10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
11 ]. |
12 " A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ? |
13 Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. |
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde. |
Les paroles qui recommandent de ne pas mépriser ces petits sont prononcées aussitôt après l'avertissement sur le danger des scandales. Mais seuls les enfants font-ils partie des petits mentionnés? Car si le Christ propose à des adultes de devenir comme des enfants, cela signifie que les petits peuvent être des personnes très diverses, de toute catégorie d'âge.
En conseillant de ne mépriser personne, Il nous donne un commandement très difficile. Beaucoup d'entre nous sont habitués à traiter avec mépris ceux qui ne nous conviennent pas. Il est très commode de se rendre compte qu'on est meilleur que les autres, ces gens si désagréables. Bien plus, beaucoup d'entre nous ont l'habitude de “se perfectionner moralement” en se comparant à de “mauvaises personnes” et en se mettant en valeur sur leur fond.
Mais le Seigneur, ici aussi, regarde et agit autrement. Ceux que nous avons l'habitude de placer plus bas que nous peuvent se révéler beaucoup plus précieux pour Lui que certains “corrects”, précisément parce que nous avons renforcé la douleur des rejetés par nos coups “corrects”.
Et à ces gens bien installés qui ne comprennent pas la statistique du Christ, selon laquelle, pour sauver une seule brebis égarée, on peut laisser tout l'immense troupeau, rappelons que personne n'est assuré de ne jamais devenir une telle brebis. Et alors le Bon Pasteur, laissant tout, ira le sauver lui aussi. Car Il veut que tous soient sauvés jusqu'au dernier.
11 ]. |
Les représentations messianiques traditionnelles de l'époque évangélique supposaient des exigences assez strictes imposées à ceux qui cherchaient le Royaume messianique. On supposait que seuls les justes recevraient le droit d'y entrer. Et le Messie Lui-même, bien sûr, choisirait pour Son entourage le plus proche uniquement des justes. Les pécheurs ne pouvaient avoir place autour de Lui. Il allait de soi, en même temps, que de tels justes existaient. Rien d'étonnant : la justice se comprenait alors dans un contexte exclusivement religieux, comme conformité aux normes et exigences admises dans la communauté religieuse, avant tout aux exigences de pureté rituelle. La pureté rituelle supposait bien sûr aussi l'abstention du péché. Mais tous comprenaient qu'il n'y a pas d'hommes parfaits dans le monde.
L'abstention du péché supposait l'observance des commandements donnés par Dieu autant que cela est possible à l'homme déchu. Mais là aussi la mesure de la justice variait : les uns s'efforçaient de tout accomplir scrupuleusement, sans négliger le moindre détail des nombreuses prescriptions morales et rituelles ; d'autres se limitaient au minimum. Ceux qui accomplissaient, comme il leur semblait, tout exactement, regardaient les autres de haut, certains que, pour eux au moins, les justes, le Royaume était garanti.
Mais Dieu, comme le Messie qu'Il a envoyé, voit la situation tout autrement. Pour Dieu, il n'y a pas de différence entre une « grande » et une « petite », une « pleine » et une « incomplète » justice. La justice n'est pas une propriété de l'homme, mais son état. Et cet état est déterminé par Dieu, non par l'homme. C'est l'action de Dieu qui fait du juste un juste, non ses propres efforts. Bien sûr, il est aussi demandé beaucoup à l'homme dans ce cas, mais la justice ne lui est possible que comme don de Dieu. C'est pourquoi le Messie vient dans le monde avant tout comme Sauveur, non comme Juge. Certes, Sa venue même dans le monde est déjà un jugement.
Les uns L'accueillent, les autres Le rejettent. Cet accueil ou ce rejet détermine le destin de l'homme dans l'éternité. Mais Dieu ne veut la perte de personne. Il envoie Son Fils dans le monde non pour condamner le plus grand nombre possible de pécheurs, mais pour que le plus grand nombre possible d'hommes puisse être sauvé du mal dans lequel gît le monde et entrer dans le Royaume. Il n'y a pas d'hommes sans péché, et il n'a aucun sens pour des hommes déchus de se mesurer les uns aux autres avec une justice qui ne leur appartient pas.
D'autant plus que ni Dieu ni le Sauveur envoyé par Lui ne sont impressionnés par cette justice. De même, la condition pécheresse de l'homme déchu ne choque pas le Messie : Il sait dans quel monde Il est venu et à quels hommes Il aura affaire. Mais Il est venu non pour juger ces hommes, mais pour les sauver. Car le Royaume est pour tous ceux qui cherchent, non pour les seuls justes. Pour le Royaume, même le pécheur le plus notoire peut s'engager sur le chemin de la justice. Mais une justice qui n'a pas le Royaume en vue est une impasse spirituelle. Un chemin qui ne mène nulle part.
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
11 ]. |
12 " A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ? |
13 Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. |
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde. |
15 " Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. |
16 S'il n'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. |
17 Que s'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain. |
18 " En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié. |
19 " De même, je vous le dis en vérité, si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. |
20 Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. " |
Aujourd'hui, l'Église orthodoxe célèbre le jour du Saint-Esprit. L'Épître aux Éphésiens nous rappelle que « le fruit de l'Esprit consiste en toute bonté, justice et vérité » (v. 9) et nous appelle à « être remplis de l'Esprit » (v. 18). Ce nouvel état de l'homme, l'apôtre Paul l'appelle « lumière dans le Seigneur »; l'apôtre Jean recourt lui aussi à cette image de la lumière lorsqu'il parle de l'amour fraternel entre les croyants (1 Jn 2:10). Dans l'esprit de l'amour, nous sommes appelés à « chercher ceux qui se sont égarés » (Mt 18:10-14), à résoudre les problèmes de nos relations (Mt 18:15-18) et enfin à recevoir la grâce de Dieu dans la prière unanime au nom du Christ et en sa présence, comme cela nous a été promis.
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
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12 " A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ? |
13 Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. |
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde. |
15 " Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. |
16 S'il n'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. |
17 Que s'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain. |
18 " En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié. |
19 " De même, je vous le dis en vérité, si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. |
20 Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. " |
Il est très important qu'aujourd'hui précisément, jour du Saint-Esprit, l'Église nous rappelle la promesse du Seigneur d'être au milieu de nous lorsque nous nous réunissons en Son nom à deux ou trois. Au moment où le Christ prononçait ces paroles, les apôtres comprenaient difficilement comment le Maître pourrait toujours être présent avec tous ceux qui se réuniraient «en Son nom». Tant qu'ils ne l'avaient pas appris et vérifié de leurs propres yeux, par leur propre expérience, ces paroles demeuraient pour eux une énigme. Le Christ, le prévoyant, envoya tout de même aux apôtres ce «paquet» qui atteint son destinataire avec le temps.
Et c'est précisément le jour de la Pentecôte que ce paquet fut livré: «Mais le Défenseur, l'Esprit Saint, que le Père enverra en Mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que Je vous ai dit» (Jn 14:26). Ce jour-là, l'Esprit donna aux apôtres le sentiment de la présence vivante de leur Maître au milieu d'eux, aussi réelle que lorsqu'ils marchaient ensemble sur les routes de Palestine. Et peut-être même plus réelle encore: l'Esprit «assurait» Sa présence à la fois au milieu d'eux et en chacun d'eux. Parce qu'ils étaient réellement réunis en Son nom.
Il est possible que les apôtres, en attendant la descente de l'Esprit, se soient occupés précisément de ce que Paul énumère dans l'épître aux Éphésiens (Ép 5:9-19). Car c'est là une incarnation tout à fait concrète des paroles «en Son nom», c'est vraiment ce qu'il convient de faire dans l'attente de l'Esprit. Mais en tout cas, les apôtres ont véritablement écouté les paroles du Christ et sont demeurés ensemble. Et cette disposition commune, cette attente fidèle pendant les dix jours depuis l'Ascension, était ce que le Seigneur voulait d'eux. Ce seul pas en réponse auquel Il fait beaucoup plus: Il répand sur nous Sa grâce.
1 A ce moment les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? " |
2 Il appela à lui un petit enfant, le plaça au milieu d'eux |
3 et dit : " En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. |
5 " Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille. |
6 Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. |
7 Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! |
8 " Si ta main ou ton pied sont pour toi une occasion de péché, coupe-les et jette-les loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la Vie manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. |
9 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu. |
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
11 ]. |
12 " A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ? |
13 Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. |
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde. |
Comment comprendre les paroles selon lesquelles il faut devenir comme des enfants pour entrer dans le Royaume des Cieux ? Sans doute chacun de ceux qui connaissent un peu les petits enfants sait qu’ils ne sont nullement des anges (bien que leurs anges se tiennent devant le trône du Très-Haut dans les cieux). Peut-être l’essentiel est-il justement dans leur petitesse, leur absence de défense, leur dépendance à l’égard des parents — car le Seigneur parle précisément d’abaissement (v. 4). Ils sont les plus exposés au danger du scandale, de la tromperie, de l’action du mal du monde ; c’est pourquoi ils ont tant besoin de l’amour et de la protection de Dieu. Apparemment, ce sont précisément de telles relations avec Dieu qui constituent la réalisation du Royaume des Cieux.
1 A ce moment les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? " |
2 Il appela à lui un petit enfant, le plaça au milieu d'eux |
3 et dit : " En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. |
5 " Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille. |
6 Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. |
7 Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! |
8 " Si ta main ou ton pied sont pour toi une occasion de péché, coupe-les et jette-les loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la Vie manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. |
9 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu. |
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
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12 " A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ? |
13 Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. |
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde. |
Les paroles sur les enfants qu’il faut devenir pour entrer dans le Royaume des Cieux sont reliées par l’évangéliste à une petite parabole sur le berger et la brebis perdue, et cela remet aussitôt tout à sa place. Il ne s’agit pas seulement de devenir faibles, sans défense et dépendants, même s’il nous est parfois vraiment nécessaire de nous sentir enfants devant Dieu ; le Christ parle clairement ici d’une « nouvelle enfance », c’est-à-dire d’une seconde naissance : non seulement de nous sentir enfants par rapport à Dieu, mais de devenir réellement enfants du Père céleste, et ici aucune infantilité n’a sa place, tant cet appel est élevé.
Dans cette compréhension, le commandement habituel « soyez comme des enfants » devient un appel insondable à participer à la vie de Dieu, à devenir des fils et des filles bien-aimés dans le Fils unique bien-aimé : le chemin qui s’ouvre devant nous dans la Résurrection du Christ...
1 A ce moment les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? " |
2 Il appela à lui un petit enfant, le plaça au milieu d'eux |
3 et dit : " En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. |
5 " Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille. |
6 Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. |
7 Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! |
8 " Si ta main ou ton pied sont pour toi une occasion de péché, coupe-les et jette-les loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la Vie manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. |
9 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu. |
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
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La question de ce que signifie être comme des enfants préoccupe les chrétiens depuis de nombreux siècles. Cela se comprend: c'est bien la condition indispensable pour entrer dans le Royaume. Le plus souvent, on mentionne ici l'innocence enfantine et la naïveté enfantine. En réalité, cependant, les choses ne sont pas si simples avec la naïveté et l'innocence.
Déjà Augustin avait remarqué que les enfants ne sont nullement innocents; ils n'ont simplement pas encore assez de force ni d'habileté pour pécher «comme des adultes», mais il n'est pas possible de parler de leur absence de péché, ni même d'une moindre culpabilité par rapport aux adultes, car tous les grands pécheurs grandissent naturellement à partir de petits, s'ils ne tentent pas de résister à leur péché. Avec la naïveté non plus, tout n'est pas simple: les enfants comprennent d'habitude beaucoup plus qu'ils ne disent aux adultes, bien que, en règle générale, ils le fassent à leur manière, dans le cadre de leur propre logique et de leurs propres représentations du monde.
Il existe cependant une différence essentielle entre les enfants et les adultes, du moins jusqu'à un certain âge: ils se soucient d'habitude assez peu de l'image qu'ils donnent aux autres et de la place qu'ils occupent dans le monde «adulte». Pendant cette période de leur vie, les enfants ignorent simplement les repères du monde «adulte», tout en comprenant qu'il est une réalité objective. Les adultes perçoivent généralement cette existence de l'enfant comme un jeu permanent, plus important pour lui que la vie que les adultes considèrent comme «réelle».
Pour l'enfant, en ce temps-là, ce qui importe est ce qu'il considère lui-même comme réel et véritable, et non ce qu'il est convenu de considérer comme tel selon des règles admises par tous, auxquelles les adultes eux-mêmes ne croient souvent pas beaucoup. Une telle attitude enfantine devant la vie est un trésor inestimable pour quiconque aspire à une vie spirituelle normale et plénière. Car une vie spirituelle normale est impossible si l'on ne vit pas de ce que l'on reconnaît soi-même comme vrai, authentique, réel.
En grandissant, nous apprenons plus ou moins à renoncer à ce que nous-mêmes considérons comme vrai et authentique au profit de ce qu'il est convenu de considérer comme tel, et nous passons de la réalité à l'illusion, dont nous nous efforçons de toutes nos forces de convaincre nous-mêmes et les autres qu'elle est réelle. Être comme des enfants signifie renoncer à cette tromperie de soi. Ce n'est bien sûr que le premier pas sur le chemin du Royaume, vers la vie spirituelle authentique, mais sans le premier pas il n'y aura pas les suivants, et donc il n'y aura pas non plus de chemin.
1 A ce moment les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? " |
2 Il appela à lui un petit enfant, le plaça au milieu d'eux |
3 et dit : " En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. |
5 " Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille. |
6 Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. |
7 Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! |
8 " Si ta main ou ton pied sont pour toi une occasion de péché, coupe-les et jette-les loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la Vie manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. |
9 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu. |
10 " Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux [ |
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Depuis longtemps, la question de l'origine et de la nature du mal dans le monde occupe et tourmente l'homme. Et personne n'aurait sans doute pu en dire davantage que Jésus, qui devait affronter le mal du monde. Pourtant, il parle peu à ses disciples du diable et du mal du monde; il leur dit seulement que le diable est vaincu et qu'un jour viendra où cela deviendra clairement visible pour tous.
En revanche, il parle longuement et en détail à ses disciples et à ceux qui le suivent de la manière de résister au mal dans la vie quotidienne. L'une des tentations les plus sérieuses de cette vie, en ce qui concerne les actes mauvais, est celle de l'impuissance imaginaire de l'homme devant le mal qui s'accomplit. Il ne s'agit même pas de la possibilité d'arrêter ceux qui font le mal, mais de la prétendue absurdité de s'en abstenir. La logique du mal suggère: ta participation ou ta non-participation ne changera rien; si ce n'est pas toi, ce sera un autre. Et en essayant de résister au mal, même sous la forme d'un refus d'y participer, tu ne fais que compliquer ta vie sans rien obtenir du tout, car il n'y a pas moins de mal dans le monde pour autant.
Cette logique paraît d'une simplicité séduisante, et elle serait exhaustive si le monde non transfiguré était l'unique et l'ultime réalité. Mais, heureusement, il n'en est pas ainsi. L'homme qui refuse de participer au mal a une bonne raison d'agir comme il le fait. Il s'agit ici non seulement, ni même principalement, du monde qui gît au pouvoir du mal, mais de l'homme et de son destin spirituel: pourra-t-il entrer dans le Royaume ou demeurera-t-il dans les « ténèbres extérieures »? Même si la situation dans le monde déchu échappe souvent réellement au pouvoir de l'homme — « il faut que les scandales arrivent » —, son propre choix reste toujours en son pouvoir. Jésus ne tient manifestement aucun compte de ce que l'on appelle l'influence du milieu, le déterminisme social et les autres justifications semblables du mal commis par l'homme.
Cela ne signifie évidemment pas qu'il ne tienne pas compte de la situation dans laquelle l'homme doit faire son choix. Il dit seulement que l'on ne doit pas consentir au mal ni capituler intérieurement devant lui en l'acceptant comme norme simplement parce qu'il est la norme du monde déchu. La norme du monde déchu n'est pas une norme, mais une perversion, et quiconque accepte de devenir le conducteur des forces du mal doit s'en souvenir, car « malheur à l'homme par qui le scandale arrive ». Il peut certes se produire que, même en refusant de participer au mal, l'homme ne puisse empêcher ce mal. Mais il pourra l'empêcher de pénétrer dans son propre cœur et ainsi préserver ce cœur pour le Royaume.
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