22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
La lecture d’aujourd’hui nous propose deux récits : le récit où Jésus apaise la tempête sur le lac de Génésareth (v. 22–26) et le récit de la guérison du possédé gadarénien (v. 27–39). À première vue, les deux récits ne sont liés l’un à l’autre que par la trame extérieure des événements. Pourtant, en y regardant de plus près, il s’avère que ce n’est pas tout à fait le cas. On pourrait dire qu’ils sont liés par le thème du Royaume, comme tous les autres récits des miracles accomplis par Jésus. Mais chacun de ces récits a ses propres particularités, mettant ce thème en relief différemment et décrivant la manifestation du Royaume sous divers angles.
Ainsi aujourd’hui : nous avons devant nous, d’un côté, la transformation d’un élément naturel, et de l’autre, la guérison d’un homme possédé. Mais dans les deux cas, c’est tout de même l’homme qui est au premier plan, et non l’élément naturel ni les forces obscures. Car Jésus ne fait pas seulement taire la tempête ; Il entre en relation avec Ses disciples, leur reprochant leur peu de foi (v. 25), mais auparavant encore Il se réveille de Son sommeil (v. 23–24). À première vue, on pourrait penser que Jésus n’avait qu’à se réveiller pour que la puissance de Dieu soit manifestée dans toute sa plénitude et mette fin à la tempête. Mais si c’était réellement le cas, Il n’aurait guère reproché aux disciples leur peu de foi : alors ils n’auraient vraiment pas eu d’autre issue que de s’adresser au Maître en Lui demandant d’intervenir aussitôt dans les événements. Apparemment, ce recours à Lui n’était pas ce que Jésus attendait des apôtres dans cette situation. Et si l’on se souvient que le Royaume est d’abord non pas un espace, mais une relation, tout se met en place.
Car à l’épreuve, il s’est avéré que, même chez les disciples les plus proches de Jésus, la relation avec Lui n’était pas du tout si solide. Il a suffi que le Maître se détourne, s’endorme, les laisse sans surveillance directe dans une situation critique, pour que le Royaume cesse aussitôt d’être pour eux une réalité ; ils ne l’ont de nouveau senti que lorsque Jésus s’est réveillé et s’est adressé directement à eux. Peut-être est-ce pour cela que le possédé gadarénien guéri par le Sauveur désirait surtout non pas témoigner du Messie venu dans le monde et du Royaume apporté par Lui, mais rester auprès de Jésus afin de ne plus jamais s’éloigner de Lui (v. 38). Pourtant Jésus Lui-même a besoin précisément du témoignage (v. 39).
Au reste, si l’on tient compte de la situation spirituelle qui se formait dans les lieux d’origine de l’homme guéri par le Sauveur, il n’est peut-être pas étonnant qu’il ait voulu partir avec son Libérateur. Car il avait déjà eu le temps de voir la réaction de ses compatriotes à tout ce qui s’était passé, y compris au miracle de sa propre guérison (v. 33–37). Ici, il ne s’agissait plus de peu de foi, mais d’une véritable incrédulité. On considère souvent ces deux états spirituels comme très proches l’un de l’autre ; pourtant le peu de foi est beaucoup plus proche d’une foi profonde et forte que de l’incrédulité. Car le peu de foi suppose tout de même la foi au sens biblique du mot, la confiance envers celui à qui l’on se fie ou en qui l’on croit ; dans ce cas, le fidèle manque simplement de forces spirituelles pour que les relations nées de la foi se déploient dans toute leur plénitude.
L’incrédulité, elle, signifie en général l’absence totale de confiance, soit envers quelqu’un de précis, soit, dans les cas particulièrement graves, envers tous et tout au monde. Même une foi faible indique la route vers le Royaume, et, en rassemblant ses forces spirituelles, celui qui possède une telle foi faible a tout de même une chance d’y parvenir, d’autant plus que sur ce chemin l’homme ne reste jamais seul. Mais l’absence de foi signifie une impasse ou un chemin vers nulle part. Si la petite foi est souvent conditionnée par les possibilités et les capacités objectives de l’homme, surtout au début de son chemin spirituel, l’incrédulité est toujours déterminée par un choix. Un choix qui exclut le chemin vers le Royaume. Non parce que Dieu veut punir quelqu’un pour son absence de confiance, mais parce que ceux qui ne font pas confiance à Dieu choisissent un autre chemin, un chemin qui éloigne du Royaume. Et si l’on peut aider le faible, même Dieu n’aide pas celui qui refuse de marcher, car Il respecte le choix et la liberté de chacun. Même lorsque ce choix et cette liberté signifient un « non » jeté au visage de Lui-même.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
L'évangéliste conclut les deux récits de la puissance miraculeuse de Jésus-Christ par les paroles des témoins stupéfaits: « Qui est-il donc pour accomplir de tels miracles? » Sans aucun doute veut-il poser cette question aussi à ses lecteurs. Naturellement, il écrivait pour des croyants — voir le prologue de l'Évangile, 1:1-4 — qui, en vertu de leur foi, pouvaient déjà répondre à cette question en appelant Jésus Seigneur, Messie et Fils de Dieu.
Quel est donc le sens de ces récits? Encore une « preuve » de la foi, ou encore une question posée à la conscience du lecteur: qui est-il? La seule confession de foi serait-elle insuffisante pour toucher le mystère de la personne du Christ? Serait-il nécessaire de garder devant lui un émerveillement qui ne vieillit pas, semblable à celui qu'éprouvèrent les disciples dans la barque ou les hommes qui virent la guérison du possédé? Cette question « qui est-il donc? », adressée à nous-mêmes et à lui, serait-elle aussi importante que la réponse connue d'avance? Il y a peut-être trop de questions ici, mais l'Évangile est un livre qui non seulement répond à son lecteur, mais l'interroge aussi...
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Tout est soumis au Fils de Dieu — les éléments déchaînés comme les légions de démons. Ce n’est que de l’homme qu’Il attend un libre consentement à la communion et à l’amour. Même lorsque la volonté humaine est atteinte, comme chez le possédé, Jésus est prêt à venir à notre secours afin que nous puissions enfin faire un choix libre. Mais être libéré des démons ou d’autres circonstances qui asservissent notre volonté ne nous donne pas encore la véritable liberté. Nous la trouvons dans l’accomplissement de la volonté de Dieu (comme l’ancien possédé, parti porter la Bonne Nouvelle à ses compatriotes), ainsi que dans l’Esprit Saint, qui nous donne de connaître Dieu et Son Royaume.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Le récit de la guérison du possédé de Gadara nous pose une question intéressante. De qui les hommes ont-ils finalement le plus peur : de Dieu ou des démons ? Un homme possédé par les puissances des ténèbres vivait parmi eux. La possession était grave : à en juger par le récit de l'évangéliste, cet homme ne se maîtrisait absolument plus, il était entièrement au pouvoir d'une volonté étrangère, hostile à l'homme. Et personne ne pouvait l'aider à se libérer de son emprise. Puis apparaît un mystérieux Quelqu'un qui rend la liberté au possédé. Certes, au prix de tout un troupeau de porcs, mais c'est la vie spirituelle d'un homme qui est en jeu. Libéré de la possession, l'homme témoigne du miracle et de Celui qui l'a accompli. Or, après avoir entendu son témoignage, les gens demandent au Thaumaturge de s'en aller. Qu'est-ce donc : un choix conscient du côté des ténèbres ?
Sans doute pas, tout de même. La conscience de ce qui se passe est trop faible pour parler d'un choix véritablement conscient. Pourtant, ces gens comprennent quelque chose. Et le choix qu'ils font, si rudimentaire qu'il paraisse, est tout à fait précis et n'a pas moins de portée spirituelle que s'ils avaient choisi le camp des ténèbres en pleine conscience de ce qui se passait. Car ils ont bel et bien rejeté Dieu et Sa puissance. Ils Lui ont dit « non », même pour des raisons parfaitement compréhensibles d'un point de vue humain. Oui, tout est étrange, inhabituel. Et donc effrayant. Bien sûr, la présence des démons fait peur aussi, mais ce mal-là est déjà connu et familier.
Il ne détruit pas complètement le mode de vie établi ; il ne fait qu'empoisonner lentement les âmes de ceux qui y vivent. Jour après jour, heure après heure. Tout est si habituel que personne ne le remarque. Sauf peut-être lorsque quelqu'un craque, comme le possédé de Gadara. Mais cela n'arrive pas souvent : la plupart ne sont pas en proie à la fureur démoniaque, la plupart vivent tranquillement et paisiblement à côté des démons, dans une symbiose spirituelle devenue habituelle, sans guère les remarquer. Dans ce cas, pourquoi le diable se manifesterait-il ? Mais voici que tout peut changer.
Cet Inconnu semble décidé à mener une véritable guerre contre les démons. Cela signifie donc la fin de la stabilité et de la prospérité économique : l'affaire ne se limitera peut-être pas à un seul troupeau de porcs… Et le peuple préfère au Royaume de Dieu une stabilité démoniaque et une prospérité économique bien humaine. Sans rien avoir de tel à l'esprit, bien sûr. En ne pensant qu'à sa tranquillité et à un profit tout à fait réel et tangible. Mais ce qui compte ici, ce n'est pas ce que l'on choisit, c'est ce que l'on rejette par ce choix. Peu importe ce qu'un homme choisit en rejetant le Royaume : quoi qu'il choisisse, le mal démoniaque lui sera livré avec. Car il n'y a que deux chemins : vers Dieu ou vers les démons. Il n'y en a pas de troisième.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
« Dieu est redoutable dans la grande assemblée des saints, redoutable pour tous ceux qui l'entourent. Seigneur, Dieu des armées ! qui est fort comme toi, Seigneur ? Et ta vérité t'entoure. Tu domines la fureur de la mer : quand ses vagues se soulèvent, tu les apaises. » (Ps 88:8-10) C'est précisément ce texte qui nous est souvent proposé comme parallèle au fragment de l'Évangile d'aujourd'hui. Mais regardons ces paroles.
Le Seigneur y apparaît comme un Juge redoutable, il apparaît dans la Puissance et la Gloire. Il nous est difficile de juger du sens initial du mot « redoutable » chez les Juifs, mais déjà dans la Vulgate et dans les traductions en langues modernes, on trouve précisément le mot : « terribilis », « feared », et ainsi de suite, qui correspond pleinement à notre « redoutable » ; c'est donc déjà un fait de notre vie spirituelle pluriséculaire. Et maintenant pensons, au contraire, à toute la douceur silencieuse et à la vulnérabilité de cette figure du Seigneur dormant à la poupe. Et lorsqu'il se réveille et apparaît dans la Puissance, il n'est pourtant pas entouré d'une assemblée d'anges, mais il se tient sur cette petite embarcation, entouré d'un petit groupe de pêcheurs effrayés.
Mais des personnes d'une sensibilité théologique plus libérale peuvent nous dire à propos de tout cela que le lien trop étroit entre ces deux textes fait douter de l'authenticité de l'événement et rappelle plutôt une parabole. Nous ne jugerons pas qui a raison. À chacun sa compréhension. Mais, en recevant ce texte de manière aussi existentielle, nous pouvons sans doute accueillir aussi l'interprétation spirituelle qui naît du recours au prophète Isaïe. « Mais les méchants sont comme la mer agitée, qui ne peut se calmer, et dont les eaux rejettent de la vase et de la boue. » (Is 57:20)
L'image de la mer apparaît très souvent dans le texte biblique, et cela se comprend : après tout, la culture qui est devenue la crèche de Jésus, et pour nous le berceau, est une culture méditerranéenne. Mais la manière dont le prophète Isaïe propose de lire cette image nous donne beaucoup pour comprendre l'histoire d'aujourd'hui au sujet du Seigneur. La mer agitée est quelque chose qui porte la mort en soi, et le péché est un chemin vers la mort. Mais le Seigneur apaise la mer agitée, car il ne veut la mort de personne.
Mais « où est notre foi ? » Devons-nous toujours réveiller le Seigneur ? « Acquiers l'esprit de paix, et alors des milliers autour de toi seront sauvés », disait Séraphim de Sarov. Ces paroles de notre saint remarquable semblent dessiner l'image de la lecture d'aujourd'hui, sauf que c'est toi qui dois prendre la place du Seigneur. Tu bâtis comme un navire sur lequel tu conduis tous ceux qui t'entourent, à travers la mer déchaînée, vers le port tranquille.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
L'épisode où Jésus apaise la tempête sur le lac de Génésareth nous montre avec une particulière clarté ce que les disciples du Sauveur pensaient de Lui et de la puissance qui émanait de Lui. Après le miracle accompli par Jésus, ils sont saisis de frayeur, étonnés et bouleversés. En effet, ils L'avaient vu jusque-là guérir les hommes et les libérer de l'emprise des puissances des ténèbres. Maintenant, ils comprennent soudain que non seulement le corps et le cœur humains, mais aussi les forces de la nature Lui sont soumis.
À leurs yeux, Sa puissance a démesurément grandi. Ils ont l'impression d'avoir découvert quelque chose de nouveau chez leur Maître, ou plutôt qu'Il leur a révélé quelque chose de nouveau sur Lui-même, comme en leur montrant une nouvelle mesure de Sa puissance. Mais Lui leur dit : où est donc votre foi ? Il n'a pas l'intention de leur faire une démonstration de force. Ils pensent qu'Il intervient dans le destin de l'univers en gouvernant les éléments, tandis qu'il ne leur reste qu'à demeurer près de Lui, à écouter le Maître et à suivre Ses enseignements.
Il les conduira alors dans Son Royaume. Peut-être devront-ils lutter pour ce Royaume. Mais ils ont un Chef puissant qui ne craint aucun ennemi : la nature elle-même Lui obéit, que pourraient donc Lui faire les hommes ? Jésus, quant à Lui, rappelle aux disciples cette foi qui leur manque tant. Ils n'ont probablement pas encore pleinement compris leur Maître, se disant peut-être simplement qu'ils n'auraient pas dû avoir si peur ni crier si fort dans leur frayeur.
Il voulait manifestement dire autre chose. Il leur rappelait sans cesse le Royaume. Un Royaume qui n'est pas quelque part devant eux, dans un bel avenir lointain qu'il faudrait encore atteindre, peut-être de haute lutte, mais ici, tout près d'eux. Et seul leur propre manque de confiance, moins envers Lui qu'envers eux-mêmes, les empêche d'entrer dans ce Royaume dès ici et maintenant.
Car Il a apaisé la tempête non en opposant une force aux éléments, mais en manifestant le Royaume. Ce Royaume où aucune tempête menaçant l'homme n'a sa place, non parce que les éléments y perdent leur force, mais parce qu'ils y obéissent entièrement à l'action spirituelle et sont donc soumis non seulement à Dieu, mais aussi à l'homme. Pas seulement au Messie, au Fils de Dieu, mais à tout homme qui a part au Royaume. Le Sauveur veut faire comprendre aux apôtres cette vérité si simple et pourtant si difficile à saisir. Sans cela, ils ne pourront jamais comprendre ce qu'est le Royaume dans lequel ils doivent entrer ni comment on y entre.
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
L'évangéliste note une particularité intéressante de la perception humaine : ceux qui sont venus voir l'homme libéré du pouvoir des forces obscures sont terrifiés par le fait qu'il est maintenant libre. On pourrait croire que tout aurait dû être l'inverse : l'état dans lequel se trouvait le possédé avant sa guérison aurait dû les terrifier. Mais, à ce qu'il paraît, ils s'étaient déjà habitués à cet état, tandis que son changement brusque les a précisément effrayés très fortement.
Pourquoi cela arrive-t-il donc ? Pourquoi arrive-t-il que la norme de l'homme déchu effraie souvent, tandis que l'anomalie est perçue comme la norme, surtout lorsqu'il s'agit de la vie spirituelle ? On pourrait bien sûr dire que telle est la particularité de l'homme déchu : si le monde « gît dans le mal », alors l'homme, vivant dans un tel monde, s'habitue peu à peu à ce mal et commence à le percevoir comme une norme.
Mais dans le cas présent, il était question de quelque chose d'extraordinaire même sur le fond de tout le mal propre au monde déchu. La possession reste tout de même une anomalie, même dans la conscience de l'homme déchu. Alors quoi ? Peut-être la manifestation même du Royaume ? Peut-être est-ce précisément elle qui a tellement effrayé les gens voyant un miracle évident qu'ils ont demandé à Celui qui l'avait accompli de s'éloigner ?
Au premier regard, la situation est étrange : Il avait apporté à l'un de leurs concitoyens la liberté hors du pouvoir de cette force considérée comme l'une des menaces les plus terribles pour l'homme. Mais ils ont perçu la guérison du possédé seulement comme le triomphe d'une force sur une autre. À en juger par le récit de l'évangéliste, aucun d'eux, sauf le guéri lui-même, n'a compris avec Qui et avec quoi ils avaient affaire ; personne n'a senti le souffle du Royaume apporté dans le monde par le Sauveur.
Celui qui l'avait senti était prêt à rester avec Jésus pour toujours. Les autres Lui demandèrent de partir. Car la force est une chose dangereuse : qui sait ce qu'elle deviendra pour eux demain ? Ainsi réagissent les hommes déchus à la force du Royaume lorsqu'ils ne sentent pas son amour. Un amour que l'on ne voit pas de l'extérieur : car pour le sentir, il faut s'approcher et sentir le souffle de Dieu qui pénètre ce Royaume. Alors seulement la peur cède la place à la confiance et à l'amour.
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Les textes sur les démons et les possédés sont toujours difficiles pour nous. Et il y a à cela bien des raisons. L'une d'elles est que, dans l'Ancien Testament, on voit clairement des représentations mythologiques, païennes, folkloriques, empruntées en partie à la «démonologie complexe» babylonienne, en partie au folklore perse, comme par exemple dans le livre deutérocanonique de Tobie (Dictionnaire de théologie biblique sous la direction de Xavier Léon-Dufour), autrement dit aux croyances des peuples voisins. Pour les combattre, on propose des actes magiques: si quelqu'un est tourmenté par un démon ou un esprit mauvais, il faut faire brûler devant cet homme ou cette femme le coeur et le foie d'un poisson, et il ne sera plus tourmenté (Tb 6:8). Et les hommes modernes ont l'impression qu'on les appelle à quelque chose de semblable, sinon à faire brûler, du moins à personnifier et à substantialiser d'une manière ou d'une autre. Vous vous souvenez: «les diacres brûlent de l'encens», Vl. Vyssotski.
Mais la Bible est l'histoire de l'ascension de l'esprit humain. Et voici ce que nous lisons dans les lettres de l'apôtre Paul. «Non, mais ce que les païens sacrifient, ils le sacrifient aux démons et non à Dieu. Or je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons.» (1 Co 10:20-21). Ici la distinction est déjà nette: les païens servent les démons; voilà ce que sont les païens, voilà ce que sont les démons, ces mots donnent une définition des deux notions. Ceux-là mêmes dont le folklore a fait entrer dans la Bible de nombreuses représentations sur les démons. Et cela n'a rien d'étonnant.
Mais écoutons l'un de nos remarquables pères, le métropolite Benjamin (Fedchenkov). «Répondons maintenant à ceux qui ne croient pas à l'existence réelle des démons. Il nous est arrivé de rencontrer de telles personnes. Elles croyaient même au Christ. Mais lorsque je leur demandais si elles croyaient à l'Évangile, elles répondaient aussi par l'affirmative, tout en comprenant par esprits mauvais le mal moral, abstrait. En vain je leur indiquais les paroles de l'Évangile où il est dit que le Seigneur chassa sept démons de Marie Madeleine (Mc 16:9; Lc 8:2), et qu'il y avait une "légion" de démons dans le possédé (Mc 5:9, Lc 8:30). En vain je leur disais que tous les Évangiles sont pleins de miracles d'expulsion de démons, que le possédé de Gadara retrouva aussitôt la raison après l'expulsion des démons hors de lui, que le troupeau de porcs, sous leur action, se précipita du haut de l'escarpement dans le lac de Galilée. Ils ne voulaient pas croire! Mais c'est justement en raison de ce pouvoir des démons qu'a eu lieu la venue du Christ. Car "c'est pour cela que le Fils de Dieu est apparu: pour détruire les oeuvres du Diable", dit l'apôtre de l'amour (1 Jn 3:8). C'est là l'enseignement élémentaire du christianisme» (métr. Benjamin (Fedchenkov), «La prière du Seigneur»).
Qu'est-ce donc qui est difficile pour nous? Nous ne voulons pas expliquer nos sottises par les mots «le démon m'a égaré»; cela nous fait honte, nous sommes nous-mêmes coupables? Mais personne ne nous appelle à le faire. Comment, pourtant, considérer la femme qui a tué frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, homme saint et lumineux? Dire qu'elle est elle-même coupable est très, très effrayant. Cela signifie l'effacer de la face du Ciel, si l'on peut modifier ainsi l'expression «effacer de la face de la terre». Qui prendra sur soi une telle responsabilité? Il y a des meurtres froidement calculés par intérêt, pour des biens matériels; là, c'est clair, c'est autre chose. Mais que faire de cette malheureuse?
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Les paroles les plus étranges, ou plus exactement les plus effrayantes, de l'Évangile d'aujourd'hui concernent les habitants du pays des Gadaréniens qui, après avoir vu le miracle de la guérison, demandèrent à Jésus de quitter leur région. Pourquoi ? Un miracle venait pourtant de se produire sous leurs yeux, un beau miracle, bon et bienfaisant ! Mais ils demandent à Jésus de partir. Parce qu'ils ont peur. Et de quoi ont-ils peur ? Il est peu probable qu'ils craignent d'être guéris à leur tour. Ils se souviennent plutôt très bien de la peur que leur inspirait le fou. Ils ont donc peur d'autre chose.
Ils ont peur que leur vie change. Ils ne veulent pas que quoi que ce soit trouble l'ordre établi auquel ils sont habitués. Ce qu'ils craignent par-dessus tout, c'est de devoir changer quelque chose dans leur esprit et leur âme. Cela ne signifie pas qu'ils ne croyaient pas en Dieu. Mais ils étaient habitués à leur croyance selon laquelle Dieu était loin et il suffisait de Lui offrir de temps à autre des sacrifices. Et cela est vraiment effrayant : lorsque, au lieu de vivre de la foi, nous nous figeons, comme dans un bloc de béton, dans des rites familiers qui ont perdu leur sens pour nous. Uniquement pour nous débarrasser tant bien que mal de cette peur mystique persistante qui accompagne inévitablement chacun à certains moments de sa vie.
En général, là où se trouvent la vraie foi et l'amour véritable de Dieu, il n'y a pas de peur (1 Jn 4:18). Mais les malheureux habitants du pays des Gadaréniens sont tiraillés entre deux peurs : celle d'être attaqués par le possédé et celle de s'astreindre au travail spirituel qu'exige une nouvelle relation avec Dieu. Parfois, nous leur ressemblons.
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Combien de fois celui que tourmentent les forces du mal a-t-il peur de Celui qui peut l’en libérer. Ce n’est pas seulement la légion de démons qui crie dans le possédé : lui-même s’est tellement habitué aux démons au fil des longues années qu’il identifie couramment leurs suggestions à ses propres désirs et prend le Libérateur pour un bourreau.
Mais voici que le malheureux est guéri. Et quelle réaction de son entourage ! Voyant leur compatriote, qu’ils connaissaient depuis de longues années, vêtu et dans son bon sens, ils furent saisis d’effroi. Non parce que les porcs avaient péri et qu’un dommage matériel avait été subi, comme beaucoup de lecteurs interprètent leur réaction — cela seul, peut-être, ils l’auraient supporté —, mais parce qu’une autorité spirituelle plus forte que la domination familière des démons leur était révélée. Or les démons dominent non seulement ceux que l’on appelle habituellement les possédés, mais aussi tous ceux qui acceptent de vivre dans le péché, qui sont prêts à considérer l’impureté comme normale. Voilà pourquoi les habitants du pays des Gadaréniens demandent à Jésus de s’éloigner d’eux.
Jésus repart en bateau ; Il ne s’impose pas par la force. Mais Il ne veut pas non plus laisser les malheureux Gadaréniens végéter dans les ténèbres. C’est précisément pourquoi Il n’a pas emmené avec Lui l’homme guéri, mais l’a envoyé vers ses compatriotes. À l’image d’un apôtre, ou peut-être de Jean le Baptiste, cet homme devra préparer, dans le cœur de ses compatriotes qui ne sont pas encore prêts à rencontrer le Christ, une terre susceptible de recevoir la semence évangélique.
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée. |
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes. |
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. » |
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. |
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. |
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme. |
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit. |
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya. |
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes. |
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur. |
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque. |
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna. |
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant : |
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
Voici encore un récit de la victoire de Jésus sur les forces des ténèbres qui règnent sur la terre. En même temps, ce récit nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur la grandeur et la blessure de la nature humaine. Les esprits des ténèbres cherchent à faire périr le possédé, mais même une légion de démons ne peut que tourmenter le malheureux, tandis que, une fois entrée dans un troupeau de porcs, elle précipite aussitôt ses « hôtes » dans l'abîme. On peut y voir l'extrême importance de la résolution humaine, de la volonté humaine. L'homme n'est pas capable de se libérer lui-même des esprits impurs ; il ne peut pas se guérir lui-même. Mais avec les restes de volonté qui n'ont pas encore été atteints par la volonté démoniaque mauvaise, il est capable de faire l'essentiel—venir à Jésus et se prosterner devant Lui. C'est exactement ainsi que s'accomplit notre salut. Qui parmi nous peut se débarrasser seul de ses penchants pécheurs, guérir de la paresse, du découragement, de la vanité et des autres maladies de l'esprit ? Mais il y a une chose que nous pouvons faire (ce domaine de l'esprit échappe au pouvoir de Satan) : nous sommes libres de venir nous prosterner devant le Seigneur, qui seul a le pouvoir de nous guérir et de nous sauver.
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. |
40 À son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car tous étaient à l’attendre. |
41 Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le priait de venir chez lui, |
42 parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, qui se mourait. Et comme il s’y rendait, les foules le serraient à l’étouffer. |
43 Or une femme, atteinte d’un flux de sang depuis douze années, et que nul n’avait pu guérir, |
44 s’approcha parderrière et toucha la frange de son manteau ; et à l’instant même son flux de sang s’arrêta. |
45 Mais Jésus dit : « Qui est-ce qui m’a touché ? » Comme tous s’en défendaient, Pierre dit : « Maître, ce sont les foules qui te serrent et te pressent. » |
46 Mais Jésus dit : « Quelqu’un m’a touché ; car j’ai senti qu’une force était sortie de moi. » |
47 Se voyant alors découverte, la femme vint toute tremblante et, se jetant à ses pieds, raconta devant tout le peuple pour quel motif elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même. |
48 Et il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix. » |
49 Tandis qu’il parlait encore, arrive de chez le chef de synagogue quelqu’un qui dit : « Ta fille est morte à présent ; ne dérange plus le Maître. » |
50 Mais Jésus, qui avait entendu, lui répondit : « Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée. » |
51 Arrivé à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, si ce n’est Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l’enfant. |
52 Tous pleuraient et se frappaient la poitrine à cause d’elle. Mais il dit : « Ne pleurez pas, elle n’est pas morte, mais elle dort. » |
53 Et ils se moquaient de lui, sachant bien qu’elle était morte. |
54 Mais lui, prenant sa main, l’appela en disant : « Enfant, lève-toi. » |
55 Son esprit revint, et elle se leva à l’instant même. Et il ordonna de lui donner à manger. |
56 Ses parents furent saisis de stupeur, mais il leur prescrivit de ne dire à personne ce qui s’était passé. |
Dans l'Évangile, les miracles ne jouent jamais un rôle indépendant. Ils servent toujours à illustrer la réalité bien plus profonde de la relation entre l'être humain et Dieu. Cette réalité pourrait s'exprimer en deux mots : la foi et la rencontre. Ce sont les notions fondamentales du Royaume de Dieu que le Christ proclame et réalise. Elles vont toujours ensemble ou se suivent : la femme malade qui, contre toute attente, a cru en Jésus et s'est littéralement agrippée à Lui lorsqu'Il passait dans la rue, se trouve confrontée à la nécessité de Le rencontrer. Elle ne peut pas simplement recevoir quelque chose de Lui puis partir et se cacher de Lui dans la foule. Cette rencontre ne lui est pas facile, mais sans elle le miracle n'aurait pas eu lieu, car le véritable miracle n'est pas la guérison, mais ce qui s'est produit après elle. La nécessité de cette rencontre et son lien avec la foi sont si grands que la fille du chef de la synagogue, à qui il a été dit : « Ne crains pas, crois seulement », revient à la vie afin de voir Celui qui est Lui-même le véritable Miracle.
16 « Personne, après avoir allumé une lampe, ne la recouvre d’un vase ou ne la met sous un lit ; on la met au contraire sur un lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la lumière. |
17 Car rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour. |
18 Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir lui sera enlevé. » |
19 Sa mère et ses frères vinrent alors le trouver, mais ils ne pouvaient l’aborder à cause de la foule. |
20 On l’en informa : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors et veulent te voir. » |
21 Mais il leur répondit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » |
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. |
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger. |
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. |
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » |
On rappelle souvent les paroles selon lesquelles rien ne restera caché comme un avertissement sévère : tout mal commis en secret finira tôt ou tard par être révélé. Oui, il en est ainsi, c'est une grande vérité, et nous en avons été témoins bien des fois. Mais ici, il est question de la lumière qu'on ne peut cacher. Cela signifie que deviendront également visibles les nombreuses bonnes actions accomplies sans cesse, mais devenues si familières qu'elles échappent au regard de ceux qui ont l'habitude de porter surtout leur attention sur les événements retentissants et sensationnels. Pourtant, un jour passera, peut-être quelques jours, les sensations montées en épingle se dissiperont, et le bien passé inaperçu demeurera.
L'épisode où Jésus a refusé de rencontrer Sa Mère et Ses frères peut sembler troublant : on pourrait en conclure qu'Il transgresse ostensiblement le commandement d'honorer ses parents. Mais il suffit de lire attentivement pour voir qu'il n'en est rien, puisqu'Il a appelé Sa mère et Ses frères ceux qui écoutent et mettent en pratique la parole de Dieu. Et qui, sinon Marie, l'a accueillie et pleinement accomplie ?
Le comportement des disciples du Christ pendant la tempête sur le lac est parfaitement naturel. Pourtant, après avoir apaisé la tempête, Il leur a fait ce reproche : « Où est votre foi ? » Là est la difficulté : le réflexe est trop profondément ancré en nous qui nous dicte que la vie quotidienne existe par elle-même, tandis que la foi serait une sorte d'assaisonnement dominical ajouté à notre existence ordinaire.
Mais si la foi est authentique, elle ne peut que devenir l'axe qui façonne la personne. Alors les réactions habituelles s'effacent, et il reste un lien solide avec le Christ, qui donne une fermeté paisible au milieu de toutes les inquiétudes et de toutes les tempêtes.
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