1 Isaac était devenu vieux et ses yeux avaient faibli jusqu'à ne plus voir. Il appela son fils aîné Ésaü : Mon fils ! lui dit-il, et celui-ci répondit : Oui ! |
2 Il reprit : Tu vois, je suis vieux et je ne connais pas le jour de ma mort. |
3 Maintenant, prends tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier. |
4 Apprête-moi un régal comme j'aime et apporte-le moi, que je mange, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. - |
5 Or Rébecca écoutait pendant qu'Isaac parlait à son fils Ésaü. - Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père. |
6 Rébecca dit à son fils Jacob : Je viens d'entendre ton père dire à ton frère Ésaü : |
7 Apporte-moi du gibier et apprête-moi un régal, je mangerai et je te bénirai devant Yahvé avant de mourir. |
8 Maintenant, mon fils, écoute-moi et fais comme je t'ordonne. |
9 Va au troupeau et apporte-moi de là deux beaux chevreaux, et j'en préparerai un régal pour ton père, comme il aime. |
10 Tu le présenteras à ton père et il mangera, afin qu'il te bénisse avant de mourir. |
11 Jacob dit à sa mère Rébecca : Vois : mon frère Ésaü est velu, et moi j'ai la peau bien lisse. |
12 Peut-être mon père va-t-il me tâter, il verra que je me suis moqué de lui et j'attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. |
13 Mais sa mère lui répondit : Je prends sur moi ta malédiction, mon fils ! Écoute-moi seulement et va me chercher les chevreaux. |
14 Il alla les chercher et les apporta à sa mère qui apprêta un régal comme son père aimait. |
15 Rébecca prit les plus beaux habits d'Ésaü, son fils aîné, qu'elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet. |
16 Avec la peau des chevreaux elle lui couvrit les bras et la partie lisse du cou. |
17 Puis elle mit le régal et le pain qu'elle avait apprêtés entre les mains de son fils Jacob. |
18 Il alla auprès de son père et dit : Mon père ! Celui-ci répondit : Oui ! Qui es-tu, mon fils ? |
19 Jacob dit à son père : Je suis Ésaü, ton premier-né, j'ai fait ce que tu m'as commandé. Lève-toi, je te prie, assieds-toi et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse. |
20 Isaac dit à son fils Jacob : Comme tu as trouvé vite, mon fils ! - C'est, répondit-il, que Yahvé ton Dieu m'a été propice. |
21 Isaac dit à Jacob : Approche-toi donc, que je te tâte, mon fils, pour savoir si, oui ou non, tu es mon fils Ésaü. |
22 Jacob s'approcha de son père Isaac, qui le tâta et dit : La voix est celle de Jacob, mais les bras sont ceux d'Ésaü ! |
23 Il ne le reconnut pas car ses bras étaient velus comme ceux d'Ésaü son frère, et il le bénit. |
24 Il dit : Tu es bien mon fils Ésaü ? et l'autre répondit : Oui. |
25 Isaac reprit : Sers-moi et que je mange de la chasse de mon fils, afin que mon âme te bénisse. Il le servit et il mangea, il lui présenta du vin et il but. |
26 Son père Isaac lui dit : Approche-toi et embrasse-moi, mon fils ! |
27 Il s'approcha et embrassa son père, qui respira l'odeur de ses vêtements. Il le bénit ainsi : Oui, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile que Yahvé a béni. |
28 Que Dieu te donne la rosée du ciel et les gras terroirs, froment et vin en abondance! |
29 Que les peuples te servent, que des nations se prosternent devant toi ! Sois un maître pour tes frères, que se prosternent devant toi les fils de ta mère ! Maudit soit qui te maudira, Béni soit qui te bénira ! |
30 Isaac avait achevé de bénir Jacob et Jacob sortait tout juste de chez son père Isaac lorsque son frère Ésaü rentra de la chasse. |
31 Lui aussi apprêta un régal et l'apporta à son père. Il lui dit : Que mon père se lève et mange de la chasse de son fils, afin que ton âme me bénisse ! |
32 Son père Isaac lui demanda : Qui es-tu ? - Je suis, répondit-il, ton fils premier-né Ésaü. |
33 Alors Isaac fut secoué d'un très grand frisson et dit : Quel est donc celui-là qui a chassé du gibier et me l'a apporté ? De confiance j'ai mangé avant que tu ne viennes et je l'ai béni, et il restera béni ! |
34 Lorsque Ésaü entendit les paroles de son père, il cria avec beaucoup de force et d'amertume et dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! |
35 Mais celui-ci répondit : Ton frère est venu par ruse et a pris ta bénédiction. |
36 Ésaü reprit : Est-ce parce qu'il s'appelle Jacob qu'il m'a supplanté ces deux fois ? Il avait pris mon droit d'aînesse et voilà maintenant qu'il a pris ma bénédiction ! Mais, ajouta-t-il, ne m'as-tu pas réservé une bénédiction ? |
37 Isaac, prenant la parole, répondit à Ésaü : Je l'ai établi ton maître, je lui ai donné tous ses frères comme serviteurs, je l'ai pourvu de froment et de vin. Que pourrais-je faire pour toi, mon fils ? |
38 Ésaü dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! Isaac resta silencieux et Ésaü se mit à pleurer. |
39 Alors son père Isaac prit la parole et dit : Loin des gras terroirs sera ta demeure, loin de la rosée qui tombe du ciel. |
40 Tu vivras de ton épée, tu serviras ton frère. Mais, quand tu t'affranchiras, tu secoueras son joug de dessus ton cou. |
41 Ésaü prit Jacob en haine à cause de la bénédiction que son père avait donnée à celui-ci et il se dit en lui-même : Proche est le temps où l'on fera le deuil de mon père. Alors je tuerai mon frère Jacob. |
42 Lorsqu'on rapporta à Rébecca les paroles d'Ésaü, son fils aîné, elle fit appeler Jacob, son fils cadet, et lui dit : Ton frère Ésaü veut se venger de toi en te tuant. |
43 Maintenant, mon fils, écoute-moi: pars, enfuis-toi chez mon frère Laban à Harân. |
44 Tu habiteras avec lui quelque temps, jusqu'à ce que se détourne la fureur de ton frère, |
45 jusqu'à ce que la colère de ton frère se détourne de toi et qu'il oublie ce que tu lui as fait; alors je t'enverrai chercher là-bas. Pourquoi vous perdrais-je tous les deux en un seul jour ? Isaac envoie Jacob chez Laban. |
46 Rébecca dit à Isaac : Je suis dégoûtée de la vie à cause des filles de Hèt. Si Jacob épouse une des filles de Hèt comme celles-là, une des filles du pays, que m'importe la vie ? |
L'histoire de la bénédiction de Jacob peut paraître au lecteur moderne étrange, pour le moins. Quel sens peut bien avoir une bénédiction volée ? Quant à la tromperie comme telle, il n'y a pas à en discuter : tout est clair. Pourtant, pour Jacob, il ne s'agissait sans doute pas de tromperie : il avait pris tout à fait au sérieux la vente par Ésaü de son droit d'aînesse (« primogéniture »), et pouvait donc se considérer en droit de recevoir aussi la bénédiction de son père. En ce temps-là, une telle bénédiction signifiait le choix du successeur auquel devait revenir, à terme, le pouvoir du chef. En bénissant Jacob, Isaac lui transmettait précisément ce que supposait le droit d'aînesse : la place de chef de la tribu après sa mort. Dans ce cas se pose une question logique : pourquoi Isaac ne pouvait-il pas changer sa décision après avoir appris qu'il avait été trompé ?
Pour répondre à cette question, il importe de garder à l'esprit la manière dont on comprenait alors la bénédiction. Il ne s'agissait pas seulement d'une sanction autorisant la transmission du pouvoir. La bénédiction n'était pas un moment purement rituel, une simple formalité à coloration religieuse. On la considérait avant tout comme un acte de transmission d'une force, cette force même que tous connaissaient alors, force à la base de l'univers, dont Isaac et les siens considéraient le Dieu d'Abraham comme la source. On savait de cette force qu'elle se manifestait d'une manière particulière en certains lieux, comme on savait aussi que les dieux et les esprits la possédaient : c'est elle qui leur donnait des capacités et des propriétés surhumaines. Quelques hommes choisis possédaient aussi cette force ; ils ne devenaient certes pas des dieux ni des esprits, mais la force leur donnait certaines capacités ou quelque propriété inhabituelle. Elle pouvait, par exemple, aider quelqu'un à devenir un grand guerrier, fort non seulement physiquement, mais maîtrisant aussi des techniques spéciales de magie guerrière. Elle pouvait lui permettre de communiquer avec les esprits et de voir le monde spirituel, bien entendu le monde déchu.
Cette force était également nécessaire pour être chef : le chef avait besoin de qualités particulières qu'il était impossible d'acquérir sans posséder cette force. Celui qui possédait la force pouvait la donner à un autre, mais une seule fois, car il était déjà impossible de la reprendre. Cette transmission de force s'appelait bénédiction ; la malédiction, au contraire, était une action visant à priver l'homme de force. C'est par une telle bénédiction qu'Isaac bénit Jacob ; c'est pourquoi, ayant appris la tromperie, il ne pouvait plus rien changer. Jacob, lui, était convaincu que le pouvoir était désormais entre ses mains : Ésaü lui avait vendu son droit d'aînesse, et son père lui avait donné sa force de chef.
1 Isaac était devenu vieux et ses yeux avaient faibli jusqu'à ne plus voir. Il appela son fils aîné Ésaü : Mon fils ! lui dit-il, et celui-ci répondit : Oui ! |
2 Il reprit : Tu vois, je suis vieux et je ne connais pas le jour de ma mort. |
3 Maintenant, prends tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier. |
4 Apprête-moi un régal comme j'aime et apporte-le moi, que je mange, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. - |
5 Or Rébecca écoutait pendant qu'Isaac parlait à son fils Ésaü. - Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père. |
6 Rébecca dit à son fils Jacob : Je viens d'entendre ton père dire à ton frère Ésaü : |
7 Apporte-moi du gibier et apprête-moi un régal, je mangerai et je te bénirai devant Yahvé avant de mourir. |
8 Maintenant, mon fils, écoute-moi et fais comme je t'ordonne. |
9 Va au troupeau et apporte-moi de là deux beaux chevreaux, et j'en préparerai un régal pour ton père, comme il aime. |
10 Tu le présenteras à ton père et il mangera, afin qu'il te bénisse avant de mourir. |
11 Jacob dit à sa mère Rébecca : Vois : mon frère Ésaü est velu, et moi j'ai la peau bien lisse. |
12 Peut-être mon père va-t-il me tâter, il verra que je me suis moqué de lui et j'attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. |
13 Mais sa mère lui répondit : Je prends sur moi ta malédiction, mon fils ! Écoute-moi seulement et va me chercher les chevreaux. |
14 Il alla les chercher et les apporta à sa mère qui apprêta un régal comme son père aimait. |
15 Rébecca prit les plus beaux habits d'Ésaü, son fils aîné, qu'elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet. |
16 Avec la peau des chevreaux elle lui couvrit les bras et la partie lisse du cou. |
17 Puis elle mit le régal et le pain qu'elle avait apprêtés entre les mains de son fils Jacob. |
18 Il alla auprès de son père et dit : Mon père ! Celui-ci répondit : Oui ! Qui es-tu, mon fils ? |
19 Jacob dit à son père : Je suis Ésaü, ton premier-né, j'ai fait ce que tu m'as commandé. Lève-toi, je te prie, assieds-toi et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse. |
20 Isaac dit à son fils Jacob : Comme tu as trouvé vite, mon fils ! - C'est, répondit-il, que Yahvé ton Dieu m'a été propice. |
21 Isaac dit à Jacob : Approche-toi donc, que je te tâte, mon fils, pour savoir si, oui ou non, tu es mon fils Ésaü. |
22 Jacob s'approcha de son père Isaac, qui le tâta et dit : La voix est celle de Jacob, mais les bras sont ceux d'Ésaü ! |
23 Il ne le reconnut pas car ses bras étaient velus comme ceux d'Ésaü son frère, et il le bénit. |
24 Il dit : Tu es bien mon fils Ésaü ? et l'autre répondit : Oui. |
25 Isaac reprit : Sers-moi et que je mange de la chasse de mon fils, afin que mon âme te bénisse. Il le servit et il mangea, il lui présenta du vin et il but. |
26 Son père Isaac lui dit : Approche-toi et embrasse-moi, mon fils ! |
27 Il s'approcha et embrassa son père, qui respira l'odeur de ses vêtements. Il le bénit ainsi : Oui, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile que Yahvé a béni. |
28 Que Dieu te donne la rosée du ciel et les gras terroirs, froment et vin en abondance! |
29 Que les peuples te servent, que des nations se prosternent devant toi ! Sois un maître pour tes frères, que se prosternent devant toi les fils de ta mère ! Maudit soit qui te maudira, Béni soit qui te bénira ! |
30 Isaac avait achevé de bénir Jacob et Jacob sortait tout juste de chez son père Isaac lorsque son frère Ésaü rentra de la chasse. |
31 Lui aussi apprêta un régal et l'apporta à son père. Il lui dit : Que mon père se lève et mange de la chasse de son fils, afin que ton âme me bénisse ! |
32 Son père Isaac lui demanda : Qui es-tu ? - Je suis, répondit-il, ton fils premier-né Ésaü. |
33 Alors Isaac fut secoué d'un très grand frisson et dit : Quel est donc celui-là qui a chassé du gibier et me l'a apporté ? De confiance j'ai mangé avant que tu ne viennes et je l'ai béni, et il restera béni ! |
34 Lorsque Ésaü entendit les paroles de son père, il cria avec beaucoup de force et d'amertume et dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! |
35 Mais celui-ci répondit : Ton frère est venu par ruse et a pris ta bénédiction. |
36 Ésaü reprit : Est-ce parce qu'il s'appelle Jacob qu'il m'a supplanté ces deux fois ? Il avait pris mon droit d'aînesse et voilà maintenant qu'il a pris ma bénédiction ! Mais, ajouta-t-il, ne m'as-tu pas réservé une bénédiction ? |
37 Isaac, prenant la parole, répondit à Ésaü : Je l'ai établi ton maître, je lui ai donné tous ses frères comme serviteurs, je l'ai pourvu de froment et de vin. Que pourrais-je faire pour toi, mon fils ? |
38 Ésaü dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! Isaac resta silencieux et Ésaü se mit à pleurer. |
39 Alors son père Isaac prit la parole et dit : Loin des gras terroirs sera ta demeure, loin de la rosée qui tombe du ciel. |
40 Tu vivras de ton épée, tu serviras ton frère. Mais, quand tu t'affranchiras, tu secoueras son joug de dessus ton cou. |
41 Ésaü prit Jacob en haine à cause de la bénédiction que son père avait donnée à celui-ci et il se dit en lui-même : Proche est le temps où l'on fera le deuil de mon père. Alors je tuerai mon frère Jacob. |
Aujourd'hui, nous lisons une histoire très connue : Jacob obtint par ruse de son père Isaac la bénédiction qui, selon les lois humaines, « revenait » au fils aîné, Ésaü. Elle prolonge le récit encore plus célèbre du chroniqueur sur la vente du droit d'aînesse pour un plat de lentilles. Jacob trompe son père afin d'obtenir sa bénédiction, afin de devenir l'héritier de l'alliance avec Dieu.
S'adressant à Moïse, le Seigneur Se nomme : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ». Mais selon les lois, du moins selon les lois humaines, on aurait dû entendre : « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Ésaü »... De quoi s'agit-il donc ? Dieu approuverait-Il la tromperie envers son propre vieux père presque aveugle, à la suite de laquelle Jacob devient l'héritier de l'alliance ? Vraiment ?..
De telles questions troublantes surgissent chez la plupart des personnes qui lisent cette histoire. Mais Dieu ne peut approuver l'injustice, et il faut penser que ce n'est pas la tromperie qui trouve la bénédiction de Dieu dans les actes de Jacob. L'hypothèse la plus raisonnable paraît être qu'il existe une qualité principale de Jacob qui le distingue d'Ésaü : lui, Jacob, a absolument besoin de cette alliance. Ésaü, autant qu'on peut en juger d'après le récit du chroniqueur, est au fond indifférent à Dieu et à l'alliance. Les biens dus en vertu de l'alliance peuvent encore l'intéresser ; il aborde l'alliance de manière pragmatique. Jacob, lui, va jusqu'à la tromperie, pourvu qu'il ne soit pas rejeté hors de l'alliance avec Dieu.
Peut-être sommes-nous appelés à imiter non pas la manière dont Jacob obtient la bénédiction, mais l'intensité avec laquelle il en a besoin. Car « de droit », bien sûr, nous devrions être considérés comme participants de la Nouvelle Alliance, par le droit du baptême ou par quelque autre droit. Mais en incluant ce passage parmi les lectures du Grand Carême, l'Église nous propose peut-être une pensée simple : si l'on s'appuie sur ce qui appartient selon le droit humain, on peut tout perdre. Dieu n'accueille pas ceux qui sont comme Ésaü ! Il aime Jacob (bien sûr, en tenant compte du fait que le mensonge Lui est odieux) ! Le besoin de Dieu, voilà l'essentiel que nous pourrions apprendre ici.
Et l'on remarque encore une certaine étrangeté dans la logique du chroniqueur. Les deux frères n'auraient-ils pas pu hériter de la bénédiction ? Isaac n'aurait-il pas pu les bénir tous les deux ? Après tout, Dieu n'aurait-Il pas pu bénir les deux par l'intermédiaire d'Isaac ? On pourrait sans doute répondre affirmativement à toutes ces questions.
Mais Isaac n'est pas un robot. Ses représentations de l'alliance et de l'héritage de la bénédiction ne peuvent être modifiées « d'un geste de la main ». Il n'est pas un maillon passif dans la transmission de la bénédiction, et Dieu condescend à en tenir compte. Peut-être, d'un autre point de vue, la position d'Isaac paraîtra-t-elle « trop étroite ». Mais Dieu s'y adapte autant que possible. C'est un fait saisissant, dont il faut se souvenir pour ne pas exagérer le rôle de nos propres représentations.
1 Isaac était devenu vieux et ses yeux avaient faibli jusqu'à ne plus voir. Il appela son fils aîné Ésaü : Mon fils ! lui dit-il, et celui-ci répondit : Oui ! |
2 Il reprit : Tu vois, je suis vieux et je ne connais pas le jour de ma mort. |
3 Maintenant, prends tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier. |
4 Apprête-moi un régal comme j'aime et apporte-le moi, que je mange, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. - |
5 Or Rébecca écoutait pendant qu'Isaac parlait à son fils Ésaü. - Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père. |
6 Rébecca dit à son fils Jacob : Je viens d'entendre ton père dire à ton frère Ésaü : |
7 Apporte-moi du gibier et apprête-moi un régal, je mangerai et je te bénirai devant Yahvé avant de mourir. |
8 Maintenant, mon fils, écoute-moi et fais comme je t'ordonne. |
9 Va au troupeau et apporte-moi de là deux beaux chevreaux, et j'en préparerai un régal pour ton père, comme il aime. |
10 Tu le présenteras à ton père et il mangera, afin qu'il te bénisse avant de mourir. |
11 Jacob dit à sa mère Rébecca : Vois : mon frère Ésaü est velu, et moi j'ai la peau bien lisse. |
12 Peut-être mon père va-t-il me tâter, il verra que je me suis moqué de lui et j'attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. |
13 Mais sa mère lui répondit : Je prends sur moi ta malédiction, mon fils ! Écoute-moi seulement et va me chercher les chevreaux. |
14 Il alla les chercher et les apporta à sa mère qui apprêta un régal comme son père aimait. |
15 Rébecca prit les plus beaux habits d'Ésaü, son fils aîné, qu'elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet. |
16 Avec la peau des chevreaux elle lui couvrit les bras et la partie lisse du cou. |
17 Puis elle mit le régal et le pain qu'elle avait apprêtés entre les mains de son fils Jacob. |
18 Il alla auprès de son père et dit : Mon père ! Celui-ci répondit : Oui ! Qui es-tu, mon fils ? |
19 Jacob dit à son père : Je suis Ésaü, ton premier-né, j'ai fait ce que tu m'as commandé. Lève-toi, je te prie, assieds-toi et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse. |
20 Isaac dit à son fils Jacob : Comme tu as trouvé vite, mon fils ! - C'est, répondit-il, que Yahvé ton Dieu m'a été propice. |
21 Isaac dit à Jacob : Approche-toi donc, que je te tâte, mon fils, pour savoir si, oui ou non, tu es mon fils Ésaü. |
22 Jacob s'approcha de son père Isaac, qui le tâta et dit : La voix est celle de Jacob, mais les bras sont ceux d'Ésaü ! |
23 Il ne le reconnut pas car ses bras étaient velus comme ceux d'Ésaü son frère, et il le bénit. |
24 Il dit : Tu es bien mon fils Ésaü ? et l'autre répondit : Oui. |
25 Isaac reprit : Sers-moi et que je mange de la chasse de mon fils, afin que mon âme te bénisse. Il le servit et il mangea, il lui présenta du vin et il but. |
26 Son père Isaac lui dit : Approche-toi et embrasse-moi, mon fils ! |
27 Il s'approcha et embrassa son père, qui respira l'odeur de ses vêtements. Il le bénit ainsi : Oui, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile que Yahvé a béni. |
28 Que Dieu te donne la rosée du ciel et les gras terroirs, froment et vin en abondance! |
29 Que les peuples te servent, que des nations se prosternent devant toi ! Sois un maître pour tes frères, que se prosternent devant toi les fils de ta mère ! Maudit soit qui te maudira, Béni soit qui te bénira ! |
30 Isaac avait achevé de bénir Jacob et Jacob sortait tout juste de chez son père Isaac lorsque son frère Ésaü rentra de la chasse. |
31 Lui aussi apprêta un régal et l'apporta à son père. Il lui dit : Que mon père se lève et mange de la chasse de son fils, afin que ton âme me bénisse ! |
32 Son père Isaac lui demanda : Qui es-tu ? - Je suis, répondit-il, ton fils premier-né Ésaü. |
33 Alors Isaac fut secoué d'un très grand frisson et dit : Quel est donc celui-là qui a chassé du gibier et me l'a apporté ? De confiance j'ai mangé avant que tu ne viennes et je l'ai béni, et il restera béni ! |
34 Lorsque Ésaü entendit les paroles de son père, il cria avec beaucoup de force et d'amertume et dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! |
35 Mais celui-ci répondit : Ton frère est venu par ruse et a pris ta bénédiction. |
36 Ésaü reprit : Est-ce parce qu'il s'appelle Jacob qu'il m'a supplanté ces deux fois ? Il avait pris mon droit d'aînesse et voilà maintenant qu'il a pris ma bénédiction ! Mais, ajouta-t-il, ne m'as-tu pas réservé une bénédiction ? |
37 Isaac, prenant la parole, répondit à Ésaü : Je l'ai établi ton maître, je lui ai donné tous ses frères comme serviteurs, je l'ai pourvu de froment et de vin. Que pourrais-je faire pour toi, mon fils ? |
38 Ésaü dit à son père : Bénis-moi aussi, mon père ! Isaac resta silencieux et Ésaü se mit à pleurer. |
39 Alors son père Isaac prit la parole et dit : Loin des gras terroirs sera ta demeure, loin de la rosée qui tombe du ciel. |
40 Tu vivras de ton épée, tu serviras ton frère. Mais, quand tu t'affranchiras, tu secoueras son joug de dessus ton cou. |
41 Ésaü prit Jacob en haine à cause de la bénédiction que son père avait donnée à celui-ci et il se dit en lui-même : Proche est le temps où l'on fera le deuil de mon père. Alors je tuerai mon frère Jacob. |
L’histoire de la bénédiction obtenue par tromperie suscite pour le moins de la perplexité. En effet, même si l’on met de côté l’aspect moral de l’affaire, quel sens a une bénédiction qui, au fond, est destinée à une autre personne ? Car même en se faisant passer pour elle, on ne recevra pas l’attitude qui était destinée à cette autre personne. Mais à l’époque dont parle le récit, on ne regardait pas la bénédiction tout à fait comme nous la regardons aujourd’hui. On entendait alors par bénédiction simplement la transmission, d’une personne à une autre, d’une certaine force surnaturelle que possédaient certains hommes, en particulier les chefs de tribu. Et avec cette force, le chef transmettait aussi le pouvoir au successeur qu’il bénissait. Il n’est pas étonnant qu’Isaac, ayant appris la tromperie, dise malgré tout à Ésaü qu’il n’a pas d’autre bénédiction pour lui : car la force du chef ne pouvait être donnée qu’une seule fois ; ce qui est fait est fait, il n’est plus possible de revenir en arrière. Mais alors se pose une question naturelle : et Dieu dans tout cela ? Certes, il est difficile de trouver un héros positif dans toute cette histoire ; chacun des personnages qui y participent apparaît plutôt comme un antihéros que comme un héros. Mais l’un de ces antihéros devait pourtant devenir le chef du peuple de Dieu. Certes. Mais Dieu aussi doit avoir affaire aux personnes qui existent. Il n’y en a pas d’autres. Et Il doit éduquer le chef de Son peuple. Pour cela, il faut des qualités de départ avec lesquelles travailler. Jacob n’en avait peut-être qu’une seule : devenir chef était pour lui le but et le sens de sa vie. Bien sûr, il voulait seulement devenir chef de sa tribu ; au début, il ne pensait sans doute pas du tout à être chef du peuple de Dieu et ne s’imaginait même pas ce que cela signifiait. Mais Dieu, s’appuyant sur cette aspiration si importante pour Jacob, fera le reste. Et Jacob deviendra chef. Non seulement de sa tribu, mais aussi du peuple de Dieu.
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible. Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit. | ||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||