RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Jn 11:1-57

La lecture d'aujourd'hui nous donne un autre témoignage du triomphe du Royaume que Jésus a apporté dans le monde. En tout temps et chez tous les peuples sans exception, le triomphe de la mort sur la vie a été perçu comme quelque chose d'injuste et qui ne devrait pas être. Les tentatives pour considérer la mort à la manière d'un stoïcien ou d'un philosophe de la nature, en la regardant avec un calme philosophique et en l'acceptant comme quelque chose de régulier et d'inévitable, et donc de normal, ont généralement échoué. Au moment de se trouver face à face avec elle, la mort n'inspirait toujours que l'horreur et le dégoût. D'autres sentiments, liés aux causes et aux circonstances de la mort, s'y mêlaient certes souvent, mais ils ne concernaient plus la mort comme telle: leur source était précisément ces causes et ces circonstances, et non le fait même de mourir.

La Bible explique cette attitude envers la mort: celle-ci est entrée dans le monde à la suite de la chute; elle fait partie du mal du monde, qui devra inévitablement disparaître lorsque le monde, transfiguré par la puissance de Dieu, deviendra une partie du Royaume. En pleurant à la vue de ceux qui sont dans le deuil (v. 32-36), Jésus confirme que la mort n'est pas une tragédie imaginaire de la vie humaine, mais une tragédie réelle.

Ce n'est évidemment pas la fin: devant nous se trouvent la résurrection, le Jugement et le Royaume. Aux temps évangéliques, tout Juif croyant connaissait la résurrection (v. 23-24), mais la mort demeurait néanmoins un état contraire à la nature humaine; elle contredisait le dessein de Dieu sur l'homme et sa vocation. Le Royaume se révèle donc incompatible avec la mort.

Ce n'est pas un hasard si Jésus dit qu'il est lui-même la résurrection (v. 25-26): il porte en lui la plénitude du Royaume, et la mort recule devant le Royaume. Certes, le retour à la vie antérieure, qui n'est pas encore transfigurée par la puissance de Dieu, dans le monde antérieur, qui n'est pas encore devenu partie du Royaume, peut difficilement être considéré comme l'achèvement du chemin. Ce n'est pas encore la résurrection qu'attendaient les Juifs croyants. Mais la mort et le Royaume sont incompatibles; ainsi, même celui qui n'est pas encore entièrement transfiguré trouve dans le Royaume la plénitude de vie qui lui est accessible.

Nul ne peut contenir plus de vie qu'il n'est capable d'en contenir; mais au contact de la plénitude de la vie de Dieu, chacun reçoit la mesure de vie qui lui est accessible. Lazare n'était pas encore parvenu à la transfiguration complète, mais il était tout à fait capable de vivre la vie que mène tout homme bien portant dans notre monde encore imparfaitement transfiguré. Il reçoit cette plénitude qui lui est possible en sortant à la lumière de Dieu du tombeau où il avait été enseveli (v. 38-44). Alors chacun put constater de ses propres yeux que le Royaume était réellement entré dans le monde et qu'avec lui y était aussi entrée la résurrection que l'on croyait jusque-là réservée à l'avenir.

On pourrait penser qu'une démonstration si évidente aurait dû faire fondre et convertir tous les cœurs, mais rien de tel ne se produisit, semble-t-il. Certains crurent réellement (v. 45-46), tandis que d'autres se renforcèrent encore dans leur refus du Christ et du Royaume. Mais les témoignages étaient trop manifestes, et ceux qui rejetaient le Royaume n'avaient plus d'autre issue, dans la logique de leur refus obstiné, que d'en venir à l'idée de se débarrasser de celui qui avait apporté le Royaume dans le monde (v. 47-53). Ainsi le refus du Royaume conduit à la croix le Sauveur du monde envoyé par Dieu.