1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur.
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré? Et encore: Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils.
6 Et de nouveau, lorsqu'il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent.
7 Tandis qu'il s'exprime ainsi en s'adressant aux anges : Il fait de ses anges des vents, de ses serviteurs une flamme ardente,
8 il dit à son Fils : Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles, et : Le sceptre de droiture est le sceptre de sa royauté.
9 Tu as aimé la justice et tu as haï l'impiété. C'est pourquoi, Dieu, ton Dieu t'a oint d'une huile d'allégresse de préférence à tes compagnons.
10 Et encore: C'est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains.
11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement.
12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s'achèveront point.
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L’auteur de l’Épître aux Hébreux revient souvent au thème des anges et de la hiérarchie angélique, en les comparant au Christ. Une telle comparaison est propre précisément à l’auteur de cette Épître: personne d’autre que lui n’accorde autant d’attention au thème des anges. Pourquoi ce thème est-il soudain devenu si actuel? Peut-être parce que l’épître a été écrite après la catastrophe de l’an 70, lorsque Jérusalem et le Temple furent détruits à la suite d’une nouvelle révolte antiromaine.
Auparavant, avant l’an 70, du vivant de l’apôtre Paul, la forme la plus répandue de messianisme parmi les Juifs était le messianisme politique. On attendait le Messie comme Roi et libérateur, écrasant le pouvoir des Romains et rétablissant un État juif indépendant et fort. Désormais, après cette catastrophe monstrueuse, le messianisme mystique passa au premier plan. Dans le Messie, beaucoup, et sans doute même certains chrétiens, commencèrent à voir non pas l’Homme qui avait contenu en lui la plénitude de Dieu, mais quelqu’un comme un ange, un médiateur entre Dieu et les hommes. Dans ce cas, on regardait aussi le Royaume comme quelque chose de mystique, sans aucun rapport avec notre monde. C’est précisément ainsi que certains comprenaient les paroles du Sauveur sur le Royaume qui «n’est pas de ce monde».
Beaucoup étaient en outre troublés par le fait que Jérusalem et le Temple avaient été détruits, que tout ce dont le Sauveur avait parlé comme signes de la fin des temps était arrivé, et que lui-même ne revenait toujours pas. Peut-être, pensaient ces gens, n’a-t-il pas l’intention de revenir comme l’attendent ses disciples? Peut-être est-il déjà venu, venu dans un autre monde, dans son Royaume qui n’est pas de ce monde, et ici, dans le monde déchu, est-il inutile de l’attendre? Alors il enverra peut-être des anges pour avertir ceux qu’il voudra sauver et prendre avec lui.
Or, en réalité, il apparaissait que la personne du Christ comme Sauveur et médiateur entre Dieu et les fidèles passait au second plan, tandis qu’au premier plan venaient certains «anges», «puissances», «principautés» et autres entités réelles ou, plus souvent, imaginaires, qui le remplaçaient et l’éclipsaient. Et l’auteur de l’Épître, l’un des disciples de l’apôtre Paul, rappelle à ses lecteurs qu’ayant le Messie pour Maître et Sauveur, les fidèles n’ont plus besoin de personne ni de rien. Sinon, à la place du Christ et du Royaume viennent des médiateurs sans fin, des hiérarchies, d’abord «célestes», puis terrestres. Et le christianisme comme vie avec le Christ dans son Royaume disparaît. À sa place vient une certaine religion qui promet tout, mais ne donne rien. Du moins rien de ce que le Christ peut donner.
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