24 Il a donc envoyé cette main qui, toute seule, a tracé cette écriture. |
25 L'écriture tracée, c'est : Mené, Mené, Teqel et Parsîn. |
L'incident avec Balthazar ferait trembler les genoux de n'importe qui. On vit tranquillement, on fait ce qu'on vous a appris et ce qu'on considère juste, on suit le courant et l'on ne pense guère à ce qui s'est passé. En un mot, on ne réfléchit pas, parce qu'on n'en a pas besoin. Et soudain vient un moment où une main humaine apparaît devant vous, rien de plus, et écrit des mots que vous ne comprenez pas. Et quand on trouve quelqu'un qui peut les expliquer, cela ne devient pas plus facile. Il s'avère qu'en réalité vous avez vu comment le temps qui vous était imparti a pris fin. « Dieu a compté ton royaume et y a mis fin » : tout ce que vous pensiez construit pour les siècles est terminé. Tout sera détruit et partagé. Mais le plus important est ceci : « tu as été pesé dans la balance et trouvé très léger ».
L'homme ne peut pas savoir quand a lieu la pesée de contrôle. Et si elle coïncide avec le moment où le temps de la vie prend fin, comme ce fut le cas pour Balthazar, il ne restera plus aucune chance de jeter quelque chose de substantiel sur le plateau de la balance. Bien sûr, on peut passer toute sa vie à se comporter comme un vendeur qui trompe sur le poids et qu'on ne prend jamais sur le fait. Mais on ne trompe pas Dieu ; il a ses propres poids.
1 Le roi Balthazar donna un grand festin pour ses seigneurs, qui étaient au nombre de mille, et devant ces mille il but du vin. |
2 Ayant goûté le vin, Balthazar ordonna d'apporter les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodonosor avait pris au sanctuaire de Jérusalem, pour y faire boire le roi, ses seigneurs, ses concubines et ses chanteuses. |
3 On apporta donc les vases d'or et d'argent pris au sanctuaire du Temple de Dieu à Jérusalem, et y burent le roi et ses seigneurs, ses concubines et ses chanteuses. |
4 Ils burent du vin et firent louange aux dieux d'or et d'argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre. |
5 Soudain apparurent des doigts de main humaine qui se mirent à écrire, derrière le lampadaire, sur le plâtre du mur du palais royal, et le roi vit la paume de la main qui écrivait. |
6 Alors le roi changea de couleur, ses pensées se troublèrent, les jointures de ses hanches se relâchèrent et ses genoux se mirent à s'entrechoquer. |
7 Il manda en criant devins, Chaldéens et exorcistes. Et le roi dit aux sages de Babylone : "Quiconque lira cette écriture et m'en découvrira l'interprétation, on le vêtira de pourpre, on lui mettra une chaîne d'or autour du cou et il gouvernera en troisième dans le royaume." |
8 Alors, accoururent tous les sages du roi; mais ils ne purent ni lire l'écriture ni en faire connaître l'interprétation au roi. |
9 Le roi Balthazar en fut très troublé, il changea de couleur et ses seigneurs demeurèrent perplexes. |
10 S'en vint dans la salle du festin la reine, alertée par les paroles du roi et des seigneurs. Et la reine dit : "O roi, vis à jamais! Que tes pensées ne se troublent pas et que ton éclat ne se ternisse point. |
11 Il est un homme dans ton royaume en qui réside l'esprit des dieux saints. Du temps de ton père, il se trouva en lui lumière, intelligence et sagesse pareille à la sagesse des dieux. Le roi Nabuchodonosor, ton père, le nomma chef des magiciens, devins, Chaldéens et exorcistes. |
12 Et puisqu'il s'est trouvé en ce Daniel, que le roi avait surnommé Baltassar, un esprit extraordinaire, connaissance, intelligence, art d'interpréter les songes, de résoudre les énigmes et de défaire les noeuds, fais donc mander Daniel et il te fera connaître l'interprétation." |
13 On fit venir Daniel devant le roi, et le roi dit à Daniel "Est-ce toi qui es Daniel, des gens de la déportation de Juda, amenés de Juda par le roi mon père? |
14 J'ai entendu dire que l'esprit des dieux réside en toi et qu'il se trouve en toi lumière, intelligence et sagesse extraordinaire. |
15 On m'a amené les sages et les devins pour lire cette écriture et m'en faire connaître l'interprétation, mais ils sont incapables de m'en découvrir l'interprétation. |
16 J'ai entendu dire que tu es capable de donner des interprétations et de défaire des noeuds. Si donc tu es capable de lire cette écriture et de m'en faire connaître l'interprétation, tu seras revêtu de pourpre et tu porteras une chaîne d'or autour du cou et tu seras en troisième dans le royaume." |
17 Daniel prit la parole et dit devant le roi : "Que tes dons te soient retournés, et donne à d'autres tes cadeaux! Pour moi, je lirai au roi cette écriture et je lui en ferai connaître l'interprétation. |
18 O roi, le Dieu Très-Haut a donné royaume, grandeur, majesté et gloire à Nabuchodonosor ton père. |
19 La grandeur qu'il lui avait donnée faisait trembler de crainte devant lui peuples, nations et langues : il tuait qui il voulait, laissait vivre qui il voulait, élevait qui il voulait, abaissait qui il voulait. |
20 Mais son coeur s'étant élevé et son esprit durci jusqu'à l'arrogance, il fut rejeté du trône de sa royauté et la gloire lui fut ôtée. |
21 Il fut retranché d'entre les hommes, et par le coeur il devint semblable aux bêtes; sa demeure fut avec les onagres; comme les boeufs il se nourrit d'herbe; son corps fut baigné de la rosée du ciel, jusqu'à ce qu'il eût appris que le Dieu Très-Haut a domaine sur le royaume des hommes et met à sa tête qui lui plaît. |
22 Mais toi, Balthazar, son fils, tu n'as pas humilié ton coeur, bien que tu aies su tout cela |
23 tu t'es exalté contre le Seigneur du Ciel, tu t'es fait apporter les vases de son Temple, et toi, tes seigneurs, tes concubines et tes chanteuses, vous y avez bu du vin, et avez fait louange aux dieux d'or et d'argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre, qui ne voient, n'entendent, ni ne comprennent, et tu n'as pas glorifié le Dieu qui tient ton souffle entre ses mains et de qui relèvent toutes tes voies. |
24 Il a donc envoyé cette main qui, toute seule, a tracé cette écriture. |
25 L'écriture tracée, c'est : Mené, Mené, Teqel et Parsîn. |
26 Voici l'interprétation de ces mots : Mené : Dieu a mesuré ton royaume et l'a livré; |
27 Teqel : tu as été pesé dans la balance et ton poids se trouve en défaut; |
28 Parsîn : ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses." |
29 Alors Balthazar ordonna de revêtir Daniel de pourpre, de lui mettre au cou une chaîne d'or et de proclamer qu'il gouvernerait en troisième dans le royaume. |
30 Cette nuit-là, le roi chaldéen Balthazar fut assassiné |
Il est difficile de dire si l'auteur du livre de Daniel était prophète. On pourrait plutôt supposer qu'il était l'un de ces adversaires actifs de la politique religieuse d'Antiochos Épiphane qui finirent par se retrouver parmi les participants du soulèvement antisyrien déclenché par les Maccabées. Mais il ne fait guère de doute que, parmi les inspirateurs et les idéologues du mouvement antisyrien, il y avait aussi des prophètes et des visionnaires apocalyptiques. Apparemment, l'auteur a rassemblé et mis par écrit certaines de leurs prophéties et visions, les plaçant dans la bouche de Daniel, l'un des personnages des anciennes traditions juives, dont il a fait le héros principal de son livre, en situant son action à une époque devenue pour lui presque légendaire : le temps de l'exil à Babylone et des premières années du règne de Cyrus le Grand, dont la victoire sur la Babylonie devint pour les Juifs une libération.
Pour compléter le tableau, il faut ajouter que cette victoire et cette libération provoquèrent dans la Synagogue une puissante poussée de messianisme, semblable à celle que, du temps de l'auteur du livre, provoquèrent les persécutions d'Antiochos et les guerres maccabéennes menées sous des mots d'ordre religieux et messianiques. Et si la première des prophéties placées dans la bouche de Daniel, qui concernait Nabuchodonosor, sonnait comme un appel à reprendre ses esprits, la seconde était un avertissement direct, particulièrement actuel dans le contexte des actes du pouvoir qui avaient conduit à la profanation du Temple de Jérusalem.
Au fond, Balthazar fait quelque chose de semblable : il ne profane pas le Temple et ne le détruit pas, mais il poursuit l'oeuvre des profanateurs et des destructeurs en utilisant de façon sacrilège les vases sacrés (v. 1-4). Il ne s'agit pas seulement de boire du vin en soi, mais du fait que cela s'accompagnait, comme c'était l'usage dans l'Antiquité chez tous les peuples, de libations aux dieux, sortes de petits sacrifices païens, mais bien réels. L'utilisation de vases et de coupes consacrés à Dieu pour des sacrifices païens était précisément un sacrilège, et un sacrilège ostentatoire, destiné à montrer non seulement le pouvoir absolu du souverain, mais aussi le triomphe de ses dieux sur le Dieu d'Israël. Il n'est donc pas étonnant qu'aussitôt après son acte sacrilège Balthazar reçoive un avertissement dont le sens, pourtant, lui demeure incompréhensible, bien qu'il voie clairement la scène qui se déroule sous ses yeux (v. 5-9).
Comme dans le cas de Nabuchodonosor, Balthazar a besoin du témoignage du prophète pour comprendre ce qui lui a été révélé (v. 10-16). Et Daniel explique effectivement au roi le sens de ce qu'il a vu, en soulignant que le péché commis par Balthazar l'a été consciemment : il connaissait l'histoire de son père Nabuchodonosor et ce qui lui était arrivé à cause de son mépris pour le Dieu d'Israël (v. 17-29). Quant à la rapidité avec laquelle la prophétie s'accomplit (v. 30-31), elle devait sans aucun doute faire réfléchir les contemporains non seulement du dernier roi babylonien, mais aussi de l'auteur du livre de Daniel.
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