1 Après qu'il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : " Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c'est lui qui nous a bâti la synagogue. " |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n'était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : " Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n'ai rang que de subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. " |
9 En entendant ces paroles, Jésus l'admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : " Je vous le dis : pas même en Israël je n'ai trouvé une telle foi. " |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en parfaite santé. |
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour. |
Aujourd’hui, nous revenons à une notion aussi fondamentale que la foi. Dans la Bible, ce mot signifie le plus souvent non pas simplement le fait de tenir une information pour vraie, mais la capacité, au moment critique, de «s’agripper» à Dieu, de s’appuyer sur lui comme sur une colonne solide ou un rocher.
Le récit d’aujourd’hui sur l’officier romain qui demandait à Jésus de guérir son serviteur, et que le Christ donne en exemple à ses disciples, l’illustre bien. Lui, homme de guerre élevé dans la discipline militaire, est absolument certain que son ordre sera exécuté, tout comme il est lui-même prêt à exécuter l’ordre de son commandant. Dans ses relations avec Dieu, cette certitude ne repose pas sur la discipline et l’ordre militaire, où le soldat est puni de mort pour désobéissance, mais sur quelque chose de non moins fort: précisément la foi.
À proprement parler, lorsque l’Écriture parle de foi, il s’agit d’une foi plus forte même que la mort, si bien que les malades sont guéris et les morts ressuscitent.
1 Après qu'il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : " Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c'est lui qui nous a bâti la synagogue. " |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n'était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : " Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n'ai rang que de subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. " |
9 En entendant ces paroles, Jésus l'admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : " Je vous le dis : pas même en Israël je n'ai trouvé une telle foi. " |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en parfaite santé. |
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour. |
Nous croyons tous que le Seigneur, qui a créé ce monde, possède un pouvoir absolu sur la nature. C'est aussi simple à imaginer qu'un officier commandant des soldats sur un terrain de parade: à son ordre, tous vont à droite; à un autre, à gauche!
Mais croyons-nous que le Seigneur puisse guérir un malade sous nos yeux, tout simplement: il dit un mot, et l'homme guérit? « Eh bien, dirons-nous, en théorie nous le croyons aussi... » Voyons-nous cette immense différence entre la foi théorique en la toute-puissance de Dieu et la foi en un miracle qui nous concerne directement? Dans l'esprit militaire du centurion romain, cet écart n'existait pas: sa foi n'était pas théorique, mais vivante, et le miracle eut lieu. Sans doute le Seigneur ne trouverait-il pas une telle foi non seulement en Israël...
1 Après qu'il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. |
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave. |
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : " Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ; |
5 il aime en effet notre nation, et c'est lui qui nous a bâti la synagogue. " |
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n'était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : " Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; |
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. |
8 Car moi, qui n'ai rang que de subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. " |
9 En entendant ces paroles, Jésus l'admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : " Je vous le dis : pas même en Israël je n'ai trouvé une telle foi. " |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en parfaite santé. |
Quelle est donc cette foi que le Seigneur n’a pas trouvée en Israël, comme Il le dit à propos de la foi du centurion de Capharnaüm ? Premièrement, le centurion professe sa foi en la nature divine du Christ. Il ne s’attend pas à ce que le Maître de Nazareth accomplisse la guérison en touchant le serviteur malade ou par quelque autre moyen exigeant Sa présence personnelle. Selon ses propres paroles, le centurion croit que la seule volonté du Christ, exprimée par Sa parole, suffit pour guérir. Il professe ainsi Sa volonté comme une puissance créatrice agissant dans le monde au-delà des limites des lois physiques, des lois de la nature. De même que les cent hommes placés sous le commandement du centurion lui obéissent, le monde entier obéit au Christ. On peut penser ainsi au Dieu tout-puissant et omniprésent, Créateur du ciel et de la terre, ou à Celui que Dieu Lui-même a envoyé dans le monde. Deuxièmement, cette foi oblige le centurion à porter d’abord son regard sur lui-même. Il ne pense pas à Dieu comme à un moyen de résoudre tel ou tel problème, mais comme à une Personne devant Laquelle il se tiendra lorsque Jésus viendra chez lui. Voilà pourquoi il dit qu’il n’est pas digne de cette visite. Ces deux aspects de la foi du centurion font de lui pour nous un exemple à suivre.
8 Car moi, qui n'ai rang que de subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. " |
9 En entendant ces paroles, Jésus l'admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : " Je vous le dis : pas même en Israël je n'ai trouvé une telle foi. " |
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en parfaite santé. |
Comme dans tous les cas de résurrection et de guérison mentionnés par les évangélistes, nous avons ici devant nous la manifestation du Royaume que Jésus a apporté dans le monde. Dans ce Royaume, il n'y a pas de place pour la maladie ni pour la mort, et quiconque entre en contact avec lui reçoit la vie et la santé dans toute leur plénitude, dans la mesure où une telle plénitude lui est accessible dans le cadre de l'humanité pas encore transformée.
Mais le Royaume n'est pas simplement un lieu ou un espace, même spécialement aménagé ou organisé d'une manière quelconque. Le Royaume est d'abord les relations qui lient les hommes au Christ et les uns aux autres. On pourrait même dire que le Royaume comme type particulier de lieu ou d'espace est déterminé par ces relations et dépend d'elles. En effet, si nous prenons par exemple le récit de la guérison du serviteur du centurion, il n'y a pas vraiment ici d'espace physique ou mystique continu unique : au moment où le serviteur du centurion fut guéri, Jésus se trouvait assez loin de lui, et le serviteur lui-même ne savait peut-être même pas que son maître demandait sa guérison. Mais il y a un seul espace spirituel, engendré par les relations d'amour et de confiance qui liaient le centurion à la fois à son serviteur et à Jésus.
Il est tout à fait évident que le centurion avait envers son serviteur, appelé directement esclave dans l'original, une attitude tout à fait particulière : un tel souci pour un esclave malade était manifestement inhabituel chez les Romains, nullement portés au sentimentalisme. De toute évidence, cet amour l'a contraint à se tourner vers le Maître, au sujet duquel circulaient toutes sortes de rumeurs parmi le peuple, mais dont on savait avec certitude qu'il guérissait tous ceux qui étaient prêts à lui faire confiance. Et le centurion réussit vraiment à faire confiance à Jésus d'une manière dont, selon le témoignage de Jésus lui-même, peu lui avaient fait confiance même parmi le peuple de Dieu, verset 9 : il n'osa pas appeler le Maître dans sa maison, étant pleinement certain que son seul désir suffirait pour la guérison, versets 6-8.
La mesure de la confiance et de l'amour se révéla si grande que le Royaume devint réalité non seulement pour le centurion lui-même, mais aussi pour son serviteur, qui ne vit pas Jésus du tout et ne savait peut-être même rien de lui. Ainsi les relations donnent naissance au Royaume. Et alors on comprend pourquoi Jésus est prêt à entrer dans toute maison où on l'attend. Car ceux qui l'attendent et le reçoivent accroissent par là l'espace du Royaume, devenant eux-mêmes une partie de celui-ci, et donc ses témoins et ses serviteurs. C'est ce genre de témoins et de serviteurs que Jésus veut voir en chacun de nous.
8 Car moi, qui n'ai rang que de subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. " |
Dans la traduction de Mgr Cassien, les paroles du centurion sonnent ainsi : « car moi aussi, je suis un homme placé sous autorité, ayant sous mes ordres des soldats, et je dis à l’un : "va", et il va ; et à un autre : "viens", et il vient ; et à mon serviteur : "fais cela", et il le fait ». Dans la traduction synodale, en revanche : « Car je suis aussi un homme soumis à l’autorité, mais, ayant sous mes ordres des soldats, je dis à l’un : va, et il va ; et à un autre : viens, et il vient ; et à mon serviteur : fais cela, et il le fait. »
Remarquons que, dans les deux cas, les équivalents russes du pronom « je/moi » et de l’adverbe « aussi » apparaissent dans un ordre différent. Cette différence n’est pas fortuite. Quelque chose a poussé les auteurs de la traduction synodale à changer l’ordre des mots (malgré le fait qu’il soit précisément ainsi dans l’original et dans toutes les traductions modernes et anciennes), rendant la phrase difficile à prononcer et peu naturelle en russe. Il est très vraisemblable qu’elle en est venue à signifier : « bien que je sois, moi aussi, un homme soumis à l’autorité, j’ai sous mes ordres... ». Et ce qu’est ce quelque chose, écarté par l’évêque Cassien, nous devons le comprendre, car cela donne beaucoup, à ce qu’il nous semble, pour comprendre le texte.
Si le centurion dit : moi aussi, je suis un homme placé sous autorité, cela signifie qu’il veut dire : moi, comme quelqu’un d’autre (I am also – comme dans la plupart des traductions anglaises). Et qui est cet autre ? Mais il parle avec Jésus. Toutes ces paroles Lui sont adressées... Au fond, le centurion parle ainsi. Au-dessus de moi, il y a une autorité ; j’ai des subordonnés ; il existe une certaine hiérarchie sociale à trois niveaux, dans laquelle il se tient au milieu, entre le niveau inférieur et le niveau supérieur. Et voilà qu’il dit à Jésus : comme Toi. C’est-à-dire : Toi aussi, Tu as au-dessus de Toi Quelqu’un à qui Tu Te soumets, comme moi je me soumets à l’autorité. Et ce quelqu’un est, sans aucun doute, Dieu. Il transpose involontairement cette hiérarchie à trois niveaux, à laquelle il est lui-même habitué, à toute l’organisation de l’univers. Et il place Jésus au milieu, comme médiateur entre Dieu et l’homme.
Pour nous, il n’en est absolument pas ainsi. Car Jésus n’est pas un médiateur : Il est Dieu Lui-même. C’est précisément pourquoi, dans la traduction synodale, ces deux mots ont été inversés et ce sens a été entièrement retiré du texte. Mais si l’on se tourne vers le texte corrigé...
Cependant, cela ne doit en aucun cas nous effrayer ; il n’y a là rien de terrible. Au contraire, c’est un motif non de doute, mais d’admiration, d’admiration devant notre Seigneur, devant Son humilité, prête à Se reconnaître seulement comme médiateur et à déclarer la foi du centurion meilleure que celle qu’Il avait trouvée en Israël. Notons-le : seules des caractéristiques comparatives sont employées ici ; la foi du centurion n’est nullement reconnue comme idéal de foi pour tous les temps et tous les peuples. Mais c’était déjà une percée, déjà un pas : voir en Lui l’envoyé de Dieu, l’Homme qui se soumet à Dieu, c’est déjà énormément, et le Seigneur estime tant ce pas.
Le Seigneur estime d’ailleurs chacun de nos petits pas. Même si, partant d’une foi toute primitive, nous avons fait un petit pas vers la compréhension de quelque chose d’un peu plus complexe, le Seigneur l’estime déjà énormément et ne ménage ni les louanges ni l’aide entière. Il nous semble que ce texte, tel que nous le lisons chez l’évêque Cassien, est un témoignage étonnant de l’humilité du Seigneur et de Son ineffable bonté.
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour. |
L'évangéliste Luc accorde une importance particulière aux guérisons accomplies par le Seigneur Jésus. Pour lui, en tant que médecin, peut-être mieux que pour d'autres, le caractère miraculeux de ces guérisons est visible et important. À plus forte raison la résurrection du fils de la veuve de Naïn ne pouvait manquer d'attirer son attention, et lui seul parmi les évangélistes en parle. Il est donc très important de lire attentivement son récit pour comprendre ce qui est essentiel pour l'évangéliste lui-même.
Luc parle du pouvoir du Seigneur Jésus Christ sur la mort, et nous voyons clairement le caractère divin de ce pouvoir. Les paroles du Christ résonnent comme un ordre : « Jeune homme, Je te le dis, lève-toi » (le slave « vostani » rend ici beaucoup plus précisément le sens du grec egertheti, qui est l'impératif de « ressusciter »). Il n'y a rien de commun ici avec ce que l'on appelait autrefois « galvanisation d'un cadavre » : le Seigneur ne commande pas simplement de se lever, mais de revenir à la vie depuis le seuil de la mort. En nous imaginant dans la foule qui entourait les funérailles, nous comprenons aisément pourquoi l'évangéliste souligne la crainte qui saisit tous. Dans cette résurrection, Dieu Lui-même entre dans notre vie, et l'évangéliste attire spécialement notre attention sur cela.
En lisant son récit, il est important de regarder de près certains détails. L'évangéliste dit que ce jeune homme était le fils unique de sa mère, qui était veuve. Par conséquent, avec sa mort, cette femme perdait tout. Non seulement son fils était mort, ce qui est en soi une tragédie indicible pour une mère, mais avec sa mort elle perdait tous ses droits et son statut. La femme, à cette époque, n'était pas un membre autonome de la société, comme c'est encore le cas aujourd'hui dans certains pays islamiques. Si elle n'était pas sous la protection d'un père, d'un mari, d'un frère ou d'un fils, elle n'était tout simplement pas considérée comme une personne. C'est précisément pour cette raison, notamment, que le Seigneur, du haut de la Croix, confie Sa Mère au disciple bien-aimé.
Et ici l'évangéliste Luc dit que le Seigneur eut compassion de la femme devenue sans soutien. Trois moments clés nous sont proposés par l'évangéliste : « terrible tragédie, Jésus eut compassion, ressuscite ! ». Ainsi, en même temps que Sa divinité et inséparablement d'elle, nous voyons dans le Seigneur ce qui nous est familier et que, pour cette raison, nous appelons humain. Les anciens théologiens de l'époque des controverses christologiques aimaient distinguer dans les actions du Christ le divin et l'humain. Ici nous voyons à quel point, en réalité, l'un est inséparable de l'autre.
Et, bien sûr, dans notre vie pratique, ce que fait le Christ a pour nous une immense importance. Le Seigneur ne se lance pas dans des explications, Il ne parle pas du sens purificateur de la souffrance ni de l'inévitabilité de la mort ; rien de semblable à notre « Dieu a donné, Dieu a repris » ne sort de Sa bouche. Car tout cela, ce sont des paroles qui ne peuvent consoler une femme en larmes. Que lui importent ces profondeurs théologiques... Jésus a pitié d'elle et de son fils, et Sa compassion renverse toutes les lois de ce monde. Car le jeune homme était sans doute malade de quelque chose, ou bien il y avait encore quelque autre cause « naturelle » à cette mort. Mais tout cela devient sans importance, parce que le Fils de Dieu a pitié de ces personnes et leur donne la vie. Au fond, c'est cela l'essentiel de l'Évangile, la Bonne Nouvelle de la miséricorde du Créateur.
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour. |
Pour les Juifs, la mort et tout ce qui s’y rapporte étaient considérés comme impurs : on enterrait les morts avant le coucher du soleil, les cimetières se trouvaient hors de la ville et un Juif observant ne devait pas toucher un cadavre. Mais, rencontrant un cortège funèbre aux portes de la ville de Naïn, Jésus enfreint de manière inattendue les interdits traditionnels sous les yeux de tous. Il adresse des paroles de consolation à une femme inconnue et touche le garçon mort. Cela seul aurait dû étonner ceux qui L’entouraient. Mais pour le Seigneur, aucune interdiction ne tient lorsqu’il s’agit des plus pauvres et des plus démunis, parmi lesquels se trouve cette veuve qui a perdu son unique soutien. Il n’attend pas qu’elle s’adresse elle-même à Lui ; Il vient à sa rencontre, non seulement pour la consoler, mais aussi pour accomplir un véritable miracle : lui rendre le fils qu’elle pleure. Parfois, nous sommes si profondément plongés dans notre douleur que nous ne pouvons pas discerner Jésus qui marche à nos côtés. Nous ne Le remarquons que lorsqu’Il a déjà accompli en nous le miracle de Sa Résurrection, lorsque la joie de Sa présence germe de manière inattendue au lieu même de la tristesse et de la souffrance.
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour. |
Dans la résurrection du fils de la veuve de Naïn, on peut voir un signe messianique donné au peuple, ou bien y voir un acte prophétique visible, l'annonce de la résurrection à venir. De telles interprétations ne sont sans doute pas fausses, mais il convient néanmoins de remarquer que le ressuscité était le fils unique d'une veuve qui n'avait personne d'autre pour la soutenir dans sa vieillesse. L'heure de la résurrection universelle et de la victoire sur la mort n'était pas encore venue ; les quelques personnes rendues à la vie revenaient à une vie temporaire, et leur résurrection pourrait, pour cette raison, paraître inutile à certains. Mais Sa miséricorde et Son amour véritable pour les hommes ne sont pas inutiles : dès la vie terrestre, ils montrent que la vie et la miséricorde ont un seul Donateur.
La renommée de Jésus grandit. Mais les hommes Le considèrent toujours comme un prophète et ne voient pas qu'Il est plus qu'un prophète. Ils exigeront encore longtemps de Lui des miracles pratiques, sans vouloir comprendre que ce qu'Il a apporté au monde dépasse tout ce qui est accessible à l'imagination humaine. Mais pouvons-nous affirmer qu'aujourd'hui encore nous le comprenons dans toute sa plénitude ?..
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
Les résurrections de morts accomplies par Jésus ont toujours attiré une attention particulière. Ce n’est pas étonnant : tous ces événements sont d’ordinaire perçus dans le contexte des représentations bibliques de la résurrection générale, du Jugement dernier, et, dans le contexte néotestamentaire, du retour du Sauveur et du triomphe définitif du Royaume. Bien sûr, de tels parallèles sont tout à fait possibles. Et pourtant, il est important de voir non seulement la ressemblance, mais aussi la différence entre ces résurrections et cette résurrection générale au jour du Jugement dont nous parle, par exemple, le Livre de l’Apocalypse.
En effet, lorsqu’il s’agit du Jugement dernier et du triomphe du Royaume, il faut aussi parler de la pleine transfiguration de la nature de ce monde, y compris de la nature même de l’homme ; appliqué à l’homme, les Pères de l’Église appelaient directement ce processus « divinisation », non pas, bien sûr, au sens où l’homme devient Dieu, mais au sens où sa nature devient compatible avec la nature du Royaume de Dieu.
Pourtant, les personnes ressuscitées par Jésus retournent à leur vie antérieure, à cette vie du monde non transfiguré qu’elles menaient avant de mourir. Mais ce retour aussi était la conséquence de l’action de cette force du Royaume sans laquelle il ne peut y avoir de vie ni dans le Royaume ni dans le monde encore non transfiguré par la force du Royaume.
Pourquoi donc les personnes ressuscitées par Jésus ressuscitent-elles non pas pour la vie du Royaume, mais pour la vie du monde non transfiguré ? Sans doute parce que le Royaume lui-même ne s’est pas encore révélé dans sa plénitude. Car nous vivons à l’époque non du Royaume déjà advenu, mais du Royaume qui vient. Et ceux qui vivent à notre époque ne naissent pas habitants du Royaume et ne s’y trouvent pas automatiquement ; ils doivent faire leur choix et fournir des efforts pour y entrer.
C’est pourquoi ceux qui sont entrés en contact avec le Royaume reçoivent cette plénitude de vie qui leur est propre comme habitants de leur époque. La suite dépend d’eux-mêmes, de leur choix, de leur désir. Pour les uns, le retour à la vie de notre monde, dans lequel le Royaume entre, peut ne devenir qu’un délai sur le chemin de la mort inévitable dans le monde non transfiguré. Pour d’autres, il peut devenir le premier pas sur le chemin du Royaume.
11 Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. |
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. |
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : " Ne pleure pas. " |
14 Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : " Jeune homme, je te le dis, lève-toi. " |
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. |
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : " Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. " |
Aujourd'hui, alors que l'Église nous appelle à concentrer notre regard de prière sur la manifestation de la résurrection du fils de la veuve de Naïn, on a envie, comme en contemplant ce texte à la manière d'une icône, d'arrêter son attention sur les mots : « ...et il le rendit [Jésus] à sa mère ». On dirait un détail tout à fait insignifiant, qui n'influe pas vraiment sur la composante narrative du texte, autrement dit quelque chose qui va de soi et n'arrête donc pas notre attention. Et c'est justement sur ce détail qu'il faut porter une attention plus vive, parce qu'un sens très profond y est déposé ; peut-être est-il le plus important de tout le texte, malgré, ou peut-être grâce à, sa discrétion. Car dans la parole de Dieu il n'y a pas une seule virgule superflue ou inutile ; tout y est concentré au plus haut point, uni et sans vide.
Ainsi, « et il le rendit [Jésus] à sa mère ». Dans ces mots se trouve tout le sens de la résurrection. Souvent les athées nous reprochent de croire à des « contes » simplement parce que nous avons peur de la mort. Eux, disent-ils, bien qu'ils aient peur comme tout le monde, surmontent courageusement cette peur en eux-mêmes. Les voilà donc forts et courageux, tandis que nous serions faibles et agrippés sans défense à des illusions. Mais en réalité il faut leur transmettre d'une manière ou d'une autre cette chose simple : ce qui nous est précieux, ce n'est pas notre immortalité, pas du tout. Ce qui est important pour nous est tout autre, saint et incorruptible : l'amour. L'amour d'une mère pour son fils, du fils pour sa mère, l'amour d'un petit-fils pour sa grand-mère et son grand-père, et des grands-parents pour leur petit-fils, l'amour pour le mari et pour la femme, l'amour pour les amis, pour les maîtres, l'amour pour une personne vivante et concrète. Voilà le sens de la résurrection.
Un jour, un prêtre desservant l'église d'un hôpital où de petits et de grands enfants mouraient du cancer racontait l'histoire d'un garçon qui mourait lui aussi et qui, avant sa mort, en se confessant, avait dit qu'il avait terriblement peur d'être un mauvais chrétien parce qu'il ne croyait pas beaucoup à l'existence après la mort. Le prêtre lui répondit que, tout au contraire, cela montrait qu'il était un vrai chrétien, honnête. Ce qui nous est cher, ce n'est pas l'immortalité personnelle, ni la vie paradisiaque qui nous attendrait comme récompense des souffrances terrestres, ni les fantasmes sur les beautés de l'au-delà qui agitent notre esprit, mais quelque chose qui naît dans le tissu même de cette vie terrestre : l'amour pour maman, qui t'a mis au monde, pour papa, pour le petit frère, pour la petite sœur. Voilà sur quoi nous concentrons le regard de notre pensée lorsque nous pensons à la fin de notre existence. Et voilà ce que l'Évangile nous dit aujourd'hui avec tant d'évidence, si nous ne passons pas à côté de paroles qui paraissent si compréhensibles.
46 " Pourquoi m'appelez-vous "Seigneur, Seigneur", et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 " Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s'est rué sur cette maison, mais il n'a pu l'ébranler, parce qu'elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n'a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s'est rué sur elle, et aussitôt elle s'est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! " |
1 Après qu'il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. |
Pour comprendre justement les paroles du Sauveur, il est important d'imaginer comment on construisait les maisons en Judée, et dans toute la Palestine, aux temps évangéliques. Le sol de la plus grande partie de la Palestine est pierreux ; il n'y avait pas besoin des fondations puissantes nécessaires sur des sols argileux ou sablonneux. Il suffisait de dégager la couche supérieure d'alluvions, généralement assez mince, pour atteindre la pierre. Ensuite on posait une fondation très simple, dont la base était formée de grosses pierres d'angle, les pierres angulaires. Mais enlever la couche supérieure était absolument nécessaire, sans quoi, en hiver, pendant la saison des pluies, lorsque des torrents descendent des montagnes vers les vallées, la maison aurait presque certainement « glissé ».
Le Sauveur compare manifestement la vie spirituelle à une maison qu'il n'est sensé de bâtir que sur le roc, après l'avoir préalablement débarrassé de tout ce qui peut gêner la construction. L'image de la maison bâtie sur le roc devait rappeler aux auditeurs qu'écouter et entendre ne sont pas la même chose. Celui qui a entendu passera nécessairement des paroles aux actes, mettant en pratique ce qu'il a entendu. Mais il y aura évidemment aussi ceux qui, après avoir tout écouté, ne voudront rien changer dans leur vie.
Ce n'est pas étonnant : dans la vie spirituelle, le rôle principal n'appartient ni à l'intelligence ni au sentiment, mais à la volonté. C'est par les actes de volonté que se manifeste le « moi » spirituel de l'homme, qui constitue le centre de la personne humaine. Mais souvent l'homme lui-même ne s'en rend pas compte, du moins dans la vie pratique. Et il vit sans comprendre ni les causes véritables ni la véritable portée de ses décisions et de ses actes.
Une telle vie spirituelle inconsciente ressemble vraiment à une maison bâtie sur le sable : les actes de volonté qui déterminent la vie spirituelle de l'homme restent pour la plupart non réfléchis, souvent même inaperçus, de sorte que l'homme, spirituellement, et parfois pas seulement spirituellement, vit littéralement sans savoir comment.
Toute pensée surgie soudain dans l'esprit et tout sentiment ayant saisi le cœur peuvent conduire à des décisions et à des actes totalement inattendus pour l'homme lui-même, qu'il ne peut souvent ni comprendre ni expliquer. Seule la pleine conscience de chaque choix fait et de chaque décision prise rend la vie spirituelle de l'homme, comme sa vie en général, intérieurement entière et cohérente. Alors chacun de ses actes procède de la profondeur de son « moi » spirituel. Sa vie spirituelle se trouve fondée non sur le sable mouvant de pensées et de sentiments fortuits, mais sur le roc d'un choix conscient.
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