rend au tombeau. C'était une grotte, avec une pierre placée par-dessus. |
39 Jésus dit : " Enlevez la pierre ! " Marthe, la sœur du mort, lui dit : " Seigneur, il sent déjà : c'est le quatrième jour. " |
40 Jésus lui dit : " Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? " |
41 On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : " Père, je te rends grâces de m'avoir écouté. |
42 Je savais que tu m'écoutes toujours ; mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que j'ai parlé, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. " |
43 Cela dit, il s'écria d'une voix forte : " Lazare, viens dehors ! " |
44 Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : " Déliez-le et laissez-le aller. " |
45 Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui. |
46 Mais certains s'en furent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus. |
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : " Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. |
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. " |
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
51 Or cela, il ne le dit pas de lui-même; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation - |
52 et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. |
53 Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. |
54 Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. |
55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. |
56 Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : " Qu'en pensez-vous ? qu'il ne viendra pas à la fête ? " |
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu'un savait où il était, il devait l'indiquer, afin qu'on le saisît. |
La mort remet beaucoup de choses à leur place. On ne peut pas la tromper, on ne peut pas s'en tirer par une plaisanterie, devant elle tous sont égaux, personne ne peut lui échapper. Il n'est donc pas étonnant que l'homme compare les choses les plus sérieuses et les plus importantes, par leur force, à la mort ; c'est une comparaison digne : « Forte comme la mort est l'amour » (Ct 8:6). La foi religieuse, comme contenu le plus sérieux de la vie de beaucoup de personnes, a été plus d'une fois comparée à la mort : des milliers de martyrs ont préféré mourir plutôt que renier leur foi.
La mort est donc une certaine frontière, où a lieu l'ultime épreuve de la foi. Il ne s'agit pas nécessairement de sa propre mort : les sœurs de Lazare se sont trouvées devant cette épreuve tout comme lui. Elles ont gardé la foi, mais pas jusqu'au bout. La résurrection des morts aura lieu, mais pas maintenant, pense Marthe.
C'est pourquoi résonnent pour elle des paroles étranges : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en Moi, même s'il meurt, vivra ». Et la victoire sur la mort se produit, avant même le triomphe définitif de Pâques, et avant que nous puissions nous-mêmes vérifier par expérience que l'amour est plus fort que la mort.
1 Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. |
2 Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux; c'était son frère Lazare qui était malade. |
3 Les deux sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que tu aimes est malade. " |
4 A cette nouvelle, Jésus dit : " Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. " |
5 Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. |
6 Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait; |
7 alors seulement, il dit aux disciples : " Allons de nouveau en Judée. " |
8 Ses disciples lui dirent : " Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! " |
9 Jésus répondit : " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche le jour, il ne bute pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; |
10 mais s'il marche la nuit, il bute, parce que la lumière n'est pas en lui. " |
11 Il dit cela, et ensuite : " Notre ami Lazare repose, leur dit-il ; mais je vais aller le réveiller. " |
12 Les disciples lui dirent : " Seigneur, s'il repose, il sera sauvé. " |
13 Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu'il parlait du repos du sommeil. |
14 Alors Jésus leur dit ouvertement : " Lazare est mort, |
15 et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! " |
16 Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : " Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! " |
17 À son arrivée, Jésus trouva Lazare dans le tombeau depuis quatre jours déjà. |
18 Béthanie était près de Jérusalem, distant d'environ quinze stades, |
19 et beaucoup d'entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. |
20 Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. |
21 Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. |
22 Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. " |
23 Jésus lui dit : " Ton frère ressuscitera. " - |
24 " Je sais, dit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. " |
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
27 Elle lui dit : " Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. " |
28 Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, lui disant en secret : " Le Maître est là et il t'appelle. " |
29 Celle-ci, à cette nouvelle, se leva bien vite et alla vers lui. |
30 Jésus n'était pas encore arrivé au village, mais il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe était venue à sa rencontre. |
31 Quand les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et la consolaient la virent se lever bien vite et sortir, ils la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. |
32 Arrivée là où était Jésus, Marie, en le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! " |
33 Lorsqu'il la vit pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l'avaient accompagnée, Jésus frémit en son esprit et se troubla. |
34 Il dit : " Où l'avez-vous mis ? " Il lui dirent : " Seigneur, viens et vois. " |
35 Jésus pleura. |
36 Les Juifs dirent alors : " Voyez comme il l'aimait ! " |
37 Mais quelques-uns d'entre eux dirent : " Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, faire aussi que celui-ci ne mourût pas ? " |
38 Alors Jésus, frémissant à nouveau en lui-même, se rend au tombeau. C'était une grotte, avec une pierre placée par-dessus. |
39 Jésus dit : " Enlevez la pierre ! " Marthe, la sœur du mort, lui dit : " Seigneur, il sent déjà : c'est le quatrième jour. " |
40 Jésus lui dit : " Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? " |
41 On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : " Père, je te rends grâces de m'avoir écouté. |
42 Je savais que tu m'écoutes toujours ; mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que j'ai parlé, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. " |
43 Cela dit, il s'écria d'une voix forte : " Lazare, viens dehors ! " |
44 Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : " Déliez-le et laissez-le aller. " |
45 Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui. |
« Aujourd’hui Béthanie annonce d’avance la Résurrection du Christ, Donateur de vie, se réjouissant de la résurrection de Lazare… » On dit souvent qu’il y aurait, paraît-il, cette « dimension artistique » dans l’Évangile : des personnages porte-parole comme Jean le Baptiste et des événements doubles comme la résurrection de Lazare, appelés à faire ressortir l’événement principal, autrement dit, tout selon les lois des textes littéraires. Mais c’est profondément faux. On ne peut le voir jusqu’au bout qu’avec les yeux du coeur, mais essayons tout de même de remarquer des détails très concrets. Le Christ est ressuscité le troisième jour. Et le Seigneur a ressuscité Lazare le quatrième.
Pourquoi parle-t-on du quatrième jour ? Il existe, en fait, une raison tout à fait réelle, conditionnée par la culture. Tournons-nous vers le livre de David Stern, « Commentaire du Nouveau Testament juif », p. 269 : « Avant que la médecine apprenne à distinguer l’état comateux de la mort, il arrivait que des personnes soient enterrées vivantes par erreur. Les rites funéraires juifs cherchaient à exclure toute possibilité d’une erreur aussi terrible. Selon un traité post-talmudique composé au huitième siècle (selon le calendrier juif, note de nous), “nous allons au cimetière examiner les morts pendant trois jours, et nous ne craignons pas d’être soupçonnés de suivre les voies des Amoréens (c’est-à-dire des rites superstitieux). Un jour, on examina un homme enterré et l’on découvrit qu’il était vivant ; il vécut encore 25 ans, puis mourut. Un autre homme semblable vécut, et cinq enfants lui naquirent avant qu’il ne meure” (Semahot 8:1) ».
Et le fait que quatre jours se soient écoulés signifie une chose très simple : le temps de vérification prescrit par le rite était déjà expiré. Lazare était réellement mort. Le Seigneur aurait-Il pu se trouver à Béthanie avant ce délai ou non, a-t-Il attendu exprès ou non ? La question dépasse notre intelligence. Il en fut ainsi. Il n’y a ici pas la moindre part d’artifice littéraire, de symbolisme des nombres, de coïncidences, de multiples, et ainsi de suite, comme il en existe toujours dans la littérature « mystagogique », mais seulement le tissu vivant de la vie.
3 Les deux sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que tu aimes est malade. " |
4 A cette nouvelle, Jésus dit : " Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. " |
La réaction du Sauveur à la nouvelle de la maladie et de la mort de Lazare montre bien ce qu'est le Chemin. Mais non seulement le Chemin avec une majuscule, le Chemin du Messie: tout chemin spirituel d'une personne ordinaire obéit aux mêmes lois. Et la première condition du chemin, c'est la qualité de la vie. De l'existence. De l'existence vécue. Les paroles du Sauveur au sujet de la maladie de Lazare, qui «n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu», paraissent à première vue au moins étranges: car Lazare est tout de même mort.
Bien sûr, on pourrait dire: Jésus savait d'avance qu'Il ressusciterait Son ami mort. Mais ce ne serait qu'une partie de la réponse. Car il ne s'agit pas du fait qu'Il connaît le passé et l'avenir dans toute leur plénitude. Il s'agit de la manière dont Il les connaît. Dont Il les voit. Et cela, à son tour, est justement déterminé par cette même qualité de l'existence.
Où vivons-nous: dans le monde déchu, où l'espace, le temps, les chaînes de cause à effet sont une réalité absolue? Ou dans le Royaume, où tout cela est relatif, où même les liens de cause à effet sont réversibles et où le passé peut donc devenir comme s'il n'avait jamais existé? C'est cela qui détermine la qualité de notre vie. Et aussi la possibilité du chemin. Jésus se tient sur le Chemin depuis Sa naissance même: car la plénitude de Sa communion avec Son Père céleste était absolue dès le commencement de Son Chemin. Nous, les gens ordinaires, devons encore nous engager sur le chemin, si du moins nous voulons parvenir à ce Royaume que le Sauveur nous promet, et y entrer.
Mais la possibilité même du chemin est liée à notre état spirituel. Car c'est lui qui détermine la qualité de notre vie. Et ce que nous sommes capables de voir. On ne peut voir la gloire de Dieu que depuis le Royaume. Si nous n'avons aucun rapport avec le Royaume, tout ce que nous verrons, c'est la mort. Le christianisme est précisément la vie du Royaume. Mais dans notre vie terrestre, la vie dans un monde où le Royaume ne s'est pas encore révélé jusqu'au bout et dans sa plénitude, la demeure dans le Royaume devient le chemin du Royaume. Ce chemin même sur lequel, si on le parcourt jusqu'au bout, on peut voir la gloire de Dieu. Et rencontrer le Christ qui revient dans la gloire.
21 Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. |
22 Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. " |
Lazare était l'ami du Christ, et Il l'aimait beaucoup. Pourtant Jésus lui a donné de traverser l'expérience de la mort. Il la lui a donnée consciemment, car Il pouvait bien sûr venir pendant qu'il était encore malade. L'expérience de la mort est quelque chose de très important. Dans le récit de la famille de Lazare, nous voyons davantage les sœurs, et Lazare semble se taire, mais nous savons l'essentiel à son sujet : Jésus l'aimait et lui a donné de mourir.
Très souvent, lorsque nous aimons quelqu'un qui est gravement malade, nous prions avec acharnement pour sa guérison. Un jour, le père d'une jeune femme, qu'elle aimait éperdument, était très gravement malade. Elle parla de lui avec un homme très sage, disant qu'elle demandait une croix pour elle-même, puisque le Seigneur n'entendait pas ses prières, qui duraient déjà depuis près de deux ans, afin qu'au moins depuis la croix elle puisse Le supplier pour lui et qu'alors Il entende et guérisse le souffrant. Et l'homme sage lui répondit : mais pour quoi pries-tu ? sans doute pour la guérison ; prie plutôt pour que la volonté de Dieu s'accomplisse.
C'est précisément de cela que parle le récit de la résurrection de Lazare. Même celui qu'Il aime — peut-être même ceux-là d'une manière particulière — le Seigneur les fait passer par l'expérience la plus lourde : parfois l'expérience de la mort physique réelle, parfois simplement une croix particulière, afin qu'en eux se manifeste la grâce de Dieu et la gloire de Dieu, car en eux elle se manifeste avec un éclat étonnant.
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
Beaucoup d'entre nous connaissent cette situation: un proche est mort et des amis viennent présenter leurs condoléances. Ils disent: « Nous partageons votre peine » ou « Nous y passerons tous », acquiesçant d'une manière ou d'une autre à la mort et acceptant son caractère définitif. Les paroles de Jésus sont radicalement différentes. Il parle de résurrection, de victoire sur la mort. Il parle de lui-même comme du porteur d'une vie pour laquelle la mort n'est pas la fin. Bien plus, il peut donner une telle vie aux autres.
Puis vient la question la plus importante: « Crois-tu cela? » Pour chaque homme auquel cette question est adressée vient alors le moment du choix décisif, le choix de la foi. La raison ne peut l'aider, car elle n'a rien à faire là où il n'y a pas d'informations. Un tempérament aventureux ne peut l'aider, car les deux réponses comportent le même risque. Seul le cœur de l'homme, centre de sa libre volonté et de sa capacité d'aimer et de faire confiance sans aucune preuve, peut accomplir ce choix. Et maintenant cette question est posée à chacun de nous: « Crois-tu cela? »
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
Une telle situation est familière à plusieurs d’entre nous: l’un de nos proches meurt, et les amis viennent exprimer leur condoléance. Ils disent: nous «peinons», - ou « nous y passerons tous par là», - d’une manière ou d'une autre nous acceptons la mort, en admettant son irrévocabilité. Les paroles de Jésus se distinguent d’une manière frappante. Il parle de la résurrection, de la victoire sur la mort, Il parle de Lui-même comme étant porteur d'une vie, dont la mort n'est pas la fin. De plus, Il peut octroyer une telle vie aux autres. Et ensuite - la principale question :"le crois-tu?» Et ici vient à chaque personne, à qui cette question a été posée, le moment du choix décisif - le choix de croire, dans lequel la raison ne peut aider en rien, puisqu'elle n'a rien à faire là, où il n'y a pas d'informations, et dans lequel ne peut venir en aide le caractère aventurier, puisque les deux réponses ont des risques identiques. Ce choix ne peut être fait que dans le cœur de l’homme, le centre de sa libre volonté et par la capacité d’aimer et avec confiance sans aucunes preuves. Et maintenant, aujourd’hui, cette question est posée a chacun de nous : «le crois-tu?».
25 Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; |
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " |
Une telle situation est familière à plusieurs d’entre nous: l’un de nos proches meurt, et les amis viennent exprimer leur condoléance. Ils disent: nous «peinons», - ou « nous y passerons tous par là», - d’une manière ou d'une autre nous acceptons la mort, en admettant son irrévocabilité. Les paroles de Jésus se distinguent d’une manière frappante. Il parle de la résurrection, de la victoire sur la mort, Il parle de Lui-même comme étant porteur d'une vie, dont la mort n'est pas la fin. De plus, Il peut octroyer une telle vie aux autres. Et ensuite - la principale question :"le crois-tu?» Et ici vient à chaque personne, à qui cette question a été posée, le moment du choix décisif - le choix de croire, dans lequel la raison ne peut aider en rien, puisqu'elle n'a rien à faire là, où il n'y a pas d'informations, et dans lequel ne peut venir en aide le caractère aventurier, puisque les deux réponses ont des risques identiques. Ce choix ne peut être fait que dans le cœur de l’homme, le centre de sa libre volonté et par la capacité d’aimer et avec confiance sans aucunes preuves. Et maintenant, aujourd’hui, cette question est posée a chacun de nous : «le crois-tu?».
39 Jésus dit : " Enlevez la pierre ! " Marthe, la sœur du mort, lui dit : " Seigneur, il sent déjà : c'est le quatrième jour. " |
40 Jésus lui dit : " Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? " |
La résurrection de Lazare par Jésus est décrite de manière particulièrement détaillée. L'évangéliste la détache pour ainsi dire spécialement de la série des événements miraculeux semblables, qu'il s'agisse de guérisons ou de résurrections. Cela se comprend: il y est réellement décrit quelque chose de tout à fait inhabituel. Même la résurrection de la fille de Jaïre ne ressemblait pas à la résurrection de Lazare. Là, la mort n'avait encore fait qu'effleurer l'homme. Ici, c'est déjà son triomphe complet et évident. Si complet qu'on veut même retenir Jésus lorsqu'Il s'apprête à entrer dans le tombeau. Parce qu'il est déjà tard et inutile. On ne peut déjà plus rien faire, et entrer dans le tombeau signifie se souiller, dans ce cas sans aucune nécessité.
Mais Il sait ce qu'Il fait. Il sait de quoi Il vit et ce qu'Il porte en Lui. Et Il sait que le Royaume est plus fort que la mort. Que là-bas, dans le Royaume, la mort n'a tout simplement pas de place. Et Lazare, touchant le Royaume, ressuscite. La mort recule. De même qu'elle reculera en son temps devant Lui-même, le jour de Sa Résurrection. Car tout dépend ici seulement de la vie dont vit l'homme. S'il vit de la vie du Royaume, jusqu'au bout et dans la plénitude, alors la mort n'existe pas pour lui. S'il vit de la vie de l'ancien monde, pas encore transfiguré par le souffle de Dieu, alors elle est inévitable. Il en va ainsi de Lazare: il a perdu la vie de ce monde qu'il possédait. La mort a vaincu, comme elle vainc toujours ce qu'on appelle dans ce monde la vie, mais qui se révèle en réalité quelque chose d'intermédiaire entre la vie dans sa plénitude et la mort. Mais Jésus lui a apporté une autre vie, celle dont Il vit Lui-même. Dans cette vie, il n'y a pas de place pour la mort, et Lazare ressuscite. Il revient à la vie.
Bien sûr, non pas à cette plénitude de la vie du Royaume que le Sauveur porte en Lui. La mort recule devant le Royaume, mais l'homme contient autant de vie qu'il est capable d'en contenir. Lazare est revenu à cette plénitude relative de la vie terrestre qui lui était accessible, et en ce sens il est resté le même. Même le contact avec le Royaume ne change pas l'homme par lui-même, sans sa participation. Mais l'expérience d'un tel contact demeure pour toujours avec l'homme. En ce sens, Lazare, bien sûr, a changé et ne pouvait plus redevenir le même. L'évangéliste ne nous parle pas du destin ultérieur de cet homme. Ce qu'il advint de lui ensuite, après la Résurrection, après la Pentecôte, il ne reste qu'à le deviner. Mais ce qui est dit suffit pour comprendre: le Royaume est réellement entré dans le monde. Pas encore dans toute sa plénitude, mais définitivement et irréversiblement.
43 Cela dit, il s'écria d'une voix forte : " Lazare, viens dehors ! " |
44 Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : " Déliez-le et laissez-le aller. " |
La résurrection de Lazare est pour nous avant tout une « assurance de la future résurrection générale ». En ressuscitant Lazare, le Seigneur nous donne la preuve que le terrible sort de l'homme mortel change à la suite de Sa victoire sur la Croix. Et nous pouvons croire que le don de Sa grâce depuis la Croix du Golgotha est donné à tous et à chacun, que notre mort perd son caractère irrévocable devant la face du Christ. En lisant à Nazareth la prophétie d'Isaïe, le Seigneur dit qu'Il est venu « renvoyer libres les opprimés ». Aujourd'hui, nous voyons que ce n'est pas une métaphore, qu'Il libère réellement les prisonniers éternels de l'enfer : nous. C'est pourquoi les chrétiens, rencontrant le Christ venu pour nous dans ce monde terrible, Lui chantent un cantique de louange.
45 Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui. |
46 Mais certains s'en furent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus. |
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : " Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. |
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. " |
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
51 Or cela, il ne le dit pas de lui-même; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation - |
52 et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. |
53 Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. |
54 Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. |
55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. |
56 Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : " Qu'en pensez-vous ? qu'il ne viendra pas à la fête ? " |
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu'un savait où il était, il devait l'indiquer, afin qu'on le saisît. |
Jésus accomplit un miracle sans précédent: la résurrection de Lazare. Cet événement est cependant perçu très différemment par les hommes: pour les uns il devient un signe de la bénédiction de Dieu, et pour les autres une manifestation dangereuse d'extrémisme. Les pharisiens craignent que cet étrange prédicateur venu de Judée, par ses miracles, attire le peuple à lui et soulève une révolte qui sera réprimée par les Romains, mettant ainsi fin à la liberté politique et à la vie religieuse. Leur logique terrestre est tout à fait compréhensible: le bon sens suggère d'agir précisément comme ils l'ont fait, en sacrifiant un homme dans l'intérêt de la majorité.
Parfois le Seigneur nous propose d'accomplir quelque chose qui ne rentre pas dans les cadres admis. Son dessein peut nous paraître insensé, contraire à nos représentations de l'ordre du monde. Il nous est parfois difficile d'accepter que sa volonté puisse supposer la rupture de la paix et du calme habituels, la perte de ce qui a été acquis par un dur travail, même la mort, et la mort sur la croix. Mais c'est précisément cette chute « définitive », du point de vue des pharisiens, de Jésus qui est devenue le salut de tout l'univers, car l'arithmétique divine diffère de l'arithmétique terrestre.
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : " Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. |
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. " |
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
51 Or cela, il ne le dit pas de lui-même; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation - |
52 et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. |
53 Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. |
54 Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. |
55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. |
56 Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : " Qu'en pensez-vous ? qu'il ne viendra pas à la fête ? " |
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu'un savait où il était, il devait l'indiquer, afin qu'on le saisît. |
À la lecture de l'Évangile, il devient tout à fait évident que la Synagogue et les sommets du Temple avaient des attitudes complètement différentes envers Jésus. Pour les représentants de la fraternité pharisienne (qui était alors le noyau de la Synagogue), Jésus était, d'un côté, un Maître, un Prophète, et peut-être aussi le Messie ; de l'autre (selon l'évaluation que donnaient de Son activité les représentants de tel ou tel cercle pharisien), un trompeur, un imposteur et un faux prophète. Mais, d'une manière ou d'une autre, il s'agissait d'une évaluation de Lui et de Son activité sur le fond, dans un contexte spirituel et religieux. Une telle évaluation pouvait susciter envers Lui un respect plein de déférence ou la haine, mais Ses paroles et Ses actes ne laissaient personne indifférent dans la Synagogue.
La réaction du Temple était autre. Le miracle y était considéré non du point de vue de son authenticité ou de son caractère supposé, mais du point de vue de son opportunité ou de son inopportunité, de son utilité ou de son inutilité, et l'opportunité comme l'utilité étaient envisagées exclusivement sous l'angle politique. Les pharisiens disaient : Il accomplit des miracles qui ne peuvent s'expliquer que par le fait qu'Il vient de Dieu, mais Il ne correspond pas à nos critères de l'homme de Dieu. Comment l'expliquer ? Le grand prêtre pose la question autrement : Il accomplit des miracles qui sont inopportuns parce que cela peut mener à une révolte, à une insurrection, dont la conséquence sera une expédition punitive des Romains qui mettra fin à l'existence même de Jérusalem et du Temple.
Les pharisiens réagissent à la situation comme des hommes religieux de façon cohérente et jusqu'au bout ; ils se demandent : comment devons-nous Le considérer, Lui et ce qu'Il fait ? A-t-Il raison ou non ? La réaction du grand prêtre, malgré les obligations religieuses qui lui incombent, est celle d'un politicien séculier qui se demande, à lui-même et aux autres : ce qu'Il fait nous est-il utile ? Cet Homme est-Il dangereux pour nous ? Et s'Il est dangereux, comment L'arrêter ? Dans un cas, nous avons devant nous la question du sens de ce qui se passe, même avec des réponses qui ne sont pas toujours adéquates. Dans l'autre, une approche purement pragmatique de l'affaire.
C'est sans doute pourquoi, parmi les pharisiens, Jésus a tout de même trouvé des partisans et des disciples, alors que parmi les représentants des sommets du Temple, non. Car la question du sens, même quand on y répond mal, ouvre toujours pour celui qui la pose une perspective spirituelle, même si, bien sûr, cela ne garantit pas encore qu'il saura faire le bon choix spirituel. Le pragmatisme, lui, n'ouvre aucune perspective, sinon celles qui ne dépassent pas les limites du monde non transfiguré. Ces perspectives n'ont aucun rapport avec la vie spirituelle. Aucun.
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : " Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. |
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. " |
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
51 Or cela, il ne le dit pas de lui-même; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation - |
52 et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. |
53 Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. |
54 Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. |
55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. |
56 Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : " Qu'en pensez-vous ? qu'il ne viendra pas à la fête ? " |
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu'un savait où il était, il devait l'indiquer, afin qu'on le saisît. |
Nous sommes habitués à penser que les prophètes ne peuvent être, pour l’essentiel, que de « bonnes personnes ». Il faut pourtant écouter l’Esprit du Seigneur, il faut être un homme de Dieu pour pouvoir transmettre Sa volonté, Ses paroles au monde. Mais parfois, des personnes qui s’opposent à Dieu deviennent prophètes « malgré elles ». Indépendamment de son orientation vers Dieu ou vers autre chose, l’homme entre de toute façon, d’une manière ou d’une autre, en contact avec le monde spirituel. Quelque chose lui est révélé, même s’il peut ne pas le remarquer lui-même. Et par ses paroles, il témoigne finalement en faveur de celui contre lequel il lutte peut-être même.
Aujourd’hui, nous avons même sous les yeux deux descriptions de telles personnes : le grand prêtre Caïphe et les persécuteurs des chrétiens à Thessalonique. Le premier, sans le savoir lui-même, a transmis l’essence même de ce pour quoi le Christ est venu : sauver tous les hommes par Sa mort. Les seconds appellent Paul et ses disciples « ceux qui bouleversent le monde entier », c’est-à-dire, en langage contemporain, ceux qui ont retourné le monde sens dessus dessous. Dans les deux situations, les persécuteurs donnent à leurs formules un sens exclusivement négatif.
Mais voilà précisément le point : le Christ comme Ses disciples ne sont pas de ce monde (voir Jn 8:23, 17:14). Et souvent, les positions du monde contredisent entièrement la position du Christ. C’est pourquoi ce qui, pour le monde, est mal, folie et scandale (voir 1 Co 1:23), peut se révéler pour lui-même le plus important et le plus salutaire.
49 Mais l'un d'entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n'y entendez rien. |
50 Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. " |
Les paroles du grand prêtre, selon lesquelles il vaut mieux qu'un seul meure plutôt que tout le peuple périsse, l'évangéliste les interprète comme une sorte de prophétie sortie des lèvres d'un homme qui avait en vue tout autre chose. En effet, les prophéties d'Isaïe connaissent l'image du Messie souffrant à cause des péchés du peuple. D'ailleurs, Isaïe ne parle pas de la mort du Messie. Ici, Jean interprète la déclaration du grand prêtre dans l'esprit d'une révélation et d'une expérience nouvelles, proprement chrétiennes.
Mais son interprétation ne peut guère être considérée comme une simple conjecture personnelle. En effet, il avait sous les yeux l'histoire de la résurrection de Lazare. Et la réaction du peuple à celle-ci. Les paroles du grand prêtre ne sont qu'une évaluation de la situation liée à cette réaction populaire. Du point de vue religieux et politique, tout est clair ici.
Le grand prêtre et toute l'élite du Temple voulaient moins que tout des problèmes avec quelque mouvement messianique que ce soit. Auparavant, l'activité de Jésus n'avait pas attiré leur attention parce qu'elle était encore relativement peu visible, même si les chefs du mouvement pharisien l'avaient remarquée depuis longtemps. Mais maintenant, après un miracle sans précédent qui avait attiré une attention tout aussi inédite d'un nombre de personnes considérable à l'échelle locale, l'affaire prenait un caractère religieux et politique évident et nettement marqué.
Jésus devenait assez visible pour pouvoir désormais être craint comme chef potentiel d'un mouvement messianique de masse. Or un tel mouvement menaçait de provoquer de graves répressions de la part du pouvoir romain. Le grand prêtre n'était pas messianiste et regardait les prophéties avec plutôt du scepticisme, mais il était un politicien assez expérimenté pour comprendre le danger du messianisme politique.
Cependant, ce n'était que le côté extérieur de la situation. Il y en avait un autre, spirituel. Pendant tout le ministère terrestre du Sauveur, le Royaume ne s'était jamais manifesté au monde avec une telle plénitude et une telle force qu'au moment de la résurrection de Lazare. Cet événement était réellement absolument unique dans un monde qui ne connaissait encore ni la Résurrection ni la Pentecôte. Et le monde déchu a réagi. Il s'est dressé contre le Royaume qui entrait en lui. Il s'est dressé sous les traits du pouvoir terrestre, aussi bien séculier que religieux. Mais c'est le pouvoir religieux qui en fut le commencement. Car la religion est plus proche de la vie spirituelle que tout autre chose dans le monde.
Mais elle peut aussi devenir son principal ennemi. Plus il y a d'humain dans la religion, plus elle s'oppose à la vie spirituelle comme telle. Et il est difficile d'imaginer un triomphe plus évident de l'humain dans la religion que le pouvoir religieux, quels que soient le lieu, l'époque et la religion. C'est pourquoi l'élite du Temple devait inévitablement être la première à lancer un défi au Christ et au Royaume ; autrement, elle aurait cessé d'être elle-même. Et alors, tout naturellement, vint la décision : qu'un seul meure pour le peuple. C'est bien ce qui arriva. Mais dans un autre sens. Et non pour un seul peuple, mais pour toute l'humanité. Pour tous et pour chacun.
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