37 Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, |
38 celui qui croit en moi ! " selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive. |
39 Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. |
40 Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : " C'est vraiment lui le prophète ! " |
41 D'autres disaient : " C'est le Christ ! " Mais d'autres disaient : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? |
42 L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? " |
43 Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. |
44 Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui. |
45 Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : " Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? " |
46 Les gardes répondirent : " Jamais homme n'a parlé comme cela ! " |
47 Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? |
48 Est-il un des notables qui ait cru en lui? ou un des Pharisiens? |
49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " |
50 Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit: |
51 " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! " |
52 Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " |
53 Et ils s'en allèrent chacun chez soi. |
La lecture d'aujourd'hui nous permet de voir en quoi peut se transformer la religiosité lorsque l'expérience spirituelle vivante est totalement ignorée. Certes, en elle-même, elle n'exclut pas la possibilité d'une pleine communion avec Dieu, mais à une condition: que la religion occupe une position subordonnée et auxiliaire, en demeurant seulement un moyen d'exprimer et d'incarner la révélation. Or toute tradition religieuse devient autosuffisante si l'on n'entreprend pas des efforts particuliers pour son renouvellement spirituel. Et si la politique se mêle à la religion, comme en Judée aux temps évangéliques, cela se produit encore plus vite.
Manifestement, la plupart des chefs religieux juifs de l'époque évangélique n'essayaient même pas de regarder, du point de vue spirituel, la situation apparue à Jérusalem à cause de la prédication de Jésus (v. 40-43). Pour eux, il n'était qu'un perturbateur de l'ordre établi. De leur point de vue, il ne pouvait en aucun cas être le Messie, car son apparition ne correspondait pas aux représentations messianiques acceptées dans le judaïsme de ce temps. D'ailleurs, « aucun prophète ne vient de Galilée » (v. 52).
Nous avons devant nous la certitude absolue de la vérité de sa propre tradition religieuse, qu'aucune révélation ne peut ébranler. Si des miracles se produisent contrairement à ce qu'en dit la religion, alors ce sont de « mauvais » miracles. Et même s'ils sont si évidents que beaucoup parmi le peuple ont cru en Celui qui les accomplissait sous leurs yeux, l'opinion du peuple n'intéresse personne: il ne connaît pas la Torah, donc il est « maudit » (v. 49). Pourtant, parmi ceux qui s'étaient rassemblés pour la fête, il n'y avait presque certainement personne qui n'ait lu et étudié la Torah et les autres livres sacrés! Mais, manifestement, leur connaissance de la Torah était autre; elle ne les empêchait pas de croire en Jésus, et c'est pourquoi, bien sûr, ils étaient des « ignorants »; sinon, se seraient-ils opposés aux autorités religieuses?
D'ailleurs, les autorités qui s'écartent de la « ligne générale » en reçoivent aussi leur part: lorsque, par exemple, Nicodème ose dire qu'avant de porter un jugement, et plus encore de condamner, il faut au moins entendre l'accusé (v. 50-51), on le fait taire. Les arguments sont simples et n'ont rien de commun ni avec la Torah, ni avec la vérité, ni avec la justice: tu es sans doute toi-même originaire de Galilée, voilà pourquoi tu défends tes compatriotes (v. 52). Il n'est pas étonnant que, dans un tel climat, Jésus ne puisse compter non seulement sur un jugement équitable, mais même sur une appréciation un tant soit peu objective de tout ce qu'il avait dit et fait.
37 Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, |
38 celui qui croit en moi ! " selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive. |
39 Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. |
40 Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : " C'est vraiment lui le prophète ! " |
41 D'autres disaient : " C'est le Christ ! " Mais d'autres disaient : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? |
42 L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? " |
43 Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. |
44 Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui. |
45 Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : " Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? " |
46 Les gardes répondirent : " Jamais homme n'a parlé comme cela ! " |
47 Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? |
48 Est-il un des notables qui ait cru en lui? ou un des Pharisiens? |
49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " |
50 Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit: |
51 " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! " |
52 Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " |
53 Et ils s'en allèrent chacun chez soi. |
Qu’est-ce qui est le plus important pour nous dans le christianisme ? Cette question surgit d’elle-même quand on lit de telles lignes de l’Évangile, quand on regarde les divisions et les scandales dans l’Église, quand on voit notre propre incompréhension de la Bonne Nouvelle et celle des autres. Le Seigneur parle de choses fondamentales, communes à tous les êtres humains : de la soif de l’Esprit, sans Lequel toute religion, toute société, toute vie devient étouffante et fade. Du fait que la foi en Lui ne restera pas une idée stérile et desséchée, qu’elle ouvre à l’homme l’accès aux fleuves d’eau vive de l’Esprit. Mais ce n’est pas cela qui préoccupe le peuple et les scribes. Pour eux, ce qui compte davantage, c’est l’incohérence dans l’origine du Messie potentiel : puisqu’Il doit venir de la lignée de David, Il doit donc aussi vivre à Bethléem.
Que pouvait répondre le Seigneur à cela ? Leur raconter Sa naissance miraculeuse dans la ville de David ? Mais ils ne L’écoutent pas, même quand Il parle de l’essentiel ! Comment donc peuvent-ils (et parfois nous aussi) comprendre Ses paroles, s’approcher de la puissance vivifiante de l’Esprit ?
37 Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, |
38 celui qui croit en moi ! " selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive. |
39 Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. |
40 Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : " C'est vraiment lui le prophète ! " |
41 D'autres disaient : " C'est le Christ ! " Mais d'autres disaient : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? |
42 L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? " |
43 Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. |
44 Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui. |
45 Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : " Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? " |
46 Les gardes répondirent : " Jamais homme n'a parlé comme cela ! " |
47 Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? |
48 Est-il un des notables qui ait cru en lui? ou un des Pharisiens? |
49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " |
50 Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit: |
51 " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! " |
52 Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " |
« Celui qui croit en moi, comme l'a dit l'Écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein ». L'évêque Cassien, dans son ouvrage fondamental sur l'Évangile selon Jean (« Par l'eau, le sang et l'Esprit ») dit que ce n'est pas la seule traduction possible. Si la ponctuation était différente, et il y a des raisons pour cela, la phrase signifierait que l'eau coulerait du sein de Jésus. Chaque version a ses partisans et ses adversaires; cependant l'évêque lui-même penche pour la seconde.
Mais que faire, nous, hommes peu exercés à la philologie? On peut regarder cela du point de vue que l'histoire de la Parole de Dieu porte en elle non seulement la vérité originelle de ce qui a été dit par le Seigneur, mais aussi une sorte de vérité, même si elle est incorrecte du point de vue scientifique, car l'Esprit descend sur chacun.
S'il en est ainsi, il vaut peut-être la peine de regarder les deux traductions à la fois. Bien sûr, la seconde traduction attire à elle l'épisode de la Samaritaine, et en cela elle est sans aucun doute vraie: seul le Seigneur donne l'eau vive. Mais l'homme peut tout de même devenir le conducteur de cette eau vive et, en ce sens, devient lui-même une « source secondaire », pour emprunter la terminologie de la théorie de la diffraction de la lumière. Et c'est précisément dans le fait que l'homme peut devenir source de l'Esprit que se cache le sens de la fête d'aujourd'hui, le jour de la Sainte Trinité. C'est étonnant et inexplicable, mais il en est ainsi. C'est pourquoi l'ancienne traduction nous importe malgré tout, même si elle n'est pas tout à fait exacte du point de vue scientifique; il serait plus juste de dire que les deux traductions nous sont précieuses.
47 Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? |
48 Est-il un des notables qui ait cru en lui? ou un des Pharisiens? |
49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " |
Il semblerait que le meilleur témoignage soit la manifestation de ce qu'attendent ceux à qui l'on témoigne. Au temps de l'Évangile, on parlait, discutait et prêchait beaucoup au sujet du Messie et du Royaume messianique. On discutait de ce que serait ce Royaume, de ce que serait le Messie et de la manière dont il viendrait. Et voici enfin Celui qui témoigne du Royaume non en paroles, mais en actes. Dès lors, semble-t-il, il n'y a plus rien à dire ni à discuter: «viens à moi et bois». De quoi discuter encore? Quelles preuves faut-il encore, quand on peut simplement s'approcher et goûter? Mais il apparaît que ce n'est pas simple pour tous.
Pour certains, il faut encore correspondre à des critères qu'ils ont eux-mêmes inventés, sinon le Royaume n'est plus le Royaume. Pourquoi? Le peuple accueille, mais il ne fait pas autorité, c'est un «ignorant de la Torah». L'autorité, c'est celui qui pense comme nous, gardiens et porteurs de la tradition. Et voici le paradoxe: cette même Torah qui, pour Paul par exemple, est devenue un pédagogue conduisant l'apôtre au Christ, est devenue pour les «gardiens et porteurs» un mur les séparant du Christ et du Royaume.
Comment et pourquoi cela arrive-t-il? Il ne s'agit pas, bien sûr, de la Torah en tant que telle. Il s'agit précisément de la tradition. Et peut-être même pas de la tradition en tant que telle, mais du fait qu'on la place au premier rang. Elle devient une fin en soi. Ainsi naît une religion qui cache à l'homme la Révélation vivante, le Christ, le Royaume. Et il ne s'agit pas de la Torah en tant que telle. La Torah a été donnée justement comme Révélation vivante. Donnée pour indiquer à l'homme le chemin spirituel qui doit le conduire à Dieu. Au Christ. Dans le Royaume. Elle est à la fois la carte du chemin spirituel et la boussole spirituelle donnée par Dieu à l'homme.
Et aussi un instrument pour le travail spirituel. Mais il arrive que des voyageurs potentiels, fascinés par les cartes et les guides, restent des voyageurs virtuels. Longtemps. Parfois toute leur vie. Et toute une tradition de voyages virtuels se forme. Mais si un voyageur réel entre soudain dans une telle communauté, l'issue peut être tout autre que ce voyageur réel pouvait l'espérer.
On ne l'y acceptera tout simplement pas. Il est un transgresseur de la tradition. Même s'il était l'auteur de ces cartes et de ces guides, sa popularité parmi les voyageurs virtuels ne serait pas garantie. Là, ils ont leurs priorités et leurs autorités. Et personne n'attend les étrangers. Ainsi ceux pour qui la religion est devenue une fin en soi sont des voyageurs virtuels du monde spirituel: même l'Auteur de leurs cartes et de leurs guides ne fait pas autorité pour eux. Ils connaissent son Royaume mieux que lui. Et aucun «ignorant de la Torah» ne les convaincra, même si l'un de ces «ignorants» porte dans son cœur toute la plénitude du Royaume.
47 Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? |
48 Est-il un des notables qui ait cru en lui? ou un des Pharisiens? |
49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " |
Depuis le temps de Moïse, la Torah était le fondement de la vie spirituelle du peuple de Dieu. Elle était loi aussi bien pour les personnes particulières que pour tout le peuple. Mais pas seulement : la Torah ne s'est jamais réduite à une simple législation ; elle a toujours été perçue comme une sorte de boussole spirituelle, comme cet axe intérieur que, en suivant les commandements dans la vie quotidienne, chaque croyant devait, avec l'aide de Dieu, créer dans son propre cœur et dans sa propre âme afin de s'y appuyer sur le chemin vers le Royaume.
Mais de tout temps il y eut aussi ceux qui voulaient utiliser, et utilisaient, la Torah dans un autre but : celui de l'affirmation de soi. « Cette foule qui ne connaît pas la Loi est maudite » : ici, c'est déjà la fin de la Torah et le commencement de ce qui conduit l'homme à une autodestruction complète s'il suit ce chemin jusqu'au bout. Car la clé de cette phrase est la condamnation et l'affirmation de soi.
« Ignorant de la Torah » : que signifie cela dans ce cas ? L'ignorance des commandements, du texte du Pentateuque ? Non, bien sûr ; à cette époque, en Judée, on ne pouvait même pas l'imaginer. On enseignait la Torah à chaque garçon dès l'âge de cinq ans, beaucoup la connaissaient par cœur ; pour un Juif de ces temps-là, ne pas la connaître était simplement impossible.
Ceux dont parlaient les autorités religieuses étaient considérés par elles comme « ignorants de la Torah » parce qu'ils n'avaient pas reçu de formation théologique. Parce qu'ils ne pouvaient pas tout expliquer comme l'expliquaient ces autorités religieuses. Et surtout parce qu'ils avaient osé eux-mêmes, sans se tourner vers l'opinion des autorités, donner une évaluation spirituelle de ce qui se passait sous leurs yeux.
La logique des « chefs » est simple et compréhensible : ils sont l'élite spirituelle, et tous les autres croyants doivent regarder le monde avec leurs yeux ; sinon, ils sont « ignorants de la Torah » et maudits pour leur désobéissance. Une telle attitude envers soi-même et envers les autres exclut déjà par elle-même la possibilité d'une vie spirituelle normale.
C'est elle, à proprement parler, qui empêche les autorités religieuses de voir en Jésus Celui qu'Il est. Il ne s'agit même pas ici du messianisme de Jésus comme tel, par lequel Il aurait pu leur être dangereux. Il s'agit du fait qu'avec une telle attitude envers soi-même et les autres, il est impossible d'accueillir qui que ce soit, en quelque qualité que ce soit, hormis « soi-même, son bien-aimé ».
Lorsque Jésus accuse de tels chefs d'avoir le diable pour père, Il vise non seulement leur attitude envers Lui, mais aussi leur position spirituelle elle-même, cet égocentrisme spirituel absolu qui ne laissera dans la vie de l'homme aucune place à Dieu, dont la fidélité est pourtant proclamée à grand bruit, sinon à la périphérie, comme personnel de service.
C'est précisément une telle position qui rend ceux qui la portent parfaitement imperméables à toute action spirituelle, à tout souffle du Royaume. Et leur religiosité, dans ce cas, n'aide en rien ; plutôt le contraire : plus ils sont religieux d'une telle religiosité, plus ils sont loin de Dieu et du Royaume. Et du salut aussi.
51 " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! " |
52 Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " |
Les pharisiens avaient une idée précise de qui était le Messie et des signes qui devaient L'accompagner. Et voici qu'apparaît Jésus, qui accomplit des miracles et parle comme personne avant Lui. Beaucoup, voyant cela, L'acceptent, sinon comme le Christ, du moins comme un prophète. Même les serviteurs du Temple commencent à douter que Sa prédication puisse être nuisible à Israël.
Mais pour les pharisiens, il existe une loi dans laquelle cet homme simple, venu de Galilée méprisée par les Judéens, ne rentre pas. La loi dit sans ambiguïté que le Messie doit être attendu de la lignée de David; c'est pourquoi ils ne veulent même pas «l'écouter et savoir ce qu'il fait». Peut-être est-ce précisément ce pas qui leur a manqué pour voir clair? Alors aurait pu leur être révélée la vérité connue seulement des proches de Jésus: qu'il est né à Bethléem, qu'il est de la lignée de David. Parfois, pour comprendre Dieu, il nous faut simplement L'écouter jusqu'au bout, et non Le juger en nous appuyant sur nos représentations légalistes de Sa providence.
52 Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " |
Les paroles des chefs du mouvement pharisien affirmant que le prophète «ne vient pas de Galilée» ont leurs fondements historiques. D’un côté, la Galilée fait partie de la terre que Dieu a promise à Son peuple, elle entre dans les frontières que Dieu a fixées à cette terre, et, en en faisant partie, la Galilée n’est évidemment pas moins bonne qu’aucune autre de ses parties.
Mais, historiquement, il est arrivé qu’à l’époque du Second Temple, lorsque se formait la théologie juive traditionnelle et que se constituaient les écoles théologiques, la Galilée se soit retrouvée à la périphérie du monde juif. Il n’y avait là ni grandes écoles ni académies semblables à celles qui existaient, par exemple, à Jérusalem, à Babylone ou à Alexandrie; cette terre n’avait pas connu de maîtres célèbres dans tout le monde juif, et parmi les derniers prophètes aucun n’était originaire de Galilée ni n’y avait prêché.
Du point de vue théologique et spirituel, on regardait la Galilée comme une province profonde. Il y avait bien sûr des communautés juives, mais aux temps évangéliques la Galilée était une région à demi païenne, où de plus les influences de courants juifs non orthodoxes, comme celui des esséniens, étaient assez fortes. Rien d’étonnant à ce que les savants connaisseurs et enseignants de la Torah, ainsi que les chefs spirituels du mouvement pharisien, n’attendent rien d’intéressant de la Galilée. De là ne pouvait venir ni prophète ni Messie.
Et, plus généralement, c’était là que vivait ce peuple qui, selon les rabbins savants, était «ignorant de la Torah» et donc «maudit». Bien sûr, il ne s’agissait pas de dire que les Juifs croyants vivant en Galilée ne lisaient pas la Torah: cela aurait été tout simplement impossible. Il s’agissait de l’ignorance, chez ces simples croyants, de la tradition savante et théologique dont les chefs du mouvement pharisien se considéraient comme les porteurs.
Eux, ces chefs, étaient absolument convaincus que les prophètes, et même le Messie Lui-même, ne pouvaient désormais être liés qu’à leur milieu, que Dieu les regardait comme ils se regardaient eux-mêmes, voyant en eux l’élite spirituelle du peuple juif, ce reste messianique même que les pharisiens se proclamaient fièrement être. Ils ne pouvaient même pas admettre l’idée que Dieu voie les choses autrement.
Voilà pourquoi ils refusent si facilement de prendre au sérieux les arguments pourtant tout à fait raisonnables d’un homme aussi respecté et influent au Sanhédrin et dans la fraternité pharisienne que Nicodème: pour eux, il n’y a pas de question, et il n’y a rien à discuter. Il n’est pas étonnant qu’une telle position rende pour eux totalement inacceptable la figure de Jésus de Nazareth comme Messie: une telle chose ne peut tout simplement pas être, parce que «cela ne peut jamais être». Et le chemin vers le Royaume leur est fermé. Non parce qu’ils étaient les défenseurs et les gardiens de la tradition, mais parce qu’au centre de cette tradition ils ne voyaient pas Dieu, mais eux-mêmes.
53 Et ils s'en allèrent chacun chez soi. |
La phrase « et chacun s'en alla chez soi » aide à comprendre que tout ce qui se passait était bien dans la réalité la plus concrète. Par sa brièveté, sa concision et son caractère ordinaire, elle nous ramène pour ainsi dire sur la terre, en disant que toutes les paroles prononcées dans la dispute par les pharisiens et les serviteurs sont aussi quotidiennes que le retour à la maison. Et en effet, chacun de nous peut très facilement imaginer comment il rentre chez lui. Nous y rencontrons nos proches, nous dînons, nous racontons ce qui est arrivé dans la journée... Et aussitôt après, on se représente une assemblée en dispute, des cris, des paroles furieuses et sarcastiques d'hommes « aveugles » rentrant chez eux avec le sentiment du devoir accompli. Et Jésus, comprenant avec amertume que certains hommes ne peuvent pas Le voir, accueillir le pardon et la guérison. Et nous nous comportons comme ces pharisiens sûrs d'eux, tournés vers eux-mêmes. Ne vaut-il pas mieux fixer le Visage de Jésus, afin de ne pas manquer Son apparition ? voir Mt 25:1-13.
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